TABLEAUX DE RAPHAËL A NAPLES
Le tableau de Raphaël, de la Vierge dite au Baldaquin, que l'on voit dans les appartements du palais du roi, à Naples, n'est pas celui que M. Quatremère désigne sous le même titre. Le tableau dont il fait la description est au palais Pitti, et a été peint
A L'OUVRAGE SUR RAPHAËL. 47 quelques années après celui du palais de JNaples. J'ai vu ce dernier de très-près; je donne ici quelques détails que j'ai pris sur place. Ce tableau, peint à l'huile, a sept ou huit pieds de hauteur. Il est en deux compartiments; celui du haut est cintré, et renferme la figure du Père éternel. Les figures du grand tableau sont presque aussi fortes que nature. Il se compose de la Vierge tenant l'enfant Jésus. D'un côté se trouvent saint Pierre et saint Paul; de l'autre, sainte Cécile et sainte Catherine. Cerlaines parties de ce tableau sont admirablement bien peintes et surtout bien dessinées, telles que la tête de la sainte Catherine, qui est charmante; celle de l'enfant Jésus sur les genoux de la Vierge1, d'une délicieuse couleur, et la tête du saint Pierre, d'une belle exécution, quoique un peu forte. Il y a dans les draperies de la Vierge des incrustations de perles d'argent en relief servant d'ornement, ce qui ferait présumer que Raphaël a peint ce tableau après avoir travaillé aux fresques de la bibliothèque de Sienne (i5o2), où l'on a intercalé beaucoup d'ornements de ce genre. L'enfant Jésus y est vêtu. Tout me ferait croire qu'il a fait ce tableau vers i5o3, avant celui du Mariage de la Vierge (i5o4). Le Père éternel, dans la partie cintrée, m'a paru moins bien exécuté; je le crois restauré; tandis que le tableau principal est inlact,et n'ajamais été nettoyé. C'est une des plus curieuses et des plus précieuses
28 APPENDICE productions de Raphaël. D'après le grand éloge et la description que Vasari fait de cet ouvrage, que l'on appelle aujourd'hui à IN api es la Vierge au Baldaquin, on voit qu'il réunissait de son temps la partie cintrée, le tableau principal, et au-dessous trois petits sujets : l'un représentant le Christ en prière, l'autre un portement de croix, et le troisième le Christ mort sur les genoux de la Vierge. Suivant Vasari, ce grand travail, qui renfermait tant de sujets divers, a été peint sur plusieurs panneaux par Raphaël, pour les religieuses de San-Antonio de Padoue. M. Quatremère (V. P. 28) croyait que toutes les parties de cette riche composition étaient perdues.
M. Quatremère s'est trompé (V. P. i^i) en disant qu'il existe au musée de Naples [i Studj) un tableau de Raphaël qui représente une Vierge, dont la composition nous est connue par la gravure de Marc- Antoine , surnommée la Vierge à la longue cuisse. Cette composition n'a jamais été reproduite en peinture. M. Quatremère aura confondu, car il parle d'un tableau qui n'a jamais existé, et il oublie une Sainte Famille, ouvrage capital de Raphaël, qui représente la Vierge assise, l'enfant Jésus sur ses genoux donnant la bénédiction au petit saint Jean, qui est en adoration, sainte Elisabeth occupée uniquement du petit Jésus, et saint Joseph dans le fond. Ce délicieux tableau, que Ra-
A L OUVRAGE SLR RAPHAËL. 29 pbaël exécuta vers la moi lie' de sa troisième manière, et dont Georges Yasai i fait le plus complet éloge, est d'une grande transparence de ton et d'une parfaite conservation. Les figures sont de grandeur naturelle; il est peint sur bois. Sa bauteur est de cinq pieds de baut sur trois pieds sept pouces de large, ainsi que le carton original dessiné au crayon noir. J'en ai fait une petite copie à Naples en 1 833 ; elle est exposée au palais de l'Ecole des beauxarts. Ce tableau de Raphaël a été gravé par Longhi et par M. Loricbon, sous le titre de la Bénédiction. J'ai vu à Rome une très-belle copie de ce tableau, de la grandeur de l'original, faite par Camuccini. Dans ce même musée, on voit un carton représentant un homme debout qui se cacbe les veux. Cette admirable figure est grande comme nature et dessinée au crayon noir, elle est incontestablement de Raphaël. Dans la même salle il y a deux carions de Michel-Ange bien conservés : l'un représente une figure de femme qu'il a exécutée en marbre pour le tombeau des Médicis, et l'autre une très-belle figure de guerrier. C'est dans le riche musée de Naples qu'est exposé le portrait de la mère de Raphaël, peint, dit-on, par lui, mais qui, selon moi, est le portrait de sa grand'mère peint par Giovanni Sanzio, père de Rapbaël.