RÉGIONS
rt 'A
Glottique
j Linguo-palatine postérieure.. •
jota (espagnol)
gueusli
ng longueur
( gamin )
Linguo-palatine moyenne. . . .
Ch chat
jardin
seigneur
dj adj uvant
tch
, Linguo-palatine | antérieure. . .
! Linguo-dentale.
th anglais
DZ
TS
Linguo-palatine latérale
j Labio-dentale. .
Cet avantage n'est pas le seul. Les conditions physiologiques qui servent de base à notre classification nous ont permis de supprimer certaines consonnes dont le double emploi est évident, telles que c, q, x, y, et d'ajouter quelques signes qui font défaut dans notre alphabet : dj, ch, g (murmurante orale), ng, gn, tch, th, DZ, ts. Cette addition est une conséquence naturelle et forcée de notre classification. En considérant, en effet, les phénomènes sonores qui accompagnent les consonnes dans chacune des huit régions qui effectuent les mouvements, nous avons constaté que la production de ces phénomènes n'est pas possible dans toutes les régions indistinctement : ni les explosives ni les murmurantes nasales ne
sont possibles dans la région labio-dentale. Par contre, le même examen nous a permis de reconnaître que certaines régions, veuves de signes graphiques, sont en état d'en recevoir, vu qu'elles peuvent produire le même phénomène sonore qui, dans d'autres régions, représente une consonne. C'est ainsi que nous avons pu compléter notre alphabet. Quelquesunes de ces lettres ne sont pas usitées dans notre langue, mais elles le sont ailleurs. Nous n'avons qu'une crainte, c'est d'avoir négligé quelque signe usité dans des langues qui nous sont inconnues. Si cette omission existe, il sera facile de la réparer , car un des avantages de notre classification consiste à se prêter à de nouvelles additions, si elles étaient jugées nécessaires.
Pour le moment, l'alphabet, tel que nous l'avons exposé, renferme ii lettres, 16 voyelles et 28 consonnes.
Les questions que nous venons de résoudre dans ce travail intéressent la physiologie et la linguistique. Mais à côté de la vérité démontrée, il y a deux enseignements que nous indiquerons en terminant :
1° En physiologie, la recherche des faits est indispensable et c'est le premier soin qui doit nous occuper. Mais, qu'est-ce qu'un fait par lui-même, s'il n'est judicieusement interprété? A peu près rien. La prononciation d'une lettre est un fait trèssimple et accessible à l'observation de tous ; des hommes d'une grande compétence ont soumis ce fait à leurs lumières : les uns nous ont présenté la formation des lettres sous forme d'images, sans se douter que, pour chaque lettre, il y a une variation possible des parties , renfermée néanmoins dans certaines limites ; les autres ont soumis la même formation à l'analyse des appareils enregistreurs, sans paraître s'apercevoir que, en agissant ainsi, ils ne faisaient que reproduire, sous forme graphique, les mêmes difficultés que nous trouvons dans l'appareil vocal lui-même. Qu'est-il résulté de ces efforts au point de vue de la vérité physiologiqe? De la confusion et des opinions contradictoires.
Cela tient à ce que, dans la recherche des faits , on néglige trop les lois qui les dominent. Ces lois seules permettent de donner aux faits une signification précise et de les rattacher ainsi à l'édifice scientifique.
2° La connaissance physiologique de la formation des sons
de la voix et des lettres est indispensable au linguiste. Mais ce serait une erreur de penser que la structure anatomique du larynx peut avoir quelque influence sur la formation des différentes langues. Que le larynx soit gros ou petit, long ou large, peu importe, car les sons qu'il produit peuvent être faibles ou intenses, bas ou élevés, sans que les lettres, qui toutes se forment dans le tuyau vocal, soient modifiées dans leur caractère spécifique.
A notre avis, et considérant que le langage est une fonction dont l'excitant et le but principal sont à l'extérieur, considérant encore que les différentes races présentent des manières différentes de traduire leurs impressions, nous pensons que l'on doit rechercher la cause des différentes langues : 1° dans les conditions du milieu extérieur ; 2° dans les aptitudes cérébrales des différentes races.
La première de ces causes n'est pas douteuse pour nous quand nous comparons le langage fermé des peuples de l'extrême Nord avec le langage ouvert des peuples du Sud. Les premiers, sous l'influence rigoureuse du climat, prononcent en dedans , les lèvres entr'ouvertes ; les seconds , au contraire , épanchent au dehors tout ce qu'ils ont de souffle, sous une influence opposée.
Quant à la seconde cause, elle n'est pas moins certaine; mais elle est si vaste dans ses conditions et dans ses effets, que nous ne saurions en dire autre chose, si ce n'est qu'elle comprend l'histoire psychologique de tous les peuples. Quand la physiologie et la linguistique seront des sciences plus complètes, on pourra faire cette histoire.
Organes des sens. — La physiologie des organes des sens a acquis durant cette période un développement considérable. Cela ne veut pas dire que nous connaissions le phénomène intime de la sensation et de ses divers modes ; mais nous connaissons le mécanisme suivant lequel les corps impressionnants viennent affecter l'appareil des sens et les lois qui président à la transformation de ce contact en mouvement physiologique. La loi de transmission du mouvement lumineux à travers les milieux de l'œil, celle de la transmission des mouvements sonores à travers les milieux de l'oreille, sont des acquisitions tout à fait modernes.
