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OBSERVATIONS SUR LES EFFETS PITTORESQUES DES NUAGES

Dans les Alpes, nous vîmes un matin, dès l’aurore, s’élever, sur les flancs escarpés des hautes montagnes qui bordent l’Isère, des vapeurs blanchâtres; il nous sembla que c’étaient des fumées qui sortaient de quelques habitations que nous ne pouvions voir, mais que nous supposions cachées par des arbres: cependant, nous ne concevions pas comment des hommes avaient pu se loger en de tels lieux, mais nous fûmes bientôt détrompés. Ces vapeurs , d’abord rares et séparées les unes des autres , se multiplièrent , se réunirent en masses, et formèrent enfin de très grands nuages qui, en dérobant à nos yeux la moyenne région de ces montagnes, nous laissèrent voir distinctement leurs bases et surtout leurs sommets qui réfléchissaient déjà les premiers rayons du soleil.

Les nuages sont soumis à la dégradation aérienne comme tous les objets éloignés; vers le milieu du jour, leurs parties éclairées du soleil sont ordinairement plus brillantes au zénith qu’à l’horizon, et leurs parties ombrées, en s’éloignant, se confondent plus ou moins dans la teinte de l’atmosphère, selon qu’ils sont plus ou moins près de la surface de la terre et plus ou moins épais.

Anticoh, ville de la Sabine, est située sur le sommet d’une montagne dont la base est baignée par le Teverone (l’ancien Anio ) : nous avons vu cette ville audessus des nuages qui alors environnaient les flancs de la montagne, et dans les intervalles qu’ils laissaient entre eux. *

En traversant l’Apennin, nous arrivâmes au-dessus de Bologne, dans un lieu appelé Pietra Neva: de là, on découvre les belles plaines de la Lombardie; elles étaient alors éclairées des rayons du soleil couchant, tandis que des nuages épais et obscurs, accumulés au-dessus de nos têtes, descendaient rapidement des hautes montagnes et se dirigeaient vers ces plaines, pour y porter la fraîcheur et la fécondité. Il est aisé de se former une idée de cet effet pittoresque; le devant du ta-

(i) L. , cliap. cccxxv.

PERSPECTIVE AÉRIENNE

bleau était aride et sombre et formait un contraste frappant avec le fond, qui était riche, fertile et lumineux.

La pluie, en tombant dans l’air qu’elle voile d’une teinte diaphane et luisante, reçoit d’un côté la clarté du soleil, et l’ombre du côté opposé; la terre est obscurcie par cette pluie; tout ce que l’on aperçoit au-delà , paraît informe et confus; on ne voit nettement que ce qui est près de l’œil; les objets sont plus distincts dans l’ombre de la pluie que dans sa partie éclairée, parce que, dans le premier cas, ces objets ne perdent que leurs lumières principales et que, dans l’autre cas, ils perdent à-la-fois leurs lumières et leurs ombres qui se confondent ensemble dans l’atmosphère éclairée, (i)

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