‹ Appel aux conservateurs [microform]Chapitre 28 sur 53 · CONDUITE DES CONSERVATEURS ENVERS · texte numérisé non relu

CONDUITE DES CONSERVATEURS ENVERS

LES RETROGRADES.

Les conservateurs empiriques, en s'efforçant de sur- Appréciation monter à la fois les rétrogrades et les révolutionnaires, générale, ont toujours montré plus d'estime et d'affinité pour ceuxlà que que pour ceux-ci. Cette préférence se trouve systématisée par le positivisme , qui la consolide et la développe en la liant à la politique destinée à fonder la transition finale des occidentaux. Quelque vicieuses que soient les tendances rétrogrades, elles sont, à tous égards, moins contraires que les dispositions révolutionnaires à la grande construction qui doit caractériser le dix-neuvième siècle. En représentant un régime irrévocablement déchu, mais dont les services ont mérité l'éternelle reconnaissance de l'humanité, les unes rappellent nécessairement les conditions d'ordre communes a tous les États possibles. Au contraire, les autres, résultées d'une décomposition croissante, n'indiquent vaguement les aspirations au progrès qu'en les liant à des »

56 APPliL AUX CONSIiliVATLlJKS.

doctrines purement subversives, qui font radicalement méconnaître la nature et le caractère de la régénération

occidendale.

Cette comparaison se trouve actuellement représentée par la composition spontanée des partis correspondants. Dans la population investie de l'initiative régénératrice, les rétrogrades ont pour principal appui le sexe le mieux apte à caractériser Tétat normal. Parmi les quatre nations placées autour du centre occidental, ils prévalent chez le couple méridional , qui, resté nominalement catholique, est réellement supérieur, sous les aspects les plus essentiels, aux deux peuples devenus officiellement

protestants.

Afin de mieux apprécier l'ensemble des tendances rétrogrades, il faut reconnaître qu'aucun grand problème ne peut être vraiment posé que d'après une solution quelconque. Cette nécessité , sensible envers les moindres domaines, doit surtout convenir au monde moral et social, où les questions sont spontanément négligées tant qu'elles restent dépourvues de toute réponse. Outre le besoin pratique de s'appuyer sur la rétrogradation pour combattre l'anarchie, on voit ainsi surgir un motif théorique qui représente les dispositions à rétablir le régime déchu comme provisoirement nécessaires à l'élaboration de la doctrine régénératrice.

D'après cette connexité, les conservateurs peuvent désormais inspirer d'activés sympathies aux rétrogrades, qu'ils n'ont jusqu'ici ralliés que passivement, pour éviter les révolutionnaires. Le positivisme doit bientôt toucher les partisans sincères du régime propre au moyen âge, en rendant une pleine justice à tous les services du catholicisme et de la féodalité. Rien ne peut mieux carac-

StCOINIJE PAUTll:.

tériser la synthèse relative que son aptitude spontanée à glorifier simultanément les divers régimes quelconques, sans aucune inconséquence, en les rapportant aux destinations correspondantes, qui durent toujours converger vers le règne de l'Humanité. Ce privilège est surtout applicable au moyen âge, où le programme général de la réorganisation occidentale dut provisoirement résulter d'une ébauche prématurée mais décisive. Quoique les rétrogrades, entravés par une doctrine absolue, ne puissent rendre aux positivistes une justice équivalente à celle qu'ils en reçoivent, ils sentiront que l'ensemble du régime catholico-féodal , condensé dans la chevalerie , ne put être assez apprécié que d'après la synthèse universelle.

En développant une telle affmité, la religion de l'Humanité doit graduellement pénétrer chez ses meilleurs adversaires, au nom des sollicitudes qu'ils représentent, quand un fanatisme exceptionnel ne détourne pas vers les moyens l'attention d'abord fixée sur le but. Le problème de la réorganisation étant éminemment indivisible, ceux qu'il préoccupe sont ainsi disposés à reconnaître que le positivisme en a seul embrassé l'ensemble. Instituant le progrès comme le développement de l'ordre, la nouvelle synthèse fait nécessairement sentir que la rétrogradation ne comporte jamais un caractère pleinement organique.

On peut conduire les rétrogrades à reconnaître que leur état est contradictoire, puisqu'ils aspirent à l'unité sans remplir ses principales conditions. Elle doit être autant mentale que sociale, pour terminer une révolution plus spirituelle que temporelle. Rien ne peut désormais dispenser la religion de reposer sur la philosophie , et

SECONDE PARTIE

celle-ci sur la science; comme, en sens inverse, notre siècle rejette la science incapable d'aboutir à la philosophie , et la philosophie qui ne peut se transformer en religion. La stagnation subversive, qu'on déplore envers les théories morales et politiques, s'étend déjà sur les domaines moins éminents, en proportion de leur propre complication. Bientôt elle atteindrait les doctrines les plus élémentaires , si la vraie discipline n'émanait à temps d'une systématisation qui , pour devenir elTicace, devait tout embrasser, en subordonnant au sentiment l'intelligence et l'activité.

Tandis que les rétrogrades restreignent vicieusement la conception abstraite de l'ordre, ils sont plus impuissants envers son appréciation concrète. On ne saurait désormais méconnaître, entre toutes les populations humaines, une intime solidarité, que les événements journaliers font graduellement ressortir. L'universalité religieuse, déjà cherchée depuis vingt siècles, constitue maintenant une question urgente, que les rétrogrades ne peuvent pas plus résoudre qu'éluder.

