CHAPITRE PREMIER LES CONSETLS PAROISSIAUX
La paroisse catholique française a été pendant cent ans une institution officielle, soumise aux combinaisons concordataires, protégée par les pouvoirs publics, jouissant de garanties légales et payanl liés cher le prestige apparent que lui donnait l'Etat. C'est fini. De ce régime séculaire il ne peste plus que des ruines éparses, disjointes, sur lesquelles s'acharne encore la cupidité des spoliateurs.
Faut-il désespérer et déclarer qu'il n'y a rien a faire? Disons plutôt que tout esl à faire ou du moins à refaire et que nous avons à peine commencé. Faut-il attendre des temps meilleurs? Non. C'est nous qui faisons les temps meilleurs. Il faut
1. Cette cinquième partie est presque entièrement documentaire. Elle contient les ordonnances, conseils, encouragements, Compte rendus que nous avons adressés à notre clergé et à notre peuple au cours des doux dernières années. Nous avons «tu devoir les publier malgré leur caractère particulier à notre diocèse; dans le chaos où nous somme-;, il nous a semblé en effet, que chaque essai pouvail être une lumière, une indication et un encouragement pour ceux que préoccupe l'organisation de notre Église de France.
les préparer elles hâter. Il faut agir et réorganiser la paroisse au double point de vue spirituel et temporel.
Autrefois nous avions les Conseils de fabrique qui veillaient sur nos intérêts matériels, sur les deniers paroissiaux toujours délicats à manier, si modique qu'en fût le montant. Les Conseils de fabrique, avec bien d'autres institutions, ont sombré dans la tourmente. A leur place nous venons d'instituer les Conseils de paroisse, dans lesquels, à peu près partout, nous avons la joie de retrouver nos anciens fabriciens, d'autant plus aimés et respectés qu'ils nous sont restés fidèles dans les heures difficiles, dans la mauvaise comme dans la bonne fortune.
Les Conseils de paroisse n'auront pas d'existence légale, ils ne peuvent pas eu avoir. La légalité à l'heure présente n'est pas faite pour nous, mais contre nous; nous sommes obligés de nous établir à côté, sur le terrain de l'entente cordiale et bénévole entre le clergé et ses libres auxiliaires.
Les catholiques marquants qui entreront dans nos Conseils de paroisse n'auront qu'un rôle purement consultatif, n'encourront aucune responsabilité financière, ne seront unis au Curé que par
un lien moral. Ainsi le veut l'état actuel de notre législation.
Leur mission sera d'ailleurs de la plus haute importance. C'est dans l'Eglise une tradition plus vieille que le Concordat qui vient de finir, d'associer les fidèles notables à la partie temporelle de son administration. Nous garderons soigneusement cette tradition. Nous donnerons aux conseillers paroissiaux la place d'honneur qui appartenait dans les églises aux fabriciens. Ils seront auprès des paroissiens les témoins et les répondants du curé, auprès du curé, les représentants des fidèles, auprès de l'évêque, les mandataires des pasteurs et du peuple chrétien. Associés à la gestion des finances paroissiales, ils sauront et ils diront d'où vient l'argent et où il va, et ils garantiront de la sorte l'intégrité des pasteurs contre les insinuations possibles de la malveillance. — De concert avec MM. les Curés, ils travailleront à la confection du budget et ils ratifieront les comptes après en avoir étudié les pièces justificatives. Que si dans cette administration délicate survenait quelque différend, ils le soumettraient à L'évêque, juge en dernier ressort. — En résumé, les conseillers paroissiaux seront dans l'avenir ce qu'ont été dans le passé les conseillers de fabrique; les plus fermes appuis, les plus sûrs
amis du curé, et ils mettront à son service et au service de la paroisse leur intelligence, leur pratique des affaires et leur dévouement. Ils revivifieront l'organisme paroissial profondément atteint par les récents bouleversements. Grâce à eux, le dépouillement dont nous sommes les victimes n'ira pas jusqu'à nous faire mourir, et la pauvreté qu'on inflige à l'Eglise de France lui donnera un relief de plus, le relief d'une vie entièrement désintéressée et miraculeusement permanente.
