‹ Appel aux conservateurs [microform]Chapitre 10 sur 53 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

être suffisamment institué que par le positivisme, vu l'attitude contradictoire du catholicisme, qui s'efforça de systématiser la morale en séparant l'homme de la société, dont l'antique ascendant ne fut alors respecté que dans la chevalerie.

La religion positive doit directement réparer tous les ravages résultés de la synthèse catholique envers l'ensemble des traditions humaines, puisque sa réalité théorique la pousse dogmatiquement à proclamer l'existence naturelle des instincts sympathiques. Toujours individuel, le théologisme fut implicitement incompatible avec cette loi , qu'il dut explicitement nier dans la concentration monothéique, malgré les protestations continues de l'empirisme universel. Elle est donc propre au positivisme , qui seul la consacre et la développe, en faisant consister le problème humain à subordonner l'égoïsme à l'altruisme. Quoique le sentiment constitue l'unique régulateur de l'intelligence et de l'activité, cette condition ne pourrait suffire pour instituer une unité réelle et durable, si la synthèse ne devait exclusivement émaner de la sympathie. C'est seulement au moindre degré d'animalité que l'harmonie vitale comporte une source égoïste, quand tous les instincts se réduisent au penchant nutritif. Partout ailleurs, la pluralité des impulsions égoïstes, dont chacune tend à prévaloir, ne permet habituellement l'ordre que d'après leur commune subordination à l'ensemble des dispositions sympathiques, toujours susceptibles de concorder entre elles et de lier le dedans au dehors. Nécessairement exceptionnelle, même en mécanique, la concentration de tout système d'influences en une résultante générale ne devient possible, en sociologie , que d'après une digne prépondérance de l'amour universel,

Pour faire mieux ressortir le privilège du positivisme envers le premier fondement de la vraie synthèse, il faut rattacher la prééminence systématique du sentiment à la loi constante du classement normal suivant la généralité décroissante. Car, si le domaine de la spéculation est justement regardé comme plus vaste que celui de l'action, il reste autant inférieur à celui de l'affection. Quoique l'ancien dogmatisme, préoccupé de considérations chimériques, ait dû proclamer que pour aimer il faut d'abord connaître, l'empirisme universel annonce que l'amour précède, et même suscite, la connaissance, pourvu que l'existence soit admise. Le positivisme systématise cette inspiration en représentant le domaine moral comme seul synthétique, parce qu'il embrasse toujours les êtres, tandis que le champ théorique et pratique reste analytique, en tant que concernant les phénomènes qu'on doit apprécier et modifier. Un tel contraste se trouve profondément consacré dans la constitution relative de la religion universelle, où le culte domine non-seulement le régime mais aussi le dogme, que le mode absolu tendait à faire prévaloir contre d'unanimes prédilections.

2° Relativité complète. Je dois moins insister envers la seconde condition de Tétat positif, parce que le préambule théorique des Occidentaux, vulgarisé d'après leur essor pratique, la fit graduellement présider à toutes les élaborations abstraites. Dès le début de la science grecque, la relativité fut irrévocablement introduite dans les plus simples conceptions, où l'absolutisme semblait mieux motivé. Toujours développée avec la positivité, sa prépondérance devait surtout convenir aux événements les plus complexes, puisqu'ils sont les plus modifiables,

Page 1