Mais, pour être suffisamment apprécié, le problème de l'unité doit subir une dernière extension, naturellement propre à condenser les deux précédentes. Il faut que la vraie synthèse puisse autant embrasser tous les temps que tous les lieux et tous les modes : la continuité proprement dite est même supérieure à la simple solidarité. La véritable unité n'étant pas davantage immobile qu'absolue, les phases quelconques de l'évolution humaine durent de plus en plus tendre vers une harmonie qui ne saurait jamais être pleinement réalisée.

Sous cet aspect, qui résume tous les autres, le positivisme peut faire mieux sentir aux rétrogrades combien

ils mécoimaissent les conditions fondamentales de Tordre qu'ils recommandent. L'irrécusable obligation d'accepter l'ensemble de la succession humaine doit d'abord s'appliquer au siècle immédiatement précédent, qui nous a nécessairement transmis le résultat général des évolutions antérieures. Or les rétrogrades conçoivent le dix-neuvième siècle en l'isolant du dix-huitième, de manière à rompre la chaîne des temps dès son premier anneau. D'une autre part, ils apprécient le moyen âge en écartant sa filiation nécessaire envers l'antiquité. C'est ainsi que, méconnaissant l'indivisibilité de Tordre humain, les rétrogrades veulent instituer une synthèse partielle, locale, et temporaire, qui ne peut dominer l'avenir faute d'embrasser le passé.

Non-seulement l'ensemble des temps écoulés jusqu'ici ne comprend que l'âge préparatoire, d'où devait graduellement surgir l'élaboration de Tétat normal. Mais en décomposant cette initiation dans ses deux principales phases, le théologisme n'y constitue qu'une transition, nécessaire à Tévolution collective, évitable pour Téducation individuelle, entre le fétichisme primitif et le positivisme définitif. Si la synthèse initiale avait dû toujours durer, elle aurait certainement conservé son premier mode, seul incorporable à Tétat final , où le mode intermédiaire ne laissera que des souvenirs. En second lieu, le théologisme progressif, essentiellement propre aux occidentaux, comporta moins de consistance et de durée que le théologisme conservateur, nécessairement commun à tous les peuples, et qui seul peut pleinement caractériser Tétat théologique. Parmi les deux modes, polythéique et monothéique, que dut successivement offrir la progression occidentale, le dernier était le moins durable,

APPEL AUX CONSKUVATKUKS.

'Èê:

surtout en vertu de la séparation provisoire des deux puissances. Il ne semble s'être le plus prolongé que d'après la nécessité d'accomplir, sous sa domination apparente, l'élaboration directe de l'état final, dont il fut le précurseur immédiat. Ainsi , les rétrogrades veulent imposer à l'existence normale de l'Humanité le plus précaire et le plus passager de tous les régimes successivement propres à sa vie préparatoire.

La synthèse catholico-féodale n'a pas succombé , comme toutes les précédentes, sous l'impulsion continue de celle qui devait lui succéder : elle s'est seule décomposée d'après son incohérence spéciale , par l'antagonisme spontané de ses principaux éléments. Ayant maudit tous ses ancêtres, le monothéisme occidental voulait être béni chez ses descendants quelconques , comme il prétendait toujours enchaîner le raisonnement d'où son avènement était issu. Plus il s'ellbi'cait de tout coordonner, mieux il manifestait l'impuissance du théologisme envers une systématisation réservée à la seule doctrine capable, en vertu de sa réalité, d'embrasser l'ensemble d'un problème indivisible. Émané du sentiment par le fétichisme, le polythéisme avait, à sa manière, consacré l'essor spéculatif, tant théorique qu'esthétique ; la confusion des deux pouvoirs lui permitmême de s'étendre, quoique empiriquement, à l'existence pratique, d'où surgit la positivité. Mais la concentration monothéique manifesta l'inaptitude radicale de l'esprit théologique à représenter le point de vue collectif: la synthèse du moyen âge écarta la contemplation comme l'action, pour se borner à l'affection, qu'elle devait spécialement élaborer. Cette culture devint nécessairement contradictoire, puisque le développement de l'amour universel y reposait

SECONDE PARTIE

sur un irrésistible égoïsmo, d'après lequel la religion provisoire aspirait, sous son dernier mode, à régler sans rallier, en séparant l'homme de l'Humanité. Quand le sacerdoce catholique, après avoir accompli son principal office, eut irrévocablement perdu, d'abord son indépendance, puis sa moralifé , ces vices radicaux, que sa sagesse avait longtemps contenus, prirent un libre cours, qui décomposa le régime et le dogme, en ne maintenant que le culte.

