‹ Appendice a l'ouvrage intitule Histoire de la vie et des ouvrages de RaphaelChapitre 32 sur 33 · RENSEIGNEMENTS SUR MM. LAWRENCE ET WEST · texte numérisé non relu

RENSEIGNEMENTS SUR MM. LAWRENCE ET WEST

L'admirable tableau de la Cène, peint à l’huile par léonard de Vinci, ver» i 4 g 6 , dans le réfectoire du couvent des dominicains de Sainte-Marie des (ira ces, a 8 mètres 8 centimètres de long sur \ mètres 5 o centimètres de haut (27 pieds sur i4). I>a mauvaise impression sur le mur, le temps et les différentes restaurations ont presque détruit ce chef-d'œuvre.

Dans une des salles de l’Académie des beaux-arts, à Londres, il en existe une très-belle copie, exécutée avec un grand soin; elle est un peu moins grande que le tableau original. Vers 1801, MM. Vicar et Dutertre avaient exposé l’un et l’autre, au musée du I .ouvre , un dessin de ce tableau, (ielui de M. Dutertre me sembla le plus parfait. Il est passé en Angleterre; mais je l’y ai vainement cherché dans les voyages que j’y ai faits. Je suis resté à I/Ondres presque toute l’année «le i8'}<>. Sir Thomas Lawrence, premier peintre «lu roi d’Angleterre, venait «le mourir; on lit, le u4 avril, l'exposition et la vente de tous les objets d'art «pi’il possédait, objets montant à près d’un million. On distinguait les onze cartons originaux des têtes séparées du tableau «le la f'è«c«le Léonard de Vinci (il en maïupiait deux); «elle «lu Christ fut vendue £ 1 19 livres (1) sterling; Saint Jean, £ 9(1 12 schellings; Judas, £ 3- JO schellings. 1 .a totalité, £ (ia 3 10 schellings (1 5 , 58 “ fr.). Sir lawrence les avait achetés £ 800 (20,000 fr.). Les tètes ont souffert; il ne reste «pie les contours et les masses, sans détails. D'un peu loin, elles me rappelaient «•ell«*s du tableau dans le mauvais état où il est présentement. Ces «’artons, quoique très-précieux par leur belle exécution, 11e m’ont pas paru avoir été dessinés par léonard de Vinci. C«?s tètes n’ont pas le caractère austère du tableau. Je n’ai jamais vu de dessins, faits à cette époque, dont le crayon fut aussi noir; il semblerait que l’on s’est servi de pastel pour les restaurer. Ces tètes ont onze pouces de hauteur, et ne sont pas de la dimension de celles du tableau, qui en ont treize. J«>

[1) Le schelling vaut ’a 3 sous; il faut 10 srhrlling* pour (aire une livre sterling, cl 16 schellings jtour faire

une guinre.

ne puis croire que Ix*onard de Vinci ait fait ce travail en pure perte: car il a dû faire ses études de grandeur naturelle, ou de treize pouces, pour les décalquer sur l'immense tableau qu’il allait exécuter.

Sir Thomas Lawrence possédait aussi le petit tableau des Trois Grâces , peint par Raphaël. Je l’ai vu en dépôt chez milord God, qui avait eu l'obligeance de lui prêter i2:>,ooo fr. (£ ôoo). L’on vendit les dessins de Raphaël, dont M. Woodburne avait offert 100,000 fr. , et un carton bien conservé de Michel-Ange, représentant la Vierge, Y enfant Jésus et plusieurs ligures dans le fond. Cette composition a six pieds de haut. I*a boîte à couleur de Rubens, que M. Causewav avait donnée à Lawrence, fut vendue Go guinées; la palette de Reynolds, 12 guinées; celle de Lawrence, 6 guinées. On venait de vendre publiquement Go guinées un autographe de Milton; c’était le reçu de 10 guinées qu’il avait fait à l’acheteur du manuscrit de son Paradis perdu.

L’exposition de tous les portraits de Lawrence eut lieu le a 4 avril, dans Pall- Mall. Toutes les personnes qui possédaient des portraits faits par lui s’empressèrent de les envoyer; c’était dans la noble pensée de payer les dettes qu’il avait contractées, malgré la générosité du roi Georges IV, qui lui avait donné £ 80,000 (2 millions) pour l’exécution des portraits en pied de tous les souverains de l’Europe, ce qui formait la partie la plus intéressante et la plus curieuse de cette exhibition. L'on payait pour la voir; il y avait foule matin et soir. I/es salles étaient brillamment éclairées; on y admirait les portraits du pape Pie Vil , d’ Alexandre , de doua Maria enfant, de Charles X , etc. I.es portraits jugés les plus parfaits étaient ceux de Y empereur d‘ Autriche et de M. Saune, architecte; c'était l’avis des artistes les plus éminents, tels que Wilkie, Pisguerguille, Raimbach, etc. Ce que l’on admirait le plus dans le talent de Lawrence, c’était la noblesse et la dignité gracieuse qu'il donnait à ses portraits, et sa couleur séduisante.

J'avais vu en 1820 et 1823, chez sir Thomas I>awrence, presque tous ces curieux tableaux, et nombre de portraits en pied et de bustes commencés. Les toiles avaient reçu une impression à la colle d’un ton gris roussâtre, sur laquelle il avait dessiné les tètes aux crayons noir, blanc et rouge. I^awreuce attachait beaucoup d’intérêt et d’amour-propre à montrer ses tètes ainsi dessinées. J’ai vu celles du duc de Wellington et de M. West, habile peintre d'histoire que j’avais rencontré devant son tableau de Y Apocalypse, exposé au musée du Louvre à l’époque de la paix d’Amiens.

J’ai vu, en i 83 o, à Londres, l’exposition de tous les tableaux de Benjamin

West, qui succéda à Reynolds dans la présidence de l'Académie. M. West mourut en 1830. Cette exhibition se composait de plusieurs grandes toiles, dont les sujets étaient tirés de rhistoire sacrée et de l’histoire moderne. Ces tableaux m’ont paru sagement pensés, et bien entendus de composition; mais l’exécution laisse, à mon a\is, beaucoup à désirer. I.e tableau du Combat de la Hague et celui de la Mort du général JV vif sont de moyenne dimension. Ces compositions sont très-connues par les délicieuses gravures de William Woollett, exécutées avec tant de goût, de suavité et d’effet , qu’elles font oublier la couleur triste et monotone des tableaux, qui, sous ce rapport, rappellent ceux d’Hogarth. C'est le contraire de l’école anglaise, dont l’exécution est généralement lumineuse et brillante.

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