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CHAPITRE III

LES ASSOCIATIONS DE MÈRES DE FAMILLE (Suite)

Nous avons dit la puissance pour le bien ou pour le mal de la femme, de la mère de famille. Quand elle n'est pas chrétienne, la mère de famille dissout le foyer domestique ; quand elle est chrétienne et pieuse, elle sauve le foyer domestique. Donc, il importe souverainement de sanctifier la mère de famille. Que faire? Nous allons donner sur ce sujet quelques indications pratiques.

I. La catégorie si intéressante des mères de famille mérite des soins particuliers. On ne peut pas faire pour elles partout la même chose, mais partout on doit faire quelque chose. Les peuvres se diversifient avec les milieux et il faut choisir le mode d'opération qui semble le plus facilement réalisable dans chaque paroisse. Ici, îles réunions assez nombreuses et régulières chaque aimée sont possibles, et le zèle le plus élémentaire commande de les instituer. Là on se conciliera de convocations faites trois ou quatre fois Fan-

née, aux jours où l'Eglise offre à la vénération et aux Imnimagesdes fidèles les plus beaux modèles de la femme chrétienne. Ailleurs, on offrira aux mères de famille un triduum préparatoire à la fête de l'Immaculée-Conception, et pendant trois jours on les appellera à l'église pour les faire prier et les instruire de leurs devoirs. Presque partout, il sera utile et possible de les préparer à la communion pascale par une série d'exercices religieux et de prédications adaptés à leurs besoins. On aura soin pour toutes ces réunions de choisir des heures autant que possible accessibles à tout le monde, ou du moins au plus grand nombre. On fera porter ;i domicile des billets d'invitation, et Ton se servira, pour faire parvenir ces billets, ou de la poste, ou des enfants du catéchisme, ou de l'intermédiaire de quelques dames zélatrices. De temps en temps, on appellera un prédicateur étranger, et le charme d'une voix nouvelle sera un puissant moyen d'augmenter l'auditoire, de l'intéresser et de lui faire du bien. Les réunions de mères de famille doivent être surtout des réunions pieuses et pratiques. Le pasteur donne des avis, indique des intentions de prière, suggère des résolut ions, signale des périls, recommande les œuvres d'éducation et de persévérance destinées à l'enfance el à la jeunesse; on récite une ou deux dizaines de eba-

pelet, et la pieuse assemblée se termine le matin par L'audition de la messe, le soir par la bénédiction du Saint-Sacrement.

Ce programme est très simple et réalisable à peu près dans toutes les paroisses. L'erreur de beaucoup est de croire qu'il faut réussir, réussir tout de suite et réussir grandement. Mais non. Dieu ne nous demande pas de pareils résultats. Saint François de Sales a fait un jour un de ses plus beaux sermons pour sept personnes, et il s'en est applaudi. Dix ou vingt femmes et mères, formées pour être d'irréprochables modèles dans une petite paroisse, c'est une puissance et une force, c'est un exemple, c'est un entraînement. Ces quelques âmes, animées d'une vraie piété et profondément chrétiennes, peu à peu en ramèneront d'autres au bon Dieu. Sachons nous contenter de la réunion d'un petit, bien petit troupeau peutêtre, et commençons le groupement des forces chrétiennes en associant quelques unités qui seront le germe de la régénération paroissiale. En matière d'apostolat, il y a le rêve et la réalité. En rêve, nous devons désirer passionnément la conversion et la sanctification de tout notre peuple; mais en réalité nous devons atteindre d'abord nos brebis fidèles ou à moitié fidèles et les christianiser les unes après les autres; nos efforts particuliers et

nos succès partiels sont le meilleur et le seul moyen de préparer et d'opérer le salut général.

II. Nous voudrions donc qu'il fût fondé dans toutes les paroisses une Association faisant appel à toutes les mères de famille sans distinction ni exception. Cette Association aurait ses réunions mensuelles, sa fête patronale, sa retraite pascale, son Conseil composé d'une présidente et de plusieurs dames zélatrices. Dans les très gros centres, dans les paroisses considérables des villes, on pourra et l'on devra même quelquefois constituer deux associations : l'une pour les femmes du inonde et l'autre pour les mères de famille de la classe ouvrière. Ces deux catégories, en effet, ne sont pas libresaux mêmes heures et ontchacune des besoins particuliers. Les dangers que peut courir la femme du monde ne se présentent pas sous la même forme que ceux auxquels est exposée la femme de l'ouvrier. La femme du monde vit dans un milieu où le mélange est malheureusemenl facile entre les pratiques de la vie chrétienne et l'esprit mondain, et elle réclame des enseignements et des conseils appropriés aux périls qu'elle rencontre el ;i |;i mission bienfaisante qui lui incombe. D'autre part, la mère chrétienne ouvrière, la femme du peuple, est plus absorbée par les occupations,

elle a moins de ressources pour se fortifier dans la vie religieuse et dans sesgrands et pénibles devoirs, elle risque fort d'oublier Dieu et son àme au milieu du tracas du ménage, des ennuis et des peines qui l'accablent journellement; on ne saurait trop faire pour l'aider à rester courageuse dans Y épreuve , à élever chrétiennement ses enfants, à faire du bien par ses exemples de solide christianisme et de vraie vertu. Nous ne sommes donc pas opposé à la création de deux Associations de mères de famille dans les très grandes paroisses. Cette double institution peut avoir sa raison d'être et ses avantages. Mais en général, le clergé n'aura pas le temps de suffire à tant de réunions diverses, et il se contentera de ramasser en un seul et même groupement les femmes et mères chrétiennes dé toute condition. Malgré la différence des situations sociales, les besoins des âmes sont au fond à peu près les mêmes. Il y a des tentations et des souffrances en haut et en bas ; il y en a sous la soie et il y en a sous la bure ; et derrière la couture terne de l'une et l'éclat éblouissant de l'autre se cache une terrible égalité de misère physique et morale. Et puis par ce temps où, en fait de fraternité, le nom est si souvent prononcé et la chose si mal comprise, n'est-il pas opportun de montrer dans sa beauté la fraternité chrétienne, de la montrer réa-

