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CHAPITRE III LE DIMANCHE ET LES FETES RELIGIEUSES

Ce qui importe avant tout, c'est la sanctification personnelle du prêtre et desiidèles. Là est l'œuvre primordiale, nécessaire, irremplaçable. Avec un clergé et un peuple saints, tous les espoirs sont permis et le salut général est certain. Si la piété est absente ou languissante, nous nous agitons dans le vide et nous marchons à la déception et à la ruine. Mais quels sont les moyens d'accréditer la piété dans les âmes et dans les paroisses? Le premier moyen, le moyen traditionnel et obligatoire est l'observation, la célébration régulière des dimanches et des l'êtes religieuses.

I. Le repos du dimanche et des l'êtes n'est pas seulement un devoir que Dieu commande, il est encore un besoin impérieux de notre nature. Dieu n'a donné de forces à l'homme que juste ce qu'il faut pour travailler six jours, et le travail ininterrompu ne peut que nous user et nous tuer avant l'âge. Nécessaire à la vie physique, le repos hebdomadaire l'est également à la vie morale, à

la vie de famille et à la vie religieuse. Comment voulez-vous qu'il comprenne la dignité de son être ce malheureux qui n'a pas un jour par semaine, souvent pas un jour par mois pour y réfléchir? Comment voulez-vous qu'il ne se matérialise pas cet homme qui, tous les jours, sans exception et sans relâche, reste attaché, collé, et pour ainsi dire identifié à la terre ou à l'outil par le travail? Et puis, dans la semaine, l'homme n'a pas le temps de se livrer aux impressions publiantes de la vie de famille ; qu'on lui laisse donc un jour où, à son réveil, ses enfants pourront aller se jeter dans ses bras, un jour où il aura le loisir de se reposer au milieu des siens, un jour où ce père, cette mère et ces enfants auront vraiment le temps de se voir et de s'aimer. Et enfin, sans dimanche pas de religion, pas d'instruction religieuse, pas de prière, pas de vie chrétienne. Sans doute tous les jours sont saints, Dieu est esprit, on peut le servir partout et en tout temps, et l'àme fidèle la plus occupée peut trouver dans ses labeurs des moments à lui consacrer. Cependant nous avons tous besoin de prières régulières et d'offices publics, nous avons tous besoin d'avoir certains jours mis à part pour le service de Dieu et pour la culture de notre àme baptisée. Sans cela notre piété s'évanouira bien vite dans une

spiritualité fausse. Le repos du dimanche et des fêtes nous est absolument nécessaire.

.l'entends dire que beaucoup abuseront de ce repos et le profaneront dans des plaisirs grossiers. C'est possible. Les hommes sont libres, et ils peuvent user mal de leur liberté. Plaignons-les. Tâchons de les amener à des résolutions meilleures. Mais n'allons pas prétendre que le droit au repos hebdomadaire n'existe pas, sous prétexte qu'un certain nombre d'hommes en feront un mauvais usage. Non. Ce droit existe pour tous. La cause du dimanche est juste. Embrassons-la avec ardeur, plaidons-la avec persévérance, et elle finira par émouvoir la conscience publique et par s'imposer à l'opinion. D'ailleurs, si beaucoup d'hommes doivent abuser du repos hebdomadaire, beaucoup d'autres en profiteront sagement. Il est bien évident, en effet, que quand je parle du repos du dimanche et des fêtes, je n'entends pas par là un repos quelconque, par exemple le repos de l'inaction ou de la débauche, mais le repos moralisateur et religieux. L'homme ne saurait se reposer comme une machine qui cesse de marcher, ou comme un animal qui mange et qui dort. L'homme n'est ni animal ni machine. Il a un Dieu à servir et une àme à sauver, et voici l'emploi de son dimanche.

Il vient à l'église qui est en même temps la maison de Dieu et la maison de l'homme, la maison du peuple, la maison de tous. Le temple catholique est le palais du peuple. Là, il est chez lui. Le riche a ses salons. Il faut au peuple une basilique où il soit vraiment l'égal du prince. C'est l'église. Il y entre à son aise. Il y est accueilli comme un roi par la grande voix des orgues. Il y a sa place. C'est là que sa petite fille bien parce a fait sa première communion. C'est là qu'il est venu pleurer sur la dépouille mortelle de ses parents et de ses auiis. C'est là qu'en un jour d'enchantement, il a juré fidélité à la compagne de sa vie. Là il est chez lui. — Là il trouve le Vrai. Cette pauvre âme du peuple, dites-moi, est-elle assez négligée, sacrifiée, oubliée dans l'ardente mêlée de la vie, ouhliée presque fatalement par tous ces hommes de peine dans l'écrasement de la tache journalière? Heureusement, au centre de la cité et au centre du hameau, se dresse le temple, et là, dans le plus simple et le plus sublime des langages, il se dit des choses que nous trouvons toutes naturelles, mais qui auraient ravi le génie de Platon, s'il lui eût été donné de les entrevoir dans les visions incomplètes du cap Sunium. C'est le festin de la vérité auquel sont conviés les enfants, les femmes, les ouvriers, tous Les petits.

