‹ Appendice au mémoire sur la prétention du Séminaire du Québec à une endemnité monétaire sur la province ecclésiastique de Montréal [microforme]Chapitre 4 sur 8 · VII · texte numérisé non relu

VII

Rome, 20 décembre 1894.

Son Eminence le Cardinal Ledochowski, |

Préfet de la Sacrée Congrégation de la Propagande.

Eminentissime Seigneur,

Après ce que Votre Eminence m'a dit, je ne puis ni ne veux insister.

Persoune, plus que les Evéques de la Province de Montréal et leur délégué, n'est pénétré de respect et de déférence pour les décrets, les décisions et les désirs du Saint-Siège.

Veuillez croire aussi, Emiuence, que, moi pour un, dans le règle-

ment de ces malheureuies difficultés universitaires qui régnaient

depuis trente ans au Canada, j'ai été un agent de modération et de paix.

J'ai voulu en donner une preuve nouvelle, le 14 de ce mois, en écrivant à Votre Eminence :

“ De plus, j'aurais à lui exposer, comme représentant des Evé- “ ques de la Province de Montréal, un moyen de solution qui pourrait, “ peut-être, concilier tous les intérèts, sans toucher en rien aux ter- “ mes de l'Indult ni blesser aucun droit. .

Aujourd'hui, je demande qu’il me soit permis de faire, par écrit, cet exposé en peu de mots. Voici:

Considérant : 1.0 les besoins pressants, où se trouve le siège Montréalais de l'Université Laval, en face de deux Universités protestantes dont l’une est très florissante; 2.° /es lourdes charges, que les Evèques de la Province Ecclésiastique de Montréal ont cru devoir prendre sur eux, dans les intéréts de l'Université, malgré l'exiguité bien connue de leurs revenus; 3.° le danger imminent qu'il y a, si les entreprises commencées, — nécessaires et indispensables, — ne sont pas conduites à bonne fin, de voir se dissiper et périr. ou du moins s'affaiblir grandement, les salutaires effets de la Constitution Jam dudum de Notre Très-Saint-Pere le Pape Léon XIIT, laquelle a été, en ces derniers temps, le salut de l'Université Laval : toutes raisons, données dans le Mémoire des Evèques de la Province ecclésiastique de Montréal, en date du 2S août de cette année, mémoire que Votre Eminence »# par devers Elle;

Pour ces considérations, dis-Je, n'y aurait-il pas moyen d'amener, gracieusement, le Séminaire de Québec à laisser aux Evèques de la Province Ecclésiastique de Montréal, pour les frais d’administretion de l'Université Laval à Montréal, la retenue sur les honoraires de messes de la Province de Montréal, avec l'entente, par exemple, que le Saint-Siège (Il s'est montré envers notre Université jusqu'ici d'une bienveillance telle, qu'elle m'enhardit) lui continuerait la faveur de son Indult sur la province de Québec, disons, encore pendant cinq ans, pendant dix ans... ?

De cette sorte, le Séminaire de Québec ne perdrait rien, et les Evèques de la Province de Montréal seraient tirés d'une impasse pénible, si pénible qu'ils ont pris le parti d'envoyer à Rome un délégué pour le faire connaitre dans toute son étendue.

Ce que j'ose demander actuellement, en toute humilité, comme en toute confiance, Eminentissime Seigneur, est seulement s'il ne serait pas possible d'étudier cette proposition, qui me parait conciliante et modérée autant qu'avantageuse pour les deux partis intéressés; et, comme je ne prétends pas qu'on s'en rapporte à mes affirmations

pures et simples, je ne désire aucunement qu'on en vienne à une

SRE TE Dane

décision, avant que je n'aie, à l'appui de ma suggestion, démontré, pièces en main:

1.° Que les circonstances ont bien changé dans l'administration financière de l'Université Laval à Montréal, depuis le 5 de mai 1889;

2.° Que la constitution de l'Université Laval à Montréal, dans les modifications que les nécessités de temps et de lieu ont apportées, est tout aussi catholique que la constitution de l'Université Laval à Québec.

Je termine, en remerciant de tout coeur Votre Eminence des facilités qu'Elle me donne pour La rencontrer; je profiterai de la nouvelle audience qu'Elle veut bien m'accorder, aussitôt que le mémoire qu'Elle m'a démandé sera entièrement, ou presque entièrement, terminé.

Je demeure, dans les sentiments du respect le plus profond et de la vénération la plus haute,

De Votre Eminence, Eminentissime Seigneur,

Le très humble et très ohéissant Serviteur.

J. B. Prouix pre Vice-Recteur.

Rome, 10 janvier 1895.

Son Eminence le Cardinal Ledochowski, Préfet de la S. Cong. de la Propagande.

