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LE CULTE

Pendant les retraites ecclésiastiques qui viennent de se terminer, nous avons conféré avec nos prêtres sur la situation présente de l'Eglise de France, sur les ruines déjà faites et sur celles qui se préparent, sur les moyens à prendre pourréparer les ravages de l'impiété, pour sanctifier les âmes, pour évangéliser notre peuple. Parmi les sujets que nous avons soumis à l'attention el au zèle de notre clergé, il en est un que nous devons particulièrement signaler aux catholiques, parce qu'il les intéresse autant que nous, parce qu'il réclame leur généreuse collaboration. Il s'agit de l'érection de nouveaux lieux de culte dans le diocèse de Versailles. Entre nos prèlres et nous, il a été convenu que de ce côté il y avait quelque chose à faire et qu'il importait de se mettre à l'œuvre sans retard, que la question était capitale, actuelle, urgente, et qu'il fallait le plus tôt possible en saisir l'opinion.

En effet, nous avons dès maintenant, et nous allons avoir de plus en plus à la campagne des églises non entretenues, non réparées, ouvertes à la pluie et à tous les vents, entamées par la toiture, ébranlées jusqu'à la base et ruinées. D'ici vingt ans, presque la moitié de nos pauvres églises de campagne seront inhabitables. Nous pourrions déjà dans le diocèse en citer quelques-unes qui sont menacées de bientôt disparaître. Faut-il laisser des populations entières sans église et sans culte? Faut-il laisser des paroisses tomber dans l'infidélité, revenir à l'état païen, c'est-à-dire à l'état sauvage ? Faut-il laisser tout ce peuple naître, vivre et mourir sans prières, sans sacrements, sans cérémonies religieuses, sans rien de divin qui l'empêche de s'abrutir et de se matérialiser tout à fait? Une telle extrémité est inévitable si nous ne remplaçons pas les églises qui tombent par de nouveaux lieux de culte. Une telle extrémité nous fait horreur, et au prix des plus grands sacrifices nous devons la prévenir. Nous ne pouvons pas permettre qu'elle se consomme sous nos yeux, sans faire le possible et l'impossible pour y remédier. Et puis ce n'est pas seulement dans les campagnes que l'érection de nouveaux lieux de culte est dès aujourd'hui nécessaire. C'est dans les villes, et spécialement aux environs de Paris.

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Depuis un certain nombre d'années, les campagnes se dépeuplent et émigrent dans les cités. Le monde agricole diminue et le monde industriel se développe sans cesse. Les agglomérations ouvrières se rencontrent partout, sur les bords de La Seine, de la Marne, de l'Oise, de l'Essonne, de l'Orge, de la Juine, de l'Yvette, de la Bièvre, de la Mauldre, de i'Epte, de la Vaucouleurs, etc... Sans compter que des milliers d'employés qui ont leur travail à Paris se procurent une résidence en dehors de Paris, évitant ainsi la cherté des loyers et l'air malsain de la grande capitale. D'un recensement à l'autre, de 1002 à 1906, le département de Seine-et-Oise s'est accru de quarante mille habitants ; il compte actuellement 750.000 âmes. C'est autour de Paris, dans un rayon de dix ou quinze lieues, que cet accroissement s'est fait sentir. Partout sortent de terre des agglomérations nouvelles, des villages, presque des villes. El alors nous voyons des paroisses de L00U âmes, telles que Chaville, des paroisse- de s.www âmes, telle que Le Raincy, qui ont des églises grandes comme la main, absolument insuffisantes. Nous voyons i\o^ communes, nées d'hier, qui comptent déjà plus de L.000 habitants, telles que Vigneux, et qui n'ont pas d'église. Nous voyons aux portes de Versailles un quartier populeux, tel que Por-

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chefontaine, qui appartient nominalement à la paroisse de Sainte-Elisabeth et qui de fait est presque dénué de tout secours religieux. Nous pourrions multiplier les exemples et citer dans le diocèse au moins vingt localités qui ont besoin d'un lieu de culte. Quelques prêtres se sont émus de cette situation, et il nous est doux de remercier M. le Curé de Livry, qui construit une chapelle à Gargan, M. le Curé de Deuil, qui va bientôt nous faire bénir une chapelle à Labarre, M. le Curé de Montigny-les-Cormeilles, qui veut consacrer ses dernières forces à l'érection dune chapelle à Beauchamp. Non seulement nous approuvons ces initiatives, mais nous désirons qu'elles trouvent des imitateurs. Notre devoir n'est pas de nous croiser les bras et de rester dans l'immobilité, quand les populations marchent et se déplacent, mais bien de les suivre là où elles vont, de les évangéliser là où elles s'agglomèrent, et de placer tout de suite l'église à coté de la mairie et de l'école, la maison de Dieu au milieu des maisons de l'homme.