La vision a réalisé ses progrès, en partie sous l'influence
des études micrographiques, en partie sous l'influence des applications de l'optique.
En considérant tous les détails de structure et de composition que le microscope a relevés dans le petit espace que circonscrivent les membranes de l'œil, on est saisi d'admiration. Pour donner une faible idée de ces travaux auxquels se rattachent les noms de Kolliker, Brucke, J. Arnold, H. Millier, Bowman, G. Krause, Schultze, Ritter, Pacini, Leber, Rouget, Schweigger, Sœmisch, etc., etc., disons que dans la rétine, qui n'a pas plus de 0mm2 d'épaisseur, on a distingué neuf couches différentes caractérisées par des éléments histologiques propres à chacune d'elles.
Parmi les découvertes histologiques qui ont un rapport direct avec la physiologie de la vision, nous mentionnerons celle du muscle ciliaire, par Brucke et Bowman. Ce muscle paraît destiné à modifier la forme du cristallin, en vue de l'accommodation de l'œil aux différentes distances.
D'un autre côté, la connaissance des lois de l'optique a permis de considérer l'œil comme un système dioptrique m^re dans lequel on trouve trois milieux réfringents, l'humeur aqueuse, le cristallin, l'humeur vitrée, et trois surfaces réfringentes, la cornée et les deux faces du cristallin.
Dans cet appareil, l'axe visuel ne correspond pas au nerf optique, mais tout à côté de son point d'émergence, c'est-à-dire à la macula lulea.
La structure delà tache jaune offre un intérêt tout particulier, car elle est le point de la vision distincte, tandis que le punctum cxcum, situé au niveau du nerf optique, à son entrée dans l'intérieur de l'œil, est un point où la vision est tout à fait obscure.
L'organe visuel possède la faculté d'augmenter le degré de sa réfraction et, par suite, de diminuer sa longueur focale, ce qui lui permet de voir également bien à toutes les distances. On donne à cette faculté le nom d'accommodation. L'augmentation de réfringence est produite par l'augmentation de la courbure du cristallin.
La presbyopie est une anomalie de l'accommodation. Cet état est le plus souvent la suite des progrès de l'âge. Il arrive un moment où le pouvoir accommodatif diminue et l'organe visuel ne distingue bien les objets que s'ils sont au moins à une distance de 8 pouces.
On évite cet inconvénient par l'emploi des lentilles convexes qui remédient à l'insuffisance de courbure du cristallin.
La myopie et Y hypermétropie sont des anomalies de la réfraction dues aux différences individuelles de la longueur de l'axe optique.
Dans la myopie, le foyer postérieur du système réfringent de l'œil est situé en avant de la rétine; dans l'hypermétropie il est situé en arrière de cette membrane.
L'astigmatisme est produit par une aberration de courbure des milieux réfringents. Les divers méridiens du système dioptrique sont inégaux, et, par suite, les images qui vont se dessiner sur la rétine ne sont pas nettes et la vue n'est pas distincte.
La presbyopie n'est pas, comme on l'avait supposé pendant longtemps, l'état opposé de la myopie. M. Donders a prouvé que ces deux vices de la vue sont dus à des causes de nature différente, comme nous l'avons dit plus haut, et ils sont si peu opposés, qu'ils peuvent dans certaines conditions exister dans le même œil.
Qu'on nous permette de terminer ces considérations générales sur la vision par une citation empruntée à notre Physiologie du système nerveux :
L'appareil de la vision n'est pas seulement un appareil de concentration des objets lumineux. C'est un appareil de ménagement, si je puis m'exprimcr ainsi. Avant d'arriver à cette membrane si délicate qu'on appelle la rétine, le mouvement lumineux perd ce qu'il pourrait avoir d'excessif en passant à travers les milieux de l'œil; ceux-ci s'emparent de lui et le transmettent selon les lois de la vie organique à la membrane rétinienne.
L'œil est donc tout à la fois un appareil de concentration des rayons lumineux et un appareil organique de transformation du mouvement extérieur en mouvement physiologique (I).
L'audition, comme la vision, doit la plupart des progrès qu'elle a réalisés à l'influence de la micrographie et à l'application des lois de la physique.
L'organe spécial qui reçoit, en dernier ressort, l'impression des ondes sonores est le nerf acoustique. Mais comment expliquer l'impressionnabilité variable de ce nerf dans ses rapports
(1) Edouard Fournie, Physiologie du système nerveux cérébro-spinal, p. 218.
avec le nombre incalculable des excitations sonores? Max Schultze et le marquis de Gorti semblent avoir soulevé le voile qui entoure ce mystère.
Le premier a découvert, dans les ampoules du labyrinthe membraneux, de petits renflements composés de fibres nerveuses et d'un épithélium sumonté de crins élastiques très-fins, très-sensibles, par conséquent, aux mouvements du liquide qui les baigne.