TI. Ordonnance épiscopale instituant des Conseils de paroisse pour aider MM. les Curés dans l'administration temporelle des paroisses.
On pourrait, à la rigueur, confier la gérance des biens d'église aux seuls curés, placés sous la direction des évêques; mais, de tout temps, on a adjoint des laïques à ces ecclésiastiques quand il s'est agi d'acquérir, d'aliéner, d'administrer le patrimoine des collée livités religieuses particulières. Le saint Concile de Trente a demandé luimême ce concours de toutes les volontés, et nous pensons qu'il ne faut pas s'éloigner des pratiques de l'Église et rompre avec des traditions séculaires.
Le curé ne doit pas être absorbé par les préoccupations matérielles; son rôle principal est de
sauver les âmes par la prière, par la prédication, par l'administration des sacrements, par les œuvres de zèle. Qu'il dirige l'administration des Mens de son église ; qu'il trouve les ressources nécessaires au culte; qu'il en indique l'emploi, après avoir rempli les grands devoirs de sa charge; c'est bien. Mais il y a, en toutes ces choses, des détails dans lesquels il ne peut entrer, sur lesquels il ne peut s'appesantir. Il a besoin, en beaucoup de circonstances et en un grand nombre de localités, de collaborateurs intelligents pour diminuer et partager ses sollicitudes, de conseillers pour le guider dans ses entreprises et, partout, de répondants honorables pour défendre la sincérité de sa gestion devant un pouvoir peu luf n vrillant et une population trop souvent hostile. Ces motifs ont inspiré l'Eglise dans les règlements qu'elle a établis ou acceptés dans le passé. Ils sont toujours d'une actualité évidente. Aujourd'hui, pins (jne jamais, le clergé a besoin de se livrer activement aux travaux de l'apostolat, de s'éclairer sur toutes choses et surtout de s'appuyer sur son peuple, puisque le soutien des pouvoirs publics, que la Foi et les Concordats avaienl assuré à ses devanciers, lui fait complètement défaut.
Aussi, tous les évêques de France demandentils, en ce moment, à MM. les Curés, leurs colla-
borateurs, de prendre dans les paroisses, parmi les catholiques les plus dévoués et les meilleurs, des conseillers instruits pour les aider dans l'organisation du culte, dans l'établissement et le soutien des œuvres pies, dans l'administration des biens ecclésiastiques et du temporel de leurs églises.
Comme nos vénérés collègues dans l'Episcopat, nous venons à nos prêtres pour leur faire les mêmes instances. Ils choisiront parmi leurs paroissiens, de préférence parmi les membres des anciennes fabriques, des hommes de bonne volonté. Ils les présenteront à notre agrément et nous leur donnerons une nomination officielle. Présidés par MM. les Curés, qui assumeront seuls devant Pévêque la responsabilité de la gestion des ressources de la paroisse, ces chrétiens d'élite auront, d'après l'Ordonnance qui va suivre, des devoirs faciles à remplir, mais très honorables et d'une grande importance. Nous leur accorderons, sans qu'ils aient à courir les moindres risques, toute l'autorité qu'il nous sera possible de leur confier. Ils ne donneront que des avis, dont il sera tenu le plus grand compte; mais il faut bien se rappeler que notre liberté n'est plus entière. A la suite des évoques de France, qui ont déjà légiféré sur cette matière, nous avons dû prendre, pour éviter des écueils sérieux, des précautions minutieuses. La
réunion des conseillers paroissiaux ne doit être confondue ni avec une Association cultuelle interdite par le Souverain Pontife, ni avec une Association ordinaire. Considérée comme poursuivant un but principalement religieux, elle succomberait bientôt sous les exigences exorbitantes du lise.
Le rôle des conseillers paroissiaux étant bien compris et bien délini, MM. les Curés faciliteront la tâche qui leur incombe en suivant de point en point l'Ordonnance que nous allons promulguer. Elle simplifie d'ailleurs, autant que possible, la comptabilité paroissiale. Nous demandons seulement La tenue d'un Registre-Journal, la reddition annuelle des comptes avec pièces à l'appui, et l'établissement d'un seul budget : registre, feuilles de compte et de budget se trouveront à la librairie de l'évéché.
