‹ Appel aux honnêtes gensChapitre 2 sur 11 · ON DEMANDA LE DRAPEAU ROUGE COMME L'ÉTENDARD · texte numérisé non relu

ON DEMANDA LE DRAPEAU ROUGE COMME L'ÉTENDARD

DE l'UNrrÉ. ^ C'était d'ailleurs le drapeau des Gaulois; c*était l'étendard historique sous lequel nos pères avaient lutté contre Rome et, jusqu'à Jeanne d*Arc, contre les Anglais.

Que quelques esprits emportés y aient cherché le souvenir et l'image d'une époque orageuse, c'est possible ; que d'autres y aient vu Félendard des martyrs, c'est certain; mais l'interprétation qui passionna le peuple ftlt celle que je viens de dire. Aussi ne rencontrait-on dans les rues, dans les promenades, sur les places publiques, sur les ponts, au théâtre, partout, que citoyens portant une rosette rouge à leur boutonnière ; et cela, je le répète, dans le temps même où ils applaudissaient à chaque

(1) Voy, les Mimim di â'Àlmiilk.

pnrole ûe pardoo, dai» le tempi fflêtne OU lU SftlUftlént â« imfi «cdamatioii» l« gonvern^niefit protlëoirej parce

qu'il avait crié anathème à Téchafaud I

Ndl fllgoore â« ÇtteHe importttâee iOitt potif la fbtile les

iigflel ettériéuri : to iittemoâ devim ii preMMfite5 4Qe le

tuonmetoem prorisoire tfui eti déttbéref i Renoncer àa

dftpeuf trloolore^ qui «VAii §f f lofietttfettietit pareouf u le

monde, ifételt^ee ptt voiler en quelqne sorte tout un

éttatnt paseéY DetioûfS'noti» fUre dire ant ennemis de

lA République qtie M eooieur était celle da sang? A qol

aVàit etélàiale) aprif lotiti cette fômeii^e et fonènre jonr-<

Më dit ebamp de MAift, dont le drapeail to^ige racontait

ruiatoirer G'étitfent Ift de graves considérations, et M» de

Lamartine les fit vdoir avee lieadconp de forces D'un ai^

tm O0te$ des hrum sinistres avaient courui La question

ettii de oellei qui peuvent faire explosion ( des mécon-»

tenUt se tenaient prête à y mettre le feu. Dans Tétat de

Mmentuym extraordinaire on étaient les esprits, au ml-

Bettde eette place de Cîrève, si puissamment émue alors^

qu'un i^ttp de fUsil tint a partir^ et tout s'embrasait. Que

derenait) dam ce tu, la République r Que n'avait-on

pai a eraindre de lei eunemis , »e<;i'ètement avides de

désordre T Bile nanr^i plus eu seulement la couleur du

iaiif ft son drapeau^ elle aurait eu du sang h ses mains.

YOiia ee que je êlêé âo moins faliait-ll» le drspeau trico*'

lore étant conservé, ne pas repousser toute binovatlon

dans les insignes. C'est à ce parti que le gouvernement

provisoire s'arrêta et la déclaration suivante fut insérée

au ttonitiur,

• Le gottvenement provisoire dédare que le drapeau • national est le drapeau tricolore, dont les couleurs » seront rétablies dans l'ordre qu'avait adopté la Repu- » blique française : sur ce drapeau sont inscrits ces mots : » Répcbuque FRANÇAISE, Liberté^ Egalité y Fraternité, I trois mots qui expliquent le sens le plus étendu des

p doctrines démocratiques^ dont ce drapeau est le sym- » bole^ en même temps que ses couleurs en continuent » les traditions.

» Gomme signe de ralliement et comme souyenir de » reconnaissance pour le dernier acte de la révolution » populaire^ les membres du gouvernement provisoire et » les autres autorités porteront la rosette rouge^ laquelle » sera placée aussi à la hampe du drapeau » (1).

En conséquence, chacun de nous se montra au peuple avec la rosette rouge à la boutonnière; les couleurs rouges flottèrent au-dessus de la bannière tricolore de 89. Et il est permis d'affirmer que la guerre civile fut ainsi prévenue^ la guerre civile^ à travers laquelle la révolution aurait certainement perdu son chemin (2).