D'un autre côté, Corti a découvert que les fibres nerveuses acoustiques, qui s'étalent sur la partie moyenne de la rampe membraneuse du limaçon, sont en rapport avec des appendices très-fins, très-délicats et en nombre infini (trois mille d'après Kolliker). C'est ce qu'on appelle les organes de Corti.
C'est sur ces données anatomiques que M. Helmholtz a édifié sa théorie de l'audition.
D'après ce dernier, le vestibule serait destiné à recevoir l'impression du son brut, du bruit; tandis que le limaçon, avec ses rameaux nerveux innombrables, excités par les organes de Corti, soumis eux-mêmes à l'influence des ondes sonores, aurait pour mission de recueillir les nuances infinies que renferme le son musical.
Le toucher est un sens beaucoup plus simple que les précédents dans la structure de son appareil, et cependant les conditions de son développement n'avaient pas été bien formulées. Weber, Czermak, Panum, Wunderlich, ont fait diverses expériences pour apprécier les variables conditions de ce sens, selon les sexes, selon les âges, selon les parties de la peau; mais ces expériences, bien que parfois instructives, n'ont pas la portée qu'elles auraient dû avoir. Cela tient à ce que ces expérimentateurs ne possédaient pas, pour se guider, les principes de physiologie générale que nous avons exposés plus haut. Grâce à ces principes nous avons pu distinguer le tact du toucher, spécifier le sens des mots plaisir, douleur, expliquer \c sentiment de la température et renfermer ce qu'on désigne sous le nom de sens musculaire dans ses véritables conditions physiologiques.
Bien que ces notions aient été publiées clans notre Physiologie du système nerveux, nous pensons qu'il ne sera pas inutile de les résumer ici.
Le tact est le sens par lequel nous connaissons l'action
mécanique des corps solides, liquides ou gazeux,. sur ceux de nos tissus qui sont sensibles.
Le tact, comme la vue, comme l'ouïe, nous donne une notion déterminée. Ce sens se développe partout où il y a un nerf de sensibilité (sauf les nerfs de la sensibilité spéciale, et cela se comprend, ces derniers président déjà à un mode spécial de sensibilité). Le tact se développe partout oh nos tissus sont sensibles ; mais il y a des parties qui sont plus particulièrement sensibles, et là nous trouvons des organes spéciaux pour recueillir, avec plus de netteté, les impressions tactiles : ce sont les papilles du tact.
Pour bien saisir la différence qui existe entre le tact et le toucher il faut se rappeler la loi que nous avons formulée, à savoir : La multiplication des impressions de même nature est indispensable à la connaissance (1). Cette loi est commune à tous les sens spéciaux. Si nous voyions, par exemple, continuellement la môme couleur, nous n'aurions pas connaissance de la couleur. 11 faut, pour avoir cette connaissance, que nous ayons, par le souvenir, l'impression de deux couleurs distinctes. Il en est de même pour le tact : les notions qu'il nous procure ne se développent que par la multiplicité des impressions. C'est pourquoi les papilles du tact se trouvent en plus grande abondance sur les appendices mobiles du corps capables de rechercher et de multiplier les impressions du tact.
Depuis que nous avons démontré que le plaisir et la douleur ne se développent qu'à l'occasion de Yexercice fonctionnel, il n'est plus possible de confondre ces sentiments avec le sentiment du tact (2). Le plaisir et la douleur peuvent se développer en dehors de toute impression tactile. Mais, comme, d'un autre côté, le toucher est une fonction de sensibilité, ce fonctionnement, comme les autres, peut être accompagné du sentiment plaisir ou du sentiment douleur. Il n'y a donc pas, comme on l'a prétendu, de fibres sensitives spéciales pour le plaisir et la douleur.
Le mécanisme des impressions tactiles, provoquées par les fluides impondérables, est plus compliqué que celui qui préside aux impressions par les corps solides ou liquides. Pour expli-
(1) E. Fournie, Physiologie du sijstème nerveux cérébro-spinal, p. 280.
(2) Edouard Fournie, loc cit., p. 209.
quer ce mécanisme nous prendrons pour exemple le calorique.
Lorsque le mouvement chaleur, modéré dans sa vitesse, vient caresser les papilles nerveuses, il provoque leur activité fonctionnelle et cette activité, réveillant à son tour l'activité des cellules cérébrales, développe dans le cerveau la notion de la température du corps qui nous a impressionnés.
Si le mouvement de chaleur est plus rapide, si son intensité est plus grande, l'influence de ce mouvement ne s'exerce plus exclusivement sur les pupilles du tact, elle s'exerce aussi sur les tissus vivants dans lesquels se trouvent les papilles, et cette influence se traduit par la turgescence des vaisseaux sanguins et par un afflux plus considérable de liquide dans la partie chauffée.
Si le mouvement chaleur est encore plus intense, de nouveaux phénomènes se produisent; les liquides affluent dans la partie influencée, et leur vaporisation, ne trouvant pas une issue suffisante à travers les pores de la peau, soulève l'épiderme en se condensant pour former ce qu'on appelle une ampoule. Dès lors, le milieu dans lequel les nerfs sont plongés n'est plus du tout physiologique, et les nerfs fonctionnels de nutrition de la peau accusent cet état anormal en provoquant un sentiment de douleur plus ou moins vif.
