‹ Appel aux conservateurs [microform]Chapitre 27 sur 53 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

double phase affective, puis elle apprend à connaître l'Humanité dans l'initiation théorique. La Patrie ne devient distinctement appréciable que quand la préparation encyclopédique se trouve complétée par la libre ébauche de l'existence pratique. Mais la substitution finale de l'activité pacifique à l'essor guerrier doit radicalement modifier l'instinct patriotique. 11 importe d'apprécier ce changement nécessaire, afin d'éviter les illusions et les perturbations que susciterait, dans l'existence moderne, une vaine aspiration à reproduire l'ancienne sociabilité. Ce n'est pas seulement d'après l'exorbitante extension des états actuels que nous sommes moins accessibles au patriotisme habituel que nos pères romains et même féodaux. La différence est surtout due à la diversité des existences; en sorte qu'elle doit essentiellement persister après la rectification prochaine des anomalies politiques graduellement résultées de la révolution occidentale. En effet, l'agrandissement de la domination romaine n'empêcha point l'essor continu des sentiments patriotiques, tant que l'incorporation ne fut pas suffisamment accomplie. Même ils devinrent plus vifs à mesure que cet accroissement développait les moyens d'atteindre le but auquel ils se rapportaient. Outre que l'existence militaire fit mieux sentir la solidarité, le citoyen dut s'attacher davantage à la patrie, quand il aspirait à la faire universellement prévaloir, sans placer au-dessus d'elle d'autre autorité que celle des dieux liés à cette domination. Un autre caractère convient aux mœurs finales, pour développer la seule activité susceptible d'être simultanée chez tous les peuples, sous la commune suprématie de l'Humanité. Dans chaque sociocratie , les familles sont directement subordonnées au Grand-Être par la religion,

et la Patrie ne se fait assez sentir que d'après la coopération pratique.

Sans comporter autant d'intensité que sous le régime préliminaire, le patriotisme doit cependant rester indispensable au développement final de l'instinct social , qu'il peut seul préserver à la fois de la restriction domestique et de la divagation philantropique. L'existence normale permet, et même exige, une telle interposition, en transformant la lutte des peuples aspirant à constituer le Grand- Être en émulation des Cités qui concourent à le servir. Mais ce patriotisme ne peut habituellement devenir utile et rester réel que si les États sont assez restreints pour que tous les citoyens y puissent familièrement sentir le concours et la comparaison, sans que le lien politique y soit jamais forcé.

Quand les deux puissances seront vraiment séparées, la condition fondamentale du patriotisme normal se trouvera mieux remplie qu'au moyen âge, pour développer une harmonie stable entre toutes les socîocraties. Irrévocablement unies sous le sacerdoce terrestre, par l'éducation et le culte, et toujours livrées à des travaux convergents, elles pourront, sans aucun danger, circonscrire leur territoire respectif autant que l'exigeront la persistance et l'intensité des liens civiques. Rien ne saurait empêcher une modification également propre à développer la dignité sacerdotale , la puissance patricienne, et l'influence plébéienne; elle peut seule instituer le civisme féminin , qui doit finalement transformer la Patrie en Matrie.

L'ensemble des indications précédentes fait assez sentir comment les âmes sympathiques et synthétiques

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APPEL AUX COJNSERVATEURS.

peuvent bientôt prévaloir en se liguant d'après la foi qui, substituant les lois aux causes et les devoirs aux droits , remplace Dieu par l'Humanité. Dès lors affranchis du scepticisme qui les dégrade et les énerve, les hommes d'État exerceront une digne tutelle sur les rétrogrades et les révolutionnaires, dont le vain conflit détourne le dix-neuvième siècle de sa vraie destination. Afin de mieux instituer la politique propre h seconder la terminaison religieuse de la crise occidentale, il me reste à développer successivement les deux applications simultanées de la doctrine toujours fondée sur la formule sacrée du positivisme :

L'Amour pour principe, et l'Ordre pour base; le Progrès pour but.

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SECONDE PARTIE

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SECONDE PARTIE

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