‹ Application des sciences à la médecineChapitre 63 sur 69 · INSECTES · texte numérisé non relu

INSECTES

Nous nous bornerons à signaler, parmi les diptères, le pou de la tête, le pou du corps, le pou du pubis, la puce ordinaire, et nous nous arrêterons particulièrement sur la puce-chique.

Puce-chique, Pulex penetrans. Linné. — La chique habite les bois de l'Amérique intertropicale, et particulièrement les bois de la Guyane et du Brésil; elle est plus petite que la puce ordinaire et présente sur le dos une tache blanche. Le bec de la chique est formé par deux mâchoires, deux mandibules, une lancette médiane triôdre, à arêtes tranchantes, la supérieure un peu dentée, et enfin une lèvre inférieure dont la face supérieure est creusée en gouttière.

La femelle seule attaque l'homme, et elle le fait dans le but de loger et d'alimenter ses petits, ce qui serait fort louable si des inconvénients assez graves ne résultaient pas de cette invasion.

Ce sont les pieds, à la plante, sous le talon, ou dans la région sous-unguéale, que la chique choisit de préférence ; au moyen de sa lancette, elle fait un trou et se loge entre le derme et l'épidémie, ne laissant au dehors que les deux ou trois derniers anneaux de son abdomen. Bientôt celui-ci prend du volume et atteint la grosseur d'un pois.

Dès le début, pendant vingt-quatre à trente-six heures, la présence de l'animal ne donne lieu qu'à un peu de démangeaison ; mais, à partir de ce moment, le développement progressif du ventre de la puce exerce une compression douloureuse, bientôt suivie d'inflammation des tissus qui peut durer quatre à cinq jours et se terminer par la rupture de l'épi— derme et la sortie de la puce. Généralement on n'attend pas

cette cure naturelle, et on enlève la chique en agrandissant avec précaution la petite fente épidermique qu'elle a pratiquée.

Quelquefois il arrive que la chique provoque la gangrène et l'ulcération des tissus. Suivant Bonnet, l'ulcère de la Guyane ne serait autre chose que l'ulcère de la chique.

A côté de la chique, on peut mentionner les œstres, insectes diptères ayant la forme de grosses mouches et qui s'introduisent également sous la peau au moyen d'une tarière pour y déposer un seul œuf. La larve des œstres forme tumeur à la surface de la peau par son développement. De Humboldt, Howship, ont été témoins de la présence de ces tumeurs chez des Indiens de l'Amérique méridionale.

Muscides. — Les muscides sont une des tribus des athèriceres. Quelques larves de ces insectes, dont la mouche commune est le type, vivent en parasites sur le corps de l'homme.

Mouche carnassière, Sarcophaga carnaria. — Cette mouche, longue de ii à 16 millim., présente une tête jaune, des

Fig. 91. — Mouche carnassière.

A, larve; B, son extrémité céphalique grossie; a, crochets; b, cornes charnues; c, stigmate (1).

yeux rouges et un thorax gris rayé de noir; elle est vivipare. Sa larve est apode, blanche, molle, effilée et sa bouche est garnie de deux lèvres entre lesquelles passent deux crochets noirs, cornés, et recourbés en hameçons. C'est avec ces crochets que la larve s'aide à progresser et qu'elle déchire les tissus. On trouve cette larve sur les cadavres et dans les plaies.

La mouche dorée, lucilia exsar, est ovipare ; elle dépose ses œufs sur la viande et ses larves vivent sur les cadavres.

(1) Lancereaux, loc. cit., p. 661.

Mouche hominivore. Lucilia hominworax} Coquerel. — Cette mouche a la face et les joues couvertes d'un duvet jaune doré; le thorax est d'un bleu foncé, très-brillant, à reflets pourprés; sa tête est grosse, ses ailes transparentes, un peu enfumées, surtout à la base; nervures noires. Ovipare. La larve est d'un blanc opaque; elle mesure de 14 à 15 millim. de long sur 3 à 4 millim. de large ; elle présente sur les côtés de la bouche deux mandibules cornées, très-aiguës.

Cette mouche, observée surtout à la Guyane française par M. Coquerel, produit parfois des accidents redoutables en déposant ses œufs dans les fosses nasales de l'homme. Les larves s'avancent dans les sinus et leur présence donne lieu aux phénomènes suivants :

Douleur plus ou moins vive dans la région orbitaire (sensation de barre), gonflement œdémateux de la région nasale, écoulement sanieux par les narines suivi d'épistaxis abondantes et difficiles à arrêter ; sortie de quelques larves à travers la peau ulcérée ou par les narines.

Quelquefois les larves se répandent dans le pharynx, les orbites, les paupières. En même temps l'état général reflète la gravité des accidents locaux, et il n'est pas rare que le délire méningitique, qui survient quelquefois, soit suivi de mort.

Nous signalerons simplement Vaglossa pinguinalis, dont la larve se trouve chez les marchands de comestibles, dans le lard, la graisse, le beurre, et qui parfois a été rencontrée dans le tube digestif. Des accidents cholériformes sont la conséquence fréquente de leur présence.

