‹ Apostolat opportunChapitre 8 sur 64 · D1 PEUPLE CHRÉTIEN · texte numérisé non relu

D1 PEUPLE CHRÉTIEN

celte conservation de la vie divine. Rien n'est fait tant que les sacrements ne sont pas fréquentés, et

pour amener son troupeau à les recevoir, le pasteur multiplie les industries et les démarches de son zèle; il ne dort pas tranquille tant qu'il a dans sa paroisse des enfants qui naissent, vivent et peutêtre meurent sans baptême, des chrétiens et des chrétiennes qui ne font plus leur communion pascale, des unions qui ne se contractent pas au pied des autels, des malades qui paraissent devant Dieu sans absolution, des pécheurs qui vivent dans Tirnpénitence; le pasteur veut sanctifier et sauver toutes ses brebis; il court à la recherche des brebis égarées et il fait le possible et l'impossible, pour les ramener au bercail; comme Dieu dont il est le ministre, il n'a qu'une pensée, un désir, une volonté, qui est la sanctification des âmes : hœc es/ enim voluntas Dei, sanctificatio vestra.

II. La sanctification du peuple chrétien est nue œuvre qui aujourd'hui devient plus (/?/<• jamais difficile. Dans les âges de foi ou dans les pays Ire- religieux, les fîmes venaient chercher lr> dons de Dieu et les prêtres u'avaient qu'à se prêter aux besoins du troupeau. Dans nos temps d'indifférence ou d'apostasie, leclergé ne peut plus se '-ontenter de ce rôle négatif et purement passif:

la collectivité paroissiale n'existe plus ; il doit la reconstituer en agissant sur des catégories de personnes et presque sur chaque àme en particulier. Autrefois on pouvait administrer et sanctifier les paroisses en bloc ; aujourd'hui il faut les convertir et les christianiser en détail, àme par âme, unité par unité.

Pour sanctifier le peuple chrétien, il est aujourd'hui nécessaire de le connaître, de le visiter; c'est pour un pasteur un grand travail, mais c'est aussi une grande consolation et un grand profit; c'est le moyen et l'occasion de faire tomber des préjugés, de témoigner aux paroissiens un intérêt qui les touche, de découvrir beaucoup de besoins spirituels particuliers qui resteraient ignorés sans cela, de donner une quantité d'avis utiles de remédier à bien des désordres, d'obtenir des secours pour les bonnes œuvres, de ramener un certain nombre d'àmes à Dieu et à la pratique des sacrements, etc.. Dans les grandes paroisses, le curé ne peut pas tout seul suffire à la visite pastorale ; mais il n'est pas seul : il a des vicaires; il partage le travail; il divise la paroisse par quartiers et il assigne un quartier à chaque vicaire, en se réservant pour lui-même l'inspection et la surveillance générale. Alors tout se Pail et se fait non sans peine, mais avec fruit.

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C'est ce que pratiquait M. Olier dans son immense paroisse de Saint-Sulpice, à Paris. La recherche des âmes en détail, l'investigation des besoins particuliers des paroissiens, dans une grande paroisse, est aussi impossible qu'indispensable, si l'on ne s'y met pas à plusieurs, si la paroisse n'est pas divisée par quartiers avec assignation d'un quartier à chaque vicaire.

C'est qu'en effets pour sanctiiier le peuple chrétien, il faut l'atteindre et le saisir dans chacune de ses parcelles. L'individu ne doit pas disparaître dans la masse ; Jésus-Christ n'est pas mort seulement pour le genre humain en général, niais pour chaque homme en particulier, pour ce petit enfant, pour ce vieillard, pour ce pauvre, pour ce riche, pour cette grande dame, pour cette humble ouvrière. Qu'importent dix mille conversions, si la dix mille unième manque? Et dès lors le travail apostolique se multiplie, se complique, se diversifie à l'infini. Il y a sans doute une instruction religieuse qui convient à tous et qu'il faut donner à tous; mais il y a aussi une instruction religieuse spéciale qui convient à certaines portions du peuple chrétien, et dont il ne faut pas le priver. La parole de Dieu atteindra ainsi plus particulièrement et plus fortement. De même le culte, comme la prédication, devra être

accommodé à certaines classes de fidèles. On instituera des congrégations, des assemblées religieuses pour les enfants, pour les vierges, pour les mères de famille, pour les hommes, pour les ouvriers, pour atteindre tous les besoins, toutes les facultés de l'homme, pour offrir tout l'homme à Dieu. Et enfin, on tiendra les sacrements à la disposition de tous et on s'ingéniera à les rendre accessibles à chacun, de manière que l'œuvre de sanctification s'exerce sur l'ensemble et en même temps sur les âmes les plus déshéritées, les plus inaperçues et les plus oubliées. Dans un si vaste sujet, le temps nous manque pour tout dire ; donnons seulement quelques indications.

La sanctification des enfants est particulièrement importante. Il faut les faire venir au petit catéchisme dès l'âge de sept ans, les préparer à une excellente première communion par la confession fréquente, par l'assistance à la messe le dimanche et en semaine, par la formation progressive dans ces jeunes âmes de l'esprit de prière, de la piété, de la vie chrétienne.

La jeunesse, les ouvriers, les pauvres, les malades sont autant de catégories qui exigent des soins spéciaux, des démarches individuelles el des œuvres de différents genres. Toutes ces faiblesses, toutes ces indigences matérielles ou spirituelles

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sont incapables de se subvenir à elles-mêmes et

d'aller jusqu'à Dieu, si elles ne sont aidées, encouragées, dirigées, soutenues et persévéramment assistées.

Les âmes fidèles et les pécheurs doivent être an momenl du Carême l'objet d'une très vive sollicitude. Non seulement on les appellera à des prédications extraordinaires, maison leur rendra aussi facile que possible l'accomplissement consciencieux du devoir pascal. On connaîtra par le détail ceux qui pratiquent les sacrements, ceux qui en oui perdu tout à fait l'habitude depuis longtemps et ceux qui n'attendent qu'une occasion pour s'y remettre.

Le baptême est souvent donné trop tard aux enfants. De temps à autre des pasteurs donneront sur ce point des avis généraux et pressants, et même des avis particuliers aux parents. Si nous ne disons rien, si nous laissons aller les choses, les retards deviendront île plus en plus nombreux, l'idée de la nécessité du baptême s'affaiblira et le salut de Lien des entants sera compromis.

Lesacremenl de Mariage es! souvenl légèrement ou sacrilègement reçu et les familles se tondent sur un sacrement profané. S'il n'est pas facile ici d'empêcher tout le mal, essayons au moins d'en empêcher une partie, et faisons comprendre à

notre peuple combien la bénédiction de Dieu est nécessaire à rétablissement du foyer.

C'est au foyer que les âmes se sanctifient et que s'opère la restauration morale et religieuse des paroisses. Nous n'aurons rien fait tant que nous n'aurons pas rétabli, au moins dans une certaine mesure, l'esprit de famille aujourd'hui si menacé et si diminué. Ce travail exige de longs et persévérants efforts ; il y faudra des années, des siècles peut-être, car les mœurs et les habitudes d'un peuple ne se changent pas en une génération. Mais qu'importe? Dieu ne nous demande pas le succès immédiat, mais le labeur incessant. Faisons notre possible, et Dieu fera le reste.

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