‹ Appel aux conservateursChapitre 27 sur 35 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

eut irrévocablement prouvé son inanité sociale, les prolétaires continuèrent ainsi d'accorder leur confiance spirituelle, et par suite temporelle, à la classe la moins apte< à se combiner avec eux.

Depuis que la solution intellectuelle a surgi, ces guides provisoires de la recherche sociale ont pris une coupable attitude, en s'efforçant de conserver un ascendant qui n'était légitime que jusqu'à l'avènement d'une doctrine vraiment organique. Sans vouloir ni pouvoir satisfaire aux conditions encyclopédiques de la spiritualité positive, les lettrés ne sauraient maintenant s'empêcher d'en reconnaître la nécessité, puisqu'ils admettent la loi démontrée qui place la science sociale au sommet de la hiérarchie théorique. Cependant , ils s'efforcent de détourner les prolétaires du positivisme, et de maintenir la meta* physique négative comme base de la solution populaire* On ne peut douter que ces dispositions ne leur soient surtout inspirées par le besoin de conserver une domination incompatible avec la séparation fondamentale que la religion de l'Humanité vient irrévocablement établir entre le conseil et le commandement. Plus incapables de s'adjoindre au nouveau sacerdoce qu'à l'ancien, les lettrés veulent perpétuer une confusion qui seule permet leur prépondérance, au lieu de vouer leurs talents secondaires à propager l'impulsion régénératrice , comme leurs prédécesseurs du siècle dernier.

Voilà comment les révolutionnaires sont finalement devenus les plus arriérés de tous les occidentaux , sans cesser d'être les plus perturbateurs. En privant le théologisme de toutes les institutions nécessaires à sa consistance, ils persistent, davantage que les rétrogrades, à le représenter comme devant indéfiniment servir de base à

îà société. Leur morale aggrave l'égbïsme chrétien, en systématisant la négation de Pàltruisme inné, tandis qu'ils détruisent les compensations résultées des motife surnaturels. Ils prétendent hériter du dix-huitième siècle en rejetant son principal programme, pour consacrer la plus vicieuse des écoles inconséquentes qui durent alors prévaloir. Quoique ces torts soient essentiellement propres aux lettrés, les prolétaires y participent accessoirement, non-seulement en conservant d'indignes guides, mais aussi d'après les sources d'une telle persis* tance.

Toutes les classes de la population occidentale, sans excepter les rétrogrades, adhèrent plus ou moins au principe fondamental de la doctrine révolutionnaire, la suprématie de la raison individuelle envers une question quelconque; ce qui ne permet réellement aucune réorganisation spirituelle. Cette élimination de l'ensemble des antécédents humains fut provisoirement nécessaire, pour que les philosophes pussent instituer une vraie rénovation. Mais, étendue à toutes les intelligences, quelle que soit leur préparation, elle est devenue profondément anarchique , même quand le protestantisme Ta vainement limitée en conservant une révélation dépouillée de ses garanties naturelles. Or, quoique les rétrogrades n'aient point, dans la pratique , abdiqué 1'infoiljibilité personnelle, ils la rejettent en théorie, comme incompatible avec le catholicisme. Elle fournit, au contraire, le fondement essentiel de la doctrine révolutionnaire , autant chez les prolétaires que parmi les lettrés. Les premiers n'y sont pas seulement attachés d'après leur ccmftision provisoire (Tune égalité mensongère et dégradante avec la digne fraternité. Quoique leur bon a^ns

TttOJSlftME PARTIE, W

sulfite pour apprécier uue telle aberration, les prolétaires Font surtout conservée d'après son aptitude à flatter Y orgueil et la vanité, qui partout constituent le principal siège de la maladie cérébrale graduellement résultée du mouvement occidental.

