CHAPITRE II
Si les hommes sont la tête de la société, les femmes en sont le cœur, et nous avons dit combien il importe qu'elles soient chrétiennes, pieuses et zélées. Entrons maintenant dans le détail et parlons spécialement du rôle des mères de famille.
I. Dans les classes populaires et dans les classes bourgeoises, la femme, la mère de famille tient une place et exerce une influence considérable. Inférieure à l'homme par la force physique, elle lui est généralement supérieure parla délicatesse, par la finesse, par la valeur morale. Aussi, tant que la mère est chrétienne, la famille ne rompt pas complètement avec la religion et se maintient à un niveau de moralité qui permet d'espérer tous les retours ; mais là où la mère de famille se laisse entraîner à la suite de l'homme dans l'oubli des croyances et dans l'abandon des pratiques, le dernier espoir est perdu. Tant vaut la
mère, tant vaut la famille. « Les grands hommes,
«lit Bossuet, se forment sur les genoux de leurs mères. » Joseph de Maistre a écrit : « Les femmes n'ont fait aucun chef-rd'œuvre en aucun genre. Llles n'ont écrit ni Ylliade, ni YÉnéide, ni la Jérusalem délivrée, ni A t Italie, ni II a m Ici. ni le Paradis i><>r<l.n. Elles n'ont construit aucune égli^<i comme celle de Saint-Pierre. Elles non! ni sculpté l1 Apollon du Belvédère, ni peint le Jugement dernier; elles n'ont inventé ni l'algèbre, ni le télescope, ni les machines à vapeur. Mais elles ont fait quelque chose déplus grand que ton I cela : c'est sur leurs genoux que se forme ce qu'il y a de meilleur au monde, un honnête homme et une honnête femme. » Il est difficile de mieux dire el de dire plus vrai. La mère de famille est la reine du foyer. Llle façonne ses enfants à son image et à sa ressemhlance. Nul n'a prise comme elle sur les Ames. Llle jouit d'une autorité incontestable et incontestée. Llle est un oracle spontanément écouté. Nous venons de citer Bossuet et de Maistre. Ajoutons à ces grandes autorités trois témoignages choisis entre mille autres. De Tocqueville a écrit : <( Si Ton me demandait à quoi je pense qu'il faille attribuer la prospérité singulière et la force croissante du peuple américain, je répondrais : c'est n la supériorité sociale de ses femmes. » Une belle
parole de Jules Simon mérite aussi d'être citée : « Il faut confier l'enfant, dit-il, aux trois forces autoritaires : le prêtre, le maître et la mère. La mère est mon grand espoir, parce que le maître souffle souvent le scepticisme et que le prêtre est souvent proscrit. La mère, elle, est toute 'pleine de Dieu, Dieu en soit béni î » Et parce qu'il faut s'instruire même auprès de ses ennemis, écoutez cet aveu sans pudeur de Paul Bert : « Tant que nous n'aurons pas la femme française avec nous et pour nous, nous n'aurons fait que la moitié de la besogne qui incombe à une démocratie solidement organisée. Nous avons formé le citoyen, il nous reste à former la citoyenne française qui. désabusée des rites et des pratiques d'une religion reposant sur le mystère, apprenne à se diriger d'après les seules lumières de la raison et de la science pure. » La chose est claire. Amis et ennemis de la religion reconnaissent et constatent l'influence domestique et sociale de la mère de famille. Elle peut beaucoup pour le bien et pour le mal.
IL Quand elle n'est pas chrétienne, la mère de famille dissout le foyer domestique. D'abord, on aura beau dire et beau faire, il est certain qu'une femme sans religion est un être incomplet. Ln élé-
nient moral essentiel lui manque. Un homme sans Dieu esl un animal dangereux ; mais une femme sans Dieu est un monstre. Malheur à la femme qui n'a en elle rien de sacré! Ah! Dieu nous préserve de ces femmes, de ces mères désabusées des rites et des pratiques de la religion et n'ayant pour se diriger que les seules lumières de la science pure ! La science est bonne pour tout le monde, mais elle ne suffit à personne, à la femme moins encore qu'à tous autres.