Ainsi, comme parle passé, plus facilement que par le passé, nous aurons, dans l'administration temporelle de nos paroisses, l'ordre et la régularité, la dignité du culte sera sauvegardée, et le clergé trouvera, dans le dévouement et la collaboration de ses fidèles, la sécurité qui lui est nécessaire pour remplir sa mission, pour procurer la gloire de Dieu et le salut des âmes.
A ces causes, nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit :
Article 1er. — Conformément aux lois de l'Eglise, l'administration temporelle des paroisses est confiée à MM. les Curés. Chaque année, ils devront rendre compte de cette administration à Mgr l'Evêque. Ils sont seuls responsables devant lui de cette administration (Cône, de Trente, sess. 22, chap. ni. De Réf. .
Art. 2. — Pour faciliter leur tache, ils seront assistés de conseillers ecclésiastiques ou laïques. nommés par W l'Evêque. Ces conseillers seront présentés à l'Ordinaire par MM. les Curés.
Art. 3. — Ils seront au nombre de trois dans les paroisses ayant moins de 500 habitants, de cinq dans les paroisses de 500 à 2.000 habitants, de sept dans les paroisses de 2.000 habitants et au-dessus.
Art. 4. — Ces conseillers sont nommés pour une durée de six années. A l'expiration de leur mandat, ils pourront être choisis à nouveau, ou remplacés par Msr l'Evêque, sur l'avis de M. le Curé. En cas de décès ou de démission, ils seront remplacés par Mçr l'Evêque sur la présentation de M. le Curé.
Art. 5. — D'une manière générale ils assisteront M. le Curé de leurs avis, lui prêteront leur concours et leur appui moral pour tout ce qui concerne le temporel de la paroisse, sans encourir aucune
responsabilité légale ou financière. Ils ne sont unis entre eux et avec M. le Curé par aucun lien de droit.
Art. (i. — D'une manière particulière^ chaque année, dans la première quinzaine de janvier, ils sont convoqués individuellement par M. le Curé. Avec lui, ils examinent les recettes et les dépenses faites pendant Tannée précédente pour les besoins du culte dans la paroisse. L'exercice de chaque année commence le 1er janvier et finit le 31 décembre.
Pour faciliter cet examen, M. le Curé devra inscrire dans un livre- journal^ d'un modèle déterminé par Mgl TEvêque, ses recettes et ses dépenses. Ce livre leur sera communiqué avec les pièces justificatives à l'appui.
Après cet examen, ils donneront leur avis sur les recettes et les dépenses effectuées. Cet avis sera consigné sous signatures à la fin du livrejournal et sur la feuille de compte dressée suivant nu modèle donné par M5' l'Évêque,
Art. 7. — Après avoir donné leur avis sur les comptes de Tannée écoulée, ils aideront M. le Curé à dresser le budget de Tannée courante. Ce budget sera établi suivant un modèle donné par Mgr TEvêque.
S'il y avait entre M. le Curé et ses conseillers divergences d'avis sur l'établissement de diffé-
rents articles de ce budget, ces divergences seraient consignées sous signatures à la fin du livre-journal et sur les feuilles mêmes du budget. Elles seraient soumises à Mgr l'Evêque, qui se prononcerait dans la plénitude de son autorité.
Art. 8. — Les feuilles de comptes de gestion et les feuilles du budget paroissial, avec les avis qu'elles pourraient contenir, seront remises en double exemplaire, pour le 15 janvier de chaque année, par MM. les Curés à leurs doyens respectifs. Ceux-ci devront faire parvenir à l'Evêché ces comptes et ces budgets avant Je 31 janvier.
En attendant F approbation de leur budget, MM. les Curés n'engageront, pour chaque mois, sous aucun prétexte, des dépenses supérieures à un douzième des crédits inscrits aux différents articles du budget envoyé à l'Evêché.
Art. 9. — Après l'approbation, MM. les Curés ne devront engager aucune dépense, en dehors de ce qui aura été inscrit au budget, sans prendre l'avis de leurs conseillers et sans l'approbation de M*r l'Evêque. Pour toute dépense extraordinaire, dépassant le dixième des recettes prévues au budget, ils en référeront à l'autorité diocésaine, afin d'avoir son approbation, en lui transmettant l'avis des conseillers sur cette dépense.
