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CHAPITRE PREMIER

Religieux

U u « mystère ». — L’cipôlre inconnu. — Sa consécration à Dieu. — Dans la Congrégation des Missionnaires Oblals de Marie Immaculée. — Dont les couvents s'élèvent jusqu’ aux confins de la terre. — En Amérique en particulier. — Au Nord-Ouest. — Dans V Athabaska-Mackenzie. — Coup cl’œil sur les vicariats arctiques. — Facilités et dijficultés de l’évangélisation au pays des Dénés et des Esquimaux. — « Amour de prédilection ». — La cellule du religieux , fontaine jaillissante de l'apostolat.

Un protestant, acheteur de fourrures dans les régions de l’océan Glacial arctique, disait à un évêque, qu’il voyait arriver de France, il y a soixante ans, avec un groupe de jeunes Bretons, aspirants Frères condjuteurs :

A la rigueur, je comprends le dévouement du

prêtre. Mais celui du frère, c’est pour moi un mystère !

Ce livre s’attachera à expliquer le « mystère » de Vapôtre inconnu, mystère impénétrable à l'esprit mercantile du siècle, mystère ruisselant de lumière et d’amour aux yeux du chrétien qui sait méditer l’histoire de 1 apostolat catholique à travers les âges.

APOTH.ES ISCOÎSixUS.

L'apôtre inconnu , ce n’est pas le prêtre.

Le prêtre missionnaire, appelé à conduire les tribus sauvages des profondeurs du paganisme aux sublimités de la Foi, commande l’admiration des hommes. A la fleur de ses vingt-cinq ans, orné de sa science et de son sacerdoce, il s’incline sous la bénédiction suprême de son père et de sa mère, bénit à son tour ceux qu’il ne compte plus revoir ici-bas et s’en va, par delà les Ilots, à travers les continents, jusqu’aux bornes du monde, annoncer la Bonne Nouvelle et planter la Croix. Ses épreuves, ses combats, ses victoires, les Annales de la Propagation de la Foi en raconteront l’éclat. Unanimement, ses compagnons d’enfance, ses condisciples du séminaire ou du collège qui l’ont vu partir, le regarderont, à l’égal du soldat qui va mourir sur le champ de bataille, comme l’incarnation du sacrifice dans sa forme la plus pure, la plus sublime.

Mais de Vautre missionnaire, a-t-on jamais parlé ?

Mais l’autre ouvrier de l’Évangile, apôtre pareillement, qui eut à briser les mêmes fibres de cœur, en quittant son foyer, sa patrie ; qui a traversé les mêmes océans que le prêtre, parcouru les mêmes déserts, choisi pour demeure les mêmes sables ou les mêmes glaces, adopté pour famille les mêmes peuplades grossières, ingrates, féroces, cannibales parfois ; qui a sacrifié, pour gagner les âmes lointaines à Dieu, ses talents, ses forces, sa vie entière : l’apôtre du silence, du travail obscur, de la prière, l’apôtre, qui n’est pas le prêtre et qui cependant partage le même martyre du devoir et du sang, en a-t-on fait connaître la beauté?

Cet apôtre inconnu, c’est notre frère coadjuteur.

Et il n’y a que le sacerdoce à nous distinguer de lui.

Sa première prérogative est d’être un religieux.

RELIGIEUX

L’état religieux consiste clans la prise de possession par l’Église d’un chrétien qui se consacre à Dieu par les vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance.

L’onction qui fait le prêtre vient de Dieu seul. Mais la consécration qui fait le religieux vient de la volonté libre de l’homme, s’immolant à Dieu sous le regard de l’Église, qui accepte cette immolation et la rend souverainement méritoire.

Le prêtre peut devenir religieux. Mais le simple frère qui, au terme de son noviciat, prononce ses vœux perpétuels, est religieux au même titre que le prêtre lui-même.

Religieux , placé par sa consécration volontaire à la source de la vie divine, il aura la force de pratiquer une pureté plus exquise que le simple fidèle ; ses chutes seront plus rares, moins profondes ; il se relèvera plus vite ; il accueillera la mort avec plus de confiance ; son purgatoire sera moins long; sa récompense au ciel sera plus magnifique.