Mais la mauvaise foi des vieux partis est inépuisable. Le mot Républicain rouge prit place dans le vocabulaire de leurs inimitiés comme un texte admirable à développer. Ils en épargnèrent l'injure à certains membres du gouvernement provisoire^ afin de l'adresser aux autres avec plus de succès. Je fus au nombre de ceux que choisit Finjustice de leurs outrages» et je me vis ainsi désigné aux haines» aux terreurs de Fignorance» moi qui n'avais cessée depuis douze ans» de protester dans tons mes écrits contre Femploi de la force brutale et son emphre ; moi qui venais de signer avec une sorte d'enthousiasme reli-

(1) Voy. le Moniteur du 27 février.

(9) M. Eugène Pelleta n a éci^it quelque part que, ce jour-là, on m'avait vu passer évanoui dans les bras du peuple. Je ne sais qui a pu lui donner ce renseignement, qui est on ne peut plus inexact, et dont trente mille témoins pourraient attester l'inexactitude. Ce jour-li, je n'avais aucune raison pour m'évanouir, ce qui, du reste, ne m'est arrivé àe ma vie. Quand j'ai eu à parler aux masses, même dans les circonstances les plus terribles et quand il y avait à leur résister, je n'ai jamais éprouvé d'autre émotion que l'entbousiasme de la foi démocratique, et quand le peuple m'a emporté dans ses bras, ce n'a jamais été que pour me marquer sa sympathie.

gieux un décret qui rendait hommage à rinvlolabiUté de la Tte humaine ; moi par qni^ peu de temps avant la Révolution de Février^ ces lignes avait été tracées :

« Seul 5 le bien est absolu^ seul il est nécessaire. Le » mal dans le monde I c'est un immense accident Et » voilà pourquoi son rôle est d'être incessamment vaincu. » Qr^ tandis que les victoires du bien sont définitives^ les » défaites du mal sont irrévocables : l'imprimerie res^ » tera^ et Ton ne rétablira pas la torture^ on ne ralîu- » mera pas les bûchers de l'inquisition. Que dis-je ? 11 de- » vient manifeste^ par la marche des choses et la tendance » commune aux graves esprits^ que le progrès ne s'ac- » complira plus désormais à des conditions violentes. » Déjà, dans les relations de peuple à peuple^ l'industrie » est venue montrer que; pour la propagation des idées, » on peut se passer de la guerre ; et dans les relations » civiles, la raison prouve de mieux en mieux que Tor- » dre peut se passer du bourreau. Les religions ont cessé » de faire des martyrs : il fondra bien que la politique » cesse de faire des victimes (1). »

Cependant, les conférences du Luxembourg s'étaient ouvertes. Je n'oublierai jamais de quelle impression solennelle et profonde je fus frappé, lorsque, pour la première fois, j'entrai dans ce palais vide. Un seul ami nous accompagnait, Albert et moi, Albert, véritable homme du peuple, que la révolution tira d'un atelier de mécanicien pour le faire asseoir dans les conseils de la République, et en qui se trouvait une âme si haute, que ce changement de son sort ne put ni l'émerveiller ni l'éblouir. Les salles du Luxembourg étaient mornes, si*

((] Hiêioire de la Aévo^utton franeaiiêf U I» p. 576.

lencMttiei) uùê aristocratie en clieYeut Mitica Teosil 4'en flortiri et eUes allaient recefoir un peuple eti ltail« Ions. Rude et périlleuse tâche que celle qu'il f àtait alori à remplir I Tracer les routes aU6Ddues# plus haut^ bien bien plus haut que la sphère des passions de parti) o'estàMlûre dans les réglions sereines de Tintettigenoe; dMM>«* Borer, au nom du bon sens> an nom du bien public^ la lutte unireitelle des intérêts et les foreurs de raùtugo-' nisme; proclamer le principe dé la solidarité humaine ; glorifier l'association i pf ouvcn* au puissants la folie de riiyustioe $ donner aux malheureux^ par Tespoiri le courage de la m€»dératlon et Thérolsme de la patience; proposer le bonheur du peuple pour but à ces révolu* tiôns qui presque toi^ours trompent sa colère i mettre en garde contre les agitations sans idées ceux que la souffrance dispose au condNitf infortunée» recrues de req)rit de révolte, épées Tivantes qu'on ftale aux pieds s^E^rès les avoir fait servir au medrtfe, dés sanglants dans la partie dei faux tribuns et deel ambitieux i enAâ> pour votre compte^ pour le compte de tousi attaqtef la ser« vitude sous son dernier déguisement^ qui est la misère; ô descendants des esclaves émancipés, des serfs affranchis, des sujets rendus à la dignité de Thomme ! ô prolétaires devenus républicains!... J'en atteste Dieu: lorsque je