Ain. lu. — MM. les Gurés réuniront leurs conseillers trois fois l'an : en janvier, à la Quasimodo et en novembre, pour prendre leur avis sur l'exécution du budget, sur les recettes exceptionnelles et sur les dépenses imprévues à faire pour le culte el l'entretien de l'église.
Aucun procès-verbal de ces réunions ne se m dressé. Néanmoins, MM. les Conseillers pourront, à cette occasion, faire connaître individuellement ;i Mffr l'Evèque leur avis sur les questions qui leur auront été soumises.
Art. 11. — Les conseillers de MM. les Curés jouiront, dans les églises et dans les cérémonies religieuses, des honneurs autrefois accordés aux membres des Conseils de fabrique.
Nous manquons d'organisation. Le statut légal concordataire a été brusquement supprimé, et il n'a été remplacé par rien. L'Église de France ne peut pas rester dans l'inorganisation, c'est-à-dire dans le chaos. Elle n'y tiendrait pas longtemps. Incapable de résister et incapable d'agir, elle irait à la langueur, à l'agonie et à la mort. Une telle extrémité n'est voulue de personne, si ce n'est de quelques sectaires peu intéressants, et au fond très peu populaires. Il faut donc au plus tôt organiser l'Eglise de France. Est-ce possible? Oui et non.
Non, il n'est pas possible de donner dès maintenant une organisation définitive à l'Eglise de France. Nous sommes en plein écroulement et la terre ferme se dérobe sous nos pieds. Tous nos biens nous sont volés, et nous nous demandons comment acquérir une parcelle de propriété pour y asseoir nos autels et nos œuvres. Les textes législatifs édictés depuis le 13 décembre 1905 n'ont pas résolu le problème de nos conditions nouvelles
«IVxistence, et nous vivons au jour le jour eiï face d'un pouvoir qui improvise chaque matin des décrets et des ordonnances plus ou moins arbitraires et inattendus ; notre vie religieuse reste donc pour le moment condamnée à l'incertitude et au provisoire. 11 faut nous y résigner. Nous ne sommes pas les maîtres de l'avenir, des événements et des hommes, et force nous est de nous accommoder aux exigences et aux ennuis de l'heure présente.
Cependant il est possible et il est nécessaire de donner dès maintenant à l'Église de France un commencement d'organisation. A l'émiettement actuel il faut substituer une condensation, une coordination des énergies autour du curé dans la paroisse, et autour de l'éveque dans le diocèse. La dispersion de la vie en est la déperdition. La concentration de la vie en est l'augmentation. La nécessité s'impose donc d'ébaucher au moins les linéaments d'une coordination autour des pasteurs, autour des chefs spirituels. Il faut constituer des groupements.
Comment faire? Ici une multitude de questions se présentent à l'esprit. Quels sont les groupements
possibles dans une paroisse et dans un diocèse? Quelle doit être la place du clergé et des laïques dans ces groupements? Comment les groupements paroissiaux se rattacheront-ils à l'évêque diocésain? Fera-t-on entrer dans ces groupements quelques hommes seulement, ou tous les paroissiens? De quoi s'occupera-t-on dans ces groupements, des choses strictement cultuelles, telles que l'administration temporelle des paroisses et le denier du culte, ou bien d'une manière générale des intérêts religieux, moraux et même matériels de la population? Ceux qui entreront dans le groupement paroissial donneront-ils une cotisation annuelle obligatoire ou facultative? Ces groupements seront- .ils des associations déclarées ou non déclarées? Y aura-t-il des assemblées périodiques, une assemblée générale? etc., etc.
