PREMIÈRE PARTIE
devenir sympathique que rester organique sans devenir relatif, surtout envers le champ principal de nos conceptions, où l'amour doit seul disposer à construire et permettre d'apprécier. Les sept acceptions du terme fondamental de la saine philosophie sont tellement solidaires que leur succession pourrait également s'instituer en accouplant chacune avec la précédente pour aboutir à la première , quoique la marche que je viens de suivrer demeure historiquement préférable.
Un second aperçu fera directement pressentir l'ensemble de la religion positive, et surtout sa tendance radicale à concilier l'ordre et le progrès, en appréciant son aptitude universelle à représenter la soumission comme la base du perfectionnement. Que notre obéissance reste involontaire ou qu'elle devienne volontaire, qu'elle se borne aux lois naturelles du monde ou qu'elle s'étende aux institutions artificielles de l'humanité, toujours elle constitue la première condition des améliorations quelconques. Outre que nous ne pouvons jamais modifier les dispositions secondaires de l'ordre réel, tant intérieur qu'extérieur, que d'après une digne résignation envers ses principales fatalités, cette soumission constitue, en elle-même, un précieux perfectionnement, à, la fois mental et moral. Notre intelligence se trouve ainsi conduite à mieux refléter l'économie universelle qu'elle doit ensuite idéaliser, en développant la subordination de l'homme au monde, spontanément ébauchée par le fétichisme et systématiquement établie dans le positivisme. En même temps, la soumission tend toujours à faire davantage prévaloir l'altruisme sur l'égoïsme en comprimant la personnalité, d'où procède toute révolte, malgré les sophismes qu'inspire l'ensemble des instincts
anarchiques pour attribuer les insurrections à la sociabilité.
Ce double préambule ayant assez placé le lecteur au point de vue convenable, je dois directement instituer la doctrine propre aux vrais conservateurs, en exposant d'abord son explication abstraite , puis son appréciation concrète. Quoique la première soit surtout consacrée au principe universel de la religion positive, il a besoin d'être précédé par l'examen des trois conditions fondamentales , et suivi de l'indication des trois institutions caractéristiques. La doctrine des conservateurs systématiques doit donc consister dans l'ensemble de sept notions profondément connexes, dont la succession est inaltérable.
Conditions 1° Suprématie du sentiment. Instinctivement ébauchée fondamentales. p ar i e fétichisme , et spontanément respectée sous la théocratie, la première condition de la vraie synthèse ne put être assez maintenue pendant la triple transition qui dut graduellement conduire l'Occident à l'état sociocratique. L'élaboration grecque tendit de plus en plus à consacrer le principal abus du régime théocratique en s' efforçant de faire universellement prévaloir, parmi les trois éléments de la constitution humaine, celui qui peut et doit le moins dominer. Mais l'incorporation romaine rectifia, chez l'élite de l'humanité, la déviation initiale de l'esprit occidental, en complétant la liaison primitive de la vie privée à la vie publique par la subordination définitive de la spéculation à l'action. Au moyen âge, le mode final du théologisme progressif accomplit, envers la synthèse universelle, un dernier préambule, en proclamant la prééminence du sentiment sur l'activité comme sur l'intelligence. Toutefois , le programme normal ne put
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être suffisamment institué que par le positivisme, vu l'attitude contradictoire du catholicisme, qui s'efforça de systématiser la morale en séparant l'homme de la société, dont l'antique ascendant ne fut alors respecté que dans la chevalerie.
La religion positive doit directement réparer tous les ravages résultés de la synthèse catholique envers l'ensemble des traditions humaines, puisque sa réalité théorique la pousse dogmatiquement à proclamer l'existence naturelle des instincts sympathiques. Toujours individuel, le théologisme fut implicitement incompatible avec cette loi, qu'il dut explicitement nier dans la concentration monothéique, malgré les protestations continues de l'empirisme universel. Elle est donc propre au positivisme , qui seul la consacre et la développe, en faisant consister le problème humain à subordonner l'égoïsme à l'altruisme. Quoique le sentiment constitue l'unique régulateur de l'intelligence et de l'activité, cette condition ne pourrait suffire pour instituer une unité réelle et durable, si la synthèse ne devait exclusivement émaner de la sympathie. C'est seulement au moindre degré d'animalité que l'harmonie vitale comporte une source égoïste, quand tous les instincts se réduisent au penchant nutritif. Partout ailleurs, la pluralité des impulsions égoïstes, dont chacune tend à prévaloir, ne permet habituellement l'ordre que d'après leur commune subordination à l'ensemble des dispositions sympathiques, toujours susceptibles de concorder entre elles et de lier le dedans au dehors. Nécessairement exceptionnelle, mêmeen mécanique, la concentration de tout système d'influences en une résultante générale ne devient possible, en sociologie , que d'après une digne prépondérance de l'amour universel t
Pour faire mieux ressortir le privilège du positivisme envers le premier fondement de la vraie synthèse, il faut rattacher la prééminence systématique du sentiment à la loi constante du classement normal suivant la généralité décroissante. Car, si le domaine de la spéculation est justement regardé comme plus vaste que celui de l'action, il reste autant inférieur à celui de l'affection. Quoique l'ancien dogmatisme, préoccupé de considérations chimériques, ait dû proclamer que pour aimer il faut d'abord connaître, l'empirisme universel annonce que l'amour précède, et même suscite, la connaissance, pourvu que l'existence soit admise. Le positivisme systématise cette inspiration en représentant le domaine moral comme seul synthétique, parce qu'il embrasse toujours les êtres, tandis que le champ théorique et pratique reste analytique, en tant que concernant les phénomènes qu'on doit apprécier et modifier. Un tel contraste se trouve profondément consacré dans la constitution relative de la religion universelle, où le cuite domine non-seulement le régime mais aussi le dogme, que le mode absolu tendait à faire prévaloir contre d'unanimes prédilections.