Là le peuple est chez lui. Là il trouve le Vrai. — Là il trouve le Bien. Non seulement la vérité lui est apportée toute faite, mais la morale lui est enseignée avec tous les détails qui la composent, avec les principes qui la font obligatoire, avec les sanctions qui la montrent impérieuse, avec les moyens qui la rendent possible. C'est dans nos églises que le peuple apprend à penser, à sentir, à agir noblement. Là il trouve le Vrai. Là il trouve le Bien. Ce n'est pas suffisant. « Tant pis, dit J.-J. Rousseau, si le peuple n'a de temps que pour gagner sou pain, il lui en faut encore pour le manger avec joie. » Oui. Au peuple qui travaille et qui souffre, il faut un peu de joie, non la joie du cabaret qui enivre et qui tue, mais la joie du temple qui élève et qui vivifie. — Là il trouve le Beau, le vrai Beau,le Beau intégral, le Beau moralisateur. Là, il trouve un musée des beaux-arts composé pour lui, un livre de lectures choisi à son intention, une vraie leçon de choses mise à sa portée et capable au besoin de lui en remplacer bien d'autres. Là, il trouve l'architecture, la sculpture, la peinture, la musique, l'éloquence, l'harmonie des figures, des couleurs, des sons et des idées, toutes les richesses de la nature et tous les artifices de l'art, toutes les combinaisons du savoir el toutes les intuitions de la pensée servies par

toutes les patiences du labeur, en un mot toutes les attractions les plus saines et les plus puissantes qui se concertent pour pénétrer par les portes des sens jusqu'au sanctuaire de l'àme.

Le temple catholique d'ailleurs n'est pas seulement le palais du peuple ; il est le lieu de rendezvous des petits et des grands, des riches et des pauvres, de toutes les fractions de la société chrétienne. Je ne vois que l'église et le cimetière pour réunir la masse des hommes; mais le cimetière n'unit, n'égalise que les morts. L'église est Tunique école de fraternité pour les vivants. Partout ailleurs les classes sont divisées, et la division appelle l'antipathie et la guerre. Quand la majorité d'un peuple a perdu l'habitude de se réunir un jour sur sept à l'église, vous savez où elle va. La classe aisée va aux réunions d'affaires où elle apprend à grossir ses, capitaux, au théâtre où elle rit de tout : des vertus encore plus que des vices. La classe pauvre va au cabaret, dans les clubs, où elle apprend à maudire sa condition et à détester les conditions supérieures. Et ces deux peuples ennemis ne se rencontrent plus que pour se montrer le poing et s'entre-dévorer. Les âmes et les paroisses se sanctifient par la fréquentation des églises, par la célébration régulière des dimanches et des fêtes religieuses.

II. Entrons dans quelques détails et disons d'abord combien il importe que les fidèles et particulièrement les enfants soient bien placés à l'église. C'est un point capital pour la prospérité de la religion dans une paroisse. Souvent le placement des enfants, surtout des jeunes garçons, laisse à désirer. Leur vraie place, c'est dans le chœur ; à défaut du chœur, on les placera dans une chapelle latérale ouvrant sur le chœur, ou bien dans les premiers rangs de la nef en face du chœur, dans un endroit enfin où ils puissent être bien surveillés, bien voir l'autel et bien entendre les prédications. Dans quelques églises, on met les enfants à la tribune; c'est une excellente manière de les placer, pourvu qu'ils ne soient pas laissés seuls, sans surveillance, pourvu que les bancs soient disposés en amphithéâtre. Sans doute la location des bancs et des chaises doit être conservée pour assurer au culte les ressources pécuniaires dont il a besoin; mais l'intérêt matériel s'éclipse devant l'intérêt religieux; avant tout, il faut donner aux fidèles et aux enfants une place à l'église, une bonne place, et, si c'est nécessaire, une place gratuite1.

Ht puis la parole de Dieu, l'instruction religieuse doit leur être largement distribuée. Beaucoup de chrétiens évitent soigneusement tout

office où il y a prédication. C'est un tort. S'abstenir une fois ou l'autre d'entendre la parole de Dieu ne constitue pas une faute réelle et positive ; mais peut-on se croire en sûreté de conscience si, régulièrement et systématiquement, on refuse de prêter l'oreille aux enseignements de la chaire chrétienne? Nos prêtres combattront le préjugé détestable qui consiste à se contenter habituellement, le dimanche, d'une petite messe basse sans prédication. S'ils le peuvent, ils donneront à toutes les messes une allocution de quelques minutes. En tout cas, ils obéiront exactement aux règlements diocésains qui prescrivent la prédication régulière faite chaque dimanche et faite d'après un plan. Ils prêcheront tous les dimanches, et même, je dirai surtout les jours de grandes fêtes. « Quoi ! a écrit Mgr Dupanloup, nous nous plaignons qu'on ne vient pas, les hommes surtout, entendre la parole de Dieu ; nous ne savons comment les atteindre, disons-nous ; ils ne viennent pas ! Et ce serait précisément les jours où ils viennent, les seuls jours de Tannée où un grand nombre d'hommes assistent à la messe et pourraient entendre nos instructions, ce serait ces jours-là précisément que nous ne prêcherions jamais ! N'y aurait-il pas là un non-sens? C'est au contraire ces jours-là qu'il importe le plus de prêcher. C'est

pour ces grands jours d'assemblées nombreuses qu'il faut réserver les sujets les plus importants, l<> choses qu'on veut faire entendre à toute la paroisse. » Nous ne pouvons que nous associer aux remarques si pratiques et aux exhortations si puissantes que le grand Évéque d'Orléans adressait jadis à ses prêtres.

