CHAPITRE IV
Tel est le tiire d'une brochure d'une centaine de pages que vient de faire paraître le R. 1\ George, missionnaire apostolique. Nous voudrions voir celte brochure entre les mains de tous les prêtres et de tous les catholiques de France, tant elle répond aux besoins de l'heure présente.
Le R. P. George proclame la nécessité des missions et appuie sa thèse sur des preuves irréfutables. « Sachons le reconnaître, écrit-il, si la colère de Dieu plane sur nous; si la persécution continue de sévir, implacable et féroce; si nous sommes llagellés et humiliés; si tant de combinaisons de salut avortent; si même tant d'amvres de loi, de charité et de dévouement semblent stériles ; si, à tant de prières, les cieux restent sourds, quelle en est la cause secrète ? Ah! n'en accusons point telle manœuvre politique plus ou moins heureuse et ne nous en prenons pas à la scélératesse incontestable de nos adversaires, mais écoutons
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le prophète Isaïe, il nous donnera l'explication : « Lorsque vous étendrez vos mains vers moi. je dé- « tournerai mes yeux devous, et lorsque vous mul- « tiplierez vos prières, je ne vous écouterai point, « parce que vos mains sont souillées. Lavez- vous, « purifiez-vous ; otez de devant mes yeux la mali- « gnité de vos pensées ; cessez de faire le mal ; appre- « nez à faire le bien ; après cela, venez m'oiïrir vos « vœux et vos prières, et vous pourrez vous plaindre <( de moi si je ne vous exauce pas. » (Isaïe, i, 15.) Donc la conversion est l'œuvre voulue de Dieu, la seule qui l'apaise et qui ramène sa bénédiction, l'œuvre nécessaire sans laquelle il n'ya pas de salut possible. Or comment obtenir ce résultat ? Sans doute le ministère ordinaire est là; le pasteur attend les âmes et il les recherche. Mais combien peu est efficace cette action restreinte ! Que faire alors? Partout où il y a des âmes à convertir, dans les villes et dans les campagnes, il faut organiser et entreprendre avec ardeur une vaste, sérieuse et apostolique bataille contre l'enfer, il faut recourir à une mission... »
Et ailleurs, revenant sur la même pensée avec la même chaleur de conviction, le R. P. George écrit : « Le mal est immense, on ne veut plus ni croire ni pratiquer, un vent de folie passe sur notre France. Mais au lieu dédire : Attendons, ce n'est
pas l'heure, nous crions, au contraire : 0 prêtres de Jésus-Christ, voici l'heure de sortir du sommeil, car nous ne pouvons être « ni des gardiens som- « nolents qui ne voient pas, ni des chiens muets « qui n'aboient pas ». L'incendie étend partout ses ravages; n'est-ce pas l'heure de crier au feu?... Quand Dieu voulut sauver la France, il fit dire à .Ici nue d'Arc : Pars, c'est l'heure. C'était l'heure où la France agonisait, où l'ennemi chantait déjà victoire, où le roi croyait tout perdu et avait pour ainsi dire ahandonné le combat. Et Jeanne rallia les troupes sous l'étendard de l'immortel Roi des siècles, et elle triompha. Ainsi, en ce moment, c'est l'heure de se resserrer autour de notre admirable chef, le Souverain Pontife, de prendre son mot d'ordre, de marcher à l'ennemi avec ensemble, dans la pins stricte discipline. Jésus nous y anime en nous disant : « Ayez confiance, j'ai vaincu le monde! » Attendre! Mais ne serait-ce pas trahir Dieu qui nous confie sa cause, l'Eglise furieusement attaquée, les âmes dont le salut est actuellement si compromis? Sera-ce temps d'agir quand la défaite sera complète? S'il est un reproche à nous faire, n'est-ce pas d'avoir trop attendu? Nous disons donc : Travaillons, luttons, sauvons les âmes, c'est l'heure! »
Prêtres et fidèles ne liront pas sans émotion de telles paroles et voudront faire quelque chose pour les réaliser. Que feront-ils?