C'est à celui-ci que s'est vraiment réduit le monothéisnae occidental, chez les peuples disposés à conserver, autant qye possible, la synthèse propre au moyen âge jusqu'à ce qu'elle soit réellement remplacée. Depuis que le clergé catholique se trouve annulé, le régime qu'il dirigeait a perdu toute efficacité directe, d'abord envers la vie publique, puis quant à la vie privée. Sa morale si vantée n'inspire que de vagues déclamations, qui peuvent, suivant les impulsions, devenir alternativement oppressives à l'égard des pauvres et subversives contre les riches, en prêchant la servilité comme la sédition. Elle n'offre d'efficacité personnelle que d'après des préceptes depuis longtemps incorporés aux mœurs occidentales, surtout chez le sexe qui nous a vraiment transmis les traditions du moyen âge. Quant au dogme catholique, les contradictions inhérentes au monothéisme s y trouvent aggravées par la complication qu'exigea la séparation provisoire des deux puissances ; en sorte qu'il suscita d'invincibles répugnances lorsque cette division fut devenue illusoire. A cet égard, le catholicisme est inférieur à l'islamisme , où , les chefs temporels ayant toujours gardé le pouvoir spirituel , la foi put et dut être assez simplifiée pour n'y laisser quel'irralionnalité propre

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h romnipotence divine. Vu la décomposition de leurs croyances, les rétrogrades occidentaux ne paraissent pourvus d'une doctrine que comparativement aux révolutionnaires, qui consacrent l'état négatif, et même aux conservateurs, jusqu'à ce que ceux-ci mettent leurs pensées en harmonie avec leurs sentiments.

Il n'existe pas plus d'accord entre les partisans d'un système irrévocablement déchu que d'homogénéité parmi les degrés successifs de sa décomposition spontanée. Ses défenseurs les plus dogmatiques se trouvent d'abord divisés en deux camps, l'un religieux, l'autre politique, '^fôs discordants que ne le furent, au moyen âge, l'esprit catholique et l'instinct féodal, empiriquement combinés par la chevalerie. En second lieu, ses admirateurs temporels se partagent entre l'aristocratie et la royauté, nonseulement dans l'ensemble de la population occidentale, mais chez le peuple central. Les deux schismes principaux, d'où résultent beaucoup de divisions secondaires, se sont toujours reproduits quand la situation â fait momentanément prévaloir les rétrogrades, dont les dissidences ne se trouvent habituellement dissimulées que d'après leur état passif. Au fond, la phase la plus décisive de la révolution moderne fut essentiellement commune à tous les occidentaux, puisqu'elle consista dans la décomposition spontanée que le régime spirituel et temporel du moyen âge subit pendant les quatorzième et quinzième siècles. Cette dissolution inaperçue, d'où résulta la doctrine révolutionnaire, s'accomplit d'après un concours involontaire de toutes les classes, dont chacune, vaincue ou triomphante, accepta sa nouvelle position, en cessant de représenter, et même de comprendre , l'état antérieur. Malgré les traces qu'il laissa chez les femmes,

SECONDE PARTIE

mieux jîirêservées de l'entraïnemerit universel, Vensemble du moyen âge n'est plus apprécié que par les positivistes, seuls capables de le lier à ses conséquents comme à ses antécédents.

On est ainsi conduit à reconnaître que les sentiments propres aux rétrogrades ne sont point assistés de convictions suffisantes. D'éclatants exemples ont déjà prouvé que les défenseurs les plus systématiques du régime déchu peuvent aisément devenir d'ardents révolutionnaires. Mais, outre les cas exceptionnels, l'expérience journalière montre que, malgré leur respect dogmatique pour l'autorité, les rétrogrades sont incapables de résister aux séductions universelles du principe anarchique qui dispose chaque occidental à s'ériger en juge suprême de toutes les questions. Collectivement, ils ont souvent altéré leurs convictions afin d'obtenir une vaine influence en participant à des actes démagogiques directement contraires à leur doctrine et même aux vœux de leurs chefs. Néanmoins, ces inconséquences n'empêchent pas les rétrogrades de remplir, dans la situation actuelle de l'Occident, un oflîce qui leur est propre, en représentant, d'après l'ensemble de leurs traditions, les principales conditions, soit morales, soit politiques, de l'ordre humain.

Appréciées surtout par les femmes, les premières consistent : d'une part, à séparer les deux pouvoirs sociaux; de l'autre, à faire toujours prévaloir le sentiment sur l'intelligence et l'activité. Ce double programme du moyen âge, repoussé chez les révolutionnaires et peu senti parmi les conservateurs empiriques, se trouverait maintenant oublié si les rétrogrades ne l'avaient spontanément gardé. Tel est leur principal titre à la reconnaissance des positivistes, qui viennent systématiquement

APPEL AUX CONSKRVATEURS.

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consolider et développer ces précieuses traditions, en les liant irrévocablement à l'ensemble de la régénération occidentale.

Plus ces conditions sont senties , mieux on reconnaît que la religion de l'Humanité peut seule y satisfaire. Les deux puissances ne sauraient être vraiment séparées que quand l'amour universel se trouve assisté d'une foi démontrable pour diriger une activité pacifique. Alors l'examen permet la concordance ; la religion obtient l'universalité vainement espérée du théologisme ; le sacerdoce terrestre devient indépendant des gouvernements nationaux. De même , les âmes dignement préoccupées de la culture affective devront bientôt respecter la doctrine où le perfectionnement moral se place au sommet de l'échelle générale du progrès humain , qui d'abord concerne l'activité, puis Tintelligence, enfin le sentiment. Outre qu'on ne saurai: maintenant empêcher la religion de devenir positive et sociale, on ne peut longtemps méconnaître le pas capital qu'elle fait ainsi vers l'institution d'une unité complète et durable. Mais ceux qui concourent à l'avènement de la foi définitive doivent profondément apprécier le service que rendent encore les vrais représentants de la synthèse provisoire, en préservant les occidentaux de la discontinuité religieuse. Quelque imparfaite que dût être la systématisation catholique de la morale, elle développe des besoins de consistance et de dignité sur lesquels le positivisme doit aujourd'hui s'appuyer pour transformer la dévotion en dévouement, en remplaçant Dieu par l'Humanité.