Et puisque nous venons de citer Mffl Dupanloup, il nous plaît de nous abriter encore derrière son autorité pour recommander et relever l'office des vêpres. « Si nous ne faisons rien et laissons aller les choses, écrit-il, les vêpres finiront par tomber en désuétude, et il n'y aura bientôt plus que le prêtre et les chantres. Voici quelques moyens d'augmenter l'assistance aux vêpres : 1" les exhortations pressantes en chaire, au confessionnal et dans les visites aux paroissiens; 2° recommander que les personnes empêchées d'assister à la messe, pour des raisons légitimes, viennent du moins aux vêpres; 3° insister particulièrement, pour l'assistance aux vêpres, auprès des membres do* Confréries, et de tous ceux et celles sur lesquels on a de l'influence dans la paroisse; 4° tâcher que les vêpres soient bien chantées ; y faire concourir les fidèles au chant... Quelle différence entre les vêpres chantées par la foule, avec vie et entrain, el celles où l'on n'entend que les chantres seuls,

— et quels chantres souvent! — au milieu d'une assistance muette et ennuyée; 5° donner le plus d'éclat et d'intérêt possible aux saluts qui suivent les vêpres ; 6° un peu de parole de Dieu après vêpres, en chaire, sur les marches du sanctuaire, de votre stalle, n'importe; ne renvoyez pas votre peuple sans lui avoir dit au moins quelque chose : pourvu que ce ne soit pas long, soyez sûrs que vous lui ferez plaisir, et qu'il en résultera, avec le temps, un grand bien; 7° Beaucoup de curés se sont mis à faire, après les vêpres, dans la grande nef, du haut de la chaire ou au banc-d'œuvre, leur catéchisme de persévérance, et ils ont remarqué deux choses : qu'il venait beaucoup plus de monde aux vêpres, et que presque toutes les personnes qui venaient aux vêpres restaient au catéchisme. C'est un moyen excellent et qui a un double avantage, celui de relever les vêpres et celui d'augmenter l'instruction chrétienne dans une paroisse. » Il est certain que manquer les vêpres ne constitue pas en soi un péché; toutefois peut-on dire qu'on a bien sanctifié son dimanche, quand on a donné le matin une demi-heure à Dieu dans une messe basse entendue à la hâte? C'est bien peu. Les vrais chrétiens font davantage pour Dieu. En assistant à la messe, ils accomplissent un devoir de conscience; en assistant 'aux vêpres, ils

accomplissent envers Dieu un devoir de cœur; ils se sanctifient et, par leur exemple, ils sanctifient les autres. Les dimanches et les fêtes bien célébrés attestent la vitalité religieuse d'une paroisse, s'imposent à l'attention des indifférents et dos tièdes et raniment sans cesse la piété dans là me des fidèles.

Nous supplions le clergé et les catholiques de faire le possible et l'impossible pour restaurer dans nos mœurs le respect du dimanche et des fêtes religieuses. La loi sur le repos hebdomadaire a été récemment votée, mais elle restera lettre morle. ou à peu près, tant que l'action privée ne viendra pas se joindre à l'action des pouvoirs publics. Tachons de bien convaincre nos contemporains, nos voisins, nos amis, nos clients, nos fournisseurs de l'obligation et de l'avantage qu'il y a pour eux non seulement de se reposer, mais de se sanctifier les jours de dimanche et de fête. Pour atteindre ce but, répandons en grand nombre des broc bures, des traots, des traités clairs, intéressants, exposant l.i question du Dimanche sous toutes les faces; faisons de temps en temps des conférences sur ce sujet; ne travaillons pas et ne faisons pas travailler le dimanche; fournissons-nous depréférence dans les magasins qui observent la loi du repos dominical ; assistons en famille aux offices de la

paroisse, surtout aux grands offices, àlagrand'messe et aux vêpres, etc.. etc.. L'œuvre de la sanctification du Dimanche est une œuvre de salut et de relèvement pour les âmes, pour les paroisses et pour le pays tout entier.

Dans une magnifique instruction pastorale adressée à son clergé, le 10 juillet 1865, Mgr Dupanloup s'exprime ainsi : « L'Eucharistie est le centre vivant de la religion, et ma conviction est que nous ressusciterions la religion par ce seul moyen ! Il est manifeste, en effet, que si nous pouvions raviver la dévotion à la divine Eucharistie, nous mettrions par là dans les âmes le germe fécond de la vie chrétienne. Et une paroisse où cette grande de Notion envers le Saint-Sacrement serait relevée, honorée et rendue populaire, deviendrait nécessairement une paroisse où Ton apprendrait de plus en plus à connaître, aimer et servir Jésus- Clirist ; car l'Eucharistie n'est pas autre chose que la manifestation au monde de Jésus-Christ dans le grand mystère de son amour. L'Eucharistie, c'est Jésus-Christ lui-même ; et ce n'est pas un Jésus- Christ absent, éloigné, retiré pour ainsi dire dans les protondeurs de son éternité ; c'est un Jésus-Christ, qui est là présent, vivant au milieu de nous, et nous

disant à tous : Venite ad me omnes, qui laboratis

et onerati estis, venez à moi vous qui travaillez et n'en pouvez plus et je vous soulagerai,^ ego re/iciam vos. » Ces admirables paroles nous disent bien ce qu'est l'Eucharistie et la place d'honneur qui lui revient dans la sainte Eglise, dans la paroisse et dans toute vie chrétienne. Or la sainte Eucharistie se présente à nous sous trois aspects qui doivent attirer notre attention et stimuler notre piété, Jésus-Christ descend sur l'autel entre les mains du prêtre, et s'y immole de nouveau pour nous : c'est le saint Sacrifice de la messe. — Jésus-Christ, par l'intermédiaire de son ministre, descend les degrés du sanctuaire et se donne en nourriture aux âmes rangées à la sainte Table : c'est la sainte communion. — Jésus-Christ, après s'être donné aux âmes, ne veut pas les quitter et va se renfermer dans le tabernacle pour continuer de résider avec elles : c'est la permanence de la présence réelle. Chacun de ces points de vue mérite d'être mis en lumière.

