‹ Appel aux conservateurs [microform]Chapitre 11 sur 53 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

comme le confirme la résistance croissante de l'esprit historique aux prétentions absolues. La seule explication qu'il faille ici noter à cet égard consiste dans le besoin d'étendre le relativisme, non-seulement à tout le domaine intellectuel, où son universalité n'est plus contestée que par des penseurs arriérés, mais encore à l'ordre pratique et même moral. Envers le sentiment , cette extension devient irrécusable en considérant l'affinité, ci-dessus signalée, entre le caractère relatif et la disposition sympathique, par contraste avec la connexité spontanée entre l'égoïsme et l'absolu. Quant à l'activité, le relativisme doit toujours dominer nos projets et nos espérances, puisque le perfectionnement continu suppose l'imperfection constante. Au lieu de représenter le mieux comme l'ennemi du bien, le positivisme proclame le bonheur, et même le devoir, incompatibles avec toute aspiration absolue, sous l'un quelconque des aspects propres à l'existence humaine.

3" Indivisibilité de la vraie synthèse. Quoique la moins respectée aujourd'hui , vu la difficulté d'y satisfaire , la dernière condition de l'unité positive n'a besoin que d'être directement formulée pour devenir dogmatiquement incontestable. La vie étant toujours caractérisée par une indivisibilité d'autant plus prononcée que l'existence est plus éminente , on ne saurait immédiatement méconnaître l'obligation de ne jamais scinder les divers aspects de la religion destinée à la régler. En instituant une synthèse provisoire, le fétichisme et la théocratie ont partout développé des habitudes qu'il suffit de ranimer pour surmonter les tendances, de plus en plus dispersives, de l'évolution occidentale. Tous les efforts, même théoriques, tentés, sous l'anarchie mo-

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APPEL AUX CONSERVATJiURS.

Principe universel.

derne envers des systématisations partielles, concourent à démontrer l'impossibilité de rien coordonner autrement qu'en liant tout. De là résultent à la fois la difficulté principale et le privilège décisif de la religion positive, forcée, sous peine d'inanité totale, d'embrasser l'ensemble du domaine humain , tant affectif qu'actif et spéculatif, que la théocratie put seule ébaucher.

Ainsi destinée à devenir indivisible, relative, et sympathique , la nouvelle synthèse combine ces conditions en érigeant en principe universel le dogme de l'Humanité, graduellement surgi sous la tutelle fictive, qui se trouve irrévocablement épuisée.

Envers une telle préparation , le cœur a longtemps devancé l'esprit , qui n'a pu l'atteindre que d'après la récente fondation de la science sociale. La Famille et la Patrie constituent à la fois les éléments nécessaires, l'un médiat, l'autre immédiat, et les préambules spontanés d'abord collectifs puis individuels, de l'Humanité. Source naturelle de toute initiation, le fétichisme, instituant, par l'attachement, l'existence domestique, fonda la consistance et la dignité de la vie personnelle en la liant à celle d'un être perpétuel et composé. D'après cette base le theologisme conservateur ébaucha l'état civique en développant la vénération. Mais l'insuffisance de ce régime envers l'activité collective ne lui permit de réaliser que l'institution de la caste , intermédiaire normal entre la Famille et la Patrie. Celle-ci ne put être assez constituée que sous le mode social du theologisme progressif Alors, la seule activité qui d'abord comportât un essor collectif fit irrévocablement prévaloir une existence composée et continue, qui, quoique fondée sur l'égoïsme

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