En principe tout le monde est de notre avis. Il suffit d'un instant de réflexion pour constater la nécessité, l'opportunité, l'urgence de nouveaux lieux de culte. Mais les hommes pratiques volontiers nous accuseront de rêver l'impossible et

nous opposeront la difficulté financière, à leurs yeux énorme et insurmontable. Nous les entendons murmurer tout bas que déjà les catholiques sont sollicités par le Denier du culte et écrasés par le poids des œuvres charitables et scolaires. Ils nous disent de plus que l'heure n'est pas venue, au lendemain des vols sacrilèges qui ont ruiné l'Eglise de France, de préparer une proie nouvelle aux spoliateurs éhontés, toujours disposés à de nouveaux forfaits. Ces objections nous impressionnent; nous les avons prévues et méditées; et nous croyons sincèrement qu'elles sont faciles à résoudre. D'abord, disons un mot des difficultés financières, qui nous semblent peu importantes. Qu'entendons-nous par de nouveaux lieux de culte? Voulons-nous désigner par là des églises somptueuses et coûteuses? Pas du tout. Nous avons payé assez cher notre malheureuse manie d'enfouir de grandes sommes dans d'immenses constructions qui ne répondaient pas à des besoins religieux urgents. Le bon Dion a permis l'effroyable cataclysme qui a balayé toutes nos constructions, pour nous forcer à pratiquer la pauvreté. Il ne faut pas revenir à nos errements. Les lieux de culte que nous déclarons nécessaires dans nos villes et dans nos campagnes, seront des sanctuaires très simples, très peu dispendieux,

quoique très digues, très convenables et très appropriés à leur destination. Nous planterons au milieu du village ou au centre de l'agglomération ouvrière une petite chapelle démontable, ou construite en ciment armé, qui pourra contenir 200, 500 ou 1.000 personnes, et qui coûtera 10.000, 15.000 ou 20.000 francs. Elle aura extérieurement une physionomie particulière qui la distinguera des habitations communes. Elle sera facile à orner, à entretenir, à chauffer pendant l'hiver. Ici ou là elle pourra servir simultanément d'église et de salle paroissiale. Le pasteur y recevra ses brebis; il les aura sous son regard ; il ne leur parlera pas à distance ; si les fidèles sont peu nombreux, ils seront du moins groupés au pied de l'autel, et ils pourront prier et chanter ensemble beaucoup plus facilement que dans la solitude glacée d'une église trop grande. Quand notre peuple sera converti, quand nous l'aurons ramené à la foi des anciens âges, il établira le règne social de Jésus-Christ et il construira de grandes cathédrales. A l'heure présente, il faut refaire son éducation religieuse, lui enseigner le catéchisme, lui redonner la vie chrétienne élémentaire: pour exécuter ce travail préliminaire d'évangélisation, les cathédrales ne sont pas nécessaires, les modestes sanctuaires suffisent amplement. Nouspen-

sons que tout I»' monde nous comprendra. Quand nous parlons de nouveaux lieux de cullo à ouvrir dans ce diocèse, nous n'exprimons que desambitions modérées, raisonnables, parfaitement réalisables; nous ne demandons pas l'impossible ; nous ne voyageons pas dans le rêve et dans la chimère, nous cheminons sur le terrain solide des réalités possibles et faciles. 11 faudra peu d'argent pour obtenir les résultats que nous convoitons, et qui son! à nos yeux d'une importance majeure. Nous ne pouvons pas, nous ne devons pas laisser sans religion, sans Dieu en ce monde, sine Deo in hoc mundOj les populations immenses que nous rencontrons à chaque pas dans le diocèse deVersailles. Les catholiques fortunés et généreux sont nombreux chez nous. Ils prendront en pitié les dédisses religieuses dont ils sont avec nous les lé'moins attristés, et ils nous aideront à donner des sanctuaires aux localités qui en ont besoin.