I. La messe est l'acte essentiel de la religion chrétienne. Là, Jésus-Christ continue le grand sacrifice de la croix. Là, il adore, il implore le pardon de nos fautes et il nous obtient les grâces du salut. Là, en union avec Jésus-Christ, nous venons prier

pour nous, pour les vivants, pour les morts et alimenter dans nos âmes la vie divine. Il faut assister à la messe tous les dimanches de l'année et aux quatre grandes fêtes d'obligation. Est-ce assez? Oui, c'est assez pour satisfaire au précepte, mais ce n'est pas assez pour répondre à l'amour de notre Dieu, à Y édification du prochain et à nos propres besoins. Aujourd'hui surtout, nousdevrions avoir un culte tout particulier pour le saint Sacrifice de la messe. L'amour de la messe est le critérium infaillible de la foi d'une nation. Là où la dévotion à la messe est faible, la foi diminue; là où cette dévotion s'épanouit, la foi augmente. Si vous voulez un exemple frappant, allez le chercher en Irlande. Ce peuple a conservé sa foi intacte par son amour passionné pour la messe; dans Dublin seulement, quarante mille personnes entendent la messe chaque jour! Hélas ! nous sommes loin eu France d'un si bel exemple. Que de personnes chez nous qui auraient le temps d'assister à la messe en semaine, et qui ne pensent pas, qui ne veulent pas se gêner, qui par insouciance ou sans-gène se tiennent à distance des sources de la vie ! Beaucoup prétendent qu'ils ne le peuvent pas, que le temps leur manque. « La meilleure manière d'économiser le temps, écrivait Ozanam, c'est d'en perdre tous les matins une demi-heure à la messe. »

Il faudrait assister souvent à la messe. Il faudrait aussi la bien entendre, et pour cela généralement il est nécessaire de se servir d'un livre. « Une paroisse, écrit Mgr Dupanloup, où personne ne viendrait à la messe sans son livre, serait une paroisse où l'on entendrait bien la messe. Le contraire n'est pas moins vrai généralement; pas de livre de messe, messe mal entendue.» Voyez beaucoup de gens assister à la messe. Ils sont là, assis ou debout, les yeux en l'air, les bras pendants, sans livre; ils ne prient pas : ils sont étrangers à ce qui se fait sur l'autel. Ils ne savent plus même distinguer les diverses parties du sacrifice, ni les moments où il faut se tenir debout, se mettre à genoux, se tourner vers l'autel. Gomment instruire et former ces pauvres chrétiens? Nous ne disons pas que c'est facile. Il faudrait, ce nous semble, refaire la vie religieuse de nos paroisses en nous adressant aux générations nouvelles, aux jeunes enfants, en les convoquant tous les jeudis à la messe célébrée exprès pour eux. Là on les instruirait à fond, théoriquement et pratiquement, sur le saint Sacrifice, on leur donnerait l'intelligence, le goût, l'habitude de la messe; ces entants seront un jour toute la paroisse; la génération religieuse d'un peuple ne se fait pas en gros, mais en détail, par de menus soins longtemps continués,

par une action exercée de longue main sur l'enfance et sur la jeunesse.

II. Mais, assister à la messe ne suffit pas ; il faut communier et communier souvent; il n'y a sans cela ni foi vive, ni piété, ni christianisme vraiment solide dans une paroisse. Saint Vincent de Paul a dit : « Une personne qui communie bien, fait tout bien. » Pour ne pas exposer quelques jeunes gens de Sorèze à manquer leur communion du 2 février 1856, Lacordaire faisait le voyagedeParis à Toulouse en plein hiver, et malgré les instances de ses amis qui cherchaient à le retenir à Paris. « On ne peut pas calculer, disait-il, l'effet d'une communion de moins dans la vie d'un chrétien. » Sans doute la communion pascale est seule obligatoire ; mais suffit-elle à mettre la vie chrétienne, la piété fervente, dans la paroisse et dans lésâmes? Évidemment non. A peu près partout il est possible de trouver un certain nombre de chrétiennes et même de chrétiens qui s'approcheraientde la sainte Table aux principales fêtes de l'année, puis tous les mois, puis tous les quinze ou tous les huit jours; à peu près partout il est possible de constituer un petit groupe de personnes pieuses qui, bravant le respect humain, donneraient l'exemple de la communion fréquente. Nous répéterons ici ce

