Apôtres inconnus
Ombre du Père Céleste , nourricier de la Sainte Famille, premier oblal — oblatus : dévoué — de Marie Immaculée, premier missionnaire de Jésus-Christ, que vous avez porté en Égypte ;
Patron de la Congrégation des Missionnaires Oblals de Marie Immaculée et du Canada ;
Pourvoyeur assidu des fils de Mgr de Mazenod, dans leurs missions des cinq parties du monde;
Agréez l’humble hommage de ces chapitres racontant l’histoire de nos coadjuteurs-missionnaires, qui, à l’ombre du sacerdoce, prient, travaillent et succombent, au pays des neiges et des glaces.
En la fête de votre patronage, le 7 mai 1924.
Pierre DUCHAUSSOIS, O. M. I.
SS Pie XI à l’Auteur
Secrétai rerie d’Etat Du Vatican, 30 juin 1925.
de Sa Sainteté.
Mort Révérend Père,
Le Souverain Pontife a vivement agréé ihommage que vous Lui avez fait du livre Apôtres Inconnus faisant suite
au travail Aux Glaces Polaires.
Sa Sainteté vous remercie de ce témoignage de vénération filiale et vous félicite d’avoir relevé les mérites très grands parfois de ces humbles coopéraleurs de l’Œuvre sublime du salut des âmes.
Comme gage de Sa bienveillance, le Saint Père vous envoie volontiers, ainsi qu’à votre ministère, une spéciale Bénédiction Apostolique.
Veuillez agréer, Mon Révèrent Père, l assurance de mon religieux dévouement en Notre Seigneur.
P. Card. GASPARRI.
Préface
En nos temps de scepticisme, de matérialisme et d’irréligion , nous vivons dans le surnaturel ; et nous ne le savons pas. Il nous baigne de chaleur et de clarté comme le soleil, il nous sature de vie comme V oxygène; et nous marchons dans sa lumière sans en apercevoir le foyer, nous respirons ses effluves sans en distinguer la source.
Noire génération voit la terre enfanter des Montmartre et le ciel y semer des Lourdes ; elle a rassemblé les foules autour des congrès eucharistiques et offert l’enfance aux baisers du Christ; elle assiste à l’universel épanouissement des conférences de Saint-Vincent de Paul et de la Propagation de la Foi ; Dieu lui envoie des curés d’Ars et des Pères de Foucauld, des Bernadette et des Thérèse de l’ Enfant- Jésus. El d’aucuns la jugent inféconde et maudite.
La Légende dorée refleurit dans toutes les parties du monde ; elle éclol en parterres, que ne peuvent ni brûler les fournaises de l’Equateur, ni geler les glacières du Pôle. El nous croyons révolu le temps des martyres et des miracles.
La Légende dorée ! Mais il suffit de regarder autour de soi, pour lui découvrir et lui récolter de nouvelles moissons d’épisodes et de portraits. Des dévouements héroïques el des œuvres incomparables surgissent au sein de nos faubourgs ;
PRÉRACE
el les pays lointains nous renvoient les échos de l’épopée missionnaire.
Et, cependant, l’immensité de la foule indifférente et frivole el la majorité des catholiques, hélas ! restent aveugles à ces beautés, demeurent sourds à ces chants.
La Providence, heureusement, nous prenant en pitié, suscite quelquefois de modernes trouvères dont les chansons de geste éveillent notre attention. Les obscurs el surnaturels exploits dont ils furent éblouis nous arrivent sur les ailes de leurs récits émus el pittoresques. Ils trouvent le chemin de nos cœurs en passant par nos curiosités. Nous sommes des enfants qui nous enchantons d’une image et d une histoire. Dieu nous saisit par là et, par là, nous attire aux saints qui nous élèvent à Lui.
Le Père Duchaussois, de la Congrégation des Oblats de Marie Immaculée, est l’un de ces témoins et de ces poètes. Après avoir évangélisé V Extrême-Nord du Canada, le missionnaire, s’ improvisant conteur, a fait connaître aux Canadiens eux-mêmes la charitable intrépidité de leurs Sœurs Grises. Et puis, à la France, il a révélé les merveilles, les labeurs et les vertus de ces religieux qui portent le feu du Christ au fond des glaces polaires.
Et voici qu’il dévoile à nos yeux le sacrifice et la générosité des Apôtres inconnus !
Quel est-il donc, ce héros qui se cache et que nous ignorons, cet « apôtre du silence , du travail obscur, de la prière..., qui n’est pas le prêtre, et qui cependant partage le même martyre du devoir et du sang? »
C’est le frère coadjuteur.