Il est bien entendu d'ailleurs que toutes les précautions seront prises pour que ces nouveaux lieux de culte ne puisent, en aucun cas, être volés, confisqués, aliénés, détournés de leur destination, livrés à des liquidateurs. Nous snvons qu'il n'y a pas de justice pour les Congrégations, pour le Clergé, pour la Religion. Nous savons que tous

les crimes peuvent être impunément commis par une Assemblée délibérante que terrorise une poignée de sectaires. Aussi nous prendrons nos mesures pour rendre désormais impossible le vol de nos sanctuaires. Ils seront la propriété de sociétés civiles très légalement constituées, ou mieux encore ils resteront des propriétés privées, et nous espérons bien qu'il ne se trouvera pas sur la terre de France des législateurs assez impudents pour décréter le vol, la confiscation des biens appartenant à des particuliers, à des citoyens français. Les prêtres éviteront d'être propriétaires, ils ne seront que des locataires1. On pourra les chasser d'une maison qu'ils auront prise en location, mais on ne pourra pas leur voler une maison qui ne sera pas à eux. Il est triste, dans une société civilisée, d'être obligé de recourir à de tels expédients : des jours viendront sans doute où le droit commun sera accordé au clergé comme à tout le monde ; en attendant des temps meilleurs, nous saurons nous accommoder aux iniquités qui pèsent sur nous, et nous échapperons aux spoliateurs par la

1. Nous faisons la même remarque à propos des ornements et vases saen's qui peuvent être offerts à nos églises. Désormais tous ces objets devront être non des dons, mais des prêts consentis par M. ou M"" X... a M. l'abbé Y... pour L'usage de telle église. M. le Curé de ladite église attestera par écrit que tel objet déposé dans son église lui a été simplement prêté.

pauvreté totale. On peut donc sans crainte se meth 'e ;i la construction de nouveaux lieux de culte. Ils coûteront peu cher, et nous prenons d'avance l'engagement d'en assurer légalement la conservation entre les mains de leurs légitimes possesseurs.

Reste unedernière objection. On nous a dit que le Denier du culte pourrait sou iïrir de l'appel que nous faisons en faveur des nouveaux lieux de culte. Nous ne le pensons pas. Les catholiques de France s'habitueront assez vite au Denier du culte, ils comprendront que l'existence matérielle de leur Eglise dépend essentiellement de leur concours, et peu à peu l'on verra s'acclimater chez nous le régime des contributions volontaires, qui donne de si admirables résultats en certains pays, notamment dans les pays anglo-saxons. Quand le Denier du culte sera ce qu'il doit être, c'est-à-dire, quand il aura ses ramifications dans toutes les couches de la société catholique, et jusque dans les familles les plus modestes, quand sur les listes de souscriptions figurera l'obole de l'ouvrier et des pieuses servantes à coté des dons de la classe aisée, quand ce ne seront plus toujours les mêmes qui se feront tuer, les bienfaiteurs habituels de nos œuvres, qui sont actuellement trop chargés, le seronlbeau-

coup moins, et le fardeau de la charité deviendra plus léger pour quelques-uns en se répartissant sur tous. Un publiciste1 faisait dernièrement remarquer que l'impôt sur le tabac, qui atteint l'immense multitude des Français, rapporte plus de quatre cents millions par an, et que, avec moins du dixième de l'argent qui s'en va en fumée, on rétablirait le budget des cultes, et, au moyen de cet exemple, il concluait « qu'une souscription pouvant atteindre tous les catholiques non indigents, même s'ils ne doivent fournir chacun qu'une offrande minime, serait incomparablement plus fructueuse qu'une autre souscription où, faute de descendre efficacement dans les masses, on se bornerait à obtenir çà et là quelques généreux sacrifices des catholiques notables déjà épuisés, bien souvent, par de semblables appels. » Il ajoutait : « L'Église de France, comme l'Eglise d'Amérique, trouvera, nous en sommes convaincus, des ressources surprenantes pour créer même des œuvres nouvelles, qui, sous le Concordat, n'auraient jamais vu le jour. » Nous partageons complètement cette manière de voir et cette ferme certitude, et le souci du denier du culte ne nous interdit nullement le désir, ou, si on l'aime mieux, la témérité de pré-

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