résolue de marcher droit devant mol, je ne me fis aucune illusion. Je mé rappélsda; les ArûëteH paroles que Ckethe ffiet dans la bouche de Fâiist : « Quieonqtie a cm quel-' )» que chose avec fdfce, et n'a pas eu là Sagesse dé le f> garder pour sol, quiconque & déclaré ftti peuple ses )> desseins et ses vues, â été de tout teiâp^ crnclflé ôu » persécuté. » Je savais qu'une société vieillie dans là corruptiott et rinlqiilté ne se rend pas sans coiiibattre ; qu^un malade s'Irrite d'autant plus à l'idée de son mal qu'on le lui montre plus el&^ayant £st^il possible>.d'aiUeursi de faire un pas vers la lumière^ sans

marchef stsr c[iiel<iu6 sêrpem endormi dan» l'ombre? Mes caloitinf&teors ! ah ! Je les aval» coAptéSj }e les bravais d'avance. De sorte qu'en m'acçablant^ la fortune ne m'a pas^ du moins, étonné.

Mais quels secrets motifs dirigeaient ceux qui^ à THôtel de ville, substituèrent au plan d'un ministère du travail, que voulait le peuplé, Fidée d'une simple commission d'étude? Eux-mêmes vont répondre, j^ar j'entends ne rien avancer, dans cet écrit, que suk preuves irrécusables.

Dans son Stiêtoire des Àtetiers nationaux, M. Emile Thomas, 1* agent, la créature, et, sous certains rapports, le confident de M. Marie, par qui ces ateliers furent organisés, rappelle, dans les termes que voici, une conversation qui eut lieu un jour entre lui et le ministre des travaux publics, membre du gouvernement provisoire.

a M. Marie me dit que rintention bien arrêtée du gou- » vernement avait été de laisser s'accomplir cette expé- 9 riencé» — la commission de gouvernement pour les » travailleurs ; — qu^én elle-même elle ne pouvait avoir » que de bons résultats, parce qu^elle démontrerait aux » ouvriers tout le vide et toute la fausseté de ces tbéo- » ries inappUcables, et leur ferait apercevoir les consé- 9 qunces désastreuses qu^ elles entraîneraient pour eux- » mêmes; qu'alors, désabusés pour l'avenir, leur idolâ- » trie pour M. Louis Blanc s'écroulerait toute seule, et » que désormais il perdrait ainsi tout son prestige, toute » sa force et cesserait d'être jamais un danger (1). »

(1) V«y, VHvriùife âéê àieUirê mHoiMM, |>âr M. Éfllik TlioiDàSr

^ Ht,

Ainsi donc, lorsque le 29 février 1848, au bruit des clameurs populaires qui s'élevaient de la place de Grève^ et à Faspect des miUe bannières qui portaient écrits ces mots : Création (Tun ministère du travail, on me proposait, au lieu de ce ministère, la présidence d'une commission d'étude SANS ressoukges administratives, sans BUDGET, c'était pour m'enlever tout moyen d'appliquer les idées qu'on se réservait de déclarer plus tard inapplicables ! Et lorsque, pressentant le piège, je donnais ma démission. Ton ne me conjurait de retirer cette démission, signal certain d'un soulèvement dans Paris, que pour s'armer de mes concessions contre moi-même et me dérober la confmnce du peuple en me chargeant d'un fardeau sous lequel on espérait me voir écrasé ! De quoi s'agissait-ii en effet ? De contenir la place publique, et cela sans un soldat ! De transiger avec la faim, et cela sans un écu I Albert, qu'on cherchait probablement, à compromettre, lui aussi, en lui offrant la vice-présidence delà commission, Albert joignit sa résistance à la mienne; et si nous finîmes par céder, ce fut uniquement dans la crainte des troubles qui seraient sortis de la persistance de notre refus.