Religieux coadjuteur, il n’aura rien à redouter des honneurs et des responsabilités du ministère sacerdotal. Pour fuir les regards du monde, échapper à la vaine gloire, et rester dans l’humilité, qui est la terre divine de toutes les vertus, il lui suffira d’observer sa Règle et de se laisser conduire par la vigilance de ses supérieurs.

Le cardinal d’Amboise, ministre de Louis XII, disait en mourant à son humble infirmier :

— Frère Fean, Frère Jean ! Que n’ai-je été, toute ma vie, Frère Jean !

L’épanouissement de sa vie religieuse, ses mérites, ses joies, l 'apôtre inconnu les trouvera dans une Congrégation approuvée par tous les papes qui se sont succédé depuis Léon XII, congrégation qui compte aujourd’hui

près de cinq mille membres, si l’on ajoute aux profès ceux qui peuplent ses noviciats et ses juniorats : la Congrégation des Missionnaires Oblats de Marie Immaculée.

Cette congrégation, née en France, en 1816, du coeur apostolique de l’abbé de Mazenod, futur évêque de Marseille, s’étend, depuis quatre-vingt-cinq ans, sur les deux hémisphères, réalisant cette double devise : Evangelizare pauperibus misit me... Pauperes evangelizantur : Il m’a envoyé évangéliser les pauvres... Les pauvres sont évangélisés.

L’Amérique, depuis le Golfe du Mexique jusqu’à l’océan Glacial, l’Afrique dans ses États du Sud, l’Asie dans son île merveilleuse de Ceylan et l’Australie se partagent, avec l’Europe, les missionnaires de trente provinces ou vicariats apostoliques.

Chacune de ces provinces, chacun de ces vicariats possède de nombreux frères coadjuteurs.

En France, en Belgique, en Angleterre, en Irlande, en Allemagne, en Hollande, en Pologne, en Tchéco-Slovaquie, en Espagne, en Italie, les Frères remplissent surtout les charges temporelles. Grâce à eux, prédicateurs et professeurs peuvent se livrer entièrement à l’accomplissement de leur ministère sacré.

En Asie, en Afrique, l’apôtre des Geylanais, des Cafres, des Zoulous et des Basutos laisse le soin de sa maison et de son église à son Frère missionnaire, et va prêchant partout.

Le champ d action le plus vaste de nos coadjuteurs est, sans contredit, l’Amérique du Nord.

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C est sur 1 Amérique qu’en 1841 la Congrégation des Oblats de Marie Immaculée essaima d’abord de la Provence, sa ruche-mère, Cette date marqua l’abondance des bénédictions divines et la multiplication merveilleuse des vocations sous la bannière de Marie Immaculée.

Les premiers Oblats, partis à la demande de Mgr Bourget, le saint évêque de Montréal, évangélisèrent les populations blanches de l’Est du Canada, fondèrent parmi elles un collège qui devint l’Université catholique d’Ottawa, et s’occupèrent jusqu’au bout des derniers survivants des tribus indiennes, que remplaçaient déjà de grandes villes et de beaux villages.

En 1844, Mgr Provencher, l’évêque du Nord-Ouest, vint plaider, à son tour, la cause de son incommensurable diocèse. Il y avait là quelques Blancs, disséminés, mais surtout de nombreux Peaux-Rouges et Métis.

Il s’était dit: « Je connais Mgr de Mazenod. Son [cœur est enflammé pour lesalut desâmes. Déplus, il est lefondateuret le père d’une société de missionnaires voués à Marie Immaculée et dont le programme est d’évangéliser les pauvres ».

Mgr de Mazenod, lorsque cette demande lui arriva, en fut effrayé :

— C’est, disait-il, envoyer mes enfants à la mort !

Mieux inspiré par son zèle et sa prière :

— Fiat / Je m’imposerai ce sacrifice !