Pour étudier et résoudre toutes ces questions, nous avons besoin de consulter les prêtres et les laïques. C'est pourquoi, le dimanche 27 octobre, nous vous proposons de réunir à Versailles un bon nombre d'hommes pour nous entretenir avec eux de l'organisation religieuse du diocèse. Ce sera la journée des groupements paroissiaux. Autant que leurs occupations du dimanche le leur permettront, les prêtres se rendront à notre invitation et nous apporteront le concours de leurs lu-
mières, car ils sont personnellement intéressés à la bonne organisation du diocèse et à la bonne marche des affaires religieuses. Les laïques euxmêmes ne nous feront pas défaut. Ceux qui sont croyants et pratiquants ne voient pas sans terreur leur religion menacée, spoliée, battue en brèche, jetée comme une proie aux passions révolutionnaires. En présence des méchancetés maintenant dévoilées et notoires de l'impiété et, bien que les aveugles soient encore terriblement nombreux, il est, même parmi les catholiques non pratiquants, beaucoup d'esprits impartiaux qui commencent à comprendre, à se préoccuper et à dire : Où allons-nous ? La force religieuse étanl ébranlée, on sent que toutes les forces sociales sont menacées et que la société craque de tous les côtés à la fois. Clergé, catholiques et honnêtes gens, nous avons un égal intérêt à défendre T Eglise de France, donc à l'organiser par le moyen des groupements paroissiaux. Nos curés de campagne sont murés en quelque sorte dans leurs presbytères, isolés au milieu d'une population indifférente ou hostile, doublement paralysés par la glaciale insouciance des uns et par la stupide et morne opposition des autres. Cette solitude et celle stérilité ne peuvent pas durer indéfiniment, et il faut ramasser autour du pasteur la portion
encore saine du troupeau éparpillé. Dans les villes, les éléments religieux sont généralement plus abondants que dans les campagnes ; mais, si ces éléments religieux restent à l'état de dispersion et d'incohérence, ils ne peuvent que s'amoindrir et s'annihiler. Le curé de ville ne peut pas s'endormir dans des lamentations stériles ou dans une routine nonchalante ; il doit pour des besoins nouveaux créer des méthodes et des œuvres nouvelles; et comment suffira-t-il à sa tâche, s'il est seul, s'il ne s'entoure pas d'un noyau d'hommes qui seront ses collaborateurs et ses mandataires? Les groupements sont nécessaires, aussi avonsnous jugé utile de réunir tous les hommes tant ecclésiastiques que laïques pour nous entretenir avec eux de l'organisation de ces groupements.
La journée du 27 octobre sera consacrée tout entière à l'étude des groupements paroissiaux soit à la ville soit à la campagne, et nous espérons que tous, prêtres et laïques, viendront avec empressement nous aider de leur présence, de leurs conseils, de leur expérience et de leur bonne volonté. D'ailleurs nous ne ferons pas un voyage d'explorationaventureuse. Nos recherches seront sérieuses, prudentes. Rien ne sera livré au hasard. D'abord nous nous inspirerons des directions que le Souverain Pontife Pie X a données à l'Eglise de France
LES GROUPEMENTS PAROISSIAï \ 359
et des décisions qui ont été prises dans le récent Congrès diocésain de Paris.
Et puis nous ferons appel à des jurisconsultes éminents. Nous en avons à Versailles. Ils nous ont déjà rendu de signalés services dans la question complexe des actions en revendication de nos biens ecclésiastiques indignement volés; ils consentiront encore à mettre leur science juridique à notre service dans la question très délicate des associations. A nos jurisconsultes versaillais viendra s'adjoindre un avocat de Paris qui est une des gloires de la Jeunesse Catholique, M. Piot. Et avec de tels guides nous n'aurons à craindre ni les fondrières ni les déviations. Nous marcherons sans péril et sans hésitation.
Un praticien de haute valeur, M. l'abbé Leroy, président de l'Action populaire de Reims, nous a promis lui aussi sa présence et sa parole. Il nous dira comment il comprend les groupements paroissiaux, comment fonctionnent ces groupements là où ils sont institués, ce qu'ils sont appelés à produire et les résultats déjà obtenus, et quels sont les moyens pratiques de les créer et de les faire vivre et prospérer. L'intervention de M. l'abbé Leroy sera un des attraits, et non le moindre, de la journée du 27 octobre.
Et enfin, pour faire de cette journée une journée
de travail et d'action, plus qu'une journée de parole et de discussion, nous avons demandé aux groupements paroissiaux déjà existants de se faire représenter par quelques-uns de leurs associés qui nous diront ce qu'ils ont réalisé ici ou là dans le diocèse. Dès maintenant, le diocèse de Versailles compte au moins 30 ou 40 associations paroissiales qui vivent, qui sont debout, qui marchent et qui agissent, qui ne sont pas des rêves, mais des réalités; elles revêtent des formes différentes, et leurs statuts sont très divers ; ces organisations déjà faites nous instruiront mieux peut-être que tous les discours, et chacun pourra en recevoir la leçon de choses la plus adéquate à ses pensées et à ses possibilités.
