PRÉFACE. XI
l'ensemble du passé, devait calmer les principales inquiétudes en fournissant, aux gouvernants comme aux gouvernés, une base fixe d'espérances et même de conduite. Car, si cette conception avait été suffisamment précise, elle aurait bientôt indiqué la nature et la marche de la transition finale, de manière à prévenir ou réparer les déviations vraiment graves. Dès son début , la nouvelle synthèse s'efforça de détourner les gouvernés de l'agitation politique, et de rectifier l'attitude rétrograde des gouvernants , en représentant ces deux dispositions comme également contraires à la destination du dix-neuvième siècle. Ses efforts auraient pu suffire, en un temps où l'intervention populaire était peu développée, si la construction de la philosophie de l'histoire avait été complète quand la dictature légitimiste tenta d'abolir le régime parlementaire. Alors la situation occidentale, évitant beaucoup de désastres, eût atteint, vingt ans plus tôt, le mode propre à l'installation décisive de la transition organiqtfe, que la légitimité régénérée pouvait mieux instituer qu'aucun autre pouvoir, en faisant directement ressortir la réorganisation spirituelle. J'ai toujours regretté qu'une telle marche fût incompatible avec la fatalité qui ne permettait point au positivisme un développement ass^z rapide pour dissiper à temps l'égarement des gouvernés et l'aveuglement des gouvernants.
La déviation anarchique de l'explosion française, et la longue rétrogradation qui la suivit , avaient été dues à l'absence d'une doctrine régénératrice, d'après l'inégalité de vitesse entre les deux mouvements simultanés de décomposition et de recomposition propres à la révolution occidentale. Il est vrai que la paix et la liberté firent bientôt surgir les germes décisifs du positivisme, dont le
préambule scientifique était assez accompli. Mais son développement intellectuel^ social exigeait trop de temps pour permettre de préserver la dictature légitimiste en la régénérant. Elle succomba quand les diverses factions liguées contre elle eurent assez exploité les inquiétudes suscitées par son attitude rétrograde. Faute d'une 'doctrine capable de déterminer l'avenir et de régler le présent, les âqpes populaires, alarmées sur le progrès, accueillirent les rêveurs et les jongleurs qui leur promettaient des réformes à la fois immédiates et radicales.
Voilà comment surgit , en France , une phase honteuse et funeste, caractérisée par le développement connexe du journalisme et du régime parlementaire. La dictature dégénérée n'abdiqua la suprématie spirituelle qu'en s'efforçant de prévaloir d'après des influences purement matérielles, sans comprendre qu'une telle conduite devait développer la plus vicieuse des dispositions révolutionnaires , en soulevant le nombre contre la richesse. Plus incapable que le régime légitimiste de concilier l'ordre et le progrès , la domination bourgeoise fut bientôt poussée à faire directement ressortir le besoin de cette conciliation. Une dénomination éphémère suscita la réhabilitation du titre de Conservateur par ceux-là même qui le reprochaient jadis à leurs adversaires comme un symbole de rétrogradation. Telle fut la seconde phase de la qualification qui , d'abord émanée du milieu rétrograde , convint dès lors à des chefs issus du camp révolutionnaire; de manière à faire mieux ressortir son aptitude finale à désigner le parti propre à surmonter les deux autres.
Depuis que les tendances subversives étaient rani-