Le désordre des âmes populaires est pourtant suscep*. ttf>le d'we pleine rectification, pourvu qu'elles soient convenablement soustraites à l'ascendant des lettrés, «euls radicalement incurables» Cette scission doit habituellement devenir le principal objet de la conduite des conservateurs envers les révolutionnaires. Or, le positivisme est directement propre à déterminer une telle élimination, en offrant aux prolétaires les seuls dogmes et les seuls docteurs avec lesquels ils puissent profondément sympathiser, d'après la conformité des habitudes et le concours des destinations. Imbus de positivité par la nature de leurs offices spéciaux , les travailleurs n'accueillent une métaphysique hétérogène qu'en vertu de l'aptitude qu'ils lui supposent envers leurs fonctions générales, ^'aspirant pas davantage au sacerdoce qu'au gouvernement, le prolétariat admettra la doctrine qui les sépare, aussitôt qu'il la jugera propre à consacrer ses réclamations sociales, de plus en plus compromises d'après l'ambition et l'incapacité des lettrés.

Par une influence directe et continue, tant logique que scientifique, le positivisme rectifiera l'entendement populaire, en systématisant la relativité spontanée de l'esprit industriel. L'éducation des lettrés est, au fond, la même que celle du sacerdoce théologique, dont ils sont, à tous égards, des rejetons dégénérés. Quoiqu'ils aient développé les vices de Tatosoju, ses racines se trouyent 49PB te ftéçlogvtitt : *q aorte que ]#s prêtres de Dieu ne

sauraient réparer les ravages pratiques d'une méthode que leur foi consacre, et qui les conduisit à rompre la filiation humaine. C'est uniquement au positivisme qu'il appartient d'étendre aux conceptions supérieures Tesprit relatif que l'existence industrielle développe, chez les prolétaires modernes, envers le domaine inférieur. Dis* posés à repousser 'l'absolu par l'habitude naturelle de respecter les traditions, les dignes rétrogrades, tant spirituels que temporels, seconderont cette extinction d'une méthode subversive, devenue essentiellement propre aux chefs métaphysiques de la démocratie.

Il sera facile aux vrais philosophes de faire directement sentir aux prolétaires judicieux que partout le perfectionnement exige d'abord la conservation. Car il suffira de généraliser les dispositions résultées de la vie pratique, où le moindre progresse montre toujours fondé sur l'ordre correspondant, dont les principales conditions sont immuables. D'après leurs occupations journalières, tous les prolétaires ont individuellement commencé la préparation spéciale qui dut conduire l'évolution collective au dogme général de la philosophie positive. En complétant et systématisant leur éducation spontanée , on peut aisément les convaincre que nos propres phénomènes, personnels et sociaux, sont autant assujettis que ceux du monde extérieur à des lois invariables, les unes d'existence, les autres de succession. Le domaine sacré devant être le plus modifiable, vu sa complication supérieure, les prolétaires accueilleront le fatalisme relatif qui consacre et dirige leurs meilleures aspirations, naturellement hostiles au fatalisme absolu que dut d'abord suggérer le domaine profane.

Ainsi conduit à juger l'aptitude sociale de la synthèse

TttOlSifcMB PARTIE, ftf

relative, l'esprit populaire subira sans effort F ascendant organique du principe de l'Humanité, qui bientôt dissipera l'absolutisme démagogique. Tendant à développer la généralité des pensées et la générosité des sentiments, l'existence prolétaire est la plus propre à faire dignement apprécier le Grand-Être, qui condense et consacre toutes les saines aspirations, puisque sa nature ne comporte que de dignes éléments préalablement épurés. En comparant la Priorité, le Public , et la Postérité, qui composent la trinité positive , le groupe le plus imparfait s'y relève d'après sa subordination nécessaire aux deux extrêmes, d'où dérivent la base et le but de sa propre activité. Malgré sa moindre perfection, l'être moyen participe & l'épuration caractéristique; il n'admet que les dignes membres de la population objective, et les range selon leur vraie valeur ; dans les temps exceptionnels , la liaison de l'avenir au passé pourrait se concentrer chez une seule âme. La notion du Public, directement subordonnée à celle de l'Humanité , suffirait pour surmonter le dogme de la souveraineté populaire. Bientôt les vrais partisans du progrès social reconnaîtront que l'insurrection des vivants contre l'ensemble des morts est contradictoire avec la digne préparation d'un avenir qui suppose le passé. Même il suffît d'invoquer l'origine historique du prolétariat moderne pour faire convenablement sentir, dans le cas le plus décisif et le plus difficile, la corrélation nécessaire entre les deux éléments de la population subjective.