Nous avons la ferme confiance que de notre journée du 27 sortira quelque chose de bon, quelque chose d'utile et de vraiment pratique. Il en sortira un Bureau diocésain fortement constitué, qui sera pour tout le diocèse un centre, un foyer de lumière et d'action 11 en sortira pour chaque paroisse un Comité d'hommes qui seront, sous la présidence du curé, les agents de la rénovation religieuse et autour desquels se fera le groupement de tous les honnêtes gens résolus à
maintenir leur religion. Nous ne disons pas qu'il sera facile de trouver partout ce Comité d'hommes ; mais nous disons que le principe de la résurrection des paroisses réside dans cette concentration des unités catholiques autour des pasteurs. Si les groupements ne sont pas possihles dans toutes les paroisses, ils seront au moins réalisables dans les paroisses un peu importantes et dans toutes les paroisses de canton. Nos Congrès cantonaux et nos visites pastorales de Tannée 1908 auront précisément pour but de susciter et d'encourager les Associations paroissiales sur tous les points du diocèse de Versailles. MM. les Archidiacres iront souvent surplace pour favoriser le mouvement el le généraliser. MM. les Doyens donneront l'exemple et l'impulsion à leurs curés suffragaiils. Le clergé tout entier s'y mettra, et beaucoup de catholiques, avisés et actifs, seront heureux de se joindre au clergé. Notre journée du 27 octobre aura un lendemain, elle sera un point de départ, elle donnera une orientation.
Nous entrons dans des temps nouveaux qui nous imposent des initiatives nouvelles. Nous .unions tort de nous en montrer surpris. L'Eglise est depuis longtemps habituée à ces changements «le tactique. Toujours el partoul «'ll<' a distribué le même dogme, la même morale et !.•< mêmes
sacrements, mais elle les a distribués différemment. Elle n'a pas changé la religion; mais, pour la répandre et la faire pratiquer, elle s est accommodée aux temps, aux lieux et aux circonstances. Cela devait être. Voici d'abord l'Eglise au milieu du monde romain, puis au milieu du monde barbare. Subitement tout change : les familles, les provinces, les Etats, les mœurs, la législation. Voici l'Eglise en plein moyen âge. Tout est remis en question, et de nouvelles transformations sociales s'opèrent. Voici l'Eglise dans la période, de la Renaissance, de la Réforme, de Louis XIV, de la Révolution. Quelles nouveautés dans les idées, dans les sentiments, dans les langues, dans les arts, dans les lois ? Ajoutez à cela que l'Eglise est universelle, qu'elle va de l'Orient à l'Occident, qu'elle fait le tour du monde, que le soleil ne se couche pas sur son empire, et que sur sa route elle a rencontré les peuples les plus divers, tout ce qu'il y a de plus fier avec tout ce qu'il y a de plus humble, tout ce qu'il y a de plus civilisé avec ce qu'il y a de plus sauvage. L'Eglise est intelligente, l'Eglise est maternelle, elle a donc diversifié a l'infini ses orientations et ses méthodes. Contemplons notre Eglise, notre chère Eglise de France. Hier, elle vivait sous le régime du Concordat. Aujourd'hui, elle est séparée de l'Etat el
spoliée. Est-ce à dire qu'elle est morte ou qu'elle va mourir? Nullement. Elle continuera de vivre, mais elle vivra autrement que dans le passé. Elle ira chercher son point d'appui non dans le pouvoir qui lui est hostile, mais dans la nation qui lui reviendra ; elle se passera de tout ce qui est officiel et elle se rattachera à tout ce qui est vital ; elle lâchera les apparences et les fictions et elle ressaisir,! les aines et les populations. Elle constituera partout des groupements paroissiaux, qui seront pour elle un recommencement, un point d'appui solide, une prise de possession de l'avenir.