Au reste, et malheureusement pour eux, les protecteurs du vieux monde ne prirent pas garde que, même en supposant qu'on nous ravît l'espoir de concourir aux travaux de la moisson, le pouvoir d'ensemencer nous restait. Là fut l'écueil de leur menteuse sagesse ; là fut le piège où ils tombèrent, après l'avoir tendu. Essayer l'application d'une idée vraie, on ne le peut qu'à des conditions qui nous étaient refusées; mais pour rendre cette application tôt ou tard inévitable,*que .faut-il? La parole y suffit. Aujourd'hui la tribune du Luxembourg reste muette; Albert est en prison; je suis en exil. Victoires de Pyrrhus ! car l'œuvre d'organisation pacifique se continue. Quarante-quatre associations déjà formées et fonc-

tionnant dans Paris témoignent assez de Tini^ncible dévouement des délégués da Luxembourg^ grande et généreuse famille qui ne périra pas. On a YAen pu nous disputer le présent^ mais Tavenir ?...

Je n'ai point à reproduire ici lés discours prononcés par moi dans Fancienne chambre des pairs. Insérés textneUement au Moniteur ^ ils viennent d'être publiés en corps d'ouvrage sous ce titre : La Révolution de Février au Luxembourg* C'est là que je renvoie ceux dont les haines politiques n'ont pas dépravé l'intelligence et perverti le cœur. Qu'on les lise ces discours qu'iqspira la passion de la justice, tempérée par l'amour de Tordre, et l'on saura jusqu'Où a été poussé contre moi l'art des citations infidèles, des textes tronqués; des venimeuses réticences, des résumés frauduleux; et l'on se demandera, non sans quelque surprise, comment une doctrine puisée directement aux grandes sources de l'Évangile a pu devenir tout à coup la théorie du désordre, sous la plume des détracteurs du socialisme, faussaires aux gages des rois vaincus et des oppresseurs discutés!

Quant aux conférences du Luxembourg, ce qu'il convient de ne pas oublier, c'est que toutes les opinions y furent appelées dans la personne de leurs représentants connus, c'est que toutes les doctrines y trouvèrent place; représentées : le Saint- Simonisme, par MML. Charles Duveyrier et Careaux ; le Fouriérisme, par M. Victor Considérant ; la philosophie des Encyclopédistes du dix-neuvième siècle, par M. Jean Reynaud ; le Socialisme moderne, par MM. Vidal et Pecqueur ; l'Économie politique, aujourd'hui dominante, par M. Wolowski. Si quelques penseurs en renom restèrent à l'écart, ce fut ou parce qu'ils le voulurent ainsi, comme M. Enfantin, ou parce qu'ils se trouvaient alors absents, comme M. Pierre Leroux. Enfin, — si l'on veut une dernière preuve de l'esprit d'impartialité qui nous animait^ ^ il n'a pas tenu à

noQS que M. Emile de Girardln ne soit venu au Luxem* bourg produire et défendre ses idées.

Il est donc bien impardonnable, le crime d'avoir poursuivi^ d'une âme sincère^ le triomphe de la vérité^ Favénement de la justice !

La première calomnie. . . Mats d'aussi basses attaques valent-elles qu'on s'y arrête?... Allons ! il faut surmonter son dégoût, il le faut.

La première calomnie, dirigée contre le Luxembourg, consista à nous présenter, Albert et moi, comme les béritiers du faste de Barras. Oh disait les recherches de notre luxe, le raffinement de nos goûts, nos mets de pré* dliection, nos soupers fins dans ces mêmes salons qu'a-* vait choisis pour théâtre de ses plaisirs le Lucnllus du Directoire.

Si jamais mensonge fut audacieux et grossier, c'était celui-là. Car, dès notre arrivée au Luxembourg , nous avions mis les choses sur un tel pied d'austérité> qu'on aurait presque pu y voir de raffectation , s*il y en avait eu à nous souvenir que la plupart des ouvriers qui nous entouraient n'avaient pas de pain. Mais plus l'imposture était effrontée , plus il sembla piquant à des feuilles, qu'on ne nomme point , de la répandre et de l'accrudlter.