Le Nord-Ouest sauvage, où abordèrent le Père Aubert et le Frère Taché en 1845, est maintenant transformé. Là où ne se trouvaient alors que l’évêque de Saint-Boniface et une dizaine de prêtres, fleurissent les œuvres de cinq provinces ecclésiastiques, de onze évêchés et d’un millier de prêtres.

AI’ÔTRES INCONNUS

Ainsi fructifia l’apostolat des Oblats de Marie Immaculée qui eurent l’honneur d’être et de rester jusqu’à ce jour la phalange la plus considérable des missionnaires du Nord- Ouest canadien.

L’évangélisation du Nord-Ouest, a dit S. G. Mgr Roy, coadjuteur de Québec, est le plus beau fleuron de la couronne que portent les fils de Mgr de Mazenod, et l’un des plus merveilleux ouvrages de l’apostolat catholique dans le monde.

A ce « fleuron », brillent les vives couleurs des vertus religieuses pratiquées par les Frères missionnaires.

De cet « ouvrage », nos chers coadjuteurs furent, en grande partie, les nobles artisans.

Ce n’est pas de ces vaillants du Nord-Ouest, toutefois, que nous devons encore parler. L’heure viendra peut-être où une autre plume fera revivre ces légendaires marcheurs, architectes, peintres, charpentiers — tels les Frères Bowes, et Némoz — hommes d’abnégation et de peine, dont les noms restent attachés, comme des âmes harmonieuses, à tant d’édifices construits avec la scie de long et la cognée du bûcheron : églises, écoles, couvents à la structure solide et chaude, aux allures élancées, aux « toits français », aux clochetons hardis, à la fine croix dominante. Ces pieux ouvriers de.s temps apostoliques attendent, aux cimetières des Oblats , à Saint-Boniface, à Prince-Albert, à Qu’Appelle- Lebret, à Saint-Albert, à Sainte-Marie de la Colombie, la résurrection glorieuse ; et ceux qui les remplacent n’ont d’autre idéal que de travailler aux ouvrages de la civilisation nouvelle avec la même foi et le même courage que les grands religieux coadjuteurs, leurs devanciers.

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Les pays où nous découvrirons l’Apôtre inconnu, objet de ce livre, commencent aux limites septentrionales des grandes prairies du Nord-Ouest canadien, là où finissent les chemins de fer, l’automobile, les villes et les villages de notre civilisation.

Ces régions presque entièrement vêtues de forêts vierges, envahies par des fleuves indomptés, sont encore, dans leur grande partie, le libre domaine des Peaux-Rouges et des Esquimaux et s’appellent les vicariats de l’Athabaska (Grouard) et du Mackenzie.

Le vicariat de l’Athabaska, au sud, commence au 54e degré de latitude. Le vicariat du Mackenzie, riverain de l’océan Glacial, s’étend du 60e degré au pôle Nord.

Si l’on ajoute à ces vicariats superposés celui du Keewatin, la préfecture apostolique de la Baie d’Hudson et le vicariat du Youkon, riverain de l’océan Pacifique, l’on a devant soi un espace aussi grand que les deux tiers de l’Europe.

Dans ces territoires n’ont encore résidé que les Missionnaires Oblats de Marie Immaculée, la plupart venus de France et du Canada français.

Le premier vicariat, détaché en 1862 du diocèse de Saint- Boniface et appelé l’Athabaska-Mackenzie, fut confié à Mgr Faraud. Il englobait, outre l’Athabaska et le Mackenzie actuels, le Youkon et la Baie d’Hudson, s’étendant ainsi de l’Atlantique au Pacifique.

En 1891, Mgr Grouard succéda à Mgr Faraud.

En 1901, un partage s’opéra. Mgr Grouard garda l’Atha-

baska et Mgr Breynat devint le vicaire apostolique du Mackenzie.

Mgr dut fut l’auxiliaire de Mgr Faraud et de Mgr Grouard, de 1867 à 1903.