Sous l'aspect politique, les rétrogrades font spécialement ressortir les conditions générales de l'ordre humain, d'après leur doctrine de la légitimité, qui n'a ja-

SECONDE PARTIE

mais été convenablement appréciée. Elle consiste : d'une part, à faire toujours respecter le pouvoir en vertu de son origine, indépendamment de son exercice; de l'autre, à transmettre l'autorité suivant le même mode que la propriété. Quoique le développement de l'anarchie occidentale ait maintenant discrédité ces prescriptions connexes , le positivisme les fera bientôt revivre en les systématisant pour instituer 1 état normal. La première caractérise un besoin qui devient de plus en plus appréciable, à mesure qu'on voit des autorités précaires ne pouvoir obtenir de respect que d'après un long exercice, dont la possibilité leur est, par cela même, interdite. Pareillement, la seconde indique, entre la puissance civile et la force politique, une simihtude nécessaire; l'harmonie sociale reste insuffisante quand le commandement ne se trouve pas transmis comme la richesse.

En acceptant ce programme politique des rétrogrades autant que leur programme moral , le positivisme fait aussi sentir que la réalisation de l'un appartient, ainsi que celle de l'autre , à la religion de l'Humanité. Le théologisme est tellement épuisé qu'il se trouve non moins incapable de consacrer un pouvoir quelconque que de le discipliner : il ne peut même éviter de compromettre ce qu'il s'efforce de protéger. Il faut représenter les chefs temporels, civils ou poHtiques, comme les ministres nécessaires de l'Humanité , pour inspirer envers eux une vénération que l'invocation de Dieu dispose maintenant à leur refuser. Mais cette consécration exige que la continuité se trouve pleinement respectée dans la transmission de tout pouvoir, en procurant à chaque fonctionnaire la faculté de choisir son successeur. Par ce développement décisif de l'autorité, privée ou publique, le positi-

visîné satisfait directement à la double prescription que les légitimistes ont vainement proclamée.

Toutes les conditions justement chères aux rétrogrades doivent donc trouver leur seul accomplissement dans la synthèse universelle, dont la puissance organique résulte de son aptitude radicale à concilier Tordre et le progrès. Ceux qui maintenant sentent le mieux les besoins de conservation restent essentiellement privés d^initiative, même pendant leur règne officiel, d'après les inquiétudes qu'ils inspirent sur le rétablissement d'un régime finalement hostile au perfectionnement. Leur efficacité sociale se réduit habituellement à protester contre l'anarchie, qu'ils ne parviennent à surmonter que dans les cas secondaires où leurs tendances concourent avec l'amélioration spontanée delà raison publique. Ils s'honorent, par exemple, d'avoir délivré le peuple central d'une vicieuse substitution de la décade à la semaine, et plus tard d'une déplorable importation du divorce protestant. Mais, quoique le parti rétrograde ait été l'organe de ces deux rectifications, elles sont surtout dues à l'instinct pratique, qui, surmontant les aberrations théoriques, fit directement prévaloir les inspirations sociales, en écartant les motifs surnaturels. Sous la principale domination des légitimistes, leurs meilleures tentatives pour concentrer la richesse et le pouvoir ont suscité , dans l'opinion publique, d'invincibles résistances. Au contraire, le positivisme, ayant pleinement garanti le progrès, a pu proposer, en faveur de l'ordre, des institutions plus décisives, sans soulever d'autres antipathies que celles qu'il doit normalement surmonter.

L'attitude politique des rétrogrades est donc devenue irrévocablement passive, sauf les courts accès où l'immi-

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nence de l'anarchie conduit à leur procurer une prépondérance active, qui bientôt passe aux conservateurs proprement dits. Il importe que ce parti reconnaisse une fatalité qui, bien appréciée, consolide son existence et même sa dignité, toujours compromise par la vaine poursuite d'un ascendant incompatible avec une situation plus disposée au progrès qu'à l'ordre.

^ Dès le début de la révolution moderne, le régime occidental s'est ouvertement dégagé des liens du moyen âge, en renonçant à la longue lutte entre le catholicisme et l'islamisme ; il a paisiblement accepté l'absorption nécessaire de l'empire grec sous la domination musulmane. Cette transformation décisive a directement constaté la décadence sociale d'une religion dont le meilleur titre résultait de son aspiration directe à Tuniversalité, simultanément interdite aux deux monothéismes. Ainsi réduit à la moitié du monde romain, le domaine officiel du catholicisme subit, deux siècles après, une seconde restriction, quand la sagesse diplomatique termina des conflits sans issue par la répartition légale de l'Occident entre le papisme et le protestantisme. La religion absolue a dès lors été nécessairement écartée d'un régime où devaient habituellement concourir les infidèles etles hérétiques. On reconnaît ainsi que la déchéance politique des rétrogrades se trouve irrévocablement établie depuis deux siècles, malgré leurs protestations continues contre les tendances anarchiques des gouvernements occidentaux. Incapable de prévenir et de surmonter l'ébranlement français, qui compléta sa décadence graduelle, ce parti reste habituellement à l'état d'opposition. Mais son influence passive constitue un élément nécessaire de la transision qui doit terminer la crise finale,

jusqu'à ce que la doctrine régénératrice ait assez modifié les révolutionnaires pour dissiper les craintes permanentes de subversion sociale.

