INTERPRÉTATION DES RÉSULTATS
Essayons de dégager de cette étude des conclusions et demandons-nous ce que vaut cette nouvelle thérapeutique des cirrhoses hépatiques.
Un fait nous frappe d’abord en lisant les diverses observations que nous avons pu recueillir dans la littérature, c’est que d’une part, les premiers ne rendaient compte que de succès. Cependant MARCHAND note dans son premier cas, que la diathermie n’a fait que ralentir la formation de l’ascite, et la doctoresse TACONO sur quatre malades traités, a eu deux échecs complets. PAGNIEZ à qui nous devons l’observation
princeps, écrivait dans la Presse médicale du 13 janvier 1932 : ( la méthode en question ne saurait être considérée comme devant donner des résultats dans toutes les cirrhoses, car dans plusieurs cas où j'ai eu l’occasion de l'essayer depuis mes premières tentatives, le résultat obtenu a été nul ».
D'autre part, en parcourant les observations suivantes, nous sommes étonnés du peu de succès obtenu. En effet, OLMER et MINGARDON n’ont que deux résultats favorables sur huit cas traités. CARRIÈRE et MaR- TIN ont six observations où la méthode a compiètement échoué; deux où elle a donné des résultats partiels et non durables, enfin deux où elle a eu une influence heureuse.
Faut-il alors conclure à une simple coïncidence, le traitement ayant réussi dans des cas spontanément curables ? Il existe, en effet, des ascites cirrhotiques qui sont susceptibles de s’améliorer beaucoup et même certaines peuvent guérir sous l'influence d’un traitement purement médical. Nous savons aussi que la cirrhose hépatique ne doît pas toujours être considérée comme progressive et ne doît pas aboutir fatalement à une mort plus ou moins lointaine. On en rapporte depuis quelques années de nombreuses communications et FISSENGER en cite quatorze cas. (Annales de médecine, 1926.)
D'autre part, la diathermie n’a presque jamais été employée seule. Souvent, au contraire, les auteurs l’associaient aux diurétiques et aux extraits hépatiques.
Faut-il alors conclure comme MINGARDON. (Contribution à l'étude de la diathermie hépatique dans le traitement des cirrhoses du foie. Thèse Marseille, 1934) : « Et dès lors, on est en droit de se demander quelle a été la part de la diathermie dans les améliorations et les guérisons des cirrhoses du foie soumises à cette thérapeutique. Enfin l'influence du repos, du régime, de la suppression de l'alcool, peut à elle seule, expliquer certaines améliorations.
« Il est délicat d'aller encore plus loin dans nos conclusions, mais dans nos observations, on est forcément frappé par l’évolution maligne et rapide de cinq cas de nos cirrhoses et l’on est en droit de se demander si l’action de la diathermie n’est pour rien dans la rapidité de cette évolution ».
Nous ne le croyons pas. Si l’on se rapporte au tableau que nous avons dressé, on voit immédiatement que la diathermie a toujours eu une influence heureuse dans les cas de cirrhose hypertrophique et souvent de bons résultats dans les cirrhoses atrophiques à condition que le traitement soit appliqué dès le début de l’évolution. C’est pourquoi dans ce tableau, nous avons relevé combien de temps s’était écoulé entre le début des symptômes et l'application de la diathermie.
En le consultant, nous pouvons voir que sur les huit malades d'OLMER et MINGARDON, cinq avaient une cirrhose atrophique à allure particulièrement grave, puisque deux d’entre eux n’eurent que deux séances de diathermie, un autre cinq, un autre sept.
Quant aux malades traités par CARRIÈRE et MAR- TIN, six d’entre eux, qui avaient une cirrhose atro-
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phique, étaient arrivés à un stade très avancé de l’évolution de leur maladie. Chez un autre, la diurèse qui était très faible, n’était pas influencée par les diurétiques ou les cardiotoniques; seule la diathermie a permis de la rétablir. Ce succès ne s’est pas maintenu, c'est certain, mais l'influence de la diathermie n’est pas ici discutable et son action sur la diurèse est à retenir.
L'observation de BAR1ÉTY est un exemple typique d'amélioration par la diathermie : sa malade a subi du 18 janvier 1932 au 18 mars 1033, vingt-deux ponctions. À ce moment, il commence la diathermie jusqu’au 10 octobre. Pendant ce temps, deux ponctions sont nécessaires et depuis, cette cirrhotique, qui n’a plus eu besoin d’une seule ponction, voit son état général grandement aïnélioré.
Enfin, nous-mêmes, dans Îles observations que nous rapportons, montrons la nette influence de la diathermie sur l’évolution de la cirrhose. Cependant dans notre observation IT, l’état général n’a pas été influencé par le traitement, mais l’ascite se reproduisit en quantité moindre et d’une façon plus lente.
Il est certain que nous devons garder une certaine prudence dans l'interprétation des résultats favorables, du fait des ascites spontanément curables. Cependant, comme l’écrivent CARRIÈRE et MARTIN : « Il paraît logique de faire bénéficier de cette méthode tous les cirrhotiques, mais particulièrement les cas au début de leur évolution, ainsi que les formes hypertrophiques ». (CARRIÈRE et MARTIN. Annales de l’Académie de Médecine, 27 mars 1934.)
De même, le docteur HUET croit qu’il est important de faire une sélection entre les cirrhoses hypertrophiques et les cirrhoses atrophiques. Dans les premières, le succès semble assuré. Dans les deuxièmes, l'élément anatomique scléreux ne semble pas pouvoir être modifé par l’action décongestionnante de la diathermie.
La stimulation de l’émonctoire rénal et la chasse urinaire qui résulte de l’application diathermique, peuvent au imoins entrainer l’amélioration de certains symptômes (météorisme, ascite, œdèmes), même si l’action sclérolytique au niveau du foie n’est pas certaine. Dans les observations relatées, nous avons pu voir que cette amélioration est hâtée dès que la diurèse s’installe. Quant à nous, nous croyons que l’efficacité du traitement est liée à l’état fonctionnel de la cellule hépatique. Si cette dernière est profondément touchée, le résultat sera nul. Par contre, si elle est susceptible de réagir à l'incitation donnée par la diathermie, le résultat pourra être bon. C’est une règle générale de thérapeutique. Si par cette méthode, nous! pouvons retarder l’échéance des paracentèses, ce sera faire œuvre utile. Nous connaissons, en effet, les graves inconvénients des ponctions péritonéales :
— [La cachexie séreuse.
— La reformation rapide de l’épanchement aux dépens des œdèmes périphériques.
(MM. VILLARET et BERNARD.) et les dangers qu’elles peuvent entraîner :
— Infections secondaires.
— Îrritation mécanique de la séreuse dont témoignent les modifications physicochimiques du liquide retiré et qui peuvent augmenter beaucoup la reproduction de l’ascite.
— Enfin des hémorragies par décompression trop rapide.
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