Gela nous fit pitié , voilà tout. A quoi bon prendre souci d'une accusation dont plusieurs milliers de témoins savaient l'impudeur ? Est-ce que nous n'avions pas ftit du Luxembourg un palais de verre ? Est-ce qu'il ne sufAsait pas de montrer la carte de délégué pour parvenir jusqu'à nous, à chaque heure du jour, à chaque heure de la uttilî EstH^e que le peuple tout entier n'assistait

pas quotidiennement à nos repas par qiielqnes-uns de ses représentants ? D'ailleurs^ detant des accusations et des adversaires d'une certaine espèce, le mépris est une jouissance hautaine, à laquelle s'al>andonne aisément la dignité de Tlionnéte homme outragé.

Notre silence humilia nos détracteurs, mais il les servit. Dédaignée par ceux qu'elle atteignait, recueillie avidement et propagée par ceux dont elle armait les rancunes^ la calomnie gagna les départements, où elle ne devait pas rencontrer de contradicteur ; elle circula dans les salons royalistes; elle se mêla à la fange des libelles; elle fut une bonne fortune pour quelques zolles de la nature de M. Louis Keybaud^ écrivains bas de poil, comme disait crûment Montaigne ; auteurs qui se consolent , en riant faux, du malheur d'être médiocres ; aveugles qui insultent à la lumière ^ ridicules eunuques qui raillent la fécondité 1

Mais, grâce au ciel, il n'est qu'un temps pour le succès de tout ce qui est injuste et vil. Le Constitutionnel ayant un jour rappelé notre luxe, M. Genevay, alors gouverneur du "château de Versailles, et qui avait administré le Luxembourg pendant le gouvernement provisoire, écrivit au rédacteur la lettre suivante, qu'on lit dans le Constitutionnel du 2 Juin 18&8.

« Nommé administrateur du palais national du Luxem- » bourg, dès que cette résidence fut donnée par le gou- » vemement provisoire aux citoyens Louis Blanc et Al- » bert, je crois de ma loyauté de protester de toutes mes » forces contre un bruit que plusieurs feuilles publiques » ont malheureusement accueilli. On prétend que les » citoyens Louis Blanc et Albert ont fait d'énormes dé<- » penses pour leur table : c'est une erreur on une ca« 9 lomnie. Le premier mois, après bien des résistances^ » la table des deux membres du Gouvernement provl** » solre M servie à 6 frtMcê par jour tipair iétt; mais^ le

» second mois^ les citoyens Albert et Louis Blanc^ ayant » trouvé la nourriture encore trop abondante^ ils n'auto- » risèrent plus qu'une dépense de 2 ^. 50 e. pour le dié jeûner^ et de 2 /r. 50 c, pour k diner. Les preuves et » pièces à Fappui peuvent être immédiatement four- » nies.

Tf> Agréez^ etc..

» A. Genevay.»

Ce 31 mai 1848.

Qu'ajouter à cela ?

Et c'est depuis là publication de cette lettre que, dans une leçon donnée au Conservatoire des arts et métiers, M. Charles Dupin a fait revivre la fable honteuse 1... Mais laissons cet homme.

vm

Nous enlever raffection du peuple, on l'avait essayé en vain : pour nous rendre odieux à la bourgeoisie, on imputa au Luxembourg la création des ateliers nationaux, autre mensonge infâme, impossible à admettre pour quiconque m'avait lu, mais qu'on crut pouvoir risquer avec avantage en le mettant à l'adresse de Figno- •rance.

Vingt fois déjà, du haut de la tribune ou par la presse, j'ai mis au défi qu'on osât me contredire publiquement, et jamais en effet personne ne l'a osé. £xige-t-on davantage ? voici des preuves, et des preuves aussi éclatantes que le soleil.

Le 5 Juillet 1848, M. François Arago, ex-membre du gouvernement provisoire, est appelé devant la commission d'enquête ; on l'interroge sur les ateliers nationaux.

et il répond : C'est M. Marie qui s'est occupé de l'organisation DES ATELIERS NATIONAUX (1).

