LES ŒUVRES SOCIALES QUI CONVIENNENT A LA FEMME
que la femme doit rester toujours enfermée dans sa maison, occupée de sa seule famille, privée de ton t rayonnement et de toute influence sur son entourage immédiat ou éloigné, étrangère à nos luttes, à nos discussions. L'influence de la femme est incontestable dans l'histoire, dans le monde des idées et dans celui des arts et des lettres. Pourquoi voudrait-on supprimer cette influence quand il est question des grands intérêts matériels, moraux, religieux et sociaux qui nous préoccupent à l'heure présente? La femme est mère, tille, sœur : elle doit donc participer à la défense de certaines idées, tant par solidarité familiale et responsabilité collective que par obligation personnelle. Llle est chrétienne et conséquemment doit veiller à l'indépendance de sa foi. Elle est citoyenne; elle doit donc collaborera la prospérité, à la sécurité morale de la société. Qu'on appelle cela du féminisme ou de l'action sociale féminine... qu'importe ? Le nom ne fait rien à la chose. Oui, d'abord la femme doit agir dans sa famille, en y remplissant tous ses devoirs auprès de son mari, auprès de ses enfanls, auprès de ses domestiques, auprès de tous les siens, et, toujours bonne, toujours souriante, toujours bienveillante, elle exerce là un pouvoir souverain. Mais le devoir d'état n'exclut pas, ne supprime pas les autres de-
voirs, et, dans les écoles libres, dans les hôpitaux, dans les dispensaires, dans les salles d'asile, dans les ateliers, dans les usines, à la ville et aux champs, partout où il y a une misère à soulager, une plaie à panser, une irritation à calmer, une injustice à réparer, une bonne œuvre à fonder, la femme chrétienne peut et quelquefois doit intervenir. Usant de tout ce que Dieu lui a donné de tact, de bonté, de savoir-faire, elle remercie ceux qui luttent, elle sollicite ceux qui s'abstiennent, elle encourage ceux qui hésitent, elle montre à tous par son exemple, par ses paroles, par l'entraînement irrésistible de sa foi et de son amour, où est le devoir et où est l'honneur. Traitant le sujet qui nous occupe, un publiciste chrétien a écrit : « Je sais telle jeune femme d'un grand industriel, connue jusque-là par son charme et son amour du monde, qui, au cours dune terrible grève, soutint de son entrain, de sa bonne grâce inlassable, de son sourire, le courage de tout un personnel. » Ainsi, même dans les œuvres sociales qui semblent appartenir exclusivement à la direction des hommes, les femmes ont une place à tenir et un rôle à jouer. L'homme fait en quelque sorte le gros travail qui demande la lutte, la science professionnelle; la femme féconde ce travail par la persuasion, par le concours discret et le dévoue-
ment ; elle s'ingénie à convaincre, à protéger, à soulager; elle fait œuvre féminine et en morne temps œuvre sociale par la délicatesse, le charme et la discrétion des moyens employés. Et puis sur ce terrain de l'action sociale il est des entreprises qui relèvent spécialement de son activité el qui doivent être ici sommairement indiquées.
II. Dans un livre intitulé Initiatives féminines dont nous ne saurions trop recommander la lecture. M.Max Turmann nous raconte les OEuvres fondées par des femmes chrétiennes à la ville et aux champs et qui ont trait au travail, à la profusion, par suite h la protection de la femme ouvrière et de la jeune lille ; au commerce, à Tinûuence décisive que l'acheteur et mieux encore L'acheteuse exerce sur le vendeur; au syndicat, au patronage, à l'école, à l'enseignement ménager. Ce livre, qui est tout ensemble lumineux el pratique, sage et ardent, très documenté et très intéressant, nous fait voir jusqu'où s'étend le vaste champ de la charité et de la justice sociale, et ce que peut faire le salon pour la mansarde, la jeune lille du monde pour sa sœur de l'usine et de l'atelier, et, dans un sens plus général, la femme pour la femme.
Nous ne pouvons pas faire la nomenclature,
encore moins la description des Œuvres sociales féminines. Qu'il nous suffise d'en signaler seulement quelques-unes.
Avant d'agir, il faut apprendre. L'enseignement social féminin est d'importance capitale. A partir de 1873, date de l'organisation de l'OEuvre des cercles catholiques par le comte de Mun, les Comités des Daines patronnesses de l'OEuvre des cercles se sont initiés à la doctrine sociale chrétienne, et par ces Comités un grand mouvement d'idées s'est propagé dans la plupart des grandes villes de France. — Plus récemment des conférences féminines ont été données chez Mme la baronne Piérard, et plusieurs centaines de femmes, érudites et zélatrices d'oeuvres, ont étudié, sous différents aspects, le rôle social de la femme du monde. — Les cercles d'études féminins ne sont pas rares aujourd'hui. Quelques-uns se rattachent au Sillon ou à l'Association de la Jeunesse catholique ; quelques autres se sont formés spontanément et ont une vie autonome. Dans une même paroisse, nous connaissons plusieurs cercles d'études composés de jeunes filles du inonde, et un cercle d'études composé de jeunes ouvrières. Ce dernier groupement mérite une mention particulière. Chaque dimanche, sous la direction d'un prêtre, des ouvrières qui ont travaillé toute la
semaine s'assemblent pour étudier et s'instruire; on lit et on explique quelques versets de l'Evangile , on discute <>t on résout toutes les objections entendues à l'atelier; de la théorie on passe à la pratique, et dès maintenant toutes les têtes sont en travail pour l'organisation d'une caisse dotale et d'une mutualité féminine. L'enseignement social féminin n'est pas un vain mot; dans beaucoup d'endroits il pourrait devenir une réalité. Continuons.
