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CHAPITRE ONZIÈME

les objets qui le composent sont soumis à un seul point cle vue, et que leur projection perspective est rigoureusement exacte; voici l’effet qu’il produira : le spectateur, éloigné du point de vue et placé de part on d’autre vis-à-vis l’une des extrémités du tableau, verra les objets qui sont en face de lui, plus ou moins déformés; car il peut arriver que, par l’effet d’une opération exacte , une tête humaine lui paraisse aussi large que haute , ce qui serait monstrueux et ridicule.

Nous croyons donc qu’un peintre ne doit pas toujours s’assujétir à la projection perspective; qu’il lui est permis de prendre des licences ; qu’il doit toujours dessiner ses objets de manière qu’ils soient agréables de quelque place qu’on les voie. Nous ne pensons pas même qu’il puisse faire autrement; car tous les grands maîtres, anciens et modernes, ont suivi et suivent encore cette méthode.

Ainsi , selon eux, l’ensemble d’un grand tableau doit être soumis aux lois de la perspective, et tous les objets qui le composent doivent être placés respectivement entre eux, suivant les règles de cet art: mais, pour les dessiner particulièrement, surtout les figures humaines, on peut et même on doit prendre quelques licences, abandonner quelquefois la précision géométrique , et se contenter d’une approximation que le bon goût puisse approuver.

Les licences dont nous parlons peuvent avoir une sorte de règle qui n’est pas rigoureuse, mais dont l’œil, juge souverain dans cette matière, peut être le régulateur.

C’est dans la représentation des édifices et des corps réguliers que les défauts de perspective se manifestent plus évidemment.

Voici 1 indication de plusieurs cas particuliers qui autorisent ou permettent l’usage de quelques licences dans la pratique de la perspective.

Selon les principes de la perspective, le point principal du tableau doit être placé au milieu de son horizon; mais les peintres n’ont pas toujours suivi cette règle.

Le Poussin s’en est écarté dans plusieurs tableaux , entre autres dans celui du Boiteux guéri par les apôtres , dans celui de la Mort d’Ananie, de la Femme adultéré, etc.

Planche L\"j. — Figure 3. — Lorsque le point principal est éloigné du milieu de I horizon , et qu’un édifice rectangulaire présente deux de ses faces , l’une parallèle , l’autre perpendiculaire au tableau , il arrive souvent que les lignes horizontales, qui forment les corniches de la face parallèle au tableau, semblent incliner en sens contraire de la nature, et s’élever vers le bord du tableau le plus éloigné du point principal ; alors il faut user d’une licence , en inclinant un peu ces lignes horizontales et les abaissant du même côté jusqu’à ce que l’œil les

LICENCES, IN ST IUT MENS

juge parallèles à l’horizon. La eet effet.

moindre inclinaison suffit pour leur faire produire

lia projection perspective d’une sphère est un cercle que l’on peut décrire au compas, lorsque son centre est dans le rayon visuel perpendiculaire au» tableau, c’est-à-dire dans le point principal: mais , lorsque le centre de cette sphère est plus ou moins éloigné de ce point, sa perspective est une ellipse plus ou moins allongée.

Une expérience fort simple peut démontrer, pour ainsi dire, la projection scénographique de la sphère sur un plan. Si l’on place à quelque distance d’un mur blanc une lumière très vive , et que l’on suspende une sphère entre cette lumière et le mur, on verra que l’ombre de cette sphère sur le mur sera circulaire, tant que son centre sera dans le rayon perpendiculaire abaissé du centre de la lumière sur le mur; mais, si la sphère est éloignée plus ou moins du rayon perpendiculaire, on verra que l’ombre portée sur le mur sera elliptique, et plus ou moins allongée selon que la projection sera reçue plus ou moins obliquement.

L’expérience peut se faire au soleil , en suspendant une sphère , et faisant mouvoir le plan qui doit recevoir l’ombre.

Les sphères que Raphaël a peintes dans son Ecole cl’ Athènes sont placées à l’extrémité latérale du tableau , vers la droite : si elles étaient exactement en perspec tive, leur forme elliptique , assez allongée , formerait un contraste bizarre d’autant plus sensible , que les personnages qui les portent ne sont pas eux-mêmes très rigoureusement en perspective : aussi Raphaël usa-t-il de licence, en décrivant ces sphères au compas.

Les licences perspectives peuvent être prises dans tous les genres de peinture; par exemple, lorsque l’on dessine d’après nature une vue extérieure ou intérieure, un paysage , etc. , et que l’on se trouve adossé à quelque mur, ou gêné par quelque obstacle qui empêche de s’éloigner assez de l’objet que l’on veut représenter, pour le voir sous le plus bel aspect, il faut laisser croire au spectateur qui verra le tableau, que ce mur ni aucun autre obstacle n’existait, qu’on a été libre de choisir son point de vue , et de se placer où l’on a voulu ; le spectateur saura bon gré au peintre de cette licence, ou plutôt de ce mensonge, quand même il le connaîtrait, puisqu’en rendant le tableau plus agréable, il a augmenté sa jouissance.

Enfin personne ne sera choqué des licences perspectives qu’un peintre aura prises, lorsqu’elles ne blesseront ni l’œil ni la raison, et quelles tourneront au profit de la grâce et de la beauté du tableau.

Voici quelques remarques utiles, faites sur nature, à l’aide desquelles un peintre pourra placer à volonté et tracer sur son tableau un édifice rectangulaire, par exemple, une tour carrée, vue de front ou obliquement, sans employer les règles ordinaires de la perspective, et avec une exactitude suffisante pour la peinture.

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