M. DCCC. XXVII
AVERTISSEMENT
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M. Thibault, professeur de Perspective à lecole royale des Beaux- Arts depuis l’année 1859 (1), avait recueilli avec le plus grand soin tout ce qui pouvait l’aider à remplir dignement une place aussi importante, et il était parvenu à rendre faciles et familières aux élèves de cette école, la pratique et Papplication d’une science si nécessaire à la perfection des arts auxquels ils se destinaient.
Constamment occupé à développer les elemens de son cours, il avait fini par en former un corps d’ouvrage.
Déjà une partie des planches les plus intéressantes était gravée, lorsque la mort vint interrompre un travail impatiemment attendu par tous les amis des Arts.
La famille de cet habile professeur a regardé comme un devoir de faire jouir le public du fruit de ses savantes études; elle a bien voulu
(1) A partir de cette époque, les méthodes de M. Thibault ont été rendues publiques
par ses cours.
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me confier le soin de mettre au jour son ouvrage. Ce choix lui avait été indiqué par les marques d’estime et d’amitié dont M. Thibault m’avait souvent honoré.
Je ne me suis pas dissimulé que cette tâche était au-dessus de mes forces, et qu’on eût pu sans peine trouver un plus digne interprète des pensées d’un Maître aussi distingué ; mais le travail dont on voulait bien me charger m’était trop agréable pour que je pusse ne pas l’accepter.
Le cours de M. Thibault se composait de seize leçons; j’ai régularisé la classification des matières, et j’en ai formé douze chapitres non compris le précis historique qui sert d introduction.
J’ai évité de rien changer à la manière dont l’Auteur expose et développe ses propositions; mais, comme il donnait les résultats de ses opérations sans indiquer les principes sur lesquels ils étaient fondés , j’ai ajouté quelques notes et rattaché plusieurs passages aux élémens de Géométrie, afin de prouver que les méthodes dont l’Auteur se sert peuvent être démontrées rigoureusement.
M. Thibault voyait avec un vif regret qu’assez ordinairement les Peintres négligeaient la Perspective. Persuadé que leur éloignement pour cette science ne provenait que des difficultés qu’ils rencontraient dans les livres qui en ont traité jusqu’ici , il résolut de la dépouiller de tout ce qui pouvait rebuter l’imagination vive et impatiente des Artistes.
L’exécution de ce projet fut d’autant plus facile à M. Thibault qu’il réunissait au plus haut degré les talens du Peintre et de l’ Architecte, et que l’étude de la Perspective faisait ses délices; elle était encore la principale occupation et le charme de ses dernières années.
U ne recherchait pas la solution des problèmes qui n’ont d’autre motif que de satisfaire une vaine curiosité.
Ses propositions tendaient toutes vers un but utile.
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Les exemples qu’il offrait aux élèves étaient dessinés avec du crayon blanc sur des tableaux noirs ; ils représentaient des sites ornés des plus belles fabriques et des monumens les plus remarquables de l’Italie, (i)
Ces modèles de goût et de grâces attiraient la foule à ses cours, et l’on y voyait souvent nos plus célèbres Artistes.
« Le plus savant traité de Perspective , me disait-il, ne pourra être utile « aux peintres, si les problèmes ne sont immédiatement appliqués à des « objets qui leur soient familiers.
« En jetant un seul coup- d’oeil sur un exemple figuré, ils en appren- « dront davantage que par la plus élégante description et par la démon- « stration la plus rigoureuse.
« C’est aux yeux qu’il faut parler, lorsqu’il s’agit d’objets que la vue « doit juger.
« Les tableaux de Raphaël, du Dominiquin, du Poussin, de Lesueur, « etc. , sont d’excellens traités de Perspective. »
C’est en faisant l’analyse des tableaux de ces grands maîtres, qu’il initiait les élèves, dès les premières leçons, dans les secrets de la Perspective.
Ils apprenaient à placer convenablement le Point principal .
Ils appréciaient les effets de la Distance , qui influe tellement sur les objets dessinés, quelle peut les rendre difformes, comme dans un grand nombre de tableaux et de gravures, ou d’un aspect agréable comme la nature nous les présente toujours.
Ils voyaient de quelle importance était X horizon du tableau. Ainsi , dans les huit grands paysages du Poussin, tout parait grandiose, les
(i) L’École royale des Beaux-Arts possède une grande partie de ces exemples; M. Thibault ayant heureusement cédé, à son dernier cours , aux instances des Artistes , en traçant ses dessins en blanc à l’huile sur des toiles noires.
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monumens, les arbres, les personnages 5 et lune des causes de cet effet vient du juste rapport qui existe entre l’horizon et le pied de chaque objet.
D’après cet exposé, on voit que l’on trouvera ici des exemples tirés des vues d’Italie , et les solutions des problèmes de Perspective de l’utilité la plus générale. Ces solutions claires et simples seront à la portée de ceux même qui n’ont aucune notion de géométrie.
Les méthodes que l’on emploie seront aussi d’un grand avantage pour ceux à qui la géométrie est familière, parce qu’au moyen de cette science ils pourront les appliquer à la solution des problèmes les plus compliqués.
On regrettera sans doute avec moi que M. Thibault n’ait pu lui-même publier son livre. Mais j’ose compter sur l’indulgence des lecteurs et particulièrement des Artistes, n’ayant consulté que le désir de leur être utile.
Trop heureux si, par ce faible témoignage de sa reconnaissance, l’élève peut contribuer à faire honorer et chérir la mémoire de son Maitre.