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CE QUE VON PEUT FAIRE DANS UN CANTON

Plus d'une fois déjà, en conversation ou en retraite ecclésiastique, par la parole ou par la I il nine, sous forme d'ordonnance ou par manière de conseil, nous avons exprimé notre pensée sur la place importante qui revient au canton dans l'organisation religieuse du diocèse;. Il nous plaît de revenir sur ce sujet et de préciser nos désirs, nos projets, les expériences déjà faites et les progrès à réaliser.

Pour bien faire comprendre à notre clergé et à notre peuple comment la vie religieuse doil se concentrer au canlon et s'épandre de là dans-lcs paroisses suilragantes, nous voulons d'abord rappeler et caractériser la mission du doyen. Le doyen dans son canton est le représentant naturel de l'autorité diocésaine; enlre lui et l'évêque vient s'interposer l'archidiacre ; et par l'archidiacre l'unité s'établit, et la vie circule du centre aux extrémités, de l'éveché dans tous les cantons. Le doyen est l'œil de l'évêque : il surveille. Le

doyen est la main de l'évêque : il exécute. Le doyen est le cœur de l'évoque : il rend service et il prête son appui à tous les prêtres de son doyenné. Tout son rôle peut s'exprimer en trois mots : surveillance, direction et bonté. Ce ne sont pas là de vaines paroles. Pratiquement le doyen veille avec une prudente sollicitude sur tous ses confrères du canton, et il leur donne, quand c'est nécessaire, de charitables avis. Il les invite et les reçoit cordialement à sa table. Il va les voir dans leurs tristesses et dans leurs maladies. Il est leur confident et leur conseiller. Il s'occupe non seulement du clergé, mais encore des paroisses de son canton qu'il visite chaque année, d'ordinaire en avril ou mai, entre Pâques et la première Communion. Cette visite décanale est à nos yeux de la plus haute importance, et nous voudrions qu'aux yeux des paroissiens elle prît les proportions d'un véritable événement religieux. Elle pourrait être annoncée au prône le dimanche précédent, et les parents seraient invités à assister à l'examen de première Communion de leurs enfants, qui doit avoir lieu sous la présidence du doyen. Dans cette même visite, le doyen inspecte attentivement la tenue de l'église et des chapelles publiques ou semi-publiques non exemptes, ainsi que la sacristie avec tout son mobilier. Il inspecte les

écoles libres au point de vue de l'instruction religieuse. Il se fait présenter le livre des âmes ou Status animarum prescrit par le Rituel romain, les registres de catholicité et le livre-journal de la comptabilité paroissiale. Cette visite décanale est suivie d'un rapport succinct et complet que le doyen doit adresser, avant la lin de juillet, à M. l'archidiacre.

Ces simples indicalions disent clairement que la fonction de doyen n'est point une sinécure, et elles nous font entrevoir tout un mouvement religieux qui peut et doit se produire autour du curé de canton.

Le canton est un centre. Là souvent se réunissent les prêtres du canton. Ils s'y réunissent habituellement pour les conférences ecclésiastiques dont le nombre réglementaire et obligatoire est de six par année ; tous les prêtres y assistent sous la présidence du doyen, qui dirige la discussion, el qui, après chaque conférence, envoie à l'archidiacre un procès-verbal relatant les absences et les présences, la liste des sujets traités, la date exacte et le lieu de réunion de la conférence suivante.

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Là, au canton, peut avoir lieu la retraite mensuelle. Quelle belle institution! Et comme il nous est doux de féliciter et de remercier les doyens qui ont réussi à procurer à leurs confrères ce réconfort spirituel!

Nous voudrions aussi que, dans la maison du doyen, fût constituée une bibliothèque ecclésiastique mise à la portée du clergé cantonal. Les jeunes pré 1res y trouveraient des livres de science religieuse qui les aideraient à continuer et à compléter leurs études du grand séminaire. Le doyen ou un prêtre désigné par lui serait chargé du prêt des livres et de toutes les démarches nécessaires à l'entretien et à l'enrichissement de cette bibliothèque.

Les prêtres se rencontrent au canton; ils >\ retrempent dans l'amitié, dans la piété et dans l'étude, et ils en rapportent des idées, des initiatives, des méthodes, des impulsions, des désirs d'apostolat e( des instruments de zèle. Sous la direction du doyen, ils se concertent pour instituer et préparer des fêtes religieuses assez belles pour impressionner les populations et leur faire du bien, par exemple une premier»4 communion qui laisse de profonds souvenirs dans l'âme des enfants et des parents, — une adoration perpétuelle qui attire les iidèles de plusieurs paroisses voisines.