Quand une telle destination sera convenablement acceptée , les représentants du régime catholico-féodal , renonçant à de vains projets, seront dignement accueillis par les vrais conservateurs, dont ils pourront utilement seconder la domination systématique. Les sympathies féminines, cessant de négliger le but pour les moyens, sanctionneront une construction religieuse où leurs meilleures aspirations se trouvent directement consolidées et développées. En même temps, l'élément aristocratique du parti rétrograde sentira l'aptitude spontanée de la politique positive à réorganiser le patriciat, de manière à surmonter toutes les tendances subversives. Sans aspirer au gouvernement, les dignes aristocrates concourront à préparer la sociocratie en secondant l'instinct nécessaire de la continuité, qu'ils doivent spécialement représenter jusqu'à ce que les mœurs occidentales soient régénérées. Par un sage emploi de leurs richesses, ils peuvent profondément faciliter l'extinction spontanée d'une bourgeoisie perturbatrice et Tavénement normal des vrais patriciens, surtout envers l'agriculture.

Mais, en ouvrant aux divers rétrogrades un noble avenir, les conservateurs systématiques doivent aussi leur en faire convenablement sentir la condition nécessaire. Elle consiste à transformer sincèrement leurs prétentions politiques en influence morale et civile. Pour dissiper, chez un public hostile, les inquiétudes habituelles que susciteraient les rapprochements nécessaires entre les conservateurs et les rétrogrades, la domination de ceuxci doit être proclamée impossible, d'après une garantie

SECONDli PARTIE.

décisive. Il faut ôter au théologisme tout caractère officiel , en supprimant, au dedans un salaire oppressif et corrupteur, au dehors les missions perturbatrices où le monothéisme, épuisé dans son foyer, prétend partout prévaloir sur le polythéisme et le fétichisme. Les prêtres de Dieu, comme ceux de l'Humanité, doivent aujourd'hui subsister d'après les libres subsides émanés de leurs vrais adhérents. Cette mesure, qui complète l'élimination politique du monothéisme occidental, peut seule procurer à ses dignes représentants l'efficacité morale qu'ils doivent encore exercer. Toute crainte de rétrogradation se trouvant ainsi dissipée, les tendances catholiques recouvrant, après cinq siècles d'oppression , plus d'indépendance qu'au moyen âge, pourront s'épurer et se transformer, de manière à seconder la réorganisation religieuse.

Je dois maintenant compléter l'appréciation générale de la politique qu'il faut désormais développer envers les rétrogrades, en indiquant les dispositions spéciales d'après lesquelles ils pourront directement concourir à la régénération occidentale. Les deux aperçus connexes que je vais expliquer conviennent, comme l'ensemble des vues précédentes, aux cinq populations qui participèrent à la révolution moderne. Mais ils concernent surtout le peuple central, dont l'initiative nécessaire doit être principalement assistée par le couple méridional , afin que les influences catholiques concourent davantage que les impulsions protestantes à l'avènement de la transition organique.

Chacun des deux modes destinés à préciser l'action Dispositions des vrais conservateurs sur les rétrogrades exige que «p^^^^i^'^ceux-ci subissent dignement l'exclusion politique ci-des-

SUS annoncée d'après la suppression nécessaire du budget théologique. Tant que la domination ne pouvait appartenir qu'à des croyances surnaturelles, la foi la plus ancienne et la plus complète ne devait point céder l'empire à des doctrines inconséquentes et précaires. Mais la concurrence change de nature quand la religion positive et sociale a convenablement surgi. Les divers théologistes peuvent alors reconnaître sa supériorité, mentale et morale, envers le domaine terrestre, qu'elle seule aime et comprend, en laissant les synthèses absolues et personnelles se disputer le ciel. Or, la première partie de cet opuscule caractérise le degré d'adhésion au positivisme qui suffit pour faire aujourd'hui participer à cet ascendant, si la conduite privée et publique est assez conforme à la foi proclamée, sans exiger une pleine conversion à la religion de l'Humanité.

Sous de tels conservateurs, les rétrogrades seront bientôt disposés à se contenter d'une influence morale et civile, en abandonnant des prétentions incompatibles avec leurs croyances et leurs habitudes dans un milieu dominé par le besoin du perfectionnement. Quand le cours de la crise occidentale a momentanément transféré l'empire aux partisans du régime éteint, leur apparente prépondérance n'a réellement profité qu'à l'ambition des légistes qui s'étaient mis à leur service. Depuis qu'ils sont irrévocablement passés à l'état d'opposant, leurs vaines espérances n'ont d'autre efficacité que de développer l'influence des littérateurs qui les exploitent. La situation occidentale étant désormais incompatible avec la prépondérance politique des vrais rétrogrades, ils doivent pailout imiter la noble résignation des meilleurs types de l'aristocratie britannique. Naturellement exclues

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du gouvernement anglican par leurs convictions catholiques, les principales familles ont dignement transformé des aspirations perturbatrices en développant une activité civile, non moins honorable qu'utile.