On ne doit pas craindre que l'avènement du principe de l'Humanité trouve, dans les âmes populaires, le grave obstacle qui résulte, chez les lettrés, de l'éducation métaphysique et de l'individualisme protestant ou sceptique.

•0 APPEL AUX COH&BBVATEURS.

Les esprits mal cultivés 9 quand le cœur est peu développé , sont aujourd'hui disposés à qualifier d'entité la conception du Grand-Être, faute d'avoir assez élaboré le point de vue collectif, interdit à la synthèse absolue. Mais les prolétaires, outre leur aptitude spéciale envers la préparation générale que fournissent la Famille et la Patrie, sont directement poussés vers l' H amanite par l'homogénéité naturelle de leur existence sociale, qui déjà surmonte les diversités nationales.

Si leur esprit doit profondément accueillir la philosophie positive, le cœur les dispose naturellement à la morale correspondante, tant privée que publique, où l'ensemble de leurs aspirations se trouve irrévocablement systématisé» La religion de F Humanité représente la régénération finale comme consistant à régler les forces spontanément résultées de l'évolution préparatoire. Cette appréciation sera facilement adoptée par oeux qui, souffrant le plus du mauvais emploi des moyens de tout genre, sont aussi les moins responsables d'an tel abus. Ils pourront bientôt sentir la connexité nécessaire , qui ne répugne qu'aux lettrés, entre la discipline et la consécration. Plus aptes que leurs chefs, tant spirituels que temporels, à développer la culture sympathique, qui lie le bonheur au perfectionnement, les prolétaires reconnaîtront, sous l'impulsion féminine , les avantages de la soumission et d'une digne irresponsabilité, seules garanties du plein essor de la vie domestique. Représentant la consolidation de la famille chez les travailleurs cottime la meilleure base de l'ordre publie, la religion positive dirigera la sollicitude civique des entrepreneurs vers uœ telle destination, à, la fois individuelle et collective. Dès tors, elle disposera les prolétaires à respecter, et même

TftOiSlfeMB PABT1&. M

à seconder, les loi» naturelles de la concentration du commandement et de la richesse, au nom de leur efficar cité sociale. Quoique les trois instinct* sympathiques doivent partout se développer simultanément, l'attache^ ment et la vénération conviennent surtout aux âmes po*pu la ires, en réservant aux chefs, théoriques et pratiques, le principal essor du dévouement, qui suppose de gran<des forces.

Tandis que la religion positive doit ainsi rectifier, de cœur et d'esprit, l'appréciation de l'avenir normal , son influence se fera pareillement sentir envers la transition qu'il exige aujourd'hui. Les vrais philosophes auront bientôt convaincu les dignes prolétaires combien il importe de renoncer, dans l'avènement des améliorations quelconques, à tout emploi d'une violence qui n'a jamais servi que des ambitions vicieuses. Aucun programme légitime ne pouvant être maintenant repoussé, toute la sollicitude des sages novateurs doit se diriger vers la libre élaboration d'une opinion publique, dont la suprématie se trouve déjà reconnue, et même invoquée, par les gouvernements occidentaux. Chaque appel à la force est directement contraire au régime fondé sur l'activité pacifique, et dans lequel la résistance devra toujours se borner au refus de concours, comme l'indiquent spontanément les mœurs industrielles. Quoique la modération populaire soit moins facile aujourd'hui que dans l'état normal, son importance est maintenant augmentée par le double besoin d'éviter des troubles qui disposant à rétrograder et d'élaborer un progrès, mental et moral , impossible sans le calme politique.

