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CHAPITRE DIXIEME

remplit à-peu-près; par ce moyen, un peintre pourra composer à son gré et dessiner l’ensemble et les détails d’une décoration, et, sur ce dessin même, en établir les dimensions pour les donner à ceux qu’il chargera de l’exécuter et de la mettre au théâtre, sous sa direction.

Dans nos recherches sur l’origine de la Perspective , nous avons trouve que ses premiers essais connus furent des décorations scéniques, (i)

Nous ne suivrons pas les progrès de la perspective théâtrale chez les anciens Grecs ni chez les anciens Romains jusqu’à la décadence des beaux-arts ; mais nous parcourrons très rapidement les traces que cet art a suivies depuis sa renaissance chez

les modernes, pour arriver jusqu’à nous.

Ce fut vers l’an iooo, que Balthazar Perruzzi, de Sienne, peintre et architecte,

en fut le restaurateur.

Vasari vante une scène de comedie si magnifiquement decoiee, qu on ne pouvait, dit-il, rien imaginer de plus beau. Il loue encore deux autres scènes, decoiees par le même Balthazar, du temps de Léon X; elles ouvrirent, dit-il, le chemin à tous ceux qui, depuis, s’adonnèrent à ce genre de peinture. Perruzzi avait l’art de faire paraître un grand nombre d’objets variés dans un espace très resserré: on y voyait à-la-fois de grandes rues, de vastes places, des temples, des palais, des loges, etc.

Plusieurs peintres habiles lui succédèrent dans cette carrière . leu 1 s noms nous sont parvenus, et la gravure nous a même conservé quelques-uns de leurs ouvrages. Parmi ces peintres, qui ornèrent la scène moderne, on a distingue Gnol.imo Genga, Balthazar Lanci ; Aristotile de Sangallo ; Pompeo Pedemonte, homme ingénieux qui imagina un moyen de faire accorder les peintures des murs du theatre avec les fabriques de la scène, qui alors étaient en relief; Giulio Parigi, dont Callot a giave des ouvrages ; Giacomo lorelh , inventeur des machines qui font mouvoir et changer à vue une scene entière. Ces machines, encore en usage aujouidhui,

furent exécutées pour Ici première fois^ ci Paris ^ au tlieatre du Petit-Boui bon. Le grand Corneille fit l’éloge de Torelli au sujet des décorations d’Andromède ; Israël Sylvestre grava, d’après le même dorelli, les décorations qu il aAait faites pour le ballet de Tliétis et Pélée.

Jusqu’alors tous les objets qui ornaient la scène étaient représentés de face ou de front, et l’un des cotés du théâtre ressemblait presque toujours à l’autre ('ôté.

(i) Horace, Art poét. , v. 272; et Yitruve, Prèf. du liv. vu, nous apprennent qu’Eschyle , le poète tragique , fut le premier qui fit construire un théâtre solide et qui le fit orner ( par Agatharque) de peintures convenables aux sujets qu’il y faisait représenter.

Sophocle perfectionna les décorations théâtrales.

PERSPECTIVE THEATRALE

Ferdinando Galli Bibiena, de Bologne, fut le premier qui représenta, au théâtre, des édifices vus obliquement, ce qui produisit des effets plus pittoresques et plus variés.

Joseph Galli Bibiena, 1 un des fils de Ferdinand, publia un recueil de décorations qu il avait exécutées dans le Palatinat.

Servandoni, l’architecte du portail de Saint-Sulpice , à Paris, établit, au château des Tuileries, un théâtre, dit des Machines , sur lequel il lit représenter un spectacle d’un genre alors nouveau, qu’il orna de décorations dont l’effet était admirable.

On distingua ensuite Brunetti, qui peignit, pour le Théâtre-Français, la belle décoration de la tragédie du Siège de Calais , et, après lui, les frères Gagliari firent pour l’Opéra-B uffa , nouvellement établi à Paris, une décoration représentant une galerie , dont l’effet et le grandiose étaient prodigieux.

Enfin Degotti , leur élève, dont la perte est encore récente.

11 ne faut pas s’étonner si les Italiens ont précédé et surpassé leurs voisins par la richesse de leurs décorations théâtrales. L’Italie, que la nature a pris plaisir à embellir, qui présente les sites les plus variés et les plus pittoresques, est encore ornée des édifices et des monumens les plus somptueux: une simple imitation de ces objets au théâtre n’aurait pu suffire pour frapper les yeux de spectateurs accoutumés à voir journellement ces merveilles ; les peintres durent s’efforcer de leur offrir des choses nouvelles et extraordinaires pour leur plaire: ils ont souvent réussi , et même si la convenance et ce qu’on appelle le costume accompagnaient le grandiose et la richesse que l’on admire toujours dans leurs décorations , ils auraient peut-être atteint la perfection de ce genre de peinture; mais leur goût, surtout en architecture , se corrompit et produisit des effets bizarres , qui ne purent convenir qu’à des pièces féeries. Nous savons bien qu’on ne doit pas exiger trop de pureté ou de sévérité dans une architecture peinte au théâtre; que là surtout les licences peuvent être tolérées, et qu’on y préfère souvent le prestige à la vérité; cependant il ne faut pas que la raison y soit entièrement sacrifiée. Par exemple, ne serait-il pas inconvenant et même ridicule de représenter une tragédie dont le sujet serait grec ou romain, dans un édifice gothique ou barbare?

A la suite des noms de peintres italiens qui nous ont transmis l’art de décorer la scène théâtrale, nous pourrions avec justice ajouter ceux de quelques Français qui ont contribué à propager et à maintenir cet art , et qui ont occupé un rang très distingué dans ce genre; ainsi nous y placerions , entre autres ,Cronier, Dubois, Sarrazin, Deleuze , Coste et Després, dont Piranési a gravé plusieurs ouvrages.

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