‹ Appel aux conservateurs [microform]Chapitre 17 sur 53 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

une séparation réelle et durable entre l'autorité pratique et l'influence théorique. Mais il confirme le jugement des orientaux envers l'inaptitude radicale du catholicisme à séparer le commandement et le conseil. Cette division était plus incompatible avec l'absolutisme du sacerdoce théologique qu'avec celui des gouvernements militaires. Elle ne peut s'établir que quand les croyances surnaturelles et l'activité guerrière se trouvent essentiellement éteintes. Alors elle doit spontanément surgir de l'universalité propre à la foi démontrable et de la liberté qui distingue l'activité pacifique. Dans un tel milieu, la religion positive vient aisément systématiser une, séparation normale entre deux puissances dont chacune se sent nécessairement incapable d'absorber l'autre , quels que puissent jamais être leurs conflits privés ou publics.

3° Digniié de la femme. H est facile de sentir combien le dernier caractère du régime positif se lie naturellement aux deux autres. Car, on aurait vainement proclamé l'universelle prépondérance de la morale, si le sexe actif et spéculatif n'accordait point au sexe affectif un digne ascendant. De même , la séparation des deux puissances deviendrait illusoire dans la cité si le commandement n'était pas convenablement modifié par le conseil au sein des familles.

Mais le privilège du positivisme a peu besoin d'explication envers son caractère final , où l'impuissance de l'ancienne synthèse est facilement appréciable. Parmi tous les modes propres au régime provisoire, le fétichisme, seul incorporable au régime définitif, fut aussi le seul qui pressentit la dignité féminine, d'après la suprématie spontanée qu'il accordait au cœur. Sous les autres phases, sans excepter l'état théocratique , l'évolution so-

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ciale du sexe affectif, qui fournit la meilleure mesure du progrès humain , ne se trouva réellement secondée que par l'ensemble des instincts pratiques. C'est ainsi que, d'après la polygamie initiale, surgirent d'abord l'institution, puis le perfectionnement, de la monogamie. Le pas que firent , au moyen âge , les mœurs occidentales résulta des impulsions chevaleresques, le catholicisme ne l'ayant préparé qu'en systématisant la pureté, sans pouvoir consacrer la tendresse , qui , repoussée par son dogme et même son régime , ne trouva d'accès que dans

son culte.

Ces aspirations sont directement réalisées et développées dans la religion positive, où, l'existence du Grand- Être étant toujours fondée sur l'amour, le sexe aimant fournit sa meilleure personnification. La femme, qui présente , à tous égards, le vrai type de notre espèce, constitue un médiateur nécessaire entre l'homme et l'Humanité , comme le sacerdoce s'interpose entre les deux sexes. En vertu de sa prééminence affective, l'épouse accomplit , au nom du Grand-Être , l'intime perfectionnement de l'époux , et la mère préside à l'éducation des enfants quelconques, sauf le complément théçrique qui doit toujours émaner du clergé. Mais ce double ofïïçQ ne saurait être dignement exercé si la situation sociale du sexe aimant ne se trouvait sans cesse en suffisante harmonie avec sa nature et sa destination. Pour y pourvoir, le positivisme , systématisant les tendances occidentales, supprime à la fois les dots et les successions féminines, en fondant l'économie domestique, et par suite civique, sur l'axiome : V homme doit nourrir lajemme,

Telles sont les sept notions, profondément connexes.

PHEMJÈHE PARUE. 37

dont l'ensemble suffit aux hommes d'État qui, sans être maintenant convertis à la religion positive, peuvent déjà sentir son aptitude à terminer la révolution moderne. Mais, malgré l'évidence de chacune d'elles et leur consolidation mutuelle, leur explication abstraite exige le complément qui va résulter de leur application combinée aux trois degrés de l'existence humaine, d'abord personnelle, puis privée, enfin publique. '^^

9° Appréciation concrète. ^

Dans le développement ordinaire de la société, le public assiste spontanément ses guides , parce que la marche s'accomplit sous une impulsion unanimement sentie. Mais les difficultés propres aux temps de transition se trouvent naturellement aggravées par la résistance, passive ou même active, de la masse sociale aux âmes d'élite qui seules comprennent alors l'ensemble des besoins humains.. Quand il faut modifier ou renouveler la doctrine fondamentale, les générations sacrifiées au milieu desquelles s'opère la transformation y demeurent essentiellement étrangères et souvent y deviennent directement hostiles. Leur masse ne participe à la marche générale de l'humanité que par l'élaboration, toujours nécessaire, du trésor matériel; loin de seconder l'essor intellectuel et moral , elle entrave les efforts exceptionnels qui s'y vouent. Cette situation oblige les dignes serviteurs du Grand-Être à s'affranchir spécialement des influences contemporaines, en contemplant l'avenir qu'ils préparent et le passé qui les soutient.

Adaptées aux transitions quelconques, ces dispositions sont surtout propres à la phase actuelle de la grande crise

OÙ devait aboutir la révolution occidentale. La rénovation vers laquelle tend l'ensemble du mouvement moderne constitue la plus profonde transformation de notre espèce, dont l'état normal s'y doit directement instituer, d'après l'entier accomplissement de l'initiation nécessaire. Pendant la génération qui vient définir, la doctrine destinée à guider cette reconstruction fut pleinement élaborée, en fondant, sur l'explication du passé, la conception de l'avenir et l'appréciation du présent. Tandis qu'elle se développe et se propage, les hommes d'État y peuvent déjà puiser les moyens de seconder la réorganisation universelle en surmontant l'orageuse fluctuation d'un milieu dominé par des habitudes rétrogrades et des tendances anarchiques. Mais ils ne sauraient ainsi concourir à la construction qui doit seule caractériser un siècle exceptionnel qu'en se rendant assez familière l'existence finale dont il accomplira l'installation.

En considérant d'abord l'ensemble de l'état normal , on peut aisément reconnaître que la religion positive s'y trouve complètement adaptée. Car, le sentiment, l'intelligence , et l'activité doivent simultanément recevoir un essor continu, jusqu'alors impossible, en se vouant au service direct de l'Humanité, seule base iualtérable de consécration et de discipline. L'unité fondée sur l'union trouve la source et le but de toute digne vie, individuelle ou collective, dans le concours permanent qu'exigent la conservation et le développement du Grand- Être qui préside au perfectionnement universel, dont il offre le meilleur type. D'après sa nature relative, la suprême existence est directement préservée des contradictions insurmontables que présentait l'omnipotence divine. Néanmoins, sa prépondérance nécessaire n'est pas plus

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