D'après ce qui précède, et si on se rappelle ce que nous avons dit touchant les rapports des impressions fonctionnelles de nutrition avec la vie organique, on doit pressentir déjà que les phénomènes qui accompagnent l'impression chaleur dans des conditions si variables, ne doivent pas tous se rapporter à l'influence du calorique sur les papilles du tact. En effet, tant que le mouvement chaleur est assez peu intense pour ne pas modifier d'une manière sensible le milieu dans lequel vivent les papilles, il y a simplement impression de chaleur et la sensation qui en résulte est une notion plus ou moins précise du mouvement de vitesse, du mouvement chaleur, ou autrement dit, une notion plus ou moins exacte du degré de la température. Mais, si le mouvement chaleur est assez intense pour modifier le milieu dans lequel vivent les papilles, nous voyons survenir une impression nouvelle qui nous indique sa nature par les caractères de la sensation qu'elle provoque. Cette sensation est un sentiment de douleur; par conséquent, l'impression qui lui a donné naissance, est une impression de la vie fonctionnelle de nutrition, avertissant le moi qu'une cause de trouble s'est introduite dans l'organisme.
Pour prouver que cette impression est bien une impression fonctionnelle de nutrition, résultant de la modification du milieu et nullement de l'impression du mouvement chaleur sur les papilles du tact, nous n'avons qu'à rappeler ce qui se passe lorsque l'on plonge le doigt
dans l'eau froide à la suite d'une brûlure au premier degré. La douleur disparaît pendant l'immersion, pourquoi? Parce que l'eau froide réagit contre l'afflux des liquides dans la partie brûlée, et qu'elle tend ainsi à rendre aux papilles leur milieu pbysiologique. Cela est si vrai que, si l'on vient à retirer le doigt de l'eau, la douleur reparaît avec plus d'intensité, avec une intensité proportionnelle à celle du retour des liquides dans la partie affectée (1).
Le sentiment du tact peut se développer sans l'intervention de Y activité motrice. Nous pouvons être touchés sans que nous le voulions, et sans faire aucun mouvement. Mais il est des circonstances dans lesquelles le mouvement volontaire, la contraction musculaire interviennent conjointement avec le développement des impressions tactiles. Dans ces cas, nous avons le sentiment du poids, de la dureté, de la mollesse, etc., etc. Ce genre d'impressions nous conduit à parler du sens musculaire au sujet duquel on émet les opinions les plus diverses. Il en est de cette question comme de toutes celles où l'analyse physiologique fait complètement défaut : les uns raisonnent trop et les autres pas assez. Les premiers disent avec M. Baur : « que le sentiment de la contraction musculaire accompagne nécessairement le courant centrifuge ou afférent qui stimule les muscles à l'action. » Les seconds disent avec Brown- Séquard que les nerfs moteurs renferment des fibres sensitives qui vont directement au cerveau sans passer par les racines sensitives des nerfs.
C. Bernard admettait un sens musculaire et la participation des nerfs sensitifs au développement de ce sens ; mais il ne disait pas si cette sensibilité était celle des muscles ou celle des autres parties du corps.
Pour élucider cette question, nous avons pratiqué sur des chiens une expérience assez délicate. Nous avons sectionné, sur les quatre membres, un peu au-dessus de l'articulation des pattes, toutes les parties molles, sauf les tendons. Il est résulté de cette mutilation que le chien a pu remuer ses membres, mais sans coordination utile, et que finalement il est tombé. D'où il suit que ce n'est pas le sens musculaire qui dirige les mouvements puisque tous les nerfs des muscles avaient été conservés.
(1) Éd. Fournie, Physiologie du système nerveux, p. 210.
Au lieu de considérer le sens musculaire comme un sens spécial, une faculté, nous avons soumis l'ensemble des phénomènes qu'il représente à l'analyse physiologique, et voici ce que nous avons trouvé :
Lorsque, sollicités par une impression venue du dehors, ou poussés par un raisonnement intérieur, nous provoquons le mouvement de nos membres, nous ne sentons pas la contraction de nos muscles. Si cette perception était réelle, nous n'aurions pas de peine à retenir le nom et le rôle physiologique des muscles de l'économie. Ce que nous sentons en vérité, c'est le résultat du déplacement par un de nos sens.
Nous avons le sentiment de notre activité en sentant par le toucher les véritables positions de nos doigts sur un objet, ou encore en sentant par le simple tact le mouvement de nos organes les uns sur les autres. Le sentiment de l'effort provient également de la résistance sentie à travers les nerfs du tact, et d'autres sensations tactiles provoquées par l'arrêt de la respiration, par le gonflement des muscles, des vaisseaux, etc. Nous sentons notre activité par les véritables impressions que produisent les images sur notre œil, les sons sur notre oreille, les odeurs sur l'odorat, selon les mouvements d'approche ou d'éloignement que notre activité provoque. En un mot, nous sentons notre activité par les modifications de la sensibilité qui résultent de cette activité même, et nullement par l'intermédiaire d'un sens complaisant désigné sous le nom de sens musculaire ou sens de la contraction musculaire. Sentir que l'on sent et sentir qu'on agit représentent les deux modes essentiels de l'activité cérébrale.
