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CHAPITRE DOUZIÈME

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Une couleur ne manifeste toute sa beauté que quand la lumière qui l’éclaire est de cette même couleur: on remarque cet effet sur une étoffe colorée, lorsque le côté éclairé d’un pli de cette étoffe se réfléchit sur le côté opposé du même pli. On voit le même effet sur des feuilles d’or, lorsqu’elles se réfléchissent l’une sur l’autre (i). Enfin la plus belle couleur de l’or se manifeste sur les parois intérieures d’un vase de ce métal qui se réfléchissent sur elles-mêmes.

Les reflets bien observés dans un tableau, contribuent beaucoup à son effet.

Les peintres que l’on désigne sous le titre de coloristes, tels sont le Titien, Rubens, etc., n’ont jamais oublié les reflets dans leurs ouvrages.

OBSERVATIONS SUR LES CONTOURS VAGUES ET INDETERMINES DES OBJETS PAR L EFFET DE

LA PERSPECTIVE AERIENNE

La troisième partie de la perspective, selon la division de Léonard de Vinci, comprend la diminution d’apparence des termes ou contours des figures et autres objets, à mesure qu’ils s’éloignent de l’œil du spectateur. (2)

Quand une couleur quelconque se termine sur une couleur différente, ses contours peuvent être fermes, arrêtés, décidés, ou bien ils peuvent être fondus, vagues ou indécis.

Les contours déterminés qui constituent une surface ou un corps géométrique sont du ressort de la perspective linéaire; mais il est des contours incertains, confus, indéterminés qui appartiennent à la perspective aérienne.

Ijes anciens avaient déjà observé les effets que Léonard recommande à l’attention des jeunes peintres. On lit dans l’Optique d’Euclide, th. 9 « que les corps angu- « laires, vus de loin, paraissent arrondis », c’est-à-dire que leurs angles semblent émoussés.

Léonard fait observer que les plus petites parties d’un corps qui s’éloigne de l’œil disparaissent les premières, que, par exemple, on n’aperçoit déjà plus les jambes et les bois d’un cerf qui s’éloigne, tandis qu’on voit encore la masse informe de son corps.

Léonard avertit que si l’on termine trop les objets que l’on suppose placés à une grande distance, ces objets, au lieu de paraître éloignés, produiront l’effet contraire; qu’ainsi, dans un tableau, l’on ne doit faire distinguer un corps qu’en raison de sa distance, et que si le modèle a des contours confus et douteux , il faut les faire semblables dans l imitation. (3)

(1) L., cliap. cxi.

(2) Idem , cliap. cccxl.

(3) Idem , cliap. cccxxxn.

PERSPECTIVE AÉRIENNE. 1G1

Après avoir insisté sur ce conseil , q u’il ne faut jamais détailler les petits objets qui sont loin de lœil, Léonard se récrie contre des peintres qui, dans la représentation de villes très éloignées, ont arrêté les contours des édifices, comme s’ils étaient près de lœil, ce qui est contre nature; car, il est impossible, dit-il, que l;i plus forte vue puisse distinguer nettement les moindres extrémités des corps qui sont très éloignés, tanta cause de leur petitesse, que de la quantité d’air qui les voile. C est donc un défaut de figurer avec trop de soin les angles de ces édifices , puisque ces angles sont invisibles (chap. 3oG). (i)

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