Imaginez au foyer une femme irréligieuse? Elle n'a nul souci de l'àme de ses enfants. Elle croit avoir rempli toutes ses obligations quand elle leur a procuré à peu près ce qui suffit à leur existence corporelle. Elle leur procure le pain qui nourrit le corps, le vêtement qui le couvre, le médecin qui le guérit. Elle leur fait apprendre un métier pour qu'ils puissent gagner leur vie. Mais s'agitil des besoins de leur âme? S'agit-il de leur insinuer les pensées de la vraie foi et les sentiments delà saine morale, de les préserver des impressions nuisibles et des inclinations vicieuses? Elle n'y pense même pas. S'agit-il de leur choisir des maîtres et maîtresses capables de bien diriger leur éducation, de sauvegarder la foi de leur baptême et la piété de leur première communion? Elle ne s'en préoccupe pas. Elle les laisse habi-
tuellement sans surveillance et sans frein, livrés à toutes les sociétés et à toutes les lectures qui se rencontrent. Et, par suite de cette conduite de certaines mères, hélas ! aujourd'hui trop nombreuses, on voit s'élever et grandir une génération d'enfants sans obéissance et sans respect, sans reconnaissance et sans affection, sans foi ni loi. Abandonnés à eux-mêmes dès leur bas âge, ils suivent au jour le jour toutes les passions qu'ils ont l'occasion de satisfaire. Us perdent vite le sens moral, le respect d'eux-mêmes et des autres. Ils boivent à longs traits, sans même s'en douter, le poison des sentiments pervers, et ils deviennent instinctivement méchants et dépravés. On a cru sauver l'enfance en lui ouvrant des écoles et en lui donnant de l'instruction. Il n'en a rien été. C'est même le contraire qui est arrivé, et la statistique criminelle nous montre le nombre des attentais croissant chaque année, et chaque année s'abaissant l'âge moyen de ceux qui les commettent. L'école sans religion ne peut pas éduquer les générations nouvelles ; et, si elles ne sont pas chrétiennes, les mères ne le peuvent pas davantage. Elles sont responsables devant la société et devant Dieu (h1 l'éducation première de leurs fils, de l'éducation plénière de leurs filles. Mais il leur faut du divin pour suffire à une pareille respou-
sabilité. Impies ou seulement indifférentes, elles démoralisent le foyer et la patrie, en élevant une postérité mécréante. On a fait, on fait de plus en plus des efforts inouïs pour corrompre la moralité de la famille. On a dissous l'homme, on voudrait dissoudre la femme. Jusqu'ici la femme a résisté. LHe résistera encore. Elle s'adossera aux autels, et ce qui périssait par l'homme se sauvera par la femme.
III. Quand elle est chrétienne, la femme sauve le foyer domotique. Llle communique à l'enfant ses premières impressions honnêtes, ses premiers appétits vers le vrai et vers le bien, et par suite ses lionnes habitudes souvent définitives. L'enfant qui a eu une mère vertueuse et tendre ne sera jamais tout à fait mauvais. La pensée de sa mère, la crainte de l'affliger, l'arrêtera sur le bord du précipice... ou bien, s'il s'égare, s'il tombe, le souvenir du conseil, ou même simplement du regard maternel, déterminera dans son cœur le repentir et le retour complet à la vertu. Ce ne sont pas la de vaines paroles. Ce sont des faits. La mère de famille vivifie les âmes ou les ressuscite.
Jetés dans rame d'un enfant par les mains d'une pieuse mère, les germes d'une vie honnête et chrétienne portent d'ordinaire des fruits abon-
dants. Anthusa, mère de saint Jean Chrysostome, veuve à vingt ans, partage sa vie entre le soin de sa famille et les devoirs de la religion. Elle fait pénétrer dans l'esprit et dans le cœur de son jeune fils les maximes les plus hautes de la piété chrétienne. Et le précepteur de Chrysostome, un rhéteur païen, est tellement émerveillé de cette influence maternelle qu'il s'écrie : « Oh ! quelles admirables femmes que ces chrétiennes ! » Qui a formé saint Louis, sinon Blanche de Castille? En dépit des multiples soucis de la régence, elle trouve le loisir de façonner dans l'àme de son enfant les grandeurs du roi et les vertus du saint. « Je vous aime tendrement, lui disait-elle, mais j'aimerais mieux vous voir mort à mes pieds que coupable d'un seul péché mortel. » Et Washington, le fondateur de la République des Etats-Unis, nous raconte qu'il a dû toutes ses qualités à la vigilance, aux habitudes d'ordre, aux bons exemples, aux précieuses instructions de son incomparable mère. Inspirée et soutenue par la foi chrétienne, la mère de famille enfante et élève une postérité irréprochable et sainte.
Et quand l'enfant sérieusement élevé a fait fausse route, quand il a jeté par-dessus bord les croyances et les habitudes religieuses qui revêtaient ses premières années d'innocence, de
charme »'( d'éclat, la mère chrétienne ne se découpage pas. Elle ne dit pas comme il y en a tant qui disent : « il n'y a rien à Taire. Il faut que jeunesse se passe. Laissons le lleuve sortir de ses digues et inonder les campagnes. Laissons le vin nouveau fermenter librement jusqu'à s'épandre 'il s'en aller en pure perte. » Non. D'abord elle vit saintement. Sa voix n'est plus entendue, mais ses exemples parlent plus haut que jamais. Elle rachète par le sacrifice et par les bonnes oeuvres les égarements de son Augustin. Et puis elle fait comme sainte Monique : elle pleure et prie. Témoin des larmes et des supplications de .Monique, saint Ambroise s'écriait: « Non, le fils de tant de larmes ne saurait périr ! » Et ce fut vrai. Augustin se laissa toucher et se convertit. Il devinl un génie el un saint ; et conquis à Jésus-Christ après dixsept ans de résistance, il disait : « C'est à ma mère, à ses prières, à ses mérites, que je dois d'être devenu ce que je suis. Si je suis votre fils, ô mon Dieu, c'est que vous m'avez donné pour mère une de vos servantes ! » Voilà la puissance de la mère chrétienne. Elle vivifie les Ames. Elle les ressuscite. Tant que l'impiété n'aura pas clos les lèvres de la mère chrétienne el tari les puissances de son cœur, l'impiété n'en aura pas fini avec le règne de Dieu sur la terre.
APOSTOLAT oitoii.tlW". — 19.