— une fête de confrérie, avec messe de communion, prédication et beaux chants... Nos confréries sont devenues presque partout des cérémonies creuses et inutiles qui commencent par la distribution d'un pain bénit et qui finissent par des réjouissances purement profanes. Ces vieilles institutions demandent à être revivifiées par le zèle ingénieux de plusieurs prêtres travaillant ensemble. En attendant que soit créé le groupement des prêtres sous le même toit, établissons le travail en commun, ce que l'on pourrait appeler les groupements momentanés. Parmi nos populations déchristianisées, il faudrait instituer des missions à jet continu. Gomment faire? où aller chercher des missionnaires? Ils ne sont pas loin. On les trouve sur place. Ce sont les prêtres du canton. Pourquoi telle paroisse du canton n'aurait-elle pas une mission de huit ou quinze jours avec retraite des enfants et réunion à l'église pour les adultes à peu près tous les soirs? Trois, quatre ou cinq prêtres du canton séjourneraient dans cette paroisse pendant la durée de la mission et exerceraient de la sorte sur un point donné une puissante action religieuse. Dans un de nos congrès cantonaux, à Mantes, on nous a demandé de rendre cette innovation obligatoire et d'investir le doyen de l'autorité nécessaire pour imposer le fonction-

nement de la mission. Nous ne pensons pas qu'il soit utile de procéder ici par ordonnance. Nous avons peu de confiance dans les innovations imposées; nous attendons presque tout de la bonne volonté et de la libre initiative de notre clergé.

Quand nous parlons du travail des prêtres en commun, nous pensons surtout à nos jeunes prêtres, qui arrivent dans les paroisses animés des meilleures intentions et qui, hélas! s'attiédissent et se dépriment si vite sous l'influence d'un milieu paroissial réfrigérant et exténuant. Nous supplions leurs aînés dans le sacerdoce et surtout MM. les Doyens d'avoir égard à la situation et aux besoins particuliers des jeunes vicaires et des jeunes curés de campagne, de leur adresser un mot d'encouragement, de leur donner des conseils bienveillants, de leur imprimer une direction apostolique, de leur procurer des occasions d'agir et de se dépenser utilement pour la gloire de Dieu et le bien des âmes. Les premières années de sacerdoce sont décisives pour l'avenir d'un prêtre, et une vie sacerdotale, qui commence dans le désœuvrement et l'ennui, est menacée de se continuer et de s'achever d;ms l'impuissance et la stérilité. Heureux le jeune prêtre qui trouve dans son canton les leçons vivantes et les vraies méthodes du zèle, et qui n'a qu'à ouvrir les yeux pour voir

commenl se fondent et fonctionnent les œuvres pastorales.

Les Œuvres sont le salut clos paroisses. Au canton, les catéchismes se font régulièrement, prennent l'enfant tout petit et le conservent le plus longtemps possible après la première communion. Au canton, le patronage continue et complète le catéchisme, et à ce patronage vient quelquefois s'adjoindre un cercle d'études ou une société de gymnastique. Au canton, les jeunes filles sont assemblées dans une société de persévérance ou dans une réunion d'enfants de Marie, sous la direction d'un comité de dames zélatrices. Au canton, il y a une salle paroissiale où se donnent de temps en temps des conférences, où se trouve une bibliothèque ouverte à tous les paroissien^ Au canton, la diffusion de la bonne presse est sérieusement organisée, et le bon journal a des dépositaires, des vendeurs, des distributeurs, des crieurs, des acheteurs au numéro et de nombreux abonnés.

Et du canton toutes ces œuvres et beaucoup d'autres rayonnent dans La région et deviennent interparoissiales. Les patronages se connaissent, se l'ont visite, se tiennent, s'assistent les uns les autres et se groupent tous ensemble pour donner, ici ou là, des fêtes religieuses ou sportives. Une

bibliothèque circulante parcourt successivement toutes les paroisses du canton. Une mutualité enlace dans son réseau les enfants des écoles libres, les patronages, les chrétiens adultes de la circonscription. Que si, dans une localité, on pouvait fonder une caisse rurale ou une assurance contre la mortalité du bétail, bien vite cette petite œuvre locale serait imitée dans les localités voisines.