Mgr Grouard a Mgr Joussard pour coadjuteur depuis

Mgr Grandin, saintement célèbre dans nos missions du Nord, passa deux années, comme prêtre, dans l’Athabaska-Mackenzie. Devenu coadjuteur de Mgr Taché, l’évêque de Saint-Boniface, il retourna au Mackenzie, poussant sa marche jusqu’au Cercle polaire, dans une visite pastorale qui dura trois ans. Nommé, en 1867, évêque de Saint-Albert, diocèse taillé dans Saint-Boniface et l’Athabaska-Mackenzie à la fois, il y resta jusqu’en 1902, date de sa mort.

l’Athabaska et le Mackenzie, tout amoindris aujourd’hui des vicariats de la Baie d’Hudson et du Youkon, renfermeraient encore six fois la France.

Un cours d’eau d’environ 4 000 kilomètres, nommé rivière Aihabaska jusqu’au lac Athabaska, rivière des Esclaves jusqu’au Grand Lac des Esclaves et fleuve Mackenzie jusqu’à l’océan Glacial, traverse les deux vicariats de F Athabaska et du Mackenzie.

Ce cours d’eau, par les grands lacs qu’il recueille ou qu’il forme, par les affluents qu’il reçoit de toutes parts, entretient un fougueux mais libre passage vers des régions, qui, sans lui, fussent restées pour longtemps inconnues.

Les Indigènes suivirent les premiers ces « chemins qui

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marchent », s’arrêtant aux parages les mieux pourvus des ressources de la chasse et de la pêche.

Plus tard, des commerçants rejoignirent les Indiens, dans le but d’en acheter leurs pelleteries à l’aide de divers objets utiles. Ils établirent leurs comptoirs d’échange, jorls-de imite, de loin en loin, au bord des rivières et des lacs. Ces jorls étaient de simples cabanes entourées d’une chétive palissade et n offraient aucun aspect guerrier. Leur nom de fort qu’abrogea, ces dernières années, un décret du gouvernement canadien, mais qui subsiste toujours dans le langage du pays, rappelle qu’ils appartenaient à des compagnies qui avaient bâti d’abord de vraies forteresses en des endroits moins pacifiques, comme sur les rivages de la baie d’Hudson.

Après les commerçants, vinrent les missionnaires. Ils établirent leur demeure à côté des forts-de-traite, parce que ces forts étaient devenus les rendez-vous périodiques les plus assurés des Indiens nomades, dont ils cherchaient les âmes.

Dans l’Athabaska-Mackenzie, en descendant les rivières et en côtoyant les lacs que nous venons de nommer, nous trouvons les Missions Saint-J ean-Bapliste (Mac Murray), la Nativité (Chipewyan), Sainte-Marie (Fitzgerald), Saint- Isidore (Fort-Smith), Saint-Joseph (Résolution), Sainte- Anne (Rivière-au-Foin),. Notre-Dame de la Providence (Providence), Sacré-Cœur (Simpson), Notre-Dame du Sacré- Cœur (Wrigley), Sainte-Thérèse (Norman), Notre-Dame de Bonne Espérance (Good-Hope), Sa-int-Nom-de-Marie (Rivière rouge Arctique), Immaculée Conception (Aklavik).

Sur notre droite, nous avons laissé : à l’est du lac Athabaska Noire-Dame des Sept-Douleurs (Fond-du-Lac), au nord du Grand Lac des Esclaves Saint-Michel (Rae) et à l’extrémité nord-est du Grand Lac de l’Ours, Noire-Dame du Saint-Rosaire (Baie Dease).

Sur notre gauche, nous avons vu descendre les deux principaux affluents du Mackenzie : la rivière la Paix et la rivière des Liards. Dans les contrées qu arrosent ces rivières s’échelonnent les missions Saint-Bernard, Saint- Bruno et Saint-Céleslin (Petit Lac des Esclaves), Saint- François-Xavier (lac Esturgeon), Saint-Martin (lac Wabaska), Sainl-V incenl-F errier , Sainl-Emile , Sainl-Boniface et Saint- Joseph (Grande Prairie), Noire-Dame des Neiges (Hudson’s Hope), Sainl-Jean (Saint John), Saint-Charles (Dunvegan), Saint-Augustin et Y Immaculée Conception (Peace River), Saint-Henri (Vermillon), Saint-Paul (Nelson), Saint-Raphaël (Liards).