Une semblable transformation convient pareillement aux influences aristocratiques que la décomposition moderne laisse subsister dans les autres parties de l'Occident, et même chez le peuple central. Quand les hommes d'État régénérés auront assuré l'ordre en garantissant le progrès, les rétrogrades abandonneront sans répugnance des prétentions contraires à leur véritable destination. Leur influence civile, comme l'efficacité morale des femmes, devra spontanément seconder la discipline systématique qui résultera du concours nécessaire entre la domination politique des conservateurs et l'ascendant religieux des positivistes.

1° Système de ménagement. — Il faut d'abord transformer l'hypocrisie officielle en une digne tutelle envers les théologistes quelconques, en proportionnant les égards aux services. Cette justice ne peut émaner que des âmes aussi dégagées du scepticisme moderne que de l'ancien dogmatisme. Alors le catholicisme, quoiqu'il soit irrévocablement rangé parmi les sectes depuis qu'il a perdu l'initiative occidentale, recouvrera la vénération due à l'ensemble de ses services , en surmontant les répugnances partout résultées d'une lutte maintenant r.ccomplie.

D'une part, l'influence catholique se trouvera spontanément épurée d'après la suppression du budget ecclésiastique , à laquelle le protestantisme officiel ne pourrait aucunement survivre, mais qui ne saurait subitement éteindre un culte encore susceptible d'efficacité. La dis-

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APPl'L AUX COINSliRVATEUKS.

SECONDE PARTIE

cipline ùpiscopale, partout dégénérée en influence matérielle, cessera de comprimer les tendances des dignes prêtres, secondés par la plupart des femmes, vers l'établissement d'un pouvoir spirituel vraiment indépendant de tout pouvoir temporel. Alors un culte transformable obtiendra sur un dogme flétri la prépondérance empirique qui doit préparer l'ascendant systématique attribué par le positivisme à l'élément affectif de la religion.

En même temps, les apôtres de l'Humanité répareront l'injustice des trois derniers siècles envers la synthèse catholique en y montrant l'élaboration complémentaire où le théologisme progressif prépara l'avènement de la foi finale , ébauché sous le théologisme conservateur. Les esprits pleinement émancipés feront partout reconnaître que la foi propre au moyen âge n'offre d'autre irrationnalité que celle qui résulte nécessairement de l'omnipotence divine. Admettant le dogme fondamental du monothéisme , les protestants et les déistes ne sont nullement autorisés à critiquer les croyances secondaires qu'exigeait son application occidentale afin de séparer les deux puissances, et que l'islamisme n'évita qu'en consacrant la confusion initiale. Quelque répugnance que ces institutions inspirent à la raison moderne . tous les grands hommes du moyen âge surent spontanément surmonter les doutes qu'elles devaient toujours susciter, en faisant justement prévaloir leur destination morale et sociale. Un semblable motif doit aujourd'hui les faire systématiquement respecter par les vrais philosophes, qui , n'ayant plus à discuter leur réalité , se bornent à proclamer leur utilité. C'est uniquement le positivisme qui peut procurer au catholicisme une digne réhabilitation , surtout envers le passé , mais aussi {^our toute la

génération actuelle. Malgré les immortels efforts de l'école rétrograde à laquelle le dix-neuvième siècle dut une noble inauguration, sa juste défense du cathoUcisme fut tellement altérée par son opposition au progrès que les positivistes l'ont seuls comprise et sanctionnée en la complétant.

Je crois devoir spécifier' cette consécration en indiquant le contraste que présentent les positivistes et les protestants envers l'appréciation du chef-d'œuvre catholique. Les prétendus réformateurs prouvèrent autant leur incompétence religieuse en dédaignant l'incomparable résumé du monothéisme occidental qu'en prescrivant la lecture universelle et journalière des livres sacrés du judaïsme. Mais le positivisme, outre qu'il justifie l'ancienne interdiction, est plus propre que le catholicisme à s'incorporer la mystique ébauche où la morale théorique et pratique reçut, d'après l'ensemble du moyen âge , la meilleure idéalisation compatible avec la synthèse provisoire.

Accordant leur principale vénération au mode normal du monothéisme occidental, les conservateurs doivent sincèrement respecter, suivant l'étendue et la durée des églises correspondantes, les fois incomplètes qui ne comportaient pas une vraie consistance. En attribuant à tout croyant l'infaillibilité retirée aux papes, chacune d'elles stimule l'orgueil et la vanité jusqu'au degré voisin de la folie, tandis qu'elle pousse l'intelligence à des divagations illimitées sur des questions insolubles. Mais quoique tous les protestants soient ainsi rangés parmi les révolutionnaires, l'inconséquence qui les caractérise leur permet aussi d'être vraiment rétrogrades, d'après la tendance de chacun d'eux à repousser toute émancipa-

