‹ Application de la perspective linéaire aux arts du dessinChapitre 113 sur 160 · CHAPITRE ONZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIEME

ses angles droits paraissent aigus ; ses plans horizontaux , au-dessus ou au-dessous de l’œil , semblent monter ou descendre trop rapidement ; ses côtés fuyans paraissent trop profonds et trop précipités ; enfin cet objet semble difforme et désagréable.

Il en est de même si , d’un point de vue choisi , on embrasse à-la-fois une trop grande étendue , pour la représenter sur un seul tableau-plan.

Par exemple : si, du cjuai Voltaire, a Paris, on voulait représenter sur un mime tableau la grande galerie du Louvre, depuis l’angle du pavillon de Flore, jusques et compris celui de la colonnade , comme il est impossible que , du milieu de ce <piai, 011 puisse voir à-la-fois les deux extrémités de ce vaste édifice, il faudrait, pour le dessiner entier, tourner la tête et diriger la vue alternativement vers l’une et 1 autre de ses extrémités latérales 5 or, si on la dirigeait d abord du cote des d uileries , le pavillon de Flore et la partie de la galerie que l’on pourrait apercevoir d’un même coup-d’œil, seraient vus obliquement; en ce cas, toutes les lignes horizontales couchées sur la surface fuyante de l’édifice, telles sont les corniches, cordons, appuis de fenêtres , etc. , paraîtraient concourir à un point de l’horizon vers la gauche du tableau; la représentation de ces lignes tendrait aussi à concourir à un point de fuite du même côté; jusque-là, cette perspective est régulière; mais, si, voulant continuer la représentation de l’édifice sur le même tableau, 011 tournait la tête pour diriger la vue du côté de l’angle de la colonnade , la galerie , vue obliquement, semblerait fuir de ce côté; alors les corniches, cordons, appuis de fenêtres , etc. , qui d’abord paraissaient concourir vers la gauche du tableau ,

paraîtraient ici concourir vers la droite.

Une telle perspective de cette galerie entière ne pourrait donc être régulière,

et produirait un effet bizarre et ridicule.

L’ouverture de l’angle optique sous lequel on peut voir aisément à-la-fois , d un coup-d’œil et sans tourner la tête , les extrémités latérales d’une étendue , doit être considérée comme l’une des règles principales de la Perspective.

On sait que la perspective d’une ligne droite parallèle au tableau est toujours parallèle à son original ; cependant on a vu des tableaux dans lesquels ce principe n’était pas observé.

Planche 48. — Un peintre dessinait, d’après nature, l’arc de Janus, à Rome: placé de front devant cet édifice , il s’était assis très près afin de découvrir quelques objets placés au-delà; mais alors il était obligé de tourner la tête, pour voir la droite et la gauche du monument, ce qui avait changé la direction du rayon principal en plusieurs directions, et avait fait, d’une vue de face qu’il désirait, deux vues accidentelles.

Les lignes horizontales a b , cd, ef, mn, etc. , descendent vers la gauche , et elles

LICENCES, INSTRUMENS

lui avaient semblé telles : la plus légère attention lui eût fait éviter cette faute; car, en ajustant cà vue une règle droite sur l’un de ces joints horizontaux et bornoyant les deux objets, il eût vu le bord de la règle et la ligne horizontale du joint, coïncider l’un avec l’autre.

Quand on ignore la perspective , on peut faire des fautes grossières , même en dessinant d’après nature.

Au panorama , la Perspective n’est soumise à aucune direction principale , parce que les rayons (sons lesquels, de son centre, on voit les objets qu’il représente) sont perpendiculaires à sa surface cylindrique concave. L’expérience nous a même appris qu’il n’est pas absolument nécessaire d’être au centre cl’un panorama , pour jouir de son effet, puisque ce centre est inaccessible, à cause du pilier qui l’occupe; et, si l’on se place sur l’une ou l’autre des deux terrasses circulaires qui environnent ce pilier, on reçoit encore une illusion agréable et satisfaisante.

On ne peut trop le répéter, la distance de l’œil au tableau doit être telle que I on puisse voir aisément toute son étendue sans tourner la tête. Cette condition est de rigueur pour produire une perspective agréable ; si elle n’est pas remplie , l imitation d’un site ou d’un objet quelconque, sur ce tableau , peut blesser la vue, et , lorsque fou est trop près d’un objet qu’on veut imiter en peinture , plus on s’attachera à faire ce que l’on voit, plus la représentation sera désagréable.

Planche 47* — Figure ire. — Par exemple, on peut, d’une très petite distance, sans tourner la tête, dessiner très exactement, d’après nature, une tour carrée vue de front; mais, dans ce dessin, le côté fuyant de cette tour pourra paraître deux ou trois fois plus large que le côté de la face. Ce défaut de perspective existe dans un très grand nombre d’ouvrages peints, dessinés et même gravés.

Un peintre avait représenté la vue oblique d’un édifice rectangulaire ; mais , s'étant placé trop près de cet édifice, l’angle droit horizontal du sommet de l’arête qui réunissait ses deux faces visibles paraissait extrêmement aigu ; l’un de nos plus habiles peintres du siècle dernier, voyant ce tableau, fit remarquer à l’auteur cet effet désagréable, et voulut lui en découvrir la cause; mais celui-ci, défendant son ouvrage, soutint que son tableau , ayant été fait d’après le plan géométral de l’édifice , et selon les règles , était très exactement en perspective : cependant il se trompait, et son erreur provenait de ce que l’une des règles principales n’était pas observée dans ce tableau , le bon choix de la distance.

FAUTES PROVENANT DE CE QUE LON NE REMARQUE PAS La PLACE DE l’hORIZON.

Les défauts de perspective peuvent provenir de l’horizon mal placé par rapport aux objets représentés dans le tableau, ou de ces objets mal placés par rapport à cet horizon.

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