‹ Appendice à l'ouvrage intitulé Histoire de la vie et des ouvrages de RaphaelChapitre 7 sur 33 · TABLEAUX DU MARIAGE DE LA VIERGE · texte numérisé non relu

TABLEAUX DU MARIAGE DE LA VIERGE

M. Quatremère était convaincu, depuis son dernier voyage en Italie, vers 1783, que le délicieux tableau du Mariage de la Vierge (Sposalizio), qui est à Bréra, musée de Milan, n'était pas original, et que c'était peut-être la seule copie que Raphaël eût exécutée. (V. P. tj.)11 m'avouait qu'il n'oserait jamais énoncer cette opinion, et encore moins l'écrire, avant davoir connaissance du tableau original. Le désir d'éclaircir ce point curieux dans

(1) Ce dessin de la Vierge dite au Linge est placé au palais de l'École des beaux-arts.

A L'OUVRAGE SUR RAPHAËL. 17 l'histoire des arts me fit faire des recherches à l'étranger et en France; ce n'est que depuis peu d'années que j'ai trouvé, dans le musée de la ville de Caen, le tableau original du Pérugin : même disposition de composition , même mouvement dans les figures que dans celui de Raphaël du musée de Milan. Ces deux tableaux, chacun incontestablement l'un du maître et l'autre de l'élève, offrent un fait bien singulier par leur similitude. L'œuvré du Pérugin est très-remarquable par sa belle éxecution; les figures y sont grandes, et le temple y tient une place moins importante que dans le tableau de Raphaël, où les figures sont plus petites. Lanzi dit que le tableau du Pérugin a été exécuté en 1 49^ pour l'autel de Saint-Joseph de la cathédrale de Pérouse. Cette date prouve qu'il a été fait avant celui de Raphaël, daté de i5o4- Raphaël entra à l'école du Pérugin vers 1 497? deux ans après que ce dernier eut exécuté le tableau du Mariage de la Vierge, qui fit alors beaucoup de bruit et fut fort admiré. Il est très-probable que Raphaël, qui n'avait alors que quinze à seize ans, dans l'idée d'appliquer les principes d'architecture et de perspective qu'il recevait journellement de son maître, choisit, comme programme et esquisse, le temple du tableau du Mariage de la Vierge, étudia, développa, dessina sur un grand panneau (à cette époque, en France, en Allemagne et en Italie, les ai -

18 APPENDICE listes peignaient presque toujours sur bois) ce monument, dont les premiers degrés sont de quelques pouces plus haut que les têtes des personnages qui occupent une place à part dans le bas de ce panneau. Rien n'a donc gêné Raphaël pour tracer son architecture et en faire une étude sérieuse ; ce qui le ferait croire, c'est le soin et le temps qu'il a employés à l'exécution de tous les détails de ce temple. Il aura probablement oublié ce panneau, et quelques années après, pour ne pas laisser perdre son travail, il l'aura terminé en i5o4- Pour moi, qui ai examiné les deux tableaux avec la plus grande attention, je suis convaincu que le tableau du Pérugin, du musée de Caen, a servi à Raphaël de programme pour le temple, et de modèle pour l'exécution des figures. L'appréciation que M. Quatremère a faite du tableau de Raphaël prouve la justesse de son goût et son sentiment exquis dans les arts. Je ne crois pas que l'on puisse en donner une plus grande preuve. Cet habile antiquaire avait vu, vers 1783, le tableau du Pérugin dans la cathédrale de Pérouse ; il ne se rappelait que les rapports de composition que ces deux ouvrages avaient entre eux. S'il avait pu comparer, en 182/1, l'estampe de Longhi, faite d'après le tableau de Milan, avec le tableau du musée de Caen, malgré quelques changements que Raphaël a faits , il aurait reconnu dans le tableau du Pérugin la

A L'OUVRAGE SUR RAPHAËL. 19 preuve qu'il désirait si ardemment trouver, sans avoir même besoin de recourir aux dates de ces deux ouvrages. Ce charmant tableau de Raphaël est très-pur et d'une parfaite conservation, ainsi que celui de Pierre Pérugin, qui a am,36 de haut sur im,86 de large. Ce tableau, peint sur bois, est resté à la cathédrale de Pérouse jusqu'en 1799, époque à laquelle les Français l'ont apporté en France. C'est dans ce musée de Milan que se trouve le tableau représentant l'Annonciation, peint par Giovanni Sanzio, père de Raphaël.

Le Dôme de la ville de Milan possède un monument précieux qui était resté ignoré, je crois, jusqu'au moment où un hasard, en 18 18, me h fil découvrir; c'est un médaillon en marbre qui représente une belle tête de profil, coiffée d'un bonnet qui rappelle celui que l'on portait en Italie au xve siècle. La position de ce médaillon Lavait soustrait jusqu a présent, peut-être, au regard de tous les visiteurs. Il est incrusté, en effet, au bas d'un mur d'appui de même marbre dans un couloir à ciel ouvert qui n'a pas deux pieds de large, et dans le haut d'une des flèches de cette cathédrale. Quoique le défaut de clarté m'ait malheureusement empêché de bien lire l'inscription qui l'entoure, il m'a semblé voir écrit le nom de Jean-Antoine Tloinodeus. On trouve, en effet, mentionnée dans Muratori une famille de ce nom à Milan, au xinr et au

2o APPENDICE xive siècle. Mais la qualification qui suit ce nom est plus incertaine; je crois que Ton a écrit Venerabilis fabrice Miles architectus, à moins que l'abréviation que je traduis par Miles ne soit celle de la ville de Milan elle-même, Mediolanensis (de Milan). Je ne saurais décider. Toutefois la qualification d'architecte donnée à notre personnage pourrait nous faire croire que nous avons ici les traits de l'architecte du Dôme de Milan, dont le nom était resté jusqu'à présent fort incertain. Il existe, en effet, diverses opinions sur l'auteur de cette cathédrale. Si c'est à Homodeus que revient la gloire d'avoir élevé ce magnifique édifice, les Milanais peuvent justement contester aux Allemands l'introduction du style ogival parmi eux.

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