Le « frère » si bien nommé ! Car c’est une vraie fraternité, tout à la fois authentique el profonde, qui l’unit au prêtre dont il est l’auxiliaire indispensable, le compagnon de route,
PRÉFACE
j’allais dire le camarade de combat. Les Missionnaires, écrit l’an d’eux, « nous considèrent comme leurs frères ».
Gomme le prêtre, il est religieux. Il appartient à la grande el sainte famille des Oblats.
LesOblatsde Marie Immaculée , l’un des témoignages et l’un des rayonnements de la France catholique au XIXe siècle, issus de notre sol ou plutôt de notre âme, épanouis d’abord au sein de nos séminaires, de nos pèlerinages el de nos missions, puis lancés à la conquête du monde et recrutant bientôt, dans les pays qu’ils évangélisaient, de nouvelles légions d’évangélisateurs !
C’est une des grâces que Dieu m’a faites, au cours de ma vie, que de m’introduire au foyer de ces religieux, qui, de la même sève, ont pu former, pour l’Église de France, un cardinal Guibert et, pour les Indiens de V Alhabaska-Mackenzie, ces grands « petits frères » aujourd’hui justement chantés par le Père Duchaussois.
Voicitrente ans déjà que je découvris leur apostolat généreux, pénétrant, cordial el tout surnaturel, en celle basilique de Montmartre, où leur admirable activité insuffla une âme de prières au corps de granit. Puis, au cœur même de l’Église, à Rome, il m’a été donné de reconnaître, avec leur infatigable dévouement, la haute science et la claire sagesse de leurs théologiens. Enfin, dans ce lointain Canada, je les ai retrouvés partout, à la tête de paroisses et d’universités des provinces de Québec el d’Ontario, ainsi qu’au pied des Montagnes Rocheuses. Et, si j’avais pu explorer les territoires à demi-déserts de V Extrême-Nord, c’ est encore sur leurs pas que j’aurais marché jusqu’aux dernières limites des terres habitables.
C’est pour leur rendre hommage et leur témoigner ma gratitude que j’écris cette Préface. L’ouvrage du Père Duchaussois n’avait pas besoin de cette recommandation superflue ; mais,
PRÉFACE
mon amitié et ma reconnaissance ont saisi avec empressement celte occasion favorable.
Ayant donc exprimé V affectueuse vénération que je porte aux Oblals de Marie , — en termes, hélas ! trop inférieurs à la vivacité de mes sentiments, — je n'aurais plus désormais qu'à laisser la parole à l’historien des Frères.
Mais mon admiration même éprouve le désir d’ajouter quelques mots.
« L’évangélisation du Nord-Ouest, a déclaré Mgr Boy , coadjuteur de Québec, est le plus beau fleuron de la couronne que portent les fils de Mgr de Mazenod et l’un des plus merveilleux ouvrages de l’aposlolal catholique dans le monde. »
De ce merveilleux ouvrage, à la suite du P. Duchaussois, vous allez vivre ici quelques épisodes, approfondir quelques ressorts, découvrir quelques artisans.
Ces artisans très humbles, et cependant très efficaces, et même tout à fait nécessaires, les Frères coadjuteurs, il ne suffit pas de les admirer dans le pittoresque tableau de leurs efforts, de leurs souffrances, de leurs héroïsmes et de leur apostolat. Il faut pénétrer le secret de leurs mérites, imiter de loin leurs vertus, soutenir indirectement leur ministère.
Et c’est à dessein que j’emploie ce mot de ministère. Car, en vérité, ce sont de vrais apôtres et parfois de puissants convertisseurs, que ces humbles servants. Non seulement le Missionnaire les emploie comme catéchistes et même, en certains cas, leur confie le soin de diriger les prières et d’expliquer l Évangile aux Indiens / mais encore leur silencieux exemple est souvent une prédication décisive. Un vieux loup de mer, échoué au Mackenzie, qui venait d’abjurer le protestantisme, avouait à Mgr Breynat : « Si je suis catholique aujourd hui, c est grâce à vos Frères dont la vie religieuse et dévouée m’a profondément convaincu ».