La Presse pour tous est une œuvre féminine qui a pour but d'adresser les bons journaux non à une élite, mais à la masse du pays. Elle a été fondée par MmeTaine, et, depuis la mort de cette femme de bien, elle continue de fonctionner à Paris et dans les départements.
Les Syndicats féminins ont l'avantage de grouper les femmes sur le terrain de leur profession.
Le Syndicat de /'aiguille de Paris compte dixhuit cents membres, patronnes et ouvrières. Le Syndicat des femmes, fondé à Lyon par M"c Rochebillard, est également très prospère. Ces associations professionnelles constituent une précieuse innovation. Elles donnent un exemple qu'on ne saurait trop imiter, l'exemple de l'organisation du travail.
L'Union mutualiste, 1, avenue de Latour-Mau-
bourg1, est encore une œuvre féminine. Elle a été fondée et demeure dirigée par la comtesse de Kersaint; elle est administrée par un Conseil de femmes du monde ; elle s'éclaire cependant par le conseil d'hommes spécialisés en ce genre d'études.
Les Maisons de famille sont utiles dans toutes les grandes villes, et surtout à Paris. Elles recueillent, abritent et sauvegardent les femmes qui n'ont pas de foyer stable : étrangères, institutrices et gouvernantes, demoiselles de magasins, employées des postes, domestiques, femmes à la recherche de places, h' Office central de la charité, 175, boulevard Saint-Germain, peut donner tous les renseignements concernant ces maisons de famille.
Les Écoles ménagères, si florissantes en Belgique et en Allemagne, ont été depuis peu d'années acclimatées en France, surtout par le zèle de Mme la comtesse de Diesbach, et on ne saurait trop encourager cette institution, qui répond à un véritable besoin.
La Ligue des acheteurs consacre son action directe h la réforme des ateliers de couture, au bien-être des blanchisseuses, à l'amélioration du sixième étage. Elle a pour fondatrice Mme Jean Brunhes. Son siège est 28, rue Serpente, Paris.
Nous connaissons beaucoup d'autres oeuvres
féminines qui mériteraient d'être signalées avec éloge. .Mais nous devons nous borner. Les entrerprises sociales de la femme sont mulliples, et les quelques types qui viennent d'en être donnés suffisent à prouver qu'il s'agit moins d'inventer des œuvres nouvelles que de s'enrôler dans celles qui existent.
III. Citons seulement en terminant deux ou trois associations féminines, dont l'ambition est surtout de servir les autres œuvres, de les mettre en relation entre elles et de leur fournir des renseignements et des collaborations.
V Action sociale de la Femme, dont le siège est chez Rialland, libraire, 22, rue de la Bienfaisance, à Paris, a pour but d'éclairer la femme sur sa responsabilité et sur les enivres sociales qu'elle peut entreprendre. Elle est fondée depuis s<>pl ans, et elle a fait donner à Paris et en province un nombre considérable de conférences.
Le Devoir des Femmes françaises^ 33, quai Voltaire, poursuit à peu près le même but que Y Action sociale delà Femme. Elle a un Bulletin mensuel. Elle se préoccupe des questions d'enseignement, de l'éducation physique et de la régénération de la race, de «l'Aiguille à la campagne » ou du « Travail au foyer ».
La Ligne patriotique des Françaises, 53. rue de Vaugirard, est une œuvre de défense religieuse et d'action sociale. Elle s'interdit la politique; elle fonde des patronages, des bibliothèques populaires; elle fait de la propagande par le bon livre, par le bon journal, parle tract, par l'affiche; elle organise des conférences, elle procède en général par la visite individuelle.
Tout le féminisme chrétien se centralise et se vivifie dans les Congrès Jeanne d'Are, dont le siège social est actuellement 19, rue Bonaparte, et qui ont pour fondatrice une femme éminente, Mlle Maugeret. Les Congrès Jeanne d'Arc ont réalisé la Fédération des OEuvres sociales de Femmes catholiques. Ils tiennent leurs assises tous les ans, vers le mois de mai. Le Conseil de la Fédération se réunit au moins une fois par mois, d'octobre à juin. Il a pour principales fonctions d'étudier la mise en pratique des vœux adoptés au précédent Congrès et de préparer le suivant.
En somme les entreprises sociales de la femme chrétienne sont, dès maintenant, très nombreuses, et il s'agit moins d'inventer des œuvres nouvelles que de soutenir celles qui donnent des preuves de vitalité. « Nous avons confiance en l'avenir, écrit M. Eugène Elornoy. La femme chrétienne prend conscience de son devoir. Désormais elle ne
se réfugiera plus dans la tour d'ivoire — chère aux âmes faibles, dont les degrés sont laits de scepticisme, d'égoïsme ou de dédain — ou plutôt, si elle y monte, c'est comme au poste de la vigie pour découvrir des horizons plus vastes. Sans cloute des voix ironiques, venues d'en bas, lui demanderont : « Sœur Anne, ne vois-tu rien venir ? » Et elle devra répondre : « Je vois la poussière qui poudroie », c'est-à-dire la ruine et la stérilité. Mais elle ajoutera aussi : « Je vois l'herbe qui verdoie », c'est-à-dire l'éternelle reviviscence des germes de fécondité que la Providence a déposés dans le cœur de la France. »