Ces diverses réactions du positivisme sur le principal élément du parti révolutipnnai re se trouveront gradue lle^

93 APPEL AUX COBiStaVATEURS.

ment secondées, d'aprèslaconformité naturelle, de mœurs et même de situation, entre les philosophes et les proie* taires. Vu l'abnégation fondamentale du clergé positif envers le commandement et la richesse, son existence, longtemps précaire, d'après les libres subsides émanés des vrais croyants, le fera spécialement sympathiser avec la vie populaire, sans altérer la dignité sacerdotale. Les prolétaires et les philosophes se trouveront ainsi conduits à mieux sentir leur concours nécessaire au but général de la réorganisation spirituelle : apprécier le mérite personnel à travers la position sociale, mais en respectant la hiérarchie des offices spéciaux. Un tel classement convient surtout aux plébéiens, dont les travaux laissent le cœur et l'esprit assez disponibles pour développer la va* leur individuelle, dissimulée, chez les patriciens, par l'importance des services. Mais le sacerdoce peut seul régler une tendance qui deviendrait aisément subversive : il est exclusivement apte à fournir les principes d'une appréciation destinée à perfectionner l'harmonie universelle d'après un contraste continu.

L'affinité spontanée qui doit toujours seconder l'influence des philosophes sur les prolétaires, et surtout pendant la transition organique, se trouvera spécialement prononcée au début, où l'élimination des lettrés exigera plus d'efforts. Car, le positivisme, quoiqu'il doive finalement obtenir l'ascendant politique, ne peut d'abord aspirer qu'à la prépondérance philosophique, jusqu'à ce que le sacerdoce de l'Humanité puisse avoir assez préparé l'opinion publique et régénéré les hommes d'État. Pendant ce préambule décisif, tous les vrais serviteurs du Grand-Être , tant pratiques que théoriques, se tenant soigneusement éloignés de toute domination

TBOi^ÈHE PÀftTIE. M

temporelle, ils devront mieux obtenir du prolétariat une confiance spirituelle qu'il refusera de plus en plus à l'ambition des lettrés.

Mais, quelle que soit l'aptitude directe du positivisme à rectifier les tendances populaires, il ne pourrait y suffire sans une sage participation des conservateurs qui doivent continuer à gouverner jusqu'à ce que le sacerdoce ait suscité les chefs pratiques de la transition finale* La politique provisoire ne saurait se borner à maintenir avec énergie Tordre matériel, ni même à seconder avec prudence le développement industriel. Ces deux conditions, dont les conservateurs empiriques ont assez senti la connexité, doivent être complétées par une troisième, non moins nécessaire, quoique plus méconnue jusqu'ici : respecter scrupuleusement le mouvraient intellectuel, quelque déréglé qu'il devienne- Sans un tel complément, directement relatif à l'issue d'une révolution plus philosophique que politique, la transition organique ne pourrait jamais être assez instituée. Il est spécialement exigé par l'obligation universelle de proclamer, comme base nécessaire de l'ordre et du progrès, la séparation, d'abord spontanée, puis systématique; entre l'influence théorique et l'autorité pratique. Puisque les conservateurs reprochent, avec raison, aux révolutionnaires de chercher des remèdes politiques à des maux uniquement susceptibles de guérison morale, ils deviennent inconséquents en refusant le libre essor de la solution spirituelle. Une telle contradiction n'aboutit qu'à seconder l'ambition subversive des lettrés, seuls adversaires réels de la séparation normale entre le commandement et le conseil.

Rien ne justifie le pouvoir temporel de comprimer la

91 APPEL Atft COtfftlftVATEtJRS.

Kber téd'ertposition et même de discussion, depuis que les dangers qu'elle suscite en un temps d'anarchie rtten-» taie et morale peuvent être assez surmontés par le pou* voir spirituel, d'après une doctrine complète et décisive. Quoique le sacerdoce positif reste encore réduit à Son fondateur* il peut déjà remplir un office dont Icb conditions fondamentales sont entièrement satisfaites. Son extension doit naturellement résulter du développement de ce service, qui suppose le Kbre cours de la maladie, essentiellement intellectuelle, que la religion universelle est maintenant destinée à guérir, pour inaugurer le rtgne de l'Humanité. Toutes les divagations théoriques doivent pouvoir se produire sans obstacles, sauf la répression spéciale des perturbations pratiques qu'elles susciteraient. Mieux on apprécie le besoin d'une discipline spirituelle, plus on doit sentir l'importance d'une liberté nécessaire à son avènement, soit pour ôter aux anarchistes le prestige de la persécution, soit afin de prouver au peuple que les bases de la société ne redoutent aucun examen.

tJné telle condition ne sera bien remplie qu'en réduisant toute la police de la presse à la stricte obligation de Bigner un écrit quelconque, plus l'indication du domicile de l'auteur f avec la date et le lieu de sa naissance. La responsabilité personnelle n'étant jamais contestable, H* législation peut être sévère contre quiconque voudrait l'éluder ; malgré l'anarchie actuelle, les mœurs occidentales, surtout chez les prolétaires, seconderont toujours, S cet égard, la sollicitude officielle.