Conclusions présentées par Monseigneur à la
journée des groupements paroissiaux1.
La journée du 27 octobre 1907 sera une date marquante dans l'histoire du diocèse de Versailles. Monseigneur avait convoqué dans sa ville épiscopale prêtres et fidèles pour étudier avec eux la reconstitution et l'organisation religieuse du diocèse. C'était la journée des groupements paroissiaux.
Deux réunions privées étaient annoncées : l'une
I. Nous extrayons du compte rendu de la journée du 27 octobre ou Monseigneur donna ces conclusions, les Lignes suivantes parues dans la semaine religieuse.
de dix heures à midi, et l'autre de deux heures à cinq heures. Elles se tinrent dans la salle paroissiale de Notre-Dame, nouvellement construite, rue Neuve, 12. Plus de six cents hommes étaient présents à la réunion du matin, plus de douze cents à la réunion de l'après-midi. Cinq archiprêtres, la plupart des doyens, une centaine de prêtres, quelques-uns venus des extrémités du diocèse, de Bonnières, de Houdan, de Saint- Arnoult, assistaient à ces grandes assises de la rénovation religieuse du département. Les catholiques les plus en vue de Versailles et de Seine-et-Oise avaient répondu à l'appel de leur Evêque. Et tous ces assistants, prêtres et laïques, composaient ensemble le spectacle le plus intéressant et le plus vivant qui se puisse voir. On les devinait animés de la même foi, possédés des mêmes préoccupations, enflammés des mêmes espérances et décidés à marcher comme un seul homme dans les voies nouvelles. La physionomie de L'assemblée n'a pas été assombrie par le moindre incident. La cordialité était sur tous les visages comme dans toutes les âmes. La note dominante do> doux réunions du matin et de l'après-midi était la confiance : confiance joyeuse en Dieu et en l'avenir du catholicisme, confiance mutuelle entre le clergé, les catholiques et le chef du diocèse.
Après des rapports précis et complets, Monseigneur expose l'organisation :
1° Du Bureau diocésain. — Le Bureau diocésain se coin pose de quelques hommes, tant ecclésin>liques que laïques, librement associés sous la direction de Msr L'Évêque, pour susciter et développer les diverses œuvres de la ville et du diocèse. C'esl un centre de renseignements et d'action, d'action intense, continue, méthodique. Il donne des conseils et donne l'impulsion.
L'Évèque de Versailles est le président du Bureau diocésain, et les vicaires généraux en sont les vice-présidents.
Le Bureau diocésain se réunit tous les mois à rLvèché.
Le Bureau diocésain a une permanence qui le tient en contact incessant avec les groupements paroissiaux, qui reçoit leurs communications et qui met à leur disposition les renseignements et les collaborations dont ils peuvent avoir besoin.
Le Bureau diocésain a un secrétaire qui tient La permanence et des chefs de sections qui sont chargés de certaines œuvres spécialisées.
Le Bureau diocésain n'a pas <l»' section du contentieux; mais le Comité des jurisconsultes, qui nous a déjà rendu de si éminents services, voudra bien se l'aire représenter dans nos réu-
nions mensuelles par un ou plusieurs de ses membres.
2° Du groupement paroissial. — Il importe que dans chaque paroisse existe un comité composé d'un certain nombre d'hommes sûrs, éclairés, agissants, dévoués, vraiment catholiques. Ce comité pourrait prendre le nom de Comité d'action.
Le Comité d'action a pour président le curé de la paroisse, ou, à son défaut, un laïque nommé par ses collègues et agréé par Févèque.
Le Comité d'action choisit dans son sein un secrétaire, un trésorier, et, si c'est nécessaire et possible, des chefs de section.
Le Comité d'action se constitue, s'organise et fonctionne sans qu'il y ait lieu à déclaration ni autorisation.
Le Comité d'action se réunit au moins tous les mois pour s'entretenir avec le curé des diverses œuvres à créer, à développer et à diriger dans la paroisse. 11 ne s'occupe ni de politique, ni du denier du culte, ni de l'administration temporelle de la paroisse, mais seulement des œuvres religieuses, intellectuelles, morales, charitables et sociales, qui constituent la vitalité spirituelle de la paroisse.