1° Sachons d'abord que nous avons de parla loi la liberté de donner et de faire donner des missions paroissiales. Si nous n'avions pas cette liberté, nous devrions la prendre. Mais nous l'avons. La grande objection qui s'opposait aux missions, c'était la circulaire ^Yaldeck-Rousseau s'appuyant sur les articles organiques et ne permettant l'accès de la chaire chrétienne qu'au clergé paroissial et concordataire. Cette objection n'existe plus. La loi de séparation en a fait justice ainsi que de toutes les servitudes imposées au clergé en échange du budget des cultes. L'indemnité budgétaire a disparu ; les fondations, dont les associations cultuelles pouvaient hériter, ont été confisquées. On ne peut plus rien nous prendre; nous sommes donc libres de faire ce que nous voudrons, d'appeler et d'entendre des orateurs de notre choix. Nous serions inexcusables de ne pas profiter de cette liberté.
2° Les missions paroissiales réussissent presque toujours et presque partout. Aucune mission n'est complètement inutile. Sans doute les impies n'en
veulent pas et les combattent avec acharnement. Sans doute les indifférents eux-mêmes, lestièdes, les âmes illusionnées et à moitié bonnes les redoutent et en sont importunées. Mais les Ames droites, les vraies chrétiens les aiment, lesdésirent et sont avides d'en recueillir les bienfaits. Elles sont fortement combattues par l'enfer; mais elles ramènent à Dieu les âmes de bonne volonté. Elles sont un puissant moyen d'agir sur les masses, d'atteindre la jeunesse, les hommes, les ouvriers, les indécis et même les adversaires. Même quand elles ne convertissent pas, elles sont une préparation et un acheminement vers l'amélioration religieuse d'une paroisse.
B° Nous conseillons aux familles chrétiennes et fortunées de subvenir aux frais que nécessite une mission paroissiale. Avec quelques centaines de francs on peut faire un bien incalculable. Quelques catholiques riches pourraient môme fonder une mission, c'est-à-dire constituer un capital suffisanl pour que les revenus pourvoient aux dépenses de ces saints exercices. Ils travailleront ainsi non seulement pour le présent, mais pour l'avenir. Et qu'on ne dise pas que le denier du culte aura à souffrir des générosités accordées à la mission. Ces! le contraire qui arrivera. La mission l'orme des chrétiens ; or une paroisse qui compte beau-
coup de bons chrétiens trouvera toujours le moyen de faire vivre son clergé. La grande question à l'heure actuelle n'est pas la question du denier du culte, mais la question du retour de notre peuple à la foi chrétienne. Si le clergé cherche avant tout le règne de Dieu, le reste lui viendra par surcroit. Jésus-Christ disait à ses apôtres : « Quand je vous ai envoyés sans bourse, sans valise et sans chaussures, avez-vous manqué de quelque chose? » — « De rien », dirent-ils.
4° On peut encore suffire aux dépenses indispensables d'une mission, en s'adressant aux excellentes OEuvres de Saint François de Sales et des Campagnes, qui ne demandent pas mieux que de venir en aide à la gêne du clergé paroissial et des missionnaires. Il faudrait établir ces œuvres à peu près partout, et l'on serait sûr de leur coopération. Les missionnaires, d'ailleurs, se contentent de peu, quelquefois même ils ne réclament aucune rétribution.
5° Reste à trouver des missionnaires. Les Congrégations religieuses n'existent plus en France. Toutefois les membres des Congrégations exislenl encore, et, soit qu'ils résident en France, isolés et dispersés, soit qu'ils résident à l'étranger, on peut facilement faire appel à leur zèle et utiliser leurs services. Et puis, un peu partout, il y a des mis-
sioiinaires diocésains très méritants et très dévoués. Dans le diocèse de Versailles, nous avons sous la main les missionnaires diocésains de Paris, donf l'éloge n'est plus à faire, et qui, tous les ans, donnent chez nous un très grand nombre de missions. Nous les rencontrons à chaque pas dans nos tournées pastorales, et nous constatons partout les heureux résultats de leur action apostolique.