Pour unifier le canton, il serait même utile de créer un bulletin cantonal qui intéresserait vivement les populations en leur donnant les nouvelles religieuses de la région et en les tenant au courant des entreprises apostoliques de leur clergé. Ce Bulletin cantonal, édité à frais communs, ne serait pas une lourde charge, et il entrerait promptement dans toutes les familles.

Enfin, les congrès cantonaux que nous venons d'instituer auront précisément pour résultat de ramener et de vivifier l'esprit chrétien dan^ les cantons, d'exciter les prêtres à une activité plus intense et à une fraternité plus intime, d'associer les laïques aux initiatives du clergé, de faire passer dans la réalité quelques-unes des idées que nous venons d'exprimer.

Dès maintenant nous sommes heureux de cons-

tater que dans plus d'un canton du diocèse <l<i Versailles les choses se dessinent et s'ébauchent selon le plan qui est dans nos rêves et qui répond à nos désirs.

En ce qui concerne la sanctification du clergé par les retraites mensuelles, nous savons que, dans tel presbytère cantonal, les prêtres se réunissent tous les quinze jours pour une récollection spirituelle, et que, dans tel autre, après le temps donné à la piété, il se l'ait un échange de vues sur le ministère et les œuvres. A Athis chez les Frères, et à Milly chez M. le Doyen, se groupent tous les mois un certain nombre de prêtres des cantons de Milly, de Longjumeau, de la Ferté-Alais, d'Arpajon, de Boissy-Saint-Léger et de Corbeil. Le doyen de Ghevreuse vient d'organiser un service de voitures pour permettre aux prêtres de se rendre plus facilement au Mesnil-Saint-Denis, et nous avons la joie de compter onze doyens qui ont déjà La retraite mensuelle et dix qui sont disposés à l'instituer.

En ce qui concerne le mouvement religieux cantonal, nous pouvons aussi mentionner des résultats déjà acquis et des innovations heureuses qui commencent à poindre. Dans beaucoup de cantons nous voyons s'eiTectuer la coordination et la centralisation des efforts du clergé, les

prêtres sortir de leur isolement et se prêter un mutuel concours dans leurs entreprises de zèle, et presque partout les populations font bon accueil aux appels et aux essais des pasteurs. Qu'il nous soit permis de citer ici le canton de Palaiseau où depuis un an ou deux des conférences religieuses sont données mensuellement de paroisses en paroisses. Orsay, Bures, Gil, Igny, Vauhallan, Saclay, Saint-Lambert, Milon, Yoisin-le-Bretonneux ont été successivement visitées par des conférenciers volontaires, à la tête desquels se place M. l'abbé Batiiïol, premier aumônier de Saint- Nicolas d'Igny. Ici on offre aux paroissiens une conférence dialoguée, là on leur procure une séance de projections soit à l'église, soit dans une salle profane. On arrive facilement à grouper 100 à 150 grandes personnes. Quelquefois on invite des conférenciers étrangers à la localité, prêtres ou laïques. C'est d'octobre à mai que se fait ce travail d'évangélisation par la parole, et la diffusion de la bonne presse préparc, accompagne et complète l'œuvre des conférences. Un prêtre de ce canton nous expose en ces termes les résultats déjà obtenus :

« 1° Nous avons créé là des occasions de contact avec des gens que nous ne voyons jamais ailleurs.

<( 2° On apprend à nous connaître. On constate que le prêtre est un homme de savoir qui peut parler de sujets variés, autres que les sujets de sermons. Et il est aisé de comprendre que les occasions se présentent sans peine, même dans des conférences très profanes, de glisser quelque bonne vérité, ou de rappeler les leçons élevées de F Evangile. Ne faut-il pas éclairer par tous les moyens ?

<( 3° Nous avons eu l'occasion de faire traiter des sujets que nous pensions, au premier abord, trop au-dessus de l'auditoire. Nous y avons rémarqué une attention soutenue, intéressée. Fautil conclure que nous concourons à l'éducation intellectuelle de nos gens? Sans doute. Et nous espérons arriver à remplacer petit à petit nos conférences projectionnées par des conférences uniquement parlées.

« Etant donné le mouvement que nous sentons dans les esprits autour de nous et en faveur de la divine Cause que nous personnifions, nous avons la conviction que non seulement nos efforts ne sont pas vains, mais encore que nous creusons un sillon qui sera fécond un jour. Et avant dix ans (car nous sommes de ceux qui tiennent compte de ce précieux facteur, le temps), il nous semble que nous pourrons avoir la preuve que

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