Eminentissime Seigneur,

Je viens m'excuser de ce que je retarde quelque peu à remettre à Votre Eminence les notes qu'Elle m'a demandées dans la seconde partie du mois dernier; mais, comme la question que je me trouve à avoir tout à coup à traiter est Æ@ussi délicate qu'importante, j'ai voulu, avant d'en livrer l'exposé définitif, m'assurer, sur certains points, de l'opinion, juste et précise, des Révérendissimes Evèques qui m'ont délégué à Rome: ce‘te opinion, maintenant, ne peut tarder à m'ar-

river.

En attendant, je prie Votre Eminence, Eminentissime Seigneur, de vouloir bien recevoir avec faveur le petit travail ci-joint, que j'ai intitulé * Remarque Importante. , Les matériaux en avaient été pré-

Lépar

parés en même temps que je travaillais au Mémoire que j'eus l'honneur de passer à Votre Eminence le 10 de décembre; mais, alors, je u'eus pas le temps d'y mettre la dernière main.

La conclusion de cette “ Remarque ,, comme Votre Eminence pourra le constater, ne tend pas à demander un changement dans les termes de l'Indult renouvelé le 29 avril 1894, mais bien à appuyer la suggestion que je me permettais, avec son bienveillant agrément, de faire à Votre Eminence dans mu lettre en date du 20 de décembre, à savoir * s'il n'y aurait pas moyen d'amener, gracieusement, le Séminaire de Québec à abandonner aux Evèques de la Provincie Ecclésiastique de Montréal, pour les frais d'administration de l’Université Laval à Montréal, la retenue sur les honoraires de messes de la Province de Montréal ,, en supposant qu'il serait assuré par le Saint- Siège au Séminaire de Québec une prolongation de l'Indult actuel, ou qu'il lui serait accordé un nouvel Indult, lui permettant de retenir cinq sous de plus sur les honoraires de messes de la Province ecclésiastique de Québec, comme la chose aujourd'hui se pratique dans la Province de Montréal.

Cet acte de gracieuseté, outre qu'il favoriserait les intéréts de l'Université à Montréal, les intérêts de l'autorité épiscopale et les intérêts du respect dû aux décrets romains (je me sers des termes employés par les Evêques de la Province de Montréal: dans leur mémoire du 28 août 1594), cet acte de gracieuseté, dis-je, en outre de tous ces avantages, bénéficierait aussi grandement au Siminaire de Québec lui-même.

1.° En effet, le Séminaire, loin de perdre sous le rapport monétaire, y gagnerait.

2.° Il y gagnerait, de plus, en paraissant être bienveillant envers le siège Montréaluis de l'Université, ne mettant pas d'obstacle à ce qu'il soit traité, sous ce rapport, comme le siège Québecquois.

3.° IT gagneruit, en facilitant, de son côté, l'affermissement de la paix, et l'apaisement des vieilles défiances du passé.

4° Il y gagnerait, enfin, en ne créant pas, par le désappointement, dans l'esprit d'évêques vénérables un sentiment pénible, en ne réveillant pas chez un trop grand nombre de laïques des griefs assoupis, en ne prètant pas flanc, dans le public, à des soupçons mal fondés, j'aime à le croire, mais toujours préjudiciables, allant à insinuer que ce n'est pas tant le désir d'avoir de l'argent que poursuit le Séminaire de Québec que le fait que l'Université Laval à Montréal

n'en ait point,

De cette sorte, le Séminaire de Québec cédant gracieusement moyennant compensation, les deux partis seraient gagnants ; c'est ce que j'avais en vue, lorsque, dès ma première parole écrite, je dis en tête, de mon mémoire: “ Je viens, au nom de Nos Seigneurs les Ar- “ chevèêque et Evèques de la Province ecclésiastique de Montréal, “ exposer notre doute, donner les raisons qui le motivent, et en cher- “ cher la solution auprès de Notre Père commun, espérant qu'elle sera * également salutaire et pour Québec et pour Montréal. ,

Espérant donc, pour amener cette solution salutaire, en la haute sagesse et en ia bienveillance connue de Votre Eminence, je m'en souscris, dans les sentiments du plus profond respect et de la vénération la plus sincère,

Eminentissime Seigneur,

Le très humble et très obéissant serviteur, J. B. Proux ptre. Vice-Rect.

Rome, 17 janvier 1595.

Son Eminence le Cardinal Ledochowski, Préfet de la $S. Cong. de la Propagande.

Eminentissime Seigneur,

Pour complaire au désir de Mgr Paul LaRocque, évèque de Sherbrooke, je me fais un devoir de donner avis à Votre Eminence que Sa Grandeur a quitté l'Amérique en route pour la Ville Eternelle le 29 décembre dernier, qu'elle est débarquée au Havre le 6 de janvier, qu'elle croyait alors pouvoir arriver à Rome le 10, mais qu'elle se trouve maintenant arrêtée à Paris, retenue à sa chambre par une indisposition assez grave, suice des fatigues éprouvées pendant la traversée, Elle se propose de continuer son voyage, :ussitôt que le médecin le lui permettra.