« 0 missionnaires de la sainte Église, accourez, s'écrie le R. P. George, à la fin de sa vibrante brochure. En ce moment, tous les points du territoire sont envahis par les armées de Satan ; des familles, des paroisses, des contrées entières gémissent sous le joug, les âmes se perdent en masse ; bénis par les évoques, unis aux pasteurs dont vous défendez les troupeaux, tenant en main votre glorieux étendard, la Croix et le Rosaire, rassurez le peuple chrétien affolé, ralliez les timides et les fuyards ; ne vous arrête/ pas à des manœuvres de parade ; allez droit à l'ennemi et engagez le bon combat. Ne craignez n'eu, nous dit à tous notre adorable Chef, car fai vaincu le monde. » Nous applaudissons à ces nobles paroles,
et cependant nous croyons devoir les compléter par trois remarques importantes :
1° Nous professons comme le R. P. George une ardente sympathie pour les missions, mais nous ne partageons pas sa défiance à l'égard des œuvres sociales. Il est certain que les œuvres sociales sont par elles-mêmes incapables de convertir un peuple, et personne n'ajamaisditni pensé qu'elles pouvaient remplacer la prédication apostolique. Ces œuvres, cependant, sont utiles pour préparer le succès des missions et pour en garantir les fruits; elles sont aujourd'hui à peu près partout un moyen efficace d'atteindre l'àme populaire et de l'orienter vers la pratique religieuse. « Quant à la sociologie, écrit le R. P. Bouchage, dans son beau livre : Introduction à la vie sacerdotale^ ce serait une sorte de trahison pour un prêtre de ne pas l'étudier, car cette science est aussi rare que nécessaire. » Nous avons en effet devant nous une société qui demande des réformes et, si l'étude de ces réformes est abandonnée aux fanatiques et aux démagogues, les masses seront trompées ei de plus en plus réduites à la misère physique, morale et religieuse. Les prêtres et les catholiques ont donc le droit et le devoir d'entreprendre, là où c'est possible, des œuvres économiques et sociales. L'utilité des œuvres sociales se con-
cilié parfaitement avec la nécessité des missions.
2° 11 importe encore de remarquer que les missions ne sont véritablement efficaces que dans les paroisses fortement organisées. Si la mission n'a pas été préparée et si elle n'est pas continuée par les prêtres du lieu, par le clergé paroissial, clic n'est qu'un feu de paille qui s'éteint sans laisser après lui ni lu micro ni chaleur, elle est une culture intense, mais momentanée et artificielle qui ne donne que des résultats sans lendemain. Le ministère paroissial ordinaire et le ministère extraordinaire des missions doivent rester unis, se prêter un mutuel concours et se fortifier l'un par l'autre. C'est par le zélé et sage exercice de ces deux ministères que la Rédemption est appliquée, que les âmes se sauvent ei que se prépare un meilleur avenir religieux.
3° Pour prévenir les illusions et les déceptions, nous tenons enfin à dire en terminant, que, dans nos régions déchristianisées, les missions ne sauraient produire les mêmes résultats que dans les pays chrétiens, tels que la Bretagne et la Vendée. Dans ces provinces privilégiées, où tout le monde a la foi, une mission opère infailliblement un retour général à la pratique chrétienne. Chez nous, il n'en va pas de la sorte. La plupart de nos paroissiens pourront venir à la mission, mais ne
pourront pas la terminer par la confession et la communion. Ils ignorent à peu près totalement les vérités religieuses, ils sont déshabitués de la prière et des sacrements, et ce n'est pas en trois semaines que nous leur rendrons des convictions et des habitudes chrétiennes. La conversion de nos pauvres infidèles est une œuvre de longue haleine qui demandera du temps et toutes les industries du zèle pastoral. Beaucoup de vies sacerdotales devront s'y employer et s'y user. Voulonsnous dire par là que la mission ne fera aucun bien dans nos paroisses? Elle en fera beaucoup. Elle affermira les aines déjà chrétiennes, elle convertira un certain nombre detièdes et d'indifférents, elle gagnera à la religion quelques imités, elle amènera à l'église des hommes et des femmes qui en avaient oublié le chemin depuis longtemps, elle accréditera les idées et les vérités religieuses, elle encouragera les bons et intimidera les sectaires, elle donnera en un mot à la paroisse une excellente impulsion et elle sera pour tous un immense bienfait.