Les zones ouvertes de la rivière la Paix, profondément fertiles, périodiquement caressées par les lointains effluves de deux courants d’air chaud, partant, l’un du Golfe du Mexique, l’autre du Golfe de Californie, se voient rapidement peuplées d’une immigration blanche et abandonnées par les Indiens. Ceux-ci, satisfaits de la protection que leur accorde le gouvernement canadien, ont consenti à ne retenir de leur ancien pays de liberté que certaines réserves, où ils attendent les derniers jours de leurs tribus. Ces contrées, après avoir été si longtemps âpres aux missionnaires, ne connaîtront bientôt plus que l’organisation facile des diocèses de race blanche. Les Oblats de Marie Immaculée, prêtres et frères, y restent encore les seuls. Pionniers patients, ils livreront, l’heure venue, au clergé séculier,

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le sillon qu’il ont ouvert et les moissons qu’ils ont semées. Ainsi en fut-il fait clans les provinces du Manitoba, de la Saskatchewan, de l’Alberta, de la Colombie-Anglaise. Leur dernier contentement sera de veiller, jusqu’à la fin, sur les débris des vieilles nations indiennes.

Mais aucune colonisation n’a encore entamé les régions du fleuve Athabaska-Mackenzie ; et, dans les bois ou les déserts baignés par le grand cours d’eau, par le lac Athabaska, par le Grand Lac des Esclaves et par le Grand Lac de l’Ours, on n’a encore vu, à l’état de leur vie primitive, libre et errante toujours, que les deux grandes nations des Dénés et des Esquimaux et quelques Cris algonquins.

Les tribus de la nation Dénée se rencontrent, du sud au nord, dans l’ordre suivant : les Montagnais, les Mangeurs de Caribous, les Castors, les Couteaux- J aunes , les Plats- Côlés-de-Chiens, les Esclaves, les Peaux-de-Lièvre et les Loucheux.

Trois autres grandes tribus Dénées ont occupé la vie de plusieurs missionnaires Oblats de Marie Immaculée ; mais elles appartiennent au territoire de la Colombie britannique, par-delà les Montagnes Rocheuses. Le R. P. Morice O. M. I., en a admirablement traité dans plusieurs livres : Au pays de l’Ours noir, Essai sur l’origine des Dénés, et dans son célèbre ouvrage en quatre volumes, récemment réédité : Histoire de l’Eglise catholique dans VOuesl canadien. Le Père Morice y établit que la nation dénée dut être scindée parles autres nations Peaux-Rouges, au temps des guerres intestines, attendu que l’on retrouve leur langue et leurs traits — non leurs sympathiques qua-

1 i tés toutefois — , chez les Navajos et les A parties du sud des États-Unis et du nord du Mexique.

Par delà les Loucheux, il n’y a plus que les abords de l’océan Glacial arctique, la patrie des Esquimaux.

Les Dénés de l’Athabaska-Mackenzie furent trouvés par les missionnaires, en 1848, dans l’esclavage de la superstition, de la sorcellerie, de la polygamie et de certaines cruautés qu’inspire toujours le démon du paganisme.

L’enfant n’était, aux yeux de son père et de sa mère, que l’objet vulgaire que l’on peut abandonner, reprendre et détruire à plaisir. Les petites filles étaient particulièrement exposées à être tuées et mangées en temps de famine. Nul n’avait d’égard pour l’orphelin. Son sort le meilleur était souvent d’être livré à la dent des chiens et des loups.

Lorsque le vieillard ne pouvait plus suivre les caravanes, on le délaissait dans les bois.