tion plus avancée que la sienne. Cette disposition devient un mérite, aux yeux du vrai philosophe, quand elle émane réellement du besoin d'éviter l'anarchie, vers laquelle les occidentaux furent graduellement entraînés en sortant du catholicisme. Une telle règle conduit à placer les épiscopaux au-dessus des presbytériens, comme ayant moins altéré la discipline et plus conservé le culte, quelles que soient d'ailleurs les atteintes portées au dogme. Sans doute la distinction de ces deux degrés deviendra plus apparente que réelle, aussitôt que le clergé protestant, ayant perdu toute suprématie officielle, fondera la subsistance sur de libres subsides. Néanmoins, l'expérience a déjà montré que, chez les occidentaux les plus arriérés, où l'imminence de Tanarchie fait mieux apprécier les tendances organiques, les épiscopaux peuvent, d'après ce mode, surpasser réellement les presbytériens. On doit aujoud'hui placer au dernier rang de l'échelle théologique toutes les sectes indisciplinables qui, sous les vaguesdénominationsde déiste, panthéiste, etmêmeathée, ne s'accordent, en maintenant la synthèse absolue, qu'à la priver de toutes ses garanties mentales et morales. Quand ces fois sans culte deviennent assez intenses pour éviter l'état purement négatif, elles restent autant impropres à rallier qu'à régler, et n'aboutissent qu'à consacrer l'individualisme complet. Plus hostiles que toutes les autres à la religion positive, ces âmes, heureusement exceptionnelles, aspirent à la plus profonde rétrogradation, en rêvant la confusion, théocratique ou pédantocratique, des deux pouvoirs provisoirement séparés au moyen âge.

2" Alliance religieuse, — Le système de ménagement, institué par les vrais conservateurs, recevra son complément normal dans la noble ligue que les positivistes doi-

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vent organiser entre tous les théologistes dignement pénétrés du besoin de reconstruire la discipline spirituelle. Toute âme qui sent l'urgence de faire habituellement prévaloir la morale sur la politique, et de subordonner l'activité matérielle à la culture sympathique, peut, quelle que soit sa croyance, concourir à la reconstruction religieuse. Il lui suffît de placer le but au-dessus des moyens pour apprécier la puissance et la dignité de l'impulsion émanée du positivisme vers la religion universelle, au milieu d'une incomparable anarchie. Vu l'irrévocable dispersion des croyances surnaturelles, aucune secte ne peut désormais rallier les autres, et cet isolement annule les principaux efforts respectivement tentés contre les tendances irréligieuses. On ne saurait instituer la convergence des forces spirituelles que d'après la seule foi qui puisse accueillir chacune des synthèses provisoires comme affluent spontané de la religion universelle.

Cette aptitude du positivisme à liguer activement toutes les âmes religieuses pour surmonter l'ensemble des instincts irréligieux doit être sentie surtout par les femmes, mieux préservées, du moins chez les catholiques, des vicieuses préoccupations de l'intelligence. Directement poussées à faire partout prévaloir les besoins moraux, elles reconnaîtront que, en rapportant tout à l'Humanité, l'unité devient plus complète et plus stable qu'en s' efforçant de tout rattacher à Dieu. La culture continue du cœur, admirablement ébauchée par l'empirisme catholique, acquiert plus de consistance et d'extension d'après la systématisation positiviste. En instituant le dualisme entre le corps et le cerveau, la nouvelle synthèse surmonte à la fois le matérialisme et le spiritualisme, dont les prétentions légitimes se trouvent ainsi conciliées sans aucune

APPEL AUX CONSliRVATliURS.

consécration de leurs vices respectifs. Mais cette aptitude ne peut maintenant être assez sentie que par les intelligences naturellement exemptes des diverses préventions théoriques.

Pour que la ligue religieuse soit dignement instituée, il importe que, dès le début, elle se trouve autant accessible aux musulmans qu'aux chrétiens, afin de caractériser l'obligation de concilier les deux modes suivant lesquels l'universalité fut provisoirement ébauchée. Quoique l'islamisme ait consacré la confusion des deux puissances, il se rapproche mieux du catholicisme que le protestantisme s'efforçant de détruire la division qu'il trouvait établie. Elle ne fut écartée en Orient que comme incompatible avec la destination sociale qui devait y prévaloir. Les musulmans assez avancés pour sentir l'urgence actuelle de cette séparation méritent, après les dignes catholiques, le premier rang dans la sainte ligue qui doit partout la réaliser. Ce précieux concours rend incontestable le privilège du positivisme envers la présidence continue d'une telle association, qui, d'abord étendue aux deux moitiés du monde romain , annonce l'avènement décisif de la religion universelle.

Sous la seule condition d'admettre, comme principe fondamental, la séparation normale des deux pouvoirs humains, toutes les âmes vraiment religieuses peuvent utilement concourir, chez les deux sexes, à la grande construction qui caractérisera le siècle actuel. La présidence positiviste y comporte une digne assistance de la mémorable corporation qui dirigea le dernier effort du catholicisme pour réorganiser la puissance spirituelle à travers le^ usurpations temporelles. Quand toute crainte de rétrogradation se trouvera suffisamment dissipée, les

SECONDE PARTIE

apôtres de l'Humanité développeront, envers le jésuitisme, les sympathies annoncées par la vraie philosophie de l'histoire et consacrées dans le culte qu'elle a déjà produit. En même temps, les véritables organes du catholicisme moderne, renonçant à la domination officielle qui dénaturait leurs tendances sociales, reprendront, sur de meilleures bases, l'admirable tentative de leur éminent fondateur pour instituer l'indépendance spirituelle d'un digne sacerdoce. C'est ainsi que le culte spécial de la Vierge peut être bientôt transformé de manière à préparer les populations catholiques à l'adoration universelle de l'Humanité , sous l'impulsion graduelle des positivistes assistés par les femmes et les jésuites régé-

nérés.

