TERRES COLORANTES DE SIENNE
Vers «5oa Raphaël vint à Sienne pour aider Bemardino Pinturieehio ; il y fit aussi le petit tableau représentant les Trois Grâces. Il s'inspira pour l'agencement des figures du groupe antique qui est placé au centre de la bibliothèque, aujourd’hui la sacristie de la cathédrale. Je l’ai examiné avec la plus scrupuleuse attention à Londres en i83o, lors de la mort de sir Thomas Lawrence, premier peintre du roi d’Angleterre, qui en avait été le dernier possesseur. Ce tableau a été gravé par M. Forstcr. M. Gatteaux, membre de l'Institut, en possède une copie très-exacte. Raphaël, dans son tableau de la Visitation du musée de Madrid, que j’ai gravé, a reproduit un groujn: d’une de ces dix grandes peintures de la bibliothèque de Sienne; cela ferait présumer que les cartons primitifs étaient exéeutés par lui. (V. P. i5.) Il y a j>cn de fresques aussi riches de dorures et d’un ton aussi frais et aussi brillant. Je n’ai jamais rien vu de plus séduisant. VI M. Renvenuti et Camuccini, peintres italiens ^prétendaient que cette parfaite conservation des couleurs était due à la nature des terres colorantes du pays. On voit que Pinturieehio a été doublement favorisé dans ce travail : par Raphaël, son camarade d’étude, et par les couleurs qui ont conservé leur pureté. Ceci me rapj>elle que dans ma jeunesse un seigneur espagnol , grand amateur des arts, me parla d’une terre que l’on trouve en Espagne: il me dit que le célèbre Murillo ( 1 ) en avait fait un grand usage, et souvent sans mélange, pour (teindre les chairs dans ses tableaux ; que cette couleur avait la précieuse qualité de ne point changer. 11 ajouta que l’autorité se réservait le droit d’en distribuer. Il eut l’extrême obligeance de m'en donner pour faire quelques petits essais; je l’employai à dessiner à l’aquarelle plusieurs tableaux de Raphaël, entre autres la Vierge dite au Linge, du musée? du Louvre. Effectivement, cette couleur, sans aucun mélange, m'a donné le ton exact des lumières des chairs de tout l'enfant Jésus, et de la tète de la Vierge. Elle n'a passé ni changé depuis un demi-siècle que ce dessin est fait ( 2 ). Je possède une esquisse peinte de la première manière de Murillo, et on y voit qu’il
(il Murillo iBanotmneo-Eslaban), né à Séville en 160$, mort en i/i8a.
(v) lie destin do la l’irrge dite ou , est place au palais de l'École des beaux-ans.
a usé et abusé de cette couleur. I<e temps m’a donné la double preuve de tout ce que m’avait avancé cet amateur distingué au sujet de Murillo, et de l'utilité et de la bonté de cette terre.