que tout à l'heure nous disions à propos de l'assistance à la messe. C'est par les enfants qu'il faut commencer. Dans quelques régions, on ne songe à faire communier les enfants qu'une année après leur première communion, c'est-à-dire à les faire accompagner ou renouveler. Cette pratique est tout simplement pernicieuse. Que veut-on que devienne un malheureux enfant qu'on laisse une année entière sans communion et sans confession, et cela à l'âge précisément où les plus redoutables passions commencent à s'allumer? Cet enfant est voué à l'apostasie et à la ruine. Si nous voulons sauver nos enfants pendant l'année décisive qui précède le renouvellement, il est nécessaire de les faire communier de temps en temps, à l'Assomption, à la Toussaint, à Noël, à Pâques, à peu près tous les mois. C'est le moyen de les faire persévérer; c'est le moyen aussi d'accréditer dans une paroisse l'habitude de la communion. En résumé, sans la communion fréquente et fervente, point de piété solide, point de religion vivante, mais un christianisme de pure apparence et de routine qui n'a ni solidité pour durer, ni fécondité pour s'étendre, ni force pour résister aux envahissements de l'impiété et dos mœurs païennes. 11 est bien entendu d'ailleurs que, pour les enfants et pour les grandes personnes, la communion exige

des dispositions de foi, de pureté de conscience, de bonne volonté, qui sonl la condition essentielle et la mesure exacte <lc son efficacité. Gomme l'aliment qui nourrit nos corps, elle n'est profila hic qu'à ceux qui savent en user.

1TI. L'Eucharistie n'est pas seulement un sacrement et un sacrifice, elle est encore la permanence de Jésus-Christ au Tabernacle, et à ce dernier titre elle se recommande également à la piété et an zèle du clergé et des fidèles. Nous possédons au saint Tabernacle Celui qui est le souverain Maître de la vie et de la mort, Celui qui dispose do Ions les biens et qui est la source de toutes les grâces. Rien n'est excellent pour tous, rien n'esl facile pour beaucoup comme la visite au Saint-Sacrement. (Test là, devant le Tabernacle, que le curé d'Ars, alors que tout était à faire dans sa pauvre paroisse, au débul de son ministère, venait réchauffer son cœur et aviver les ardeurs de son zèle. Il avait compris que la dévotion au Saint- Saerenient est la source de la piété dans une paroisse, el avec la droiture de son grand bon sens chrétien il jugeait que l'exemple du pasteur était la prédication vivante du troupeau. C'est là, devant le Tabernacle, dans la sol i Inde et le silence du temple, que les âmes vraiment chrétiennes, les

âmes d'élite viennent offrir à leur divin Maître les oraisons les plus ferventes et les résolutions les plus généreuses, et recevoir de Lui les plus douces et les plus intimes communications, les grâces les plus abondantes pour elles-mêmes et pour les autres. Dans les localités où la population est assez nombreuse et agglomérée autour de l'église, il sera possible d'organiser un système d'heures ou de demi-heures d'adoration, soit toute la journée dans les grandes paroisses, soit pendant quelques heures dans les paroisses moindres. Ailleurs, on fera chaque soir la prière en commun devant le Saint-Sacrement, et parmi les personnes qui viendront à cet exercice, les unes restant à l'église assez longtemps, avant et après, prieront et diront leur chapelet, et les autres profiteront de l'occasion pour se confesser. Partout on habituera les fidèles, dès qu'ils ont quelque grâce particulière à demander, à venir à l'église et à recourir au Saint-Sacrement. « Pourquoi, écrit Mgr Dupanloup, les peuples ne s'accoutumeraient-ils pas à faire des neuvaines au Saint-Sacrement, comme ils font des neuvaines à tel Saint et à telle Sainte? Ce n'est pas l'usage dira-t-on ; eh bien! faisons que cela devienne l'usage et tout sera gagné. » Et puis, pour encourager la dévotion au Saint-Sacrement, on célébrera r Adoration perpétuelle dans chaque paroisse, et

Ton donnera à cette fête une magnificence extraordinaire. Dans quelques endroits même on pourra instituer lf Adoration nocturne. Enfin les grandes fêtes de l'Eucharistie, telles que les Quarante Heures, le Jeudi Saint, la Fête-Dieu et son Octave, seront des moyens excellents d'amener à Notre-Seigneur de nombreux adorateurs et de remettre en honneur les trois grands actes de la piété catholique : l'assistance à la messe, la sainte communion et la visite au Saint-Sacrement.

Disons un mot, en terminant, de la dévotion au Sacré-Cœur. Dans le langage ordinaire, nous faisons du cœur le centre, le résumé et comme le symbole de l'homme tout entier, et nous avons prononcé le plus beau panégyrique d'un homme quand nous avons dit qu'il a un grand cœur. Il est donc convenable d'honorer d'un culte spécial le cœur de Jésus, qui est le foyer de son amour infini et le pointcentral de son adorable personne. L'Eglise, d'ailleurs, a approuvé cette belle dévotion; elle Ta enrichie de précieuses indulgences; elle a institué des fêtes en son honneur; elle a consacré des églises au Cœur de Jésus; elle a érigé des Confréries du Sacré-Cœur, etc. En France, et particulièrement dans ce diocèse de Versailles, nous vivons en quelque sorte à l'ombre de la Hasi-

lique de Montmartre qui domine tout Paris et qui fait resplendir sur la capitale et sur la nation le culte du Cœur de Jésus. Nous rencontrons dans beaucoup de nos paroisses de pieuses Associations qui se rattachent à TArchiconfrérie de Montmartre ; nous savons que des groupes d'hommes et déjeunes gens vont de temps en temps faire un pèlerinage ou passer une nuit d'adoration à Montmartre : ces belles manifestations de piété nous touchent profondément, et il nous est doux de remercier les prêtres et les fidèles qui en sont les promoteurs. Appuyons-nous de plus en plus sur le Cœur de Jésus et sur la divine Eucharistie. Allons à Celui qui peut tout et de qui tout dépend, et sans lequel notre action demeure stérile et notre travail impuissant.