Le cerveau est le seul organe qui ait ainsi le sentiment de sa propre activité. Mais il ne faut pas oublier que, même à ce point de vue, l'organe cérébral ne fait point exception à la loi que nous avons formulée, à savoir, que tous les phénomènes vitaux, sans exception, échappent à notre perception directe, à notre connaissance, et que la vie ne se perçoit pas elle-même. Le cerveau perçoit son activité, mais d'une manière indirecte, par le mécanisme que nous venons d'indiquer, et, dans tous les cas, il ne perçoit que les résultats extériorisés de sa propre vie.
L'immense prérogative de percevoir qu'il sent et qu'il agit nous autorise à accorder au cerveau un sentiment que nous n'avons accordé à aucun autre organe, et que nous désignerons, si l'on veut, sous le nom de sentiment de l'activité cérébrale. La conscience des auteurs n'est autre chose que l'activité cérébrale s'exerçant sur ce sentiment même.
Le sentiment de l'activité cérébrale n'avait pas été jusqu'à présent analysé dans ses conditions élémentaires ; il n'était pas même classé
comme sentiment distinct. Nous verrons par la suite combien il était important de le définir exactement et de lui assigner la place qui lui convient. Pour le moment, nous nous bornerons à dire que l'intelligence, la responsabilité et la liberté de tous nos actes reposent sur ce sentiment (I).
Le sens du goût a été l'objet d'expériences nombreuses à l'effet de savoir quelles étaient les parties de la bouche où il se développait.
Les recherches de Vernière, Guyot et Admyrault, Panniza, Valentin, Stich, etc., ont démontré « que la base, les bords et la pointe de la langue, les piliers antérieurs du voile du palais et une partie très-circonscrite du voile du palais, sont le siège du sens du goût chez l'homme (2). »
Les impressions gustatives ne peuvent se développer qu'à la faveur d'un mouvement qu'il s'agissait de déterminer. C'est ce que nous avons essayé de faire.
Les nerfs du goût exigent, pour être impressionnés, la solubilité de la substance impressionnante; cette exigence est déjà une présomption vers la connaissance de la nature du mouvement qui nous occupe. En effet, puisqu'il ne suffit plus de toucher les nerfs (comme dans les impressions tactiles) pour les faire entrer en activité fonctionnelle, c'est que l'intervention d'un mouvement d'une autre nature est indispensable; et, comme la solubilité des substances destinées aux impressions gustatives est également une condition indispensable d'impression, ce mouvement ne peut être qu'un mouvement chimique.
Or, ce mouvement chimique agit-il sur les radicules nerveuses en se combinant avec elles d'une façon quelconque? Non certes, le mouvement extérieur ne se communique jamais directement aux fibres impressionnantes spéciales; entre ce mouvement et l'élément nerveux il y a toujours un milieu chargé de transformer le mouvement extérieur en mouvement physiologique, et le mouvement physiologique des nerfs n'est jamais provoqué que par ce dernier. Dans l'impression gustative, les phénomènes ne sauraient se produire autrement.
Le mouvement chimique du corps impressionnant se communique au milieu en le modifiant, et c'est ce milieu modifié qui, à son tour, impressionne les fibres nerveuses. Pour favoriser le mécanisme de l'impression, les nerfs sont enchatonnés dans les papilles de la langue;
(1) Ed. Fournie, Essai de psychologie : la Bête et l'Homme, p. 79. Cette théorie se trouve également exposée dans notre Physiologie du système nerveux où sans doute M. Ferrier l'a trouvée pour s'en ressouvenir indiscrètement.
(2) J. Béclard, Traité de physiologie, p. 924.
celles-ci, imbibées par la solution impressionnante, tiennent ainsi le mouvement impressionneur en présence des radicules nerveuses et assez longtemps pour que le moi puisse étudier la nature de l'impression reçue.
Les modifications possibles du milieu gustatif ne comportent pas avec elles une grande variété d'impressions, car les modifications, que les milieux organiques peuvent subir, sans inconvénient, de la part des agents extérieurs, sont assez limités; aussi, ne trouve-t-on que quatre sortes de substances sapides : l'amer, le sucré ou le doux, l'acide et le salé.
A ces quatre dénominations correspondent des modifications organiques compatibles avec la vie des organes, et à elles se rattacbent toutes les sensations agréables ou désagréables que nous procure le sens du goût. Au premier abord, ceci paraît peu conforme à la vérité, si l'on songe surtout à la quantité innombrable de prétendues saveurs; mais il faut distinguer : la plupart des corps sapides ont en même temps la propriété d'impressionner le sens de l'odorat, et c'est cette dernière impression que nous goûtons particulièrement quand nous apprécions un aliment ou une boisson. A vrai dire, les saveurs nous procureraient des jouissances peu variées si, en même temps, le sens de l'odorat n'était pas impressionné; c'est pourquoi, dans les bonbons, dans les aliments, on associe à l'élément sapide (amer, sucré, acide, salé) l'élément odorant, le parfum ou le bouquet (1).