La femme était la créature de toutes les douleurs, au foyer sauvage. Victime de la brutalité de chacun, vil article de commerce quelquefois, elle attendait le coup de couteau ou de flèche qu’elle savait devoir achever ses jours... Même aujourd hui, après les longs efforts accomplis par l’Église pour la réhabiliter dans sa dignité d’épouse et de mère, elle est encore regardée dans certains quartiers comme 1 être inférieur, dont il n’importe pas de s’occuper.

Il y a peu d années, un missionnaire passant par un campement indien, dans les bois, entendit chanter et danser sous une tente. Il entra. On y festoyait d’un ours, tué le matin. Les éclats de rire et les vocalisations gutturales s’interrompirent pour la cérémonie traditionnelle de la poignée de

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main. Le missionnaire, assis avec tout le monde autour du joyeux foyer, prenait déjà la part qu’on lui offrait du rôti de l’ours, lorsqu’il perçut, venant d’un coin de la tente, un gémissement. Une forme amoncelée là, sur le passage de la bise, remuait à peine. C’était la mère de famille. Elle se mourait, sans que personne semblât se soucier d’elle. Le prêtre parla sévèrement. Le fils aîné répondit :

Bah ! Ce n’est qu’une femme.

La conversion des Dénés, malgré la survivance de certains abus, que la grâce et le temps extirperont avec les dernières racines du paganisme, fut aussi sincère que facile.

Cette facilité, les missionnaires l’attribuent à la manière dont les Dénés, dans la misère de leur vie, à l’encontre même des menaces du sorcier, prêtre du Démon, respectèient, telle qu’elle s’imposait à leur conscience, la loi natuielle. Beaucoup de chrétiens que nous connaissons auraient à rougir devant ces païens du Nouveau-Monde.

Rendons aussi hommage — on ne le fera jamais trop — aux précurseurs des missionnaires, les Coureurs des bois , fiançais ou canadiens français. Guides, puis serviteurs, des compagnies commerçantes du Nord-Ouest et de la Baie d’Hudson, ces sympathiques aventuriers pénétrèrent de bonne heure dans les familles indiennes, gagnèrent leur confiance, firent naître dans les cœurs sauvages le désir de 1 ecevoir la Robe-Noire, V Homme de la Prière, celui qui leur apprendrait à prier avec les Français, la prière des Anglais signifiant pour eux le protestantisme.

Le missionnaire venu enfin pour montrer avec sa croix le chemin duCiel,les coureurs-des-bois ou leurs descendants,

les Métis français, se constituèrent ses interprètes, ses maîtres en langues peaux-rouges, ses amis, ses défenseurs, ses vicaires du dehors.

La raison principale des miséricordes divines envers les âmes de ces pauvres pays ne saurait sans doute s’exprimer en termes plus apostoliques que ceux de Mgr Breynat, parlant des chrétiens du Mackenzie, son diocèse. Rappelonsles. Nous y trouverons signalées, en même temps, les vraies difficultés de l’évangélisation de l’Extrême-Nord :

Comment se fait-il que Dieu ait envoyé de préférence ses missionnaires à une poignée de sauvages, dispersés dans un pays si malaisé à atteindre, où les communications sont si difficiles, le climat si dur, en un mot dans un pays où il semblait avoir accumulé toutes les difficultés physiques et morales, alors qu’en sont privées tant de millions d’âmes, d’un accès aisé, sous des climats enchanteurs, et qui n’attendent que la lumière de l’Évangile pour se convertir?... Il faut vraiment que Dieu ait aimé nos sauvages d’un amour de prédilection, précisément à cause de leur pauvreté, de leur dénuement. Et parce que Dieu les a aimés ainsi, il a choisi, pour les amener à Lui, une congrégation remplie, elle aussi, de prédilection pour les pauvres, pour les abandonnés...

Le vénéré Prélat a prononcé trois mots, qu’il nous faut retenir au cours de cet ouvrage pour comprendre les sacrifices accomplis par les missionnaires prêtres et frères : climat, distances, pauvreté.

Le climat des régions polaires rassemble les contrastes extrêmes. L’été passe brusquement à l’hiver, et l’hiver brusquement à l’été.

