TERRES COLORANTES DE SIENNE
Vers i5o2 Raphaël vint à Sienne pour aider Bernardino Pinturicchio; il y fit aussi le petit tableau représentant les Trois Grâces. Il s'inspira, pour l'agencement des figures, du groupe antique qui est placé au centre de îa bibliothèque, aujourd'hui la sacristie de la cathédrale. Je l'ai examiné avec la plus scrupuleuse attention à Londres en i83o, lors de la mort de sir Thomas Lawrence, premier peintre du roi d'Angleterre, qui en avait été le dernier possesseur. Ce tableau a été gravé par M. Forster. M. Gatteaux, membre de l'institut, en possède une copie très-exacte. Raphaël, dans son tableau de la Visitation du musée de Madrid, que j'ai gravé, a reproduit un groupe d'une
A L'OUVRAGE SUR RAPHAËL. k5 de ces dix grandes peintures de la bibliothèque de Sienne; cela ferait présumer que les cartons primitifs étaient exécutés par lui. (V. P. i5.) Il y a peu de fresques d'un ton aussi frais et aussi brillant; elles sont rehaussées par des dorures en relief appliquées aux draperies et aux différents accessoires, ce qui ajoute à leur éclat. Je n'ai jamais rien vu de plus séduisant. MM. Benvenuli et Camuccini, peintres italiens, prétendaient que celte parfaite conservation des couleurs était due à la nature des terres colorantes du pays. On voit que Pinturicchio a été doublement favorisé dans ce travail par Raphaël, son camarade d'étude, et par les couleurs qui ont conservé leur pureté. Ceci me rappelle que, dans ma jeunesse, un seigneur espagnol, grand amateur des arts, me parla d'une terre que l'on trouve en Espagne; il me dit que le célèbre Murillo(i) en avait fait un grand usage, et souvent sans mélange, pour peindre les chairs dans ses tableaux; que cette couleur avait la précieuse qualité de ne point changer. Il ajouta que l'autorité se réservait le droit d'en distribuer. Il eut l'extrême obligeance de m'en donner pour faire quelques petits essais; je l'employai à dessiner à l'aquarelle plusieurs tableaux de Raphaël, entre au-
(i)Murillo (Bartolomeo-Eslal>an),né à Séville en 1608, mort en 1683, en dictant son testament.
i6 APPENDICE très la Vierge dite au Linge, du musée du Louvre. Effectivement, cette couleur, sans aucun mélange, m'a donné le ton exact des lumières des chairs de tout l'enfant Jésus et de la tête de la Vierge. Elle n'a passé ni changé depuis un demi-siècle que ce dessin est fait(ï). Je possède une esquisse peinte de la première manière de Murillo , où l'on voit qu'il a usé et abusé de cette couleur. Le temps m'a donné la double preuve de tout ce que m'avait avancé cet amateur distingué au sujet de Murillo, et de l'utilité et de la bonté de celte terre.