PRÉFACE
%[Çelte vie ne tient donc pas tout entière dans les travaux manuels et dans les expéditions aventureuses , dont le Père Duchaussois nous déroule une série d'images impressionnantes. Elle a des profondeurs et des substructions de sainteté. Ausurplus, ces longs voyages en canot , sur des rapides hérissés d'écueils où l’on risque à chaque instant de s’engloutir ou de se briser; ces randonnées épuisantes en traîneaux inconfortables et plus souvent à pied , sur de lourdes et encombrantes raquettes ; ces nuits glaciales autour d un feu chétif apres un souper de viande seche ou de poisson pourri, ces péchés hivernales où les mains s immobilisent parfois dans une carapace glacée; ces constructions et ces défrichements pénibles et laborieux, tout cet ensemble d’efforts et de travaux que la verve d'un conteur et l' imagination lointaine illuminent de pittoresque, mais dont les réalités constitueraient, pour la plupart des hommes, une accumulation de souffrances intolérables, les Frères coadjuteurs, qui les endurent avec sérénité pendant toute une vie, ne les supporteraient pas un an sans une haute perfection. « Mon Père, interrogeait l'un d'eux avec une humble candeur, ne croyez-vous pas qu il faut aimer le bon Dieu, un petit peu, pour rester dans un pays comme
celui-ci? »
Ce n'est pas~« un petit peu », c'est passionnément que ces apôtres aiment le bon Dieu.
Des héros et des saints comme le Frère Alexis, massacré par un sauvage et très probablement martyr de la chasteté, comme le Frère Kearney, lentement consumé par l indéfectible accomplissement du devoir quotidien, comme le Frere Leriche, que Mgr Grandin, — dont la cause de béatification est à l’élude — appelait « le modèle des pénitents », comme tant d’autres encore, dont la physionomie, les exploits et les paroles ensoleillent tout l’ouvrage, nous représentent de magni-
PRÉFACE
fiques exemplaires et de vigoureux stimulants de vertu. Après s’être enchanté de leurs aventures , on se recueille pour invoquer leur protection.
Et quel florilège surnaturel on pourrait composer , des mots tout simples envolés de leur cœur ! Écoutez le Frère Rio répondre au missionnaire , qui le veut remplacer dans un labeur exténuant: « Laissez , mon Père. C’est trop d’honneur et trop de bonheur pour moi d’assister un prêtre. Ne m’enlevez pas le privilège de ma belle vocation ! » Le Frère Alexis, qu’on se propose d’élever au sacerdoce, supplie ses supérieurs de le laisser dans une situation, où il peut les servir avec une « humilité plus facile ». Et le Frère Kearney, sur le soir de sa vie, se révèle inconsciemment lui -même, en donnant ces conseils de pur mysticisme : « Le religieux et le missionnaire ne peuvent faire du bien aux âmes, à commencer par la leur, que dans la mesure où leur union avec Jésus s’est réalisée... Le Bon Dieu ne veut nous utiliser que comme des réservoirs comblés de ses grâces et de ses dons mis à profit par notre bonne volonté, et débordant alors, de leur trop plein, sur les pauvres indigents qui nous sont confiés. Nos travaux ne sont rien, nos succès rien, je le vois maintenant, si nous ne sommes avant tout des hommes de Dieu. »
Tout chrétien peut méditer avec fruit ces maximes et les appliquer dans sa propre existence. Il n’en est aucun qui, de quelque façon, ne puisse et ne doive exercer une action missionnaire. El s’essayer de la sorte à l’imitation des apôtres, c’est encore le premier et le plus sûr moyen de leur venir en aide. Non seulement celle générosité implique et inspire tous les autres, mais elle possède elle-même une surnaturelle efficacité. Au surplus, n’ est-ce pas ainsi que la Bienheureuse Thérèse de l’Enfant- Jésus, « la petite sœur des missionnaires », les assislail du fond de son Carmel, en attendant qu’elle pût
PRÉFACE
leS Proté9er des hauteurs du Paradis? Un jour que, malade, elle prolongeait par obéissance, au delà de ses forces, une promenade^ qu'on lui avait prescrite, elle répondit à l'infirnuere qui l'engageait au repos :« Laissez, ma sœur. Je marche en ce moment pour un missionnaire qui n'en peut plus ».
Quand Dieu nous envoie quelque effort à entreprendre ou quelque peine à supporter, souvenons-nous que, par l'admirable vertu delà Communion des saints, nous pouvons soutenir un de ces héroïques petits Frères de l’ Extrême-Nord, qui, dans ce même instant, soulève un écrasant fardeau ou subit l'étreinte d'un froid mortel !
François Veuillot.
CHAPITRE GÉNÉRAL DE LA CONGRÉGATION DES MISSIONNAIRES OBLATS DE MARIE-IMMACULÉE, TENU A ROME EN 1926.
Présidé par S. G. Mgr. Augustin Donlenwill, Archevêque de Ptolémaïs, Supérieur général,
Famille indienne Denée modernisée, du Mackenzie.
Esquimaux de la région du Coppermine, venus à Résolution. Gabriel, le premier néophyte delà tribu, sa sœur et ses parents.
Jeune Cris (Algonquin) de l’Alberta.