Durant l’été très court, le soleil suspendu sans déclin

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sur le pôle, ne disparaît qu’à peine sur le reste du Mackenzie, et sa chaleur demeure torride le long du jour et souvent le long de la nuit.

L hiver entretient, de sept à neuf mois, ses rigueurs sibériennes. Le thermomètre centigrade y marque une moyenne de oO degrés au-dessous de zéro. Il y descendra parfois à plus de 60 degrés.

Les distances placent les vicariats arctiques dans des solitudes, qui resteront longtemps inaccessibles au confort des pays de chemin de fer et qui rejettent de 2 à 300 kilomètres les unes des autres la plupart des résidences du Mackenzie. Que de fois le voyageur de ces déserts n’échappe-t-il aux périls des éléments que pour tomber dans les embûches de l’ennemi de tout bien !...

La pauvreté des missions de l’Extrême-Nord n’a pu pendant longtemps se comparer qu’à celle de Bethléem et de Nazareth.

Mais, comme à Bethléem, comme à Nazareth, la Providence a suscité à presque toutes les missions de l’Athabaska et du Mackenzie d’humbles Joseph, des travailleurs sanctifiés : des Frères coadjuteurs.

Ces frères du prêtre trouvèrent toujours, sous le patronage des saints et des saintes auxquels avaient été dédiées les Missions nommées plus haut, une cellule religieuse.

Cette cellule, dressée au milieu de l’immensité sauvage, fut d’abord une cabane, sinon une simple tente en peau de bête. Mais, dans cette cabane, sous cette tente, il y avait un tabernacle et une image de Marie.

Près de Jésus-Hostie, aux pieds de la Reine des Vierges, le Frère religieux peut aviver, chaque matin, chaque j soi,

la flamme de sa vocation. C’est l’ école de sa vie de missionnaire.

Il sait bien qu’en s’appliquant à reproduire les vertus de Notre-Seigneur, de la Très Sainte Vierge, de saint Joseph, il accumule les trésors des bénédictions et des grâces, dont il a besoin, non seulement pour lui-même, mais pour les autres, pour les âmes qu’il est venu sauver.

Dans ses heures de méditations et de prières, il travaille à l’exemple de la religieuse d’Avila, sainte Thérèse, qui, du fond de son monastère, convertit autant de païens que saint François Xavier, l’apôtre des Indes.

Lorsque la maladie le retient au foyer, il travaille encore, par l’accomplissement plus parfait de ses devoirs religieux, pour la cause de l’apostolat, comme la Bienheureuse Thérèse de l’Enfant-Jésus, la petite Sœur des missionnaires. Ayant reçu Tordre de faire chaque jour une courte promenade dans le jardin du Carmel, elle faisait des efforts surhumains pour obéir.

— Mais ne voyez-vous pas, lui dit son infirmière, que vous vous fatiguez inutilement? Reposez-vous plutôt.

— Oh ! Laissez, ma sœur, répondit-elle. Je marche en ce moment pour un missionnaire qui n’en peut plus.

Par quels moyens et à quelle perfection s’est développé Y esprit religieux , c’est-à-dire l’union à Dieu par le sacrifice, de notre Frère coadjuteur, le récit de sa vie apostolique et les anecdotes qui vont suivre le montreront de plus en plus.

Destiné, en effet, à se dépenser surtout dans la vie extérieure, après s’être fortifié dans la vie intérieure et contemplative, le cœur rempli de mérites, capable de donner de son abondance, il ne reste au Frère religieux qu’à s’élancer de sa cellule sur le champ de l’action, pour devenir, dans la plénitude de sa vocation, le Missionnaire.

Le Fr. Jean-Marie Lecreff et Mgr Grouard.

-e Fr. Marc Leborgne eFMgr Breynat, en tournée pastorale.

Mgr Turquetil et Frère Girard, chez les Esquimaux.

Le Frère Charbonneau et quelques élèves de l’orphelinat des Saints-Anges.

(Lac Athabaska.)

L Hospice Saint-Joseph (Grand Lac des Esclaves). Construction entièrement

en bois.

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