2° Relativité complète. Je dois moins insister envers la seconde condition de l'état positif, parce que le préambule théorique des Occidentaux, vulgarisé d'après leur essor pratique, la fit graduellement présider à toutes les élaborations abstraites. Dès le début de la science grec* que, la relativité fut irrévocablement introduite dans les plus simples conceptions, où l'absolutisme semblait mieux motivé. Toujours développée avec la positivité, sa prépondérance devait surtout convenir aux événements les plus complexes, puisqu'ils sont les plus modifiables,
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comme le confirme la résistance croissante de l'esprit historique aux prétentions absolues* La seule explication qu'il faille ici noter à cet égard consiste dans le besoin d'étendre le relativisme, non-seulement à tout le domaine intellectuel* où son universalité n'est plus contestée que par des penseurs arriérés, mais encore à Tordre pratique et même moral Envers le sentiment , cette extension devient irrécusable en considérant l'affinité, ci-dessus signalée, entre le caractère relatif et la disposition sympathique, par contraste avec la connexité spontanée entre Fégoïème et l'absolu. Quant à l'activité, le relativisme doit toujours dominer nos projets et nos espérances, puisque le perfectionnement continu suppose l'imperfection constante. Au lieu de représenter le mieux comme l'ennemi du bien* le positivisme proclame le bonheur, et même le devoir, incompatibles avec toute aspiration absolue, sous l'un quelconque des aspects propres à l'existence humaine.
8° Indivisibilité de la vraie synthèse. Quoique la moins respectée aujourd'hui , vu la difficulté d'y satisfaire , la dernière condition de l'unité positive n'a besoin que d'être directement formulée pour devenir dogmatiquement incontestable» La vie étant toujours caractérisée par une indivisibilité d'autant plus prononcée que l'existence eèt plus éminente, on ne saurait immédiatement méconnaître l'obligation de ne jamais scinder les divers aspects de la religion destinée à la régler. En instituant une synthèse provisoire , le fétichisme et la théocratie ont partout développé des habitudes qu'il suffit de ranimer pour stirmûnter les tendances, de plus en phffi dtepéraves, de l'évolution occidentale. Tous les efforts, même théoriques, tentés, sous l'anarchie mo-
universel.
2h APPEL AUX CONSERVATEURS,
derne envers des systématisations partielles, concourent à démontrer l'impossibilité de rien coordonner autrement qu'en liant tout. De là résultent à la fois la difficulté principale et le privilège décisif de la religion positive, forcée, sous peine d'inanité totale, d'embrasser l'ensemble du domaine humain, tant affectif qu'actif et spéculatif, que la théocratie put seule ébaucher.
Principe Ainsi destinée à devenir indivisible, relative, et sympathique, la nouvelle synthèse combine ces conditions en érigeant en principe universel le dogme de l'Humanité, graduellement surgi sous la tutelle fictive, qui se trouve irrévocablement épuisée.
Envers une telle préparation , le cœur a longtemps devancé l'esprit , qui n'a pu l'atteindre que d'après la récente fondation de la science sociale. La Famille et la Patrie constituent à la fois les éléments nécessaires, l'un médiat, l'autre immédiat, et les préambules spontanés, d'abord collectifs puis individuels, de l'Humanité. Source naturelle de toute initiation, le fétichisme, instituant, par l'attachement , l'existence domestique, fonda la consistance et la dignité de la vie personnelle en la liant à celle d'un être perpétuel et composé. D'après cette base, le théologisme conservateur ébaucha l'état civique en développant la vénération. Mais l'insuffisance de ce régime envers l'activité collective ne lui permit de réaliser que l'institution de la caste , intermédiaire normal entre la Famille et la Patrie. Celle-ci ne put être assez constituée que sous le mode social du théologisme progressif. Alors , la seule activité qui d'abord comportât un essor collectif fit irrévocablement prévaloir une existence composée et continue , qui , quoique fondée sur l'égoïsme