Le sens de l'odorat n'a pas été l'objet de recherches aussi nombreuses que les autres sens parce que, sans doute, il n'en comportait pas beaucoup. Nous n'avons à signaler que les expériences de M. Schiff destinées à prouver définitivement que le nerf olfactif est bien le nerf de l'odorat.
La manière, dit M. Vircbow, dont les filets nerveux olfactifs se terminent à la surface de la muqueuse est très-importante à connaître. Selon les uns la coucbe d'épitbélium cylindrique, très-vibratile, qui la recouvre, fournirait des prolongements destinés à s'anastomoser avec les filets nerveux ; selon les autres, l'extrémité filiforme s'interposerait simplement entre les cellules de l'épitbélium.
Dans ces deux bypotbèses les objets odorants seraient directement mis en contact avec l'extrémité terminale des nerfs (2).
Nous ne saurions accepter cette manière de voir, et nous nous appuyons en cela sur une induction très-légitime.
Nulle part, en effet, les fibres nerveuses ne se trouvent en rapport direct
(1) Ed. Fournie, Physiologie du système nerveux cérébro-spinal, p. 214.
(2) Yirchow, p. 207.
avec les agents extérieurs ; la délicatesse des fonctions nerveuses repousse ce contact grossier, et c'est pourquoi, partout où les filets nerveux sont en rapport avec le monde extérieur, ils s'entourent d'une membrane protectrice. Nous ne voyons pas pourquoi le sens de l'odorat ferait exception à la règle commune, et, en attendant, que l'histologie nous ait fourni une opinion motivée sur l'état réel des choses, nous préférons admettre que les filets nerveux se terminent dans la muqueuse olfactive et que, dans ce milieu favorable à la vie et à la fonction des nerfs, ils reçoivent d'une manière médiate l'impression des corps odorants. Si nous ne connaissons pas très-bien l'organe immédiat de l'impression odorante, nous ne sommes pas plus avancés sur la manière dont les corps odorants provoquent l'impression. Pendant longtemps deux opinions furent en présence sur ce sujet : pour les uns, les odeurs sont une sorte de mouvement vibratoire des corps, se propageant à la façon d'un fluide impondérable et impressionnant la muqueuse olfactive ; pour les autres, les odeurs sont des particules impalpables qui se détachent des corps à la façon des gaz et des vapeurs. Cette dernière opinion, généralement adoptée aujourd'hui, est aussi la plus vraisemblable. C'est à elle que nous nous rattachons avec d'autant plus de raison qu'elle nous permet d'appliquer au sens de l'odorat le mécanisme physiologique de toutes les impressions : contact d'un corps spécial avec le milieu qui renferme les nerfs capables d'entrer en activité fonctionnelle sous l'influence seule de ce contact. Les nerfs de l'odorat, en effet, ne sont sensibles ni au toucher, ni au pincement, ni à l'arrachement; mais un atome impondérable, s'il est odorant, réveille, de la manière la plus vive, leur activité. Le pourquoi, le comment de cela, nul ne le sait, et, encore une fois, nous devons nous borner à constater le fait et à l'enregistrer : un corps odorant, mis en rapport avec les surfaces olfactives, réveille l'activité fonctionnelle du nerf olfactif, et cette activité provoquant à son tour celle des cellules cérébrales, il en résulte pour nous une impression d'odeur (1).
Mouvements. — Depuis que Barthez publia sa Nouvelle mécanique des mouvements de l'homme et des animaux (Carcassonne, 1798), la physiologie des mouvements a réalisé d'immenses progrès. La découverte de l'élément contractile, les expériences sur la contractilité musculaire (Bernard), les relations de la contraction avec la chaleur (J. Béclard), l'analyse des mouvements au moyen des appareils enregistreurs (Marey), ont donné à cette partie de la science un développement et un fini que nous ne trouvons pas toujours dans les autres.
Presque tous les physiologistes de cette période ont con-
(1) Éd. Fournie, Physiologie du système nerveux cérébro-spinal, p. 216.
couru pour une part à ces beaux résultats : Alix, J. Béclard, C. Bernard, Brown-Séquard , de Bois-Reymond, E. Briïcke, J. Budge, J. Cloquet, Czermark, Duchenne (de Boulogne), M. Duval, J. Rochard et A. Petit, A. Ecker, L. Triek, Funke, Harless, W. H. Heincke, Henke, Ch. Henry, E. Home, Kolliker, Kiihne, G. Langer, Longet, C. Matteucci , E. Michel, J. et E. Miiller, J. Osborne, Prévost et Dumas, Schiff,Schultze, Stannuis, Thiernesse et Gluge, Virchow, Et. W. Weber, Wolkmann, W. Wundt.
