TROISIÈME PARTIE. ft
surgir dans leur camp, et même y trouver son premier accueil, en un temps où les deux autres milieux repoussent sans examen toute nouvelle doctrine* Émané de l'ensemble du passé, sous l'impulsion nécessaire qui résulta de l'ébranlement français, le positivisme institue la régénération vers laquelle tendit le double mouvement moderne. Cependant la seule doctrine qui rende impossible toute rétrogradation a bientôt trouvé ses principales entraves parmi les défenseurs du progrès, parce qu'elle éteint aussi la métaphysique subversive dont ils restent préoccupés.
Une impartiale comparaison fait donc reconnaître que là représentation "provisoire des instincts de perfectionnement est inférieure à celle des conditions de conservation. Aspirant à construire, quoique d'après un mode vicieux» les rétrogrades se montrent plus conformes au vrai caractère de notre temps que les révolutionnaires tendant à perpétuer le siècle de la démolition. Les uns ne repoussent que la régénération brusquement accomplie, tandis que les autres ne cherchent des réformes radicales qu'en les voulant immédiates»
Mais on ne peut bien apprécier l'état arriére des révolutionnaires actuels que d'après une constante distinction entre les deux éléments hétérogènes dont ce parti se trouve nécessairement composée Guidés par les traditions du régime déchu, les rétrogrades n'ont point, à proprement parler, besoin d'une doctrine formulée, ai de chefs spirituels» Au contraire, les révolutionnaires ne peuvent tendre au progrès social sans une théorie propre à leur représenter l'avenir, et des docteurs aptes à la développer. Or, c'est surtout à ceux-ci qu'il faut maintenant attribuer les vices qui paralysent le parti progrès-
d4 APPEL AUX CONSERVATEURS.
siste dans tout l'Occident, et spécialement chez le peuple central. La masse révolutionnaire n'a réellement d'autre tort essentiel que de conserver sa confiance à des chefs pernicieux.
En suscitant la révolution occidentale , l'ensemble du moyen âge lui légua deux problèmes inséparables : incorporer à la société moderne le prolétariat spontanément surgi ; substituer la foi démontrable au théologisme irrévocablement épuisé. La solution sociale, d'où dépendait l'organisation de l'activité pacifique, exigeait la solution intellectuelle, seule capable d'instituer la religion et le sacerdoce propres à régler les relations entre les entrepreneurs et les travailleurs. Mais une telle connexité, déjà pressentie au moyen âge, fut longtemps dissimulée d'après le contraste naturel de l'urgence inhérente à la première question avec la lenteur de l'élaboration nécessaire à la seconde. Car, la principale institution de la société moderne était ainsi subordonnée à la plus profonde des révolutions mentales de l'humanité. Pendant le préambule objectif qu'exigeait la synthèse subjective, afin de substituer partout le relatif à l'absolu , cette liaison se trouva graduellement méconnue, tant chez les théoriciens que parmi les praticiens , tous également détournés des vues générales par les efforts spéciaux. *
Gomme la décomposition du régime ancien fut naturellement plus rapide que la double préparation du nouveau, le problème social dut directement arriver à l'ordre du jour avant que la question intellectuelle put être vraiment résolue. Telle est la fatale inégalité qui produisit la funeste suprématie des lettrés, que les luttes émanées du moyen âge avaient graduellement accrédités. Même après que le triomphe politique de la métaphysique moderne