CONCLUSIONS
Voici les principales conclusions que l’on peut tirer de ce travail :
[.— En appliquant la méthode biochimique de M. Bourquecor à la racine fraîche de Gentiane, on est arrivé à constater que, dans l'extrait soluble dans l’éther acétique, il n’existe qu’un seul glucoside hydrolysable par l’émulsine, la gentiopicrine. La gentiamarine, glucoside amorphe découvert par M, G. Tanrer à côté de la gentiopicrine, n'existe pas dans la racine fraiche. C’est au cours du traitement que cet auteur fait subir à la Gentiane fraîche pour en préparer l'extrait alcoolique que la gentiamarine se forme aux dépens d’une certaine proportion de gentiopicrine, sous l’action des ferments contenus dans la racine.
La racine fraîche de Gentiane renferme toujours au moins 2 pour 100 de gentiopicrine.
IT. — On peut facilement obtenir une racine de Gentiane sèche renfermant de 5 à 7 pour 100 de gentiopicrine, suivant l'époque de la récolte ; il suffit pour cela d'opérer la dessiccation à l'air et de ne pas provoquer la fermentation des racines.
La coloration rouge de la racine de Gentiane, telle qu'on la trouve en droguerie, n’est pas indice de bonne dessiceation; au contraire, elle prouve que la racine a subi une altération profonde, et que la majorité des principes immédiats ont été détruits.
Une racine de Gentiane desséchée de façon normale présente une cassure d’un blanc jaunâtre et l’on devrait rejeter, comme
altérées, les racines présentant la coloration rougeâtre que l’on exige à l’heure actuelle.
II. — Avec une racine de Gentiane séchée à l’air sans fermentation, il est possible d'obtenir des préparations galéniques qui, toutes, renferment une quantité notable de gentiopicrine, et qui, par conséquent, au point de vue thérapeutique, seraient plus actives, ou bien auraient des propriétés différentes de celles des préparations officinales actuelles qui n'en renferment pas.
«).— La poudre est jaunâtre et dégage une odeur rappelant à la fois celle de la Réglisse et celle de la Gentiane. Elle est susceptible de se conserver pendant 18 mois sans subir d’altération; elle pourrait donc remplacer la poudre de Gentiane des pharmacies.
B).— La teinture préparée par macération avec l'alcool à 60° ne contient pour ainsi dire plus de gentiopicrine. Ce principe a été hydrolysé au cours de la macération mème par l’émulsine qui existe dans la racine de Gentiane.
Dans la teinture préparée en faisant tomber la poudre dans l'alcool à 60°, bouillant, il y a encore 1 pour 100 de gentiopicrine.
Sans intervention de la chaleur, on peut obtenir des teintures de Gentiane qui renferment environ 0,8 pour 100 de glucoside: par macération, avec l'alcool à 95°, ou bien, en conservant l’alcool à 60°, mais en remplaçant la macération par la lixiviation.
0.— L'extrait préparé par macération dans l’eau suivant les indications du Codex de 1908 est presque privé de gentiopicrine. [l y a eu, pendant la macération, hydrolyse de 85,58 pour 100 de ce principe.
En préparant un extrait alcoolique par lixiviation, on obtient, par contre, un produit contenant plus de 8 pour 100 de gentiopicrine.
d).— Le vin préparé par 2 macérations successives ne renferme plus de gentiopicrine: ce glucoside a été hydrolysé pendant la préparation. En remplaçant la macération de 2 jours dans l'al-
cool par une ébullition à reflux de 20 minutes, il est probable que l’on obtiendrait un vin dans lequel on retrouverait les principes immédiats de la racine.
<) Le sirop, préparé par infusion, contient encore de la gentiopicrine: une certaine quantité de ce glucoside n'étant pas hydrolysée par suite de la destruction partielle des ferments.
IV. — J'ai donné un essai des préparations de Gentiane, qui peut servir de dosage de la gentiopicrine. C’est essai est, en somme, une application de la méthode biochimique. Pour le faire, on opère sur de faibles quantités de matière première : 10 gr. de poudre, 5 gr. d'extrait, 50 cm de teinture, et pour favoir seulement une indication très précise sur la présence de la gentiopicrine dans la préparation essayée, il suffit de 24 heures.
Un pareil essai pourrait fort bien figurer dans les Pharma: copées.
V. — S'il était établi que la valeur de la racine de Gentiane dépend de sa teneur en gentiopicrine, ce qui est vraisemblable, d’après les recherches de M. G. Tanrer, il serait à souhaiter de voir notre Pharmacopée officielle exiger, comme produit officinal, une racine de Gentiane non fermentée, à cassure blanc jaunätre, et non rougeâtre : toutes les racines à teinte rougeâtre devant être rejetées comme altérées.
On a vu qu'avec une telle matière première, en changeant le mode opératoire employé pour la préparation de la teinture, de l'extrait et du vin, on obtient des préparations officinales de Gentiane qui renferment environ les deux tiers du principe actif de la drogue fraîche.
Vu, bon à imprimer : Vu :
Le Président le Thèse, Le Directeur de l'Ecole : Em. BOURQUELOT. H. GAUTIER.
Vu et permis d'imprimer :
Le Vice-Recteur de l'Académie de Paris :