PRÉFACE. IX
ment secondé l'élaboration organique en supprimant les chaires officielles où trois célèbres lettrés viciaient l'enthousiasme théorique de la jeunesse française. Tous les efforts synthétiques eurent bientôt obtenu l'attention des gouvernés et le respect des gouvernants, dans une situation éminemment propre à fairç partout sentir l'épuisement du tbéologisme et l'urgence d'une nouvelle systématisation.
Ainsi furent paisiblement accomplies mes méditations les plus fondamentales, caractérisées par les opuscules reproduits à la fin de mon principal ouvrage. Dès ce début, ma mission trouva des sympathies décisives chez les meilleurs esprits, sans excepter ceux qui plus tard secondèrent le concert spontané des lettrés occidentaux contre la philosophie et la religion positives. Outre l'attention générale du public théorique, je fus spécialement encouragé , dans tous les partis , par les praticiens les plus purs et les plus éminents. La préface générale de ma Politique positive indique l'auguste approbation que mon opuscule fondamental reçut, à sa naissance, du grand citoyen qui constituait alors la meilleure représentation de la dictature républicaine. Je dois ici compléter ce souvenir en signalant le noble accueil que ce travail obtint, en même temps, du plus distingué des hommes d'État dont le dix-neuvième siècle puisse jusqu'à présent s'honorer en Occident. Malgré ses préoccupations pratiques, le digne président de la dictature légitimiste pressentit la portée politique de la synthèse qui, subordonnant la science sociale à l'ensemble des précédentes , devait irrésistiblement discipliner l'esprit théorique, principale source des perturbations modernes. 11 doit m'être ici permis de témoigner ma tardive reconnaissance au seul
homme d'État qui , dans ce siècle , ait su noblement renoncer à l'ascendant politique; quand nous l'avons récemment perdu, son nom n'était, depuis longtemps, conservé que chez les âmes aptes à représenter la postérité.
Nul ne blâmera , j'espère , l'hommage que l'indépendance propre au vrai philosophe devait actuellement m'inspirer envers le régime qui seconda l'élaboration et l'avènement de mes conceptions les plus décisives. Ma gratitude est d'autant plus libre que, quoique la légitimité m'ait toujours paru fournir le meilleur mode pour instituer la transition organique, je la regarde, depuis longtemps , comme ayant irrévocablement perdu , chez le peuple central, toute éventualité politique. Elle n'y pourrait passagèrement revivre que si l'anarchie parlementaire s'y rétablissait momentanément, de manière à pousser tous les amis de l'ordre vers le régime le moins conforme aux inclinations françaises. Or, la situation dictatoriale a déjà duré suffisamment pour éviter, dans un cas quelconque , la seule aberration qui pût faire désormais recourir au moyen de salut le plus extrême. Quoi qu'il en soit, les indications précédentes font assez sentir que, même alors, le positivisme continuerait à développer la régénération occidentale, en utilisant les propriétés du régime qui protégea le premier essor de la synthèse universelle.
Malgré son apparence rétrograde, la dictature légitimiste n'aurait pas succombé si l'élaboration de la doctrine régénératrice avait pu s'achever avant que les sollicitudes relatives au progrès eussent assez ranimé les impulsions révolutionnaires. La détermination générale de l'avenir humain, d'après l'explication positive de