Ce fut effectivement M. Marie qui organisa ces ate« liers^ dont la direction fut par lui confiée à un M. Emile Thomas^ personnage ridicule, vulgaire détracteur d'idées qu'il était incapable de comprendre, et qui^ tout bouffi d'une importance qu'il n'eut jamais ^ m'a attaqué sans qu'il ait pu me convenir d'y prendre garde.

Or^ dans sa déposition du 28 juillet 18&8^ M. Emile Thomas dit : c( Jamais je n'ai parlé a M. Louis Blanc DE MA vie; je ne LE CONNAIS PAS. » Il ajoutc : <x Pendant QUE j'ai été aux ateliers^ j'ai vu m. Marie tous les

JOURS» SOUVENT DEUX FOIS PAR JOUR; MM. HeCURT, BU- CHEZ ET MARRAST presque TOUS LES JOURS ; J'AI VU UNE

seule fois m. de Lamartine, jamais M. Ledru-Rollin^ JAMAIS M. Louis Blanc , jamais M. Flocon^ jamais M. Albert (2). »

Dans sa déposition du 28 juin 1868, le directeur des ateliers nationaux avait déjà dit : c< J'ai toujours marché

AYEG LA mairie DE PARIS CONTRE L'INFLUENCE DE MM.' LE-

dru-Rolun, Flocon et autres. J'étais en hostiuté oirverte avec le luxembourg. je combattais ouverte- MENT l'influence de m. Louis Blanc » (3).

Qu'opposer à ces dépositions officielles, si nettes et si décisives ? Y a-t-il eu par hasard quelque déposition contraire? Non 5 pas une, pas une seule. Qu'on parcoure les trois volumes de l'enquête I Dans ce laboratoire des Uaines de la contre-révolution , dans cet arsenal où toutes les armes empoisonnées qu'il fut possible de rassembler contre moi étaient admises avec joie^ appelées avec astuce , on ne trouvera pas une déclaration

(1) Voy. le Rapport de la Commission (Tenquéief t. i, p. S98. {2) Voy. \e Rapport de la Commission d'enquite, t. I, p. 352 et 35S* (3) Yoj» le Bappori de la Commisnon d^ enquête, p. 8^3.

r> que je fus introduit Vingt-quatre personnes^ à peu » près^ y prenaient part^ sous la présidence du maire de » Paris^ — M. Gamier Pages; — c'était d'une part, le » maire adjoint, M. Buebez; M. Flottard, secrétaire gé- » néral ; BL Barbier, cbef du personnel ; M. Tremisot, » chef du service des eaux et du pavé de Paris, depuis » cbef de la division de la grande voirie; les douze » maires d'arrondissement. De l'autre, le ministre des )» travaux publics, — M. Marie, — et MM. les ingénieurs D en chef, Robin, du département de la Seine ; Mary, du » service des eaux ; Prus» du pavé de la ville ; Michal, de » la navigation ; Baude et Onffroy de Bréville» des che- » mins de fer. — Suit le discours dans lequel M. Emile » Thomas exposa son plan. — Le discours que je viens de » reproduire fut accueilli par toute l'assemblée avec une 1» bienveillance dont je fus presque honteux. .. a Mon- » sieur, me dit le président, — M. Gamier Pages, — » votre projet est adopté, vous allez sur-le-champ vous » mettre à l'œuvre. » Le lendemain, 6 mars, parut l'arrêté, reproduit plus haut, et portant la seule signature de M. Marie (1).

Et qu'on n'objecte pas que, si les ateliers nationaux furent organisés sans ma participation, ils le furent, tout au moins, d'après mes principes. C'est justement le contraire qui est vrai.

On a vu, par les propres paroles de M. Marie, combien il était opposé à mes doctrines, et avec quelle vivacité de désir il en poursuivait secrètement la ruine. Gomment imaginer qu'il eût, de gaieté de cœur, employé les trésors de l'État à en essayer l'application?

Aussi rien de plus opposé au régime industriel développé dans V Organisation du travail , que le régime,

(1) Voy. V Histoire des Atelieri nationaux, par M. ÉmUe Thoma9, depuis la page 47 jusqu'à la page 57.

si justement flétri^ des ateliers nationaux^ dirigés par M. Emile Thomas^ sous la responsabilité de M. Marie..

