CHAPITRE CINQUIEME
Les temples rectangulaires des anciens Grecs et ceux des Romains étaient toujours ornés de deux frontons. ( 1 )
Le fronton est un triangle isocèle dont l’angle du sommet est plus ou moins obtus.
Nous remarquerons ici que , pour composer convenablement les fonds d’un tableau d’histoire dont le sujet est grec ou romain , le peintre doit savoir que les frontons ornaient seulement les temples de ces peuples , et que l’on n’en voyait jamais sur leurs maisons ou autres édifices particuliers ; cependant on sait que le sénat romain permit , par un décret , que le palais de César fût décoré d’un fronton , pronostic de sa future apothéose. Dans la suite , on prodigua cet ornement; mais, en représentant une scène antique en peinture, il ne faut pas imiter les modernes qui mettent indistinctement des frontons sur les bâtimens les plus communs.
Les frontons grecs sont moins élevés que les frontons romains: leur hauteur varie entre la septième et la neuvième parties de leur base. La hauteur des frontons romains varie aussi entre la quatrième et la cinquième parties de leur base; cependant, selon Vitruve, le tympan d’un fronton doit avoir de hauteur la neuvième partie de sa largeur. Ces proportions approximatives suffisent à la peinture.
Pour mettre un toit ou fronton en perspective, il faut considérer la position de la face de 1 édifice qu’il termine: cette face peut être parallèle, perpendiculaire ou inclinée au tableau.
Lorsque la face d un édifice ornée d’un fronton est parallèle au tableau , rien nest plus facile que de mettre ce fronton en perspective, puisqu’il suffit de tracer sa figure géométrale; que les moulures horizontales plus ou moins développées, selon sa distance, sont représentées par des lignes parallèles entre elles, et quil en est ainsi de ses moulures rampantes.
Mais , lorsque la face de l’édifice est perpendiculaire au tableau, on trouve la perspective du fronton en employant la méthode donnée pour la dégradation linéaire des profondeurs , et l’on abrège 1 opération par le moyen des points «le fuite appelés célestes ou aériens , et terrestres , qui se trouvent sur la verticale du tableau au-dessus et au-dessous de l’horizon, à une égale distance du point principal.
Enfin , lorsque la face de 1 édifice n’est ni parallèle ni perpendiculaire au tableau , et quelle se présente obliquement, on cherche la perspective du fronton par la même méthode, et les points de fuite se trouvent au-dessus et
1 i Lun à la face principale, l’autre à la face opposée.
aii-dessous de l’horizon sur une verticale qui passe par le point de fuite horizontal de l’édifice.
Les toits qui couvrent les maisons sont formés par des plans plus ou moins inclinés à l’horizon.
Tl y a des toits qui n’ont qu’une seule pente , que l’on appelle en appentis ; il y en a qui ont deux pentes opposées, dont le faîtage s’étend d’un pignon (i) à l’antre, on les appelle toits à deux égouts; enfin, il y a des toits dits en pavillon: ils ont quatre pentes triangulaires qui se réunissent en un sommet sur une pièce de bois de bout, nommée poinçon .
Les toits ont une pente plus ou moins rapide selon les divers climats plus on moins pluvieux ou plutôt selon les usages des différens peuples ; ordinairement ils ont une pente très douce dans les pays méridionaux, et une très rapide dans les pays septentrionaux.
Les anciens Egyptiens couvraient leurs édifices en plate-forme, et la plupart des habitations en Orient sont encore couvertes en terrasses , cet usage est même suivi à Naples.
Les Romains et la plupart des autres peuples de l’Italie couvrent leurs maisons de toits qui ont très peu d’inclinaison : aussi leur aspect est-il plus agréable que celui des toits aigus que l’on voit dans le nord.
CINQUIÈME PROPOSITION
Planche 19. — La corniche horizontale fuyante de la face d’un édifice perpendiculaire au tableau étant donnée , mettre en perspective un fronton triangulaire , dont la hauteur c C soit perspectivement égale à la quatrième partie de sa base AB. (2)
Nota. La coupe, ou profil géométral e c d de la corniche horizontale fuyante , est une section perpendiculaire à l’édifice et parallèle au tableau ; la verticale E d indique le milieu perspectif de la face, MN, et l'extrémité c du profil, le milieu perspectif de la base AB du fronton.
Pratique.
i°I)e tous les angles saillans ou rentrans du profil géométral eed, élevez des verticales indéfinies cC, <?E, etc.
( \) On appelle pignon la partie supérieure d’un mur qui a la forme d’un triangle isocèle plus ou moins ouvert.
(2) C’est la plus grande hauteur que l’on puisse donner aux frontons, on n’en trouve des exemples que dans l’Achiteeture romaine.