‹ Appendice a l'ouvrage intitule Histoire de la vie et des ouvrages de RaphaelChapitre 10 sur 33 · TABLEAUX DU MARIAGE DE LA VIERGE · texte numérisé non relu

TABLEAUX DU MARIAGE DE LA VIERGE

M. Quatremère était convaincu, depuis son dernier voyage en Italie, vers 1793, que le délicieux tableau du Mariage de la Vierge ( Sposalizio ) , qui est à Bréra, musée de Milan, n’était pas original, et que c’était peut-être la seule copie que Haphaël eût exécutée. (V. P. 1 1.) Il m’avouait qu’il n’oserait jamais énoncer cette opinion, et encore moins l’écrire, avant d'avoir connaissance du tableau original. I,e désir d’éclaircir ce point curieux dans l'histoire des arts me lit faire des recherches à l’étranger et en France; ce n’est que depuis peu d’années que j'ai trouvé, dans le musée de la ville de Caen, le tableau original du Pénigin : même disposition de composition, même mouvement dans les ligures (pie dans celui de Raphaël du musée de Milan. Ces deux tableaux, chacun incontestablement l'un du maître et l’autre de l’élève, offrent un fait bien singulier par leur similitude. L’œuvre du Pérugin est très-remarquable par sa belle exécution ; les ligures y sont grandes, et le temple y tient une place moins importante que dans le tableau de Raphaël , où les figures sont plus petites. Lanzi dit que le tableau du Pérugin a été exécuté en i pour l’autel de Saint-Joseph de la cathédrale de Pérouse. Cette date prouve qu'il a été fait avant celui de Raphaël , daté de î jo.j. Raphaël entra à l'école du Pénigin vers i 4 <J 7 , deux ans apres que ce dernier eut exécuté le tableau du Mariage de la Vierge, qui lit alors beaucoup de bruit et fut fort admiré. Il est très-probable que Raphaël, qui n’avait alors que quinze à seize ai», dans l’idée d’appliquer les principes d'architecture et de perspective qu'il recevait journellement de son maître, choisit, comme programme et esquisse, le temple du tableau du Mariage de la Vierge, étudia , développa , dessina sur un grand panneau («à cette époque, en France, en Allemagne et en Italie les artistes peignaient presque toujours sur bois) ce monument, dont les premiers degrés sont de quelques pouces plus haut que les tètes des personnages qui occupent une place à part dans le bas de ee panneau. Rien n’a donc gêné Raphaël pour tracer

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son architecture et en faire une étude sérieuse; ce qui le ferait croire, c'est le soin et le temps qu’il a employés à l'exécution de tous les détails de ce temple. Il aura probablement oublié ce panneau, et quelques années après, pour ne pas laisser perdre son travail, il l'aura terminé en i 5 o 4 - Pour moi, qui ai examiné les deux tableaux avec la plus grande attention, je suis convaincu que le tableau du Pérugin, du musée de Caen, a servi à Raphaël de programme pour le temple, et de modèle pour l’exécution des figures. L’appréciation que M. Quatremère a faite du tableau de Raphaël prouve la justesse de son goût et son sentiment exquis dans les arts. Je ne crois pas que l’on puisse en donner une plus grande preuve. Cet habile antiquaire avait vu, vers 1793, le tableau du Pérugin dans la cathédrale de Pérouse; il ne se rappelait que les rapports de la composition que ces deux ouvrages avaient entre eux. S'il avait pu comparer, en i 8 a 4 » l’estampe de Longlii , faite d’après le tableau de Milan , avec le tableau du musée de Caen , malgré quelques changements que Raphaël a faits, il aurait reconnu dans le tableau du Pérugin la preuve qu’il désirait si ardemment trouver, sans avoir même besoin de recourir aux dates de ces deux ouvrages. Ce charmant tableau de Raphaël est très-pur et d’une parfaite conservation, ainsi que celui de Pierre Pérugin, qui a 2“ 36 e de haut sur 1“ 8f>* de large. Ce tableau , peint sur bois, est resté à la cathédrale de Pérouse jusqu'en 1799, époque à laquelle les Français l’ont apporté en France.

Le Dôme de la ville de Milan possède un monument précieux qui était resté ignoré, je crois, jusqu’au moment où un hasard me le fit découvrir; c'est un médaillon en marbre qui représente une belle tète de profil, coiffée d’un bonnet qui rappelle celui que l’on portait en Italie au XV e siècle. I.a position de ce médaillon l’avait soustrait jusqu'à présent , peut-être , au regard de tous les visiteurs. Il est incrusté, en effet, au bas d’un mur d'appui de même marbre d’un couloir à ciel ouvert qui n’a pas deux pieds de large, et tout en haut d'une des flèches de cette cathédrale. Quoique le défaut de clarté m’ait malheureusement empêché de bien lire l'inscription qui l’entoure, il m'a semblé voir écrit le nom de Jean-Antoine Ilomodeus. On trouve, en effet, mentionnée dans Afuratori, une famille de ce nom à Milan, au XIIP et au XIV* siècle. Mais la qualification qui suit ce nom est plus incertaine; je crois que l’on a écrit Vcncrabilis fabricc AJilcs a rchitectas , à moins que l'abréviation que je traduis par Miles ne soit celle de la ville de Milan elle-même, Mcdiolanensis (de Milan). Je ne saurais décider. Toutefois, la qualification d’architecte donnée à notre personnage pourrait nous faire crojre que nous avons ici les traits de l’architecte du dôme de Milan, dont

le nom était resté jusqu'à présent fort incertain. Il existe, en effet, diverses opinions sur l’auteur de cette cathédrale. Si c’est à Homodeus que revient la gloire d’avoir élevé ce magnifique édifice, les Milanais peuvent justement contester aux Allemands l’introduction du style ogival parmi eux.

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