Système nerveux. — Durant cette période les progrès les plus importants ont été effectués dans le département du système nerveux. Charles Bell ouvre cette belle période par ses expériences sur la moelle, expérimentations qui le conduisent à distinguer l'action physiologique des cordons antérieurs de celle des cordons postérieurs. Magendie vient ensuite et donne une signification plus complète et plus vraie à l'expérience de Ch. Bell. C'est lui, en effet, qui a démontré expérimentalement la distinction des nerfs en moteurs et en sensitifs. Prochaska, de Vienne, démontre que la moelle doit être considérée comme un centre d'impressions sensitives et d'excitations motrices. Lallemand prouve que la moelle épiniôre suffit, chez les monstres acéphaliens, pour diriger tous les mouvements de leur vie intra-utérine. Toutes ces découvertes conduisent à l'idée des actions réflexes et à la détermination du pouvoir excito-moteur de la moelle dans chacune de ses parties. Celle de ces parties qui a été le mieux mise en lumière est la région qui préside aux mouvements respiratoires et que Flourens a désignée sous le nom de nœud vital. 11 suffit pour produire la mort instantanée de détruire ce nœud qui n'est pas plus gros qu'une tête d'épingle.
Mentionnons aussi le centre oilio-spinal découvert par Waller et Budge, ainsi que les points du mésocéphale qu'il suffit de piquer pour provoquer le diabète, l'albuminurie, la polyurie, l'hypersécrétion de la salive (C. Bernard).
De toutes les parties du système nerveux, le cerveau est celle qui a été le plus étudiée et qui, actuellement, préoccupe le plus les esprits.
Les travaux de Gall dirigèrent d'abord l'attention sur le dédale, en apparence inextricable, des circonvolutions. Foville et Cruveilhier d'abord, et Leuret et Gratiolct ensuite, montré-
rent que les circonvolutions sont disposées sur un plan régulier, identique dans chaque espèce animale, quanta ses conditions fondamentales, et variant seulement dans quelques détails. C'est ce qu'ils désignèrent sous le nom de circonvolutions de premier, second, troisième et quatrième ordre (Foville) et de plis fondamentaux et accessoires (Leuret et Gratiolet). Ces travaux et ceux de Bischoff, Arnold, de Turner, M. Ecker, M. Gromier, ont définitivement établi Yanatomie morphologique de l'encéphale.
Mais un des points les plus intéressants était de déterminer les conditions originelles des diverses parties du cerveau. Il était, en effet, très-important de suivre pas à pas et fil à fil chacun des éléments qui, des pédoncules cérébraux, se dirigent dans la masse encéphalique.
Cette étude essentiellement délicate a été entreprise par les anatomistes de tous les pays : Rolando, Tiedemann, Stilling, Serres, Béclard, Miiller, Herbert-Mayo, Burdach, Lallemand, Leuret et Gratiolet, Longet, etc., ont concouru par leurs travaux à élucider cette question difficile. Mais c'est à Foville, à Gratiolet et à Valentin qu'il faut attribuer, croyons -nous, les résultats définitifs que nous possédons aujourd'hui.
Si l'on considère, dit Valentin, les rapports des pédoncules cérébraux avec les faisceaux fibreux qui pénètrent dans les gros renflements des ventricules latéraux, on acquiert la conviction que la base du pédoncule est surtout en rapport avec le corps strié correspondant et la coiffe avec la couche optique (-1).
Gratiolet, de son côté, avec le bon sens qui le distingue, critique les Allemands sur l'usage qu'ils font de l'expression coiffe: « Je ne connais pas, dit-il, d'expression plus mal choisie (2). »
M. Rietzin, qui a si bien coordonné tous les travaux de l'époque sur la structure du système nerveux, ajoute à la citation qui précède :
Telle est la première idée qu'on doit se faire de l'arrangement des fibres des pédoncules dans les renflements grisâtres qui s'y opposent.
(1) Valentin, Névrologie, p. 249.
(2) Leuret et Gratiolet, Anatomie du système nerveux, t. II, p. 148. Cette critique, d'ailleurs, s'adressait à l'impropriété de la comparaison, caria disposition des parties, dans cette région, ne ressemble nullement à une coiffe. La description minutieuse qu'en donne Gratiolet est vraiment admirable.
Une préparation facile suffit à la démonstration de ce fait important: la couche optique, comme on le sait, forme une éminence assez considérable, saillante, dans le ventricule latéral, composée de substance grise et un peu jaunâtre, renfermée dans une coque blanche dont nous parlerons plus bas. Elle est traversée de dedans en dehors par un grand nombre de fibrilles blanches assez déliées, qu'on découvre en enlevant, par une coupe horizontale, le cotylédon ventriculaire de la couche optique ; toutes les fibres se portent visiblement dans la région supérieure du pédoncule. Les fibres, au contraire, de la région fasciculée de ce dernier, situées sur un plan inférieur aux précédentes et séparées d'elles parle croissant noir de Sœmmering, se portent avec elles en dehors par une inflexion très-marquée en forme de coude. Elles restent en grande partie étrangères à la couche optique; à la circonférence de l'arête centripète du corps strié, elles rencontrent le plan étalé de la coiffe pédonculaire et s'engagent, avec lui, dans l'intervalle des deux cotylédons de l'éminence striée pour former au delà la presque-totalité de l'éventail fibreux qui succède au pédoncule cérébral. Pour découvrir cet éventail, il faut, après avoir ouvert le ventricule latéral par l'ablation de ses parties supérieures, détacher tout le noyau intra-ventriculaire du corps strié. Ce noyau, d'un aspect gris très-marqué, pyriforme, présente une extrémité antérieure renflée, arrondie, qui se prolonge dans la corne antérieure ou frontale du ventricule, et une extrémité postérieure qui va s'effilant le long du bord externe de la couche optique qu'elle embrasse dans sa concavité. Lorsqu'on excise ce noyau par une section horizontale, on découvre un plan fibreux manifestement composé de fibres blanches divergentes mêlées de stries grises qui ont la même direction. Ce plan constitue la face supérieure de l'éventail du noyau cérébral.