Le Comité d'action est en rapport incessant avec le Bureau diocésain dont il réclame souvent
les lumières et le concours et auquel il se rattache par le lien d'une fédération volontaire.
Le Comité d'action n'admet que des hommes et, s'il le juge à propos, quelques grands jeunes gens.
Le Comité d'action est le centre du groupement paroissial. Il recrute donc dans la paroisse des adhérents, hommes, jeunes gens, femmes, en aussi grand nombre que possible. Il s'adresse à la partie saine de la population, à tous ceux qui veulent le maintien du culte pour eux et pour leurs enfants.
Le Comité d'action demande à ses adhérents une cotisation, ou simplement leur adhésion, leur sympathie, l'inscription de leurs noms sur la liste du groupement paroissial.
Le Comité d'action suscite parmi ses adhérents des collaborateurs pour les œuvres de la paroisse, des assistants pour les conférences, fêtes religieuses, séances de patronage, des abonnés au bon journal, etc.
Le Comité d'action attire et invite ses adhérents aux congrès cantonaux et aux manifestations col- If clives de la vie religieuse du diocèse.
Le Comité d'action, s'il le juge bon, invite ses adhérents à une ou plusieurs réunions générales pour leur exposer ses projets, ses désirs et ses initiatives.
Monseigneur estime qu'il est nécessaire de coordonner toutes les énergies, tous les éléments religieux autour de l'évèque dans le diocèse, autour du curé dans la paroisse. Autour de l'évèque, ii institue le Bureau diocésain. Autour du curé, il désire le groupement paroissial dont il vient de tracer les principaux linéaments. Mais le type de groupement qu'il a esquissé, il ne veut pas l'imposer. L'uniformité absolue des groupements serait impossible. Les situations étant variées, il faut laisser à chaque paroisse une grande liberté d'action.
Monseigneur respecte donc, remercie et félicite les groupements paroissiaux déjà formés. Il leur demande d'accroître leur vitalité et de vouloir bien se fédérer avec le Bureau diocésain.
Il exprime le vœu de voir se créer de nouveaux groupements paroissiaux.
Les statuts à donner à ces groupements sont faciles à se procurer : il sufiira de les demander aux groupements déjà fondés ; des modèles très simples vont être distribués à la porte de la salle des séances, à la sortie. Il sera bon aussi que les statuts, une fois constitués, soient soumis au Comité de jurisconsultes, qui corrigera les modèles.
En résumé, ce que Monseigneur conseille, ce sont des groupements, et des groupements qui
travaillent. Travaillons, dit-il, et Dieu travaillera. C'était le cri de Jeanne d'Arc : « Les hommes d'armes batailleront, et Dieu donnera la victoire. » Que telle soit aussi la devise de nos groupements paroissiaux. La victoire ! L'aurons-nous? Peu importe. Le plus grand bonheur n'est pas d'avoir la récompense, mais de la mériter. La victoire! nous l'aurons, en y mettant la grâce de Dieu obtenue par nos sueurs, nos larmes et nos prières. Que dis-je, nous l'aurons? mais nous l'avons déjà. Que peuton faire sans nous? rien. Que peut-on faire contre nous? à peu près rien. On nous a tout pris, et cependant nous vivons, et nous vivrons de plus en plus. Vers la tin de la bataille de Waterloo, on vint dire à Napoléon : « Les Anglais ont fait des pertes énormes. » — « Oui, dit Napoléon, mais j'ai perdu la bataille ! » Les catholiques viennent de faire des pertes énormes. Et pourtant on ne peut pas dire qu'ils ont perdu la bataille, car ils ont sauvé leur honneur, ils ont sauvé leur indépendance, ils ont sauvé leur unité, ils ont sauvé leur vitalité !
Monseigneur ne veut pas finir sur ces paroles de bataille et de victoire. Le clergé et les catholiques ne connaissent pas d'ennemis, et ils aspirent à la rencontre et à la réconciliation de tous les Français sur le terrain neutre et sacré de la reli-
APOSTOLAT OPPOI'.TUN. — 24.
gion chrétienne. Là, sous le regard et sur le cœur du Christ, il n'y a que des frères qui ont au ciel le même Père et qui sont sur la terre les enfants de la même famille !