Une telle transformation , spontanément émanée, au siècle des croisades, d'une réaction continue de la chevalerie sur le catholicisme, fut admirablement développée, d'après l'instinct occidental, pendant la première phase de la révolution moderne. Mais Texplosion protestante vint brusquement rompre cette progression , directement chez les divers hérétiques, qui ne s'accordèrent qu'à détruire toutes les tendances sociales de l'ancien culte, et même indirectement parmi les fidèles, désormais préoccupés du dogme pour prévenir l'anarchie. Néanmoins, le noble enthousiaste qui fonda le jésuitisme s'efforça de reprendre la construction chevaleresque en rattachant au culte virginal la restauration qu'il tenta. Quand cet effort avorta, comme incompatible avec la situation occidentale, une noble aspiration dégénéra bientôt en une hypocrisie oppressive et dégradante; le saint mouvement résulté du moyen âge ne fut plus secondé par un sacerdoce désormais préoccupé de lui-

^* APPEL AUX CONSERVAÎEURS.

même. Cependant la tendance primitive était telleirlènt conforme à l'instinct moderne qu'elle ne cessa jamais de se développer au sein des populations préservées du protestantisme , sous l'impulsion spontanée du sexe qui se sentait ainsi monter à son vrai rang. L'adoration de Dieu s'y trouva graduellement éliminée sous le culte de la déesse des croisés. Systématisées par les ignaciens sous l'inspiration positiviste, ces dispositions auront bientôt surmonté les résistances, tant protestantes que sceptiques, qui maintenant entravent l'essor décisif de la religion universelle.

D'après cela, le catholicisme doit aujourd'hui constituer, dans la plupart des évolutions individuelles, la meilleure préparation au positivisme, dont il fut collectivement le précurseur nécessaire. Quoique la religion universelle ne pût surgir que d'après une entière émancipation, elle ne sera pleinement appréciée, sauf les cas exceptionnels, que par les âmes qui n'ont jamais cessé de cultiver le sentiment pour instituer l'unité sous le plus parfait des modes provisoires. Ceux qui sortent du catholicisme sans se dégager de tout théologisme deviennent ordinairement indisciplinables , comme ceux dont l'aifranchissement n'aboutit qu'à douter ou nier. Il faut aujourd'hui souhaiter, pour le bien public et le bonheur privé, que les âmes restent catholiques jusqu'à ce qu'elles deviennent positivistes, en évitant tout scepticisme. Les exemples individuels de ces conversions normales où le cœur pousse l'esprit vers la religion sociafe, indiquent déjà l'efTicacité collective que doit bientôt développer une telle marche chez les populations les plus disposées au positivisme.

Tels sont les deux modes connexes suivant lesquels

SECONDE PARTIE

les dignes rétrogrades peuvent aujourd'hui devenir les meilleurs auxiliaires des vrais conservateurs, afin de seconder la régénération occidentale, d'après une alliance religieuse fondée sur un système de ménagement. Leur résistance au progrès n'est aucunement absolue : elle ne résulte que d'une sollicitude trop empirique envers les tendances subversives. Outre que leur foi fait directement prévaloir le perfectionnement moral, qui seul complète et résume les améliorations quelconques, leurs habitudes accueillent et secondent le développement matériel, qu'ils jugent pur d'anarchie, quoiqu'il suscite tous les autres essors. En adoptant les deux termes extrêmes de l'échelle du -progrès, les rétrogrades ne repoussent que le double intermédiaire résulté du mouvement intellectuel et politique. Mais ils n'ont pas oublié que, au dix-huitième siècle, leurs propres ancêtres participaient à l'enthousiasme universellement développé par l'ensemble des aspirations rénovatrices. Ainsi, le régime éteint n'inspire aujourd'hui de vraies prédilections que d'après son aptitude, encore exclusive, à représenter les conditions fondamentales de l'ordre humain, pour compenser les impulsions subversives qui jusqu'ici prévalent de plus en plus chez les modernes. Quand l'active prépondérance des conservateurs aura suffisamment rassuré contre l'anarchie, l'élément aristocratique et l'élément féminin du parti rétrograde seront spontanément conduits à seconder les positivistes dans l'avènement de la régénération occidentale.

Les dignes aristocrates respecteront la doctrine qui, faisant irrévocablement prévaloir la continuité sur la solidarité, systématise le culte universel des ancêtres, privés et publics. Ils sentiront la puissance organique d'une

synthèse qui, représentant le progrès comme le développement de l'ordre, fait consister la régénération occidentale à discipliner toutes les forces humaines. De leur côté, les femmes apprécieront la moralité de la seule foi capable d'identifier le bonheur et le devoir, en plaçant l'un et l'autre dans l'exercice continu des instincts sympathiques, d'après l'essor connexe de la vie privée et de la vie publique. Sans renoncer aux convictions résultées de leur éducation et de leurs habitudes, elles reconnaîtront que l'immortalité subjective, fondée sur l'altruisme, surpasse une résurrection objective où prévaut l'égoïsme. Voilà comment les deux éléments essentiels du parti rétrograde se trouveront graduellement disposés à pousser la prochaine génération vers la foi qui ramène toute l'évolution humaine à la loi : Vliomme devient de plus en plus religieux.

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