Cet éventail, dit M. Foville (1), à la suite d'un brusque changement dans la direction de la surface libre de la région fasciculée du pédoncule, se manifeste disposé comme une queue de paon à demi ouverte et figure par conséquent un segment de cône creux, radié du sommet à sa base. Le sommet de ce cône creux s'articule avec l'extrémité antérieure de la région fasciculée du pédoncule, suivant un angle d'environ 4b degrés; sa base, dirigée en dehors, atteint dans son contour la circonférence elliptique de Vinsula. Dans la concavité du cône creux se trouve logée la masse composée de la région de l'espace perforé et des cotylédons extra-ventriculaires. Le cotylédon extra-ventriculaire de la couche optique remplit le sommet du cône; le cotylédon extra-ventriculaire du corps strié remplit sa base ; de la partie inférieure de la base rayonne la coque extérieure d'enveloppe du cotylédon
(1) Traité de l'unatomie, de la "physiologie et de la pathologie du cerveau, 1™ partie, p. 402. Paris, 1844.
du corps strié. Le côté convexe de l'éventail fibreux est revêtu par la masse des cotylédons ventriculaires de la couche optique et du corps strié (1).
Il ne faut pas un grand effort pour retrouver dans cette description lumineuse et exprimée en bons termes, le tegmentum, le pes, la capsule interne, le mur, Y avant-mur de M. Meynert (de Vienne), et l'on s'étonne, à bon droit, que des physiologistes cherchent à introduire chez nous une terminologie dont le moindre inconvénient serait, si on l'adoptait, d'être préjudiciable aux études et de porter atteinte à la vérité historique.
Pendant que l'on suivait ainsi la distribution des fibres de l'expansion pédonculaire et que l'on étudiait leurs rapports avec les noyaux de substance grise, cette dernière était l'objet d'investigations minutieuses. Kolliker n'avait décrit que quatre couches dans l'écorce grise du cerveau (2). M. Baillarger, avec une simple loupe, démontra que ces couches doivent être portées au nombre de six et qu'elles sont alternativement blanches et grises. M. Calmeil, de son côté, faisait ressortir la coïncidence de la lésion de l'écorce grise avec les troubles de la paralysie générale ; enfin M. Luys reconnaissait, avec le microscope, que l'écorce grise du cerveau est composée de petites cellules dans les couches superficielles et de grosses cellules triangulaires dans la couche profonde (3).
Aujourd'hui, méconnaissant les travaux de Baillarger, on n'admet plus, avec Kolliker, que quatre couches (Meynert) (4) et on désigne les grosses cellules triangulaires de Luys sous le nom de cellules pyramidales, cellules géantes. On signale aussi des cellules araignées, de Bell et Golgi.
D'après Kolliker et Arndt (5), la couche extérieure de l'écorce grise est recouverte de tubes nerveux parallèles.
M. Betz, de son côté, a étudié la structure de l'écorce grise dans les différentes régions, et il a reconnu que les grosses
(1) Auguste Rietsin, De la structure intime du système nerveux, central, périphérique et. grand sympathique, p. 157. Bruxelles, 1847.
(2) Kolliker, Histologie humaine»
(3) Luys, Recherches sur le système nerveux cérébro-spinal, p. 163.
(4) Meynert, Vom Gehirne der Sauyethiere. Stricker's Handbuch, t. II, p. 704.
(5) Arndt, Studien ueber die Architechtonick der~ Grosshirnrinde des Menschen, in Arch. fur mikroskop. Anatomies, 3° Bd, 1867, p. 441.
cellules prédominent en avant du sillon de Rolando, tandis qu'en arrière de ce sillon les couches granuleuses l'emportent sur les grosses cellules (t).
En résumé, les connexions anatomiques des éléments qui entrent dans la constitution de la masse encéphalique sont assez bien connues aujourd'hui ; mais il y a encore beaucoup à faire dans cette voie. Heureusement l'attention est portée de ce côté ; dans tous les pays, une jeunesse studieuse rivalise d'efforts intelligents sur ce terrain ; nous devons espérer que le succès couronnera l'œuvre.
En attendant, l'on a cherché à utiliser les connaissances acquises et l'on s'est empressé de systématiser les faits au point de vue des fonctions cérébrales. Cet empressement est fort naturel, car il s'agit de la tête de l'homme, abandonnée pendant si longtemps aux psychologues ; mais nous pensons qu'il eût été plus profitable s'il avait été mieux dirigé. Nous allons d'ailleurs examiner cette question tout à fait actuelle en ce moment.