PEINTURE SUR VERRE
L'art de colorer le verre est fort ancien; en France, ce que l'on en peut citer remonte à n5o. L'abbé Suger fit poser des vitraux peints à l'église de Saint-Denis, consacrée depuis des siècles à la sépulture des rois de France. Depuis cette époque, l'histoire fait connaître les noms des artistes célèbres qui se sont livrés à ce mode de peinture : Cimabué, vers 1270; Albert Durer, qui a exécuté, vers 1497? les vitraux de vingt croisées dans l'église du grand prieuré du temple, à Paris. Ces vitraux étaient de la plus grande beauté, par leur composition, leur dessin, leur riche couleur, et par la grandeur des pièces de verre qui y étaient employées.
Raphaël, par ses ravissantes compositions, a rendu usuel l'emploi des vitraux : car, avant lui, ce genre de peinture était généralement réservé aux églises. En i54i, Anne de Montmorency, dans son délicieux château d'Ecouen, fit exécuter sur verre, en peinture monochrome, quarante-cinq compositions, représentant les Amours de Cupidon et de Psyché, d'après Raphaël (1). L'on croit que le cé-
(1) Ces vitraux ont été exécutés d'après les gravures de Marc- Antoine ; mais comme il n'y a que trente-deux sujets gravés par lui, et qu'il y a quarante-cinq vitraux, on supposait que Raphaël avait fait des dessins exprès
A L'OUVRAGE SUR RAPHAËL. 69 lèbre chimiste Bernard Palissy, qui a retrouvé, vers i555, l'art de fixer l'émail sur métaux, et qui est l'inventeur en France des terres cuites émaillées peintes avec figures et toutes sortes d'objets en relief, connus sous le nom d'émaux de Limoges, a peint une grande partie de ces grisailles. J'ai vu pendant plusieurs années ces mêmes vitraux, d'un brun laqueux, et dont l'ensemble général était clair, orner les cloîtres du musée des Petits-Augustins, sur l'emplacement duquel on a bâti le palais de l'École des beaux-arts (1). Nos premiers et célèbres peintres français ont beau coup peint sur verre; Jean Cousin, les Pinaigrier, etc., etc, ont suivi les voies que Raphaël leur avait tracées.
On admire, dans l'immense chartreuse de Pavie, de beaux vitraux exécutés en 1/177. ^e ie~
pour Anne de Montmorency. Il n'en est rien ; les treize autres grisailles (V. P. 267) ont été faites en parlie d'après les compositions que Raphaël a peintes à fresque, à Rome, au palais de la Farnésine.
(1) Lors de la suppression du musée des monuments français fondé dans l'ancien et immense couvent des Petits-Augustins, les divers objets d'art qu'il renfermait, et dont les familles tiraient une partie de leur illustration et les artistes leur célébrité, furent restitués aux divers propriétaires, ainsi qu'au v églises et aux établissements publics. C'est à cette époque (18 18) que M. Alexandre Lenoir, administrateur de ce musée, fit remettre, à titre d'héritage, ces précieux vitraux du château d'Écouen au duc de Bourbon, dernier prince de l'illustre maison de Condé. Le duc d'Aumale, son héritier, les ayant trouvés dans le château de Chantilly, a fait faire une galerie pour les y placer.
commande aussi à l'attention des artistes, dans ce même monument, de nombreuses peintures imitant des reliefs en bois qui représentent des saints vus à mi-corps. Les têtes, les mains et les draperies sont d'un excellent goût de dessin, et parfaitement exécutées. Le millésime porte i486; j'en ignore l'auteur. Ce célèbre monastère, qui renferme des objets d'art de tous les âges, et dont la construction, il y a des siècles, a coûté des millions, n'était plus, en i833, desservi que par deux prêtres et deux gardiens, pour lesquels il était alloué la modeste somme de 4>ooo fr. par an.
L'art de peindre sur verre est poussé très-loin à Munich ; on est parvenu à y obtenir des tons éblouissants et très-variés. M. Henri Hess, directeur de cet établissement royal, m'a dit qu'on y faisait usage de dix bleus différents, et de cent quarante à cent soixante couleurs.