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CHAPITRE VI

LETTRE DE M*' VÈVÊQUE DE VERSAILLES A SON CLERGÉ ET A SON PEUPLE AU SUJET DES BIENS DE L'ÉGLISE USURPÉS PAR LE GOUVERNEMENT.

L'Église de France va être dépouillée de ses biens. Séminaires, évêchés, presbytères, fondalions pieuses pour les défunts, pour les pauvres et pour les écoles chrétiennes, biens de fabrique et de mense éjpiscopale et curiale, tout va nous être pris, tout va passer en des mains étrangères. La spoliation commence, et déjà, dans notre diocèse, après l'invasion sacrilège du grand séminaire, dont une portion importante nous appartenait, voici que le petit séminaire, qui est tout entier à nous, se trouve transféré et attribué au Bureau de bienfaisance. La série des spoliations va continuer.

Kn présence de cette usurpation des propriétés ecclésiastiques, il est nécessaire d'avertir et d'éclairer les consciences. Au moment de la grande Révolution, les acquéreurs des biens ecclésiastiques lurent en proie à de longues anxiétés, et la perturbation générale de^ esprits ne cessa que par

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l'intervention miséricordieuse de Pie VII. au moment du Concordat. Après plus d'un siècle de paix religieuse relative, nous retombons dans les angoisses d'autrefois. Vous attendez, nos très chers Frères, la parole de vos chefs, et déjà un certain nombre d'entre vous nous ont demandé des solutions et des directions pratiques. Notre désir, dans cette lettre, est de répondre à vos inquiétudes et à vos interrogations. Nous allons essayer de vous dire clairement ce que vous devez penser et comment vous devez vous comporter au sujet des biens ecclésiastiques usurpés parle Gouvernement.

I. Pour expliquer et justifier l'usurpation des biens d'Eglise, on allègue différents prétextes, qui méritent à peine l'honneur d'une courte réfutation. On dit : « Ce sont des biens abandonnés, des biens sans maître. Nous les prenons et nous les attribuons. » Ecoutez sur ce point la réponse vengeresse de Pie X dans son Encyclique du 6 janvier 1007 : « On a pris à l'Eglise ses biens, elle ne les a pas abandonnés. Par conséquent, déclarer les biens ecclésiastiques vacants à une époque déterminée si, à cette époque, l'Eglise n'a pas créé dans son sein un organisme nouveau, soumettre cette création à des conditions en opposition certaine avec la constitution divine de celle

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Église, attribuer ensuite ces biens à des tiers,

comme s'ils étaient devenus des biens sans maître et finalement affirmer qu'en agissant ainsi on ne dépouille pas l'Église, mais qu'on dispose seulement des biens abandonnés par elle, ce n'est pas simplement raisonner en sophiste, c'est ajouter la dérision à la pins cruelle des spoliations. » Nous n'ayons rien à ajouter à ces paroles du Souverain Pontife. Elles sont évidentes. Elles sont le bon sens même.

Pour expliquer et justifier l'usurpation des biens d'Eglise, on dit encore : « Cest la loi] et il faut se soumettre aux lois, quelles qu'en soient les conséquences. » Si donc un texte de loi supprimait demain la dette inscrite au grand-livre et enlevait aux rentiers les treize eenlmillions que l'Etat leur verse annuellement... si un texte de loi décrétait la reprise de la propriété capitaliste au profit des prolétaires sans l'eu ni lieu... si un texte de loi expropriait les établissements industriels et financiers : l'épicerie Potin, les magasins du Louvre et du Bon-Marché, toutes les propriétés de mainmorte et toutes les actions do< Sociétés civiles et commerciales pour en taire dévolution et attribution aux Bureaux de bienfaisance, aux Communes ou à l'État.,, est-ce que les intéressés ni' crieraient pas tous ensemble : ■■ c'esl un vol ! » Et si on venait

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leur dire : « Non, c'est la loi. L'opération est légale, donc elle est juste... » est-ce que la conscience publique ne crierait pas plus fort encore que les intéressés : c'est un vol ! Or, la propriété laïque n'est pas plus intangible que la propriété ecclésiastique. Un texte de loi ne peut prévaloir ni contre l'une ni contre l'autre. Avec une précision mathématique, Montesquieu a écrit : « Une chose n'est pas juste parce qu'elle est dans la loi, elle ne doit être dans la loi que si elle est juste. » Pour expliquer et justifier l'usurpation des biens d'Eglise, on ajoute : « Nous les attribuons aux Bureaux de bienfaisance . Ce sera un prolit pour les pauvres. » Quel est donc ce nouveau droit? Est-il peruiis de soulager les pauvres avec l'argent arraché à des vivants qui protestent, ou laissé par des morts dont on frustre la volonté légitime? Est-il permis, sous prétexte d'assister la misère, de violer les testaments, de piller les fondations pieuses, de saccager le patrimoine des défunts? « Les morts ont des droits dans la société comme les vivants, a écrit Taine, car cette société dont jouissent les vivants, ce sont les morts qui l'ont faite, et nous ne recevons leur héritage qu'à condition d'exécuter leur testament. » Les hommes généreux qui ont donné des biens à l'Eglise n'existent plus ; mais leur testament

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