‹ Appendice a l'ouvrage intitule Histoire de la vie et des ouvrages de RaphaelChapitre 27 sur 33 · RESTAURATION DES TABLEAUX DE RAPHAËL · texte numérisé non relu

RESTAURATION DES TABLEAUX DE RAPHAËL

J'ai gravé, sous le titre de la Belle Jardinière de Florence, un tableau peint par Raphaël, représentant le portrait en pied de la jeune fille qui lui a servi de

modèle pour plusieurs de ses Vierges , telles que la Vierge dite la Belle Jardinière, celle dite au Chardonneret j celle du palais Colonne, etc. Ce tableau a été exécuté à Florence vers i 5 o 4 - Raphaël en fit hommage à M. Taddeo Taddei dans l’année lijoy. C’est un des tableaux perdus dont parle M. Quatremèrc. (V. P. aa.) C’est de ce tableau que M. Waagen, directeur de la belle galerie de Berlin, me disait : « C’est un Raphaël; on ne peut douter de son authenticité. » Ce tableau était peint sur bois; il a été enlevé et remis sur toile vers 1768, par les procédés de M. Hacquin, père de celui qui a enlevé de dessus bois le tableau de 1 a Vierge de Foligno , apporté à Paris en quatre planches séparées, ainsi que le tableau de la Sainte Cécile. J'ai vu exécuter an Louvre, en 1802, par M. Hacquin fils, ces difficiles et longs travaux. Après que tout le bois du tableau de la Vierge île Foligno fut enlevé, j’eus le bonheur de voir la peinture de Raphaël à l’envers , avant qu'elle fût fixée définitivement sur une toile. Ce grand tableau était placé horizontalement sur une table; il n’y restait plus qu’une légère impression blanche, que l’on supposait faite à la colle, et au travers de laquelle j’ai vu le trait des figures exécuté au pinceau. On y trouvait un grand repentir. C'était le trait de la main droite du saint Jérôme, dont Raphaël avait changé le mouvement, de manière qu’il y avait le tracé de deux mains droites. Celle que l’on voit présentement a été la setde peinte. J’ai examiné aussi à l'envers le tableau de la Sainte Cécile de Raphaël , après que cette peinture eut subi la même opération ; je l’ai considéré avec la plus grande attention, et j’ai vu le trait de tout le tableau exécuté avec une facilité et une rapidité incompréhensibles, et toujours au pinceau avec de la terre d’ombre, comme celui de la Vierge de Foligno. Ce sont des preuves que ces tracés n’ont pu être ainsi faits sans le travail préliminaire d’un carton.

C’est aussi à Paris, en 1802, que j’ai vu restaurer, avec le plus grand soin, la Transfiguration de Raphaël. Ce tablcati était incliné et posé sur le plancher d'un atelier bien éclairé : exposé ainsi, il me parut admirable et d’un effet merveilleux; il était excessivement lumineux et transparent partout. Je ne lui retrouvai plus ces qualités, lorsqu’il fut placé dans la galerie du musée. Arrivé à Rome à la fin d’octobre 1 833 , pour faire une copie (1) de la Transfiguration , et en exécuter la gravure, ce qui avait été le rêve de toute ma vie, je revis ce tableau placé dans une grande salle en haut du Vatican ; il était posé à terre et recevait la lumière d'en haut. Je ne puis exprimer le bonheur qu’il me fit éprouver; j’y

(1) Kilo est placée au palais de l'École des beaux-arts.

retrouvai la transparence et l’éclat que j’avais admirés trente ans avant dans l’atelier du musée du Louvre. Quelques mois après, on le plaça définitivement dans la galerie du Vatican, où il n’y a que le bas du tableau qui soit éclairé. Il est à regretter que ce chef-d’œuvre ne soit pas exposé de manière à ce que l’on puisse apprécier tous les genres de beautés qu’il réunit.

A Paris, en i8i5, j’ai assisté, chez M.' Bonnemaison (i), aux restaurations des tableaux de Raphaël appartenant aux rois d’Espagne. C’est dans l’atelier de cet artiste que j’ai dessiné la Vierge dite nu Poisson et celle de la Visitation (a), et que j’ai pu contempler, pendant quatre mois, les tableaux du Portement de croix, dit lo Spasimo di Sicilin , et de la Vierge dite à la Perle. Tous ces tableaux, peints sur bois, ainsi que celui de la Transfiguration (V . P. 363), qui a douze pieds sept pouces de haut, n’offraient pas de grandes difficultés dans les restaurations , la peinture n’en étant pas épidermée. Aussi ces cinq tableaux capitaux de Raphaël sont-ils très-purs. Lo Spasimo a très-peu souffert «le son séjour «•n mer dans le naufrage qu’il a éprouvé. (V. P. ao5.) Ces tableaux sont exposés présentement dans le musée de Madrid; ils se trouvaient auparavant dans le palais de l’Escurial , où on les a admirés pendant plusieurs siècles.

Vasari, 11. Mengs, Benito Pardo di Figueroa, Quatremère (V. P. 436), et plusieurs autres savants et artistes, ont écrit que le tableau de la Transfiguration manquait de transparence. Cet ouvrage, ayant toujours été placé dans des localités sombres, devait être jugé ainsi. J’aurais probablement partagé cette opinion, si un hasard heureux ne m’avait fait voir ce chef-d’œuvre éclairé par le haut. Le sujet, la composition, l’exécution, exigeaient un jour éblouissant. Raphaël l’avait compris ainsi; je l’ai Bravé. pénétré de cette idée.

(l) C'est M. l’almaroli qui, vers 181S, a restaure 1 Berlin le tableau de la t'ierge dite de Samt-Suete. J'en ai pris une copie en 1841, d'après laquelle j'ai bit ma gravure.

(a) Ces deux dessins à l'aquarelle sont ex|x>se* an palais de l'École des beaux-arts.

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