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complie, puisque le prestige russe se trouve irrévocablement détruit, de manière à ne plus susciter des inquiétudes susceptibles d'entraver l'essor des populations avancées. L'élimination de l'élément perturbateur se consolide et se complète par la préférence accordée , malgré la diversité théologique, à la puissance orientale la mieux disposée à se subordonner à l'occidentalité.
Mais le fondement général de cette expédition n'a pas, en lui-même, moins de prix que son but essentiel ; car elle repose sur une intime alliance entre les deux éléments occidentaux qui, depuis la fin du moyen âge, avaient toujours développé la plus déplorable rivalité. La révolution moderne ne pouvant se terminer sans reconstruire l'occidentalité, ce concours annonce et seconde l'avènement spontané des mœurs normales , qui déjà surmontent partout les anciennes, animosités. Toutefois , la combinaison avec l'Angleterre n'offre maintenant une importance capitale, dans l'institution de la politique extérieure qui convient à la France, que pour transformer les dispositions résultées des luttes antérieures. En considérant l'avenir, le peuple central doit principalement s'allier aux populations méridionales, plus capables de seconder son initiative régénératrice.
Quant aux réactions intérieures d'une telle coopération, elle a surtout manifesté la prépondérance universelle des inclinations pacifiques. On peut ainsi reconnaître que désormais la planète humaine ne présente nulle part des nations vraiment guerrières, l'existence industrielle ayant partout prévalu. Cette transformation est d'autant plus décisive qu'elle se lie aux tendances fondamentales vers la régénération sociale, toujours entravée par l'activité militaire. Aussi l'expédition occiden-
taie , quoiqu'elle ait été partout jugée nécessaire, n'a point excité l'enthousiasme populaire, surtout en France, où le but de la révolution moderne est mieux senti. L'orgie militaire du dix-neuvième siècle ne fit que suspendre les dispositions résultées de l'ensemble du passé français ; elles sont devenues irrévocablement prépondérantes depuis que les aspirations sociales ont acquis un irrésistible ascendant.
Spécifiant davantage l'influence intérieure de l'expédition occidentale, je dois indiquer» envers FArlgleterre, une réaction que la théorie pouvait seule manifester, mais dont là réalité n'est aucunement contestable. Elle consiste dans la tendance des contacts anglo-fratiçais h détruire la soumission théologique et le prestige aristocratique, qui constituent les principaux fondements du régime britannique. L'oligarchie qui fit la guerre à la France pour empêcher la propagation du jacobinisme, se trouve ainsi conduite à la consécration officielle de l'immense meeting où ses sujets les plus arriérés subissent la contagion permanente dû socialisme le plus négatif. Quoique l'abolition du régime parlementaire semble, aux yeux des lettrés, avoir placé la France audessous de l'Angleterre, lès prolétaires britanniques auront bientôt apprécié la situation dictatoriale en sentant la supériorité que procurent aux nôtres l'émancipation et la fraternité* De tels contacts pourraient même disposer à transporter la dictature en Angleterre avant qu'elle y fût assez préparée.
Telles sont les indications relatives au premier ittodé de l'expédition occidentale, seul vraiment conforme à fc'â noble destination. L'approbation systématique que je formulai, dès l'an dernier, envers ce début, m'autorise
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maintenant à blâmer 1a dêgénération cjui Ta bientôt suivi, par la transformation de la défense en invasion.
Pour garantir l'indépendance turque après T évacuation du territoire ottoman, il suffisait de combiner une petite armée d'observation avec une grande flotte protectrice, jusqu'à ce que la liberté maritime fût pleinement assurée. Toutes les forteresses, comme Gibraltar et Sébastopol, destinées à fermer les mers circonscrites, doivent certainement disparaître. Mais il faut qu'elles soient démolies par les gouvernements qui les ont construites, quand ils auront reconnu l'inutilité des dépenses continues qu'elles exigent, d'après l'impossibilité constatée d'instituer un tel monopole.
Rien n'autorisait, pour prévenir un tort futur, à développer une aberration équivalente à celle qu'on avait voulu réprimer. Cette dégénération a renversé la situation morale, en transportant à l'autre camp l'intérêt que doit toujours inspirer l'attitude défensive. La déviatioh agressive est d'autant plus déplorable que, si son développement officiel ne se trouvait partout contenu par lfes dispositions populaires, elle susciterait des perturbations illimitées. Déjà liée au vain projet d'une dislocation violente envers une agrégation exorbitante, elle tendrait bientôt à renverser le starn qtto sur lequel la Sagesse diplomatique a, depuis deux siècles, fondé provisoirement l'harmonie européenne, jusqu'à la réorganisation spirituelle de l'occidentalité. Tous les grands États de l'Oocident doivent graduellement subir une décomposition analogue à celle qu'on voudrait brusquement opérer en Russie. Mais il faut que cette application d'une loi nécessaire soit partout accomplie spontanément, sans être vicieusement hâtée par une intervention oppressive. Au-
cune puissance n'étant assez pure pour reprocher aux autres les usurpations antérieures, il suffit que les situations actuelles soient toujours respectées, jusqu'à ce que les principes destinés à régler les nationalités aient librement prévalu, chez des peuples irrévocablement domiciliés.
La déviation agressive concourt avec l'expédition protectrice pour constater et développer la transformation universelle qui caractérise les mœurs modernes. Depuis soixante ans, le cours général des événements militaires prouve que toutes les défenses ont essentiellement réussi, tandis que toutes les invasions ont finalement avorté. Même en considérant l'ensemble des perfectionnements propres à l'art de la guerre, on reconnaît qu'ils sont plus protecteurs qu'offensifs, comme le fut l'introduction des armes à feu.
Je ne dois pas insister davantage sur les vices et les dangers de la déviation agressive, dont il importe surtout d'apprécier les sources. Il ne faut point l'attribuer à l'ambition des deux gouvernements qui la développent, et pourtant elle n'émane pas de l'égarement populaire. Elle est surtout due, comme l'aberration russe, à l'anarchie spirituelle qui partout livre les gouvernants et les gouvernés aux impulsions que le cours des événements semble motiver, faute de principes et de convictions capables de surmonter les sophismes politiques. Ce cas, quoique moins grave, est analogue à la dégénération de l'héroïque défense des républicains français en une longue suite d'expéditions oppressives, sous prétexte de consolider l'indépendance du peuple central. Un noble tzar a terni son règne en suscitant, au nom d'une croyance épuisée, une perturbation contraire à