La sanctification des âmes consiste dans leur union à Dieu par Notre-Seigneur Jésus-Christ. Or Notre-Seigneur Jésus-Christ est présent et se donne dans l'Eucharistie. Donc le culte de l'Eucharistie doit primer toutes nos dévotions. Les dévotions catholiques sont innombrables. Pouvons-nous les emhrasser toutes? Evidemment non. Il y en a de permanentes et vraiment d'immortelles : ce sont celles qui, par leurs racines, tiennent si profondément au christianisme qu elles se confondent presque avec lui et importent à son intégrité, ou même parfois à son essence. D'autres ont brillé un temps pour s'éclipser ensuite, ou jeter moins d'éclat et passer à des rangs secondaires. Nous allons dire quelque chose des unes et des autre-.

I. Nul doute que dans notre estime nous ne devions donner la priorité aux dévotions qui trouvent leur objet en Dieu lui-même et en son

adorable Fils. La dévotion à la Sainte Trinité est par excellence la dévotion du ciel, et par conséquent la dévotion de la terre. La dévotion au Saint-Esprit est particulièrement sanctifiante. La dévotion à la personne de Jésus-Christ se diversifie à l'infini. Outre la dévotion à l'Eucharistie et au Sacré-Cœur qui est manifestement la dévotion centrale et essentielle, il y en a beaucoup d'autres qui sont inexprimablement chères aux âmes chrétiennes. C'est la dévotion à son humanité considérée dans son ensemble, à sa face sacrée, à son sang précieux, à ses cinq plaies, aux différents mystères de son existence temporelle. C'est surtout la dévotion à sa sainte Passion et à sa croix. « Il a été révélé à un saint solitaire, dit saint Alphonse de Liguori, qu'il n'y a pas d'exercice plus propre à allumer en nous le divin amour que la considération fréquente des souffrances et des ignominies que Jésus-Christ a endurées pour l'amour de nous. Quant à moi, je dis qu'il est impossible qu'une âme qui médite souvent la passion de Jésus-Christ ne s'embrase pas d'amour pour Lui. » La dévotion à Jésus Crucifié est la plus efficace pour nous éloigner du péché, pour nous porter à la vertu, pour nous faire marcher dans la voie du pur amour, et cette dévotion peut se manifester de bien des façons, spécialement

par le Chemin de la croix et par la vénération du Crucifix.

Le Chemin de la Croix représente le trajet douloureux que Notre-Seigneur a parcouru, avec la croix sur les épaules, depuis le palais de Pilate où il fut condamné à mort, jusqu'au sommet du Calvaire où il fut crucifié. Il se compose de quatorze stations indiquées dans les églises par des tableaux ou de petites croix. Les indulgences du Chemin de la Croix sont très abondantes. Outre une foule d'indulgences partielles, il y a au moins une indulgence plénière pour toute personne qui fait en un môme jour les quatorze stations, et toutes ces indulgences sont applicables aux âmes du purgatoire. Et de plus, pour gagner les indulgences du Chemin de la Croix, il n'est pas nécessaire de se confesser et de communier auparavant, il suffit que l'on soit en état de grâce et que l'on parcoure les quatorze stations, en s'arrêtant à chacune el en méditant, selon sa capacité, sur la passion; aucune prière vocale n'est requise. Pourquoi le Chemin de la Croix est-il si peu pratiqué par les chrétiens, et même par les personnes pieuses? On ne veut pas se gêner. On est arrêté par le respect humain. On se fait une religion facile, une religion furtive el honteuse d'elle-même, une religion peu méritoire et peu efficace. Nous voudrions

voir beaucoup de fidèles faire le Chemin de la Croix dans nos églises une fois par semaine, le vendredi par exemple, ou le dimanche après les vêpres, ou au moins le premier vendredi ou le premier dimanche du mois.

Nous voudrions aussi voir adopter par tous les chrétiens la dévotion au Crucifix. Cette dévotion s'impose d'une façon toute particulière dans un moment où la haine sectaire s'applique à faire disparaître de tous les lieux publics l'image bénie du Rédempteur. Portons le Crucifix sur notre cœur pendant le jour et pendant la nuit, et baisons-le souvent avec respect et amour; qu'il ait une place d'honneur sur notre table de travail, près de notre lit, dans nos appartements: qu'à ses pieds la famille se réunisse chaque soir pour la prière, et qu'à l'heure de la mort il reçoive notre dernier soupir. Puissions-nous à ce moment suprême le tenir avec confiance dans nos mains détaillantes et expirer en y collant nos lèvres.