lisée au pied des autels? Par ce temps d'émlettëment, de dispersion et d'impuissance, n'cst-il pas opportun de présenter aux regards d'une paroisse l'ensemble des forces chrétiennes venant de la femme et de la mère, de donner ainsi une impulsion vigoureuse à l'esprit chrétien de la famille et d'exciter l'émulation par l'exemple d'une œuvre collective vraiment vivante? Si l'on veut bien, comme nous l'espérons, entrer dans nos vues et répondre à notre appel, une Association de mères de famille sera établie dans toutes les paroisses.

III. Est-il bien nécessaire de signaler les heureux fruits d'une telle Institution? D'abord nous ne pouvons pas ignorer qu'un très grand nombre de mères de famille, découragées, brisées par l'épreuve, lasses de leur vie de patience el de dévouement, traînent avec murmuré une existence qu'elles trouvent trop lourde an milieu de devoirs dont elles n'entrevoient ni la beauté ni la récompense. Que manque-t-il à ces Ames et à ces vies désolées? Il y manque Dieu, la foi, la prière, la piété. Et quelle sainte œuvre que de faire reparaître, que de replacer Dieu dans ces créatures tourmentées qui ont besoin de lui, qui ne peuvent sans lui que se détériorer, s'exaspérer et se désespérer? En redevenant chrétienne et pieuse, la femme, la

mère de famille retrouve cette éclatante pureté, cette auréole de modestie, cette beauté grave, cette liberté aimable, cette patience inaltérable, cette vertu généreuse, et enfin cette puissance extraordinaire de transfigurer le foyer domestique. Elle répand la paix, le courage, l'amour du devoir, la joie autour d'elle, et par elle Dieu règne dans la famille.

Elle est un modèle et un apôtre. Sous sa douce et forte inlluence, le cœur de l'homme se déprend peu à peu des faux préjugés, s'arrache insensiblement à l'indifférence religieuse, se relève vers les choses d'en haut. Combien d'hommes qui se seraient laissé absorber par les intérêts de la terre, et auraient tout oublié : leur Dieu, leur avenir éternel, s'il n'y avait pas eu près d'eux une épouse chrétienne, tendre dans son amour et ferme dans sa foi, intrépide et pure! C'est elle, l'épouse, la mère chrétienne qui fait sentir Dieu dans sa maison, qui surveille doucement les lectures et les paroles, qui apaise l'irréligion du mari et les révoltes des enfants, qui incline les esprits et les cœurs vers les pensées et les habitudes de la foi. qui impose le christianisme moins par ses paroles que par son exemple et son ascendant, Après la messe qu'elle a entendue, la communion qu'elle a faite, les avis qu'elle a reçus au rendez-vous mensuel

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de son Association, elle apparaît au foyer comme un ange e1 comme une reine. Elle n'est plus la créature débile ei acariâtre qu'elle était hier. Elle a trouvé clans son contact avec Dieu une énergie ei une sérénité plus qu'humaine. La voilà au milieu de ses enfants. Elle les fait prier, elle prie ostensiblement avec eux; elle s'occupe de leur âme; elle crée dans la famille un mouvement de religion, une atmosphère de vie surnaturelle; peut-être arrivera-t-elle bientôt à réaliser cet idéal de la prière en commun qui Initie charme et qui est la marque des loyers chrétiens; et un jour ou l'autre, ébranlé par ce spectacle, peut-être l'homme (inira-l-il par tomber lui-même à genoux. Et puis le bien moral et religieux qu'elle fait à ses enfants ne périra jamais complètement. Elle leur donne et leur conserve la foi, la vertu et Dieu. Qui oserait dire qu'elle travaille en vain et que l'avenir effacera sou œuvre tout entière? Xon, l'enfant élevé et nourri dans la crainte de Dieu par une bonne et suinte mère n'abjurera jamais complètement son baptême et les souvenirs de son éducation première. Sou esprit pourra s'arrêter avec plus de curiosité que de raison aux erreurs du jour; il Laissera sans doute quelque chose de sa vertu ei de sa foi aux buissons de la route: omis ce ue sera là que l'oubli d'un jour, un accidenl momen-

tané, une folie passagère; une vision passera devant ses yeux, lumineuse et consolante, celle d'une mère pieuse qui priait, qui parlait de Dieu, de Jésus, de Marie et qui avait mis sur son jeune enfant une empreinte ineffaçable ; c'en sera assez pour arrêter cet égaré, pour le remettre sous le joug de la loi, pour lui faire reprendre le chemin de Dieu! En résumé, le cœur de la mère est le foyer de la vie religieuse à la maison, et si ce cœur est véritablement le tabernacle de Dieu, on peut être sûr que Dieu sera connu, aimé, adoré, servi dans la famille, et la maison domestique deviendra comme le sanctuaire de la religion et le paradis de la vertu et de la paix sur la terre. La mère de famille sera ainsi véritablement le cœur de la paroisse et l'arche sainte d'où sortira le salut. Puisse ce vœu être entendu de toutes les mères et trouver dans toutes les familles un écho et une réponse! Puissions-nous voir bientôt dans toutes nos paroisses une Association de mères chrétiennes et retrouver là le gage et le commencement de la résurrection désirée !

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