De plus, Mgr l'évêque de Sherbrooke me prie de dire à Votre Eminence que, ne devant d’abord faire sa visite 44 limina que dans

le courant de l'été prochain, il à avancé tout-h-coup son départ, sur la demande de Mgr l'Archevèque de Montréal et de ses Révérendissimes Sufiragants, pour venir soutenir, devant Votre Eminence, la

aires

cause dont j'ai été chargé. Les Evèques de la Province de Montréal considèrent que les besoins de la circonstance sont tels, qu'il est de leur devoir, pour les exposer avec plus d'autorité, de déléguer sans | retard un de leurs collègues auprès du Saint-Siège.

Car, dans l'occurrence présente, les Evèques de la Province de Montréal, entre autres dangers, voient surtout celui-ci, que la bienfaisante Constitution Jamdudum, donnée par Notre Très Saint Père | le Pape le 2 février 1889, n'éprouve un échec pénible, malheur qu'ils | voudraient prévenir à tout prix.

C'est pourquoi, dans une lettre qu'ils écrivaient au Saint Père, | le 28 d'août dernier, il est dit que les bienfaits et les avantages d'un prix inestimable, dus en principe à la Constitution * Jamdudum ,, viennent d'être mis en péril.

C'est pourquoi aussi, dans une autre lettre écrite le même jour à Votre Eminence, Eminentissime Seigneur, ils déclaraient qu'un coup sévère a été porté au décret papal, ajoutant: “ Nous espérons qu'il sera facile à Votre Eminence de rendre justice aux intérêts de Montréal en péril, sans léser ceux de Québec. ,

Ces deux lettres n'ont pas été expédices dans le temps, parce que, quelques jours plus tard, les susdits Seigneurs Evêques décidèrent d'envoyer leur Mémoire à Rome, non par le service de la poste, mais par le ministère d’un délégué «d hoc. Pour la plus grande information de Votre Eminence, j'inclus, sous ce pli, ces deux pièces importantes, signées de la main même de tous les Evèques de la Province ecclésiastique de Montréal.

Je termine, en répétant avec les Illustrissimes personnages que je représente, que, vu notre désir d'une solution pacifique et gracieuse, “ j'ai la confiance que Votre Eminence saura bien trouver une solution conforme à la justice et à nos besoins. , — Je demeure, dans les sentiments du plus profond respect et de la plus haute vénération,

De Votre Eminence, Eminentissime Seigneur,

Le tres humble et très obéissant serviteur J. B. Prouix ptre, Vice-Rect.

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A Sa SatETÉ Léon XIII.

Très Saint-Père,

Prosternés humblement aux pieds de Votre Sainteté, les Archevèque et Evèques de la Province ecclésiastique de Montréal, soussignés, la prient de leur permettre d'exprimer ce qui suit:

La Constitution Jam dudum, donnée par Votre Sainteté le 2 février 1S89, a été le salut de l'Université Laval à Montréal. Elle nous a permis de pacifier les esprits divisés par de trop longues dissensions, d'unir les deux Ecoles de médecine rivales, d'obtenir des Pouvoirs publics une législation conforme aux prescriptions des décrets romains, de rallier les sympathies de tous les hommes de bonne volonté autour de l'oeuvre universitaire, d'attirer des dons à une institution qui jusque là n'avait eu que des dettes, de commencer la construction d'une bâtisse convenable, devenue absolument nécessaire,

Or voici que tous ces bienfaits et ces avantages, d'un prix inestimable, dus en principe à la Constitution Jam dudum, viennent d'ètre mis en péril par un événement inattendu, par une interprétation que l'Archevèque de Québec donne au renouvellement, tait le 29 avril 1894, de l’Indult du 5 mai 1889.

Cette interprétation, si elle était acceptée, nous créerait devant nos diocésains une position humiliante, embarrassante, tout-àh-fait pémble; elle réveillerait chez les uns les anciens murmures, les récriminations, les germes de divisions; elle ralentirait le zèle des autres, et diminuerait la source des dons; nos petits radicaux en profiteraient pour augmenter leurs chances d’une Université laïque, en dehors de tout contrôle religieux, ce qui serait le plus grand malheur qui pourrait arriver à notre pays.

Nous avons expliqué plus au long toutes ces choses dans un mémoire que nous envoyons au Préfet de la Sacrée Congrégation de la Propagande, avec renfort de preuves et de pièces jnstificatives: mais Votre Sainteté a fait tant de bien à notre Université Catholique, Elle lui porte un si vif intérêt, que nous avons cru ne pas manquer à la convenance en Lui envoyant une copie de ce mémoire, et en

La priant de vouloir bien ordonner qu'il ne soit rien fait qui puisse blesser la paix dont nous jouissons présentement, et le développement si consolant de l'Université Laval à Montréal.

Nous supplions Votre Sainteté de nous bénir, et de croire aux sentiments de profonde vénération de ceux qui se souscrivent,

De Votre Sainteté Montréal, 28 Août 1894.

Les fils très soumis et très dévoués,.

Evouaro Ch., Arch. de Montréal.

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