II. A côté de la dévotion à l'Eucharistie, au Sacré- Cœur et à la Croix, la dévotion à la Sainte Vierge occupe une place à pari. Nous ne pouvons pas embrasser toutes les dévotions : dans leur ensemble, elles présentent aux âmes l'aspect d'une table abondamment servie, chacun doit en prendre ce

qui convient à ses besoins et à ses goûts surnaturels. Mais il serait assez difficile d'imaginer un chrétien qui n'aurait aucune dévotion envers la Très Sainte Vierge. « Telle est la volonté de Dieu, dit saint Bernard: nous recevons toute grâce par Marie. » «Il est impossible, dit saint Alpbonse de Liguori, qu'un vrai serviteur de Marie se damne... Quelque désespéré que soit un pécheur, s'il recourt à Marie dans les sentiments d'une dévotion vraie, Ma lie le sauvera par son intercession. » Ce qui ne vent pas dire bien entendu qu'un pécheur peut s'enhardir à pécher et n'avoir aucun désir de se corriger, dans l'espérance que la Sainte Vierge le sauvera quand môme. Marie est bien la mère des pauvres pécheurs, mais non la mère des obstinés.

La dévotion à la Sainte Vierge peut se inanités ter de bien des manières. Les prières mariâtes les plus connues sont les meilleures : Y Ave Maria, le Sub tuurh, le Magnificat, YAve maris Stella, Ylnviolata, le Stabat, le Souvenez-vous, les Litanies de la Sainte Vierge, le chapelet. Le chapelet se compose de cinquante Ave Maria, séparés de dix en dix par le Pater et le Gloria Patri. Il esl le tiers du Rosaire. Révélé à saint Dominique, il a été tout spécialement recommandé en ces derniers temps par le pape Léon XIII. Tout chrétien

doit avoir son chapelet et en réciter au moins une dizaine chaque jour.

Le Scapulaire est un morceau d'étoffe de quelques centimètres, portant l'image de la Sainte Vierge, qu'on suspend à son cou. Il est un diminutif du vêtement religieux; il exprime à Dieu, à la Sainte Vierge, notre désir de paraître en tout et partout son serviteur dévoué, revêtu de ses livrées, enveloppé d'un vêtement qui lui est consacré. 11 y a plusieurs Scapulaires en l'honneur de la Sainte Vierge; le principal est celui du Carmel. « Celui qui mourra revêtu de cet habit sera préservé du feu éternel. C'est un signe de salut, une sauvegarde dans les périls, un gage de paix et d'alliance éternelle », dit la Mère de Dieu au Bienheureux Simon Stock, général des Carmes, dans sa célèbre apparition à Cambridge, en 1251. Quand un scapulaire est usé, on en prend un neuf, sans avoir besoin de le faire bénir de nouveau.

Il est aussi fortement recommandé de porter sur soi une médaille de la Sainte Vierge. Le portrait d'une mère fait penser à elle. Pour nous rappeler notre Mère du ciel, portons son image, la médaille miraculeuse, médaille dont le modèle a été donné par la Sainte Vierge elle-même à Sœur Catherine Labouré, Lille de la Clin ri té, en 1830, et ainsi appelée par la voix du peuple à cause des

miracles innombrables, corporels et spirituels, qu'elle a obtenus.

Si nous voulons être de parfaits serviteurs de la Tirs Sainte Vierge, avoir à son égard une vraie dévotion, nous l'aimerons comme un enfant aime sa mère, nous l'imiterons comme le modèle achevé de toutes les vertus, nous la prierons parce qu'elle est la trésorière et la dispensatrice des grâces que Jésus-Christ nous a méritées, et nous aurons soin de célébrer ses fêtes qui sont espacées tout le long de Tannée chrétienne et qui nous rappellent sans cesse sa vie, ses exemples, sa virginité sans tache e1 sa maternité divine, sa puissance et sa bonté.

III. Après les dévotions qui ont pour objet Xnlre-Seigneur et sa divine Mère, viennent celles qui ont pour objet les saints, les anges, les âmes du purgatoire.

Les dévotions qui s'adressent aux Saints ont plus ou moins d'éclat et de popularité selon les temps et les lieux. Les patrons locaux sont vénérés dans une région ou dans une paroisse et sont oubliés ou inconnus ailleurs. Saint Jean-Baptiste a inspiré dans les premiers siècles une dévotion qui n'existe plus aujourd'hui au même degré; tandis que saint Joseph, si longtemps caché et comme inconnu, est devenu, depuis saint Bernardin de

Sienne et surtout depuis sainte Thérèse, l'objet d'une dévotion croissante, publique, universelle. Ce culte semble désormais monté à son comble, grâce à la reconnaissance et à la proclamation faite par le Saint-Siège du haut patronage qu'au nom et par la volonté de Dieu cet incomparable Saint exerce sur toute l'Eglise. De nos jours la dévotion à saint Antoine de Padoue est devenue très populaire, et, si large qu'on fasse ici la part de la vogue et de l'engouement, on est forcé de reconnaître que les faveurs obtenues par l'intercession de ce glorieux fils de saint François sont innombrables et souvent extraordinaires. Parmi les saints il en est un qui nous a été donné par la sainte Eglise au baptême comme protecteur, comme intercesseur et comme modèle, c'est notre saint Patron, et rien n'est plus légitime que d'avoir pour lui une dévotion spéciale ; nous ferons bien de lire sa vie, de célébrer sa fête et de l'invoquer souvent. Nous n'avons pas à craindre de déplaire à Jésus et de blesser sa sainte Mère en les négligeant un peu pour laisser aller notre regard e1 notre tendresse vers un saint qui nous ni tire. Allons dans le sens de notre inspiration. Tous nos hommages diversifiés sont approuvables, orthodoxes el salutaires, pourvu qu'ils convergent, sans exception, vers le même point central, vers le

même objet final, qui est l'Auteur suprême de la grâce. Toutes les dévotions on l'honneur des saints se rapportent indirectement à Jésus-Christ. 11 est la fin; elles ne sont que des moyens.