Les aUliers sociaux^ tels que je les avais proposés, devaient réunir, chacun, des ouvriers appartenant tous à la même profession.

Les atelieri nationaux, tels qu'ils furent gouvernés par M. Marie, montrèrent entassés, pôle-méle, des ouvriers de toute profession, lesquels, chose insensée I furefat soumis au même genre de travail.

Dans les ateliers $ocia$tXy tels que je les avais proposés^ les ouvriers devaient travailler à l'aide de la commandite de l'État, mais pour leur propre compte, en vue d'un bénéfice commun, c'est-à-dire avec l'ardeur de l'intérêt personnel, uni à la puissance de l'association et au point d'honneur de l'esprit de corps.

Dans les ateliers nationaux , tels qu'ils furent gouvernés par M. Marie, l'État n'intervint que comme entrepi'eneur, les ouvriers ne figurèrent que comme salariés. Or, comme il s'agissait ici d'un labeur stérile, dérisoire, auquel la plupart se trouvaient nécessairement inhabiles^ Taction de l'État, c'était le gaspillage des finances; la rétribution, c'était une prime à la paresse ; le salaire, c'était une aumône déguisée.

Les ateliers sociaux, tels que je les avais proposés, constituaient des familles de travailleurs, unis entre eux par le lien de la plus étroite solidarité, familles intéressées à être laborieuses et, partant, fécondes.

Les ateliers nationaux, tels qu'ils furent gouvernés par M. Marie, ne furent qu'un rassemblement tumultueux de prolétaires qu'on se contenta de nourrir, faute de savoir les employer, et qui durent vivre sans autres liens entre eux que ceux d'une organisation militaire, avec des ch^ appelés de ce nom, si étrange à la fois et si caractéristique : BRIGADIERS !

Je pourrais m'arrêter à cette limite ; mais je tiens h

INTOUTer plus encore, à prouver que- les ateliers for ent org^niséSy et sans moi, et contre moi.

On a lu plus haut la déposition de M. Emile Thomas, extraite du Rapport de la commis9ion d'enquéU et conçue en ces termes : « J'étais en hostilité ouverte avec le » Luxembourg. Je combattais ouvertement Finfluence de » M, Louis Blauc, » A cet aveu si naïf et si précis^ l'ancien directeur des ateliers nationaux a joint des développements fort curieux, qu'il importe de faire connaître*

£t d'abord^ il reconnaît formellement que, si mon système resta a l'état de théorie, ce fut grâce a la

RÉSISTANCE DE LA MAIRIE DE PARIS (1), c'est-à-dire du

pouvoir avec lequel, d'après son propre aveu, M. Emile Tbomas s'entendait pour diriger les ateliers nationaux*

Au fond, ils n'avaient été créés que pour mettre h la disposition des adversaires officiels du socialisme une armée qu'on pût, au besoin, lui opposer. Aprôs avoir raconté, dans son livre, en quels termes U, Marie se plaignit un jour à lui de l'influence que j'exerçais sur le peu* ^ pie, au moyen du Luxembourg , Tancien directeur des ateliers nationaux écrit :

« M. Marie me fit mander à l'Hôtel de ville. Après la » séance du gouvernement, je m'y rendis et reçus la nou- » velle qu'un crédit de cinq millions était ouvert aux ate- » liers nationaux et que le service des ûnances s'accom^ , » plirait dès lors avec plus de facilité. M. Marie me prit » ensuite à part et me demanda fort bas si je pouvais » compter sur les ouvriers. — Je le pense, répondis^je ; » cependant, le nombre s'en accroît tellement qu'il me » devient bien difficile de posséder sur eux une action » aussi directieque je le souhaiterais. •--< Ne vous inquiétez ^ pas du nombre, me dit le ministre. Si vous les tenez, il » ne sera jamais trop grand ; mais trouvez un moytn de

(1) Voyez VHi$to%r$ d0$ At$liir$ nanVmaiMP, p. 900.

» vous les attacher sincèrement, ne ménagez pas l'ak-

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