Pour compléter l'installation de la liberté spirituel fe, sans laquelle la révolution moderne ne saurait se terminer, il faut que les conservateurs ôtent autant aux onto-

TROISIÈME PAUTIE, *S

logïstes qu'aux théologistes la préfcfêtettce éé l'éducation universelle, eh éuppitimant tout budget théorique. Quoique celui du catholicisme soit le plus onéreufc, il n'est pas le plus nuisible ; soti abolition, oi-deôsu* motivée, serait nort moins insuffisante qu'injfoête, ôi les métaphysiciens, et même les savants, gardaient leurs subvention officielles. Lfe dernier chapitre de ma Ptôtique positive explique l'ensemble de* mesures qu'exige la triple émancipation, soit pour indemniser les personnes, soit afin de remplacer les services, suivant les modes propres à te transition organique. Si te sacerdoce apte à terminer la révolution doit longtemps rester dépourvu de tout subside officiel, les doctrines qui tendent à la perpé* tuer ne sauraient conserver leurs budgets sans une inconséquence aussi nuisible à Tordre qu'au progrès» Il faut espérer que lés hommes d'État sentiront bientôt la contradiction qu'ils présentent quand ils déplorent l'influence des lettrés, tout en protégeant des classes que la liberté rendrait bientôt impuissantes. Je ne dois pas négliger d'étendre spécialement cette appréciation jusqu'aux corporations scientifiques, dont le budget, quoique le moins dispendieux, est, au fond, le plus pernicieux, parce qu'il entretient une dégénération directement nuisible à la source théorique de la réorganisation occidentale* Également anarchiques et rétrogrades, ces corps, heureusement détruits par l'ébranlement français, ont assez prouvé» depuis leur restauration, combien fut sage, quoique empirique, leur première abolition , quand ils avaient déjà rempli leur office passager.

Je n'aurais point assez caractérisé la conduite des Dispositions conservateurs envers les révolutionnaires si son appré* s P éc,ales • dation générale n'était pas suivie, comme pour les ré-

96 APPEL AUX CONSEBVATEURS,

trogrades, de l'indication des dispositions spéciales qui doivent compléter une telle politique. Les deux modes connexes de ce complément exigent d'abord une corn* mune explication, quant à la modification nécessaire du vote universel qui constitue la consécration officielle de la maladie occidentale. Quoiqu'il importe de restreindre, autant que possible, un usage toujours subversif, il ne saurait entièrement cesser que quand la réorganisation spirituelle aura transformé l'état anormal dont il fournit le symptôme légal.

Néanmoins, sans attendre l'avènement direct de la sociocratie, on peut maintenant faciliter la préparation qu'il exige en apportant au vote deux modifications générales, qui seront bientôt acceptées par tous les dignes démocrates. La première consiste dans l'entière publicité des suffrages, afin d'assurer une responsabilité que les âmes corrompues ou timides peuvent seules refuser. Secondement, il faut autoriser la libre délégation de chaque vote, pour que l'influence officielle se proportionne à l'ascendant réel.

La moralité des suffrages et leur concentration graduelle étant ainsi garanties, l'état démocratique se trouvera bientôt modifié de manière à permettre les deux développements connexes qui doivent caractériser la conduite des conservateurs envers les révolutionnaires.

1° Système d'épuration. Dès son] début, au quatorzième siècle, la révolution occidentale fit spontanément surgir une distinction, de plus en plus marquée dans tout son cours, entre les deux écoles qui concoururent au mouvement moderne, l'une par la liberté, l'autre pour l'égalité. Leur incompatibilité se trouva dissimulée tant que le progrès politique dut surtout consister à dé-

Page 1