La dévotion aux Saints Anges mérite aussi notre pleine confiance, surtout la dévotion à nos anges gardiens el aux trois archanges Michel, Gabriel et Raphaël. La dévotion à saint Michel est une de celles <|ui ont pris une importance particulière dans La piété chrétienne à notre époque. Elle répond aux nécessités actuelles de l'Église, aux besoins de notre société contemporaine envahie el bouleversée par les légions infernales. Quanta noire Ange gardien, il n'est point de père, de frère, d'ami dont l'affection égale la sienne ; la foi nous dit qu'il a été député par Dieu pour nous protéger; nous lui devons l'hommage de notre respect h cause de su dignité, de notre amour à cause de sa bonté, de notre confiance à cause de sa mission bienfaisante auprès de nous.

Il est enfin une dévotion qui se recommande également des enseignements de noire foi el i\^< meilleurs instincts de notre cœur, c'esl la dévotion en faveur des âmes du 'purgatoire. Quand nous avons accompagné un parent ou un ami à sa dernière demeure, nous n'avons pas payé toutes nos dettes à son endroit. Il nous reste à prier et à

faire prier pour le soulagement de son âme, afin que la justice de Dieu la délivre plus tôt des souffrances expiatoires du purgatoire, et à son tour cette âme, une fois dans le ciel, intercédera pour nous. Avant même l'heure de sa délivrance, elle peut nous obtenir de grandes grâces. « Elle ne s'est pas éloignée en devenant invisible, dit Fénelon. Elle vous voit, vous aime, elle est touchée de vos besoins. » Et sainte Catherine de Bologne disait : « Souvent ce que je n'avais pu obtenir par les prières des saints du ciel, je l'ai obtenu dès que j'ai eu recours à ces âmes souffrantes. » Les moyens que nous avons de soulager les âmes du purgatoire sont la prière, l'aumône, les indulgences, les bonnes œuvres et surtout le saint sacrifice de la messe.

IV. Il nous reste un mot à dire des dévotions populaires, des dévotions locales, anciennes, enracinées clans les mœurs, qui autrefois étaient vivifiées par l'esprit de foi, et qui aujourd'hui ne sont plus qu'une écorce extérieure, matérielle, purement superficielle. Il ne faut pas les détruire. S'il s'y est mêlé des abus ou quelques superstitions, il faut les épurer très prudemment et très doucement, en évitant de froisser, de troubler trop brusquement les habitudes locales. Si ces dévotions populaires

vont s'affaiblissant de plus en plus et tendent à disparaître tout à fait, il faut les ranimer et les faire refleurir. Si elles sont devenues des routines machinales et inintelligentes, il faut les revivifier et leur rendre peu à peu leur puissance de sanctification. Donnons ici quelques exemples. On vient demander au prêtre des Evangiles et le prier de bénir des linges pour les malades. Cette pratique est excellente, pourvu qu'elle soit accompagnée de la foi, de la prière, des sacrements et du soin spirituel des malades. — Il y a des saints locaux auxquels on a une grande dévotion dans chaque paroisse et qu'on invoque pour obtenir les biens temporels. Ce n'est pas mal, pourvu que, par l'intercession de ces saints, on sollicite les grâces spirituelles non moins que les faveurs temporelles. — Dans tels pays, même peu chrétiens du reste, on organise une belle procession, où les corps de métiers sont représentés et leurs bannières portées avec pompe, où figurent des reliquaires dorés et des statues enguirlandées. Rien n'est plus conforme à l'esprit de l'Eglise, et n'excite davantage la dévotion; ces manifestations extérieures font souvent plus d'effet que »l»4 beaux discours et rattachent fortement les populations à la religion, il suffit seulement de donner l'intelligence de ces manifestations à ceux qui y prennent part, de leur en faire con-

naître l'esprit et de leur suggérer les pensées et lesdispositions qui permettent d'en bien profiter. — La dévotion pour les morts est restée populaire dans presque toutes nos paroisses. Tant mieux. Elle rappelle l'âme naturellement aux grandes pensées de la foi et de l'éternité ; elle remue les fibres les plus sensibles du cœur humain et produit souvent des conversions. Il suffit seulement de cultiver cette dévotion, de se servir des émotions naturelles pour rendre les âmes plus accessibles et plus souples aux impressions de la grâce. Quand on est affligé, facilement on va jusqu'à Dieu. Souvent, nous le savons, on ne donne aux morts que des larmes d'amitié humaine ; mais de là il n'y a qu'un pas pour aller plus loin, et il est assez aisé de montrer le ciel à ceux qui se plaignent de la terre. Toutes les dévotions, approuvées par l'Eglise, sont bonnes. Elles nourrissent la piété. Elles sanctifient les âmes. Quelques personnes, par-ci par-là, peuvent abuser des dévotions, comme on abuse des meilleures choses. Mais cet excès est aujourd'hui très rare, et mérite à peine d'être signalé. Ce ne sont pas les dévotions exagérées qui nous menacent; nous mourons plutôt d'inanition religieuse.

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