Quant au cousin (némocères) et à la punaise (hétéroptères), il nous suffira de les mentionner.

2o ARACHNIDES.

Les arachnides fournissent peu d'animaux parasites ; mais, en revanche, ces derniers ont une certaine importance.

Mentionnons d'abord les Tiques ou Ixodes qui enfoncent leur bec dans la peau à la façon d'un trocart et s'y fixent au moyen de crochets qui garnissent la surface du suçoir. Leur instrument piquant est si subtil qu'on ne sent pas la piqûre, et ce n'est que quelques jours après que la douleur appelle l'attention sur le point où se trouve l'animal gorgé de sang.

La tique ainsi accrochée n'est retirée qu'avec assez de difficulté.

Nommons aussi les argas de Perse et de Colombie, dont la piqûre est excessivement douloureuse.

Le rouget est un acaride à corps allongé, mou, velu, rouge écarlate ou orangé, de 1/10 de millimètre, pourvu de six pattes couvertes de poils et terminées par deux crochets. Ces animaux se trouvent sur les pelouses, dans les bois, de la mi-juillet à la mi-septembre, et s'insinuent dans la peau, à la racine des poils, affectant de préférence le ventre, le scrotum et la partie interne des cuisses.

L'éruption que produit ce parasite, et qui est fréquente chez les individus qui travaillent dans les jardins, est connue vulgairement sous le nom de bouton d'août.

Sarcopte de la gale, Latreille. — Cet acarus est à peine

Fig. 92. — Sarcopte de la gale.

a, sarcopte mâle (face ventrale) ; b, sarcopte femelle (face dorsale); c, œuf (1).

visible à l'œil nu. Mou, luisant, rond en dessus, plat en dessous, un peu transparent, le sarcopte est formé par quatre segments. Les pattes sont au nombre de quatre paires. Dans l'un et l'autre sexe, les deux paires de pattes antérieures sont terminées par un ambulacre tubuleux un peu courbé, et

(1) Lanceueaux, loc. cit., p. 667.

pourvu à son extrémité d'une sorte de ventouse en forme d'assiette creuse (Robin).

Chez la femelle, les pattes postérieures sont terminées par une longue soie creuse, arquée et traînante.

Chez le mâle, la quatrième paire est munie au contraire d'un ambulacre semblable à celui des deux paires antérieures.

Les mâles sont plus petits et moins nombreux que les femelles.

Le sarcopte est muni de deux mandibules portant, à leur extrémité, un crochet aigu qui s'articule à la base d'un prolongement de la mandibule et forme avec lui une pince didaclyle.

Au moyen de ce crochet, il entame l'épiderme clans lequel il se creuse une sorte de terrier qui apparaît à la surface de la peau comme un sillon légèrement courbe. Les points d'élection où le sarcopte fait son trou sont les parties dont l'épiderme est souple et plissé : intervalle des phalanges, poignets, voisinage des organes de la génération, bout des seins.

Blotti dans son terrier, le sarcopte vit aux dépens du voisinage à grands coups de crochet; il détermine ainsi une sécrétion abondante d'humeurs qui finissent par soulever l'épiderme et déterminera l'extrémité du sillon une vésicule miliaire.

Demodex folliculorum, Oiven. — Ce parasite, découvert par M. Simon, présente de 3 à 6 dixièmes de millimètre de longueur. La tête, confondue avec le corselet, forme, un céphalothorax oblong pourvu d'un rostre à deux palpes latéraux et suçoir intermédiaire.

Le demodex habite les conduits normaux W

ou dilatés des glandes sébacées et particulière- Fig. 93. —Demodex

, , -ij A4i ' a i 1 folliculorum (1).

ment ceux des ânes du nez ; sa tetc est placée

en bas. Habituellement les demodex vivent en société, et on

en trouve quelquefois de dix à vingt dans le même follicule.

3o CRUSTACÉS.

Les pentastumes, autrefois considérés comme des helminthes, sont définitivement rangés parmi les crustacés. Le pentastome

(1) Lancereaxjx, loc. cit., t. I. p. 670.

tœnio'ide est la seule espèce que l'on connaisse à l'état de larve et à l'état adulte. On connaît une autre larve sous le nom de pentastome étreint.

Pentastome tsenioïde, Rudolphi. — Ce parasite a le corps déprimé, lancéolé, rétréci en arrière et plissé transversalement; sa bouche, presque orbiculairc, présente des crochets rangés en demi-cercle.

Le mâle, long de 18 millim., est blanc; la femelle est d'un gris blanchâtre et un peu plus longue. Ce parasite vit dans les

fosses nasales du chien, du loup, du cheval, du bœuf et du mouton. Chez l'homme, on n'a trouvé que la larve de ce crustacé. C'est elle qui va nous occuper.

Pentastome denticulé, Rudolphi. — Lorsque le pentastome tœnioïde a pondu ses œufs, ceux-ci sont expulsés avec le mucus des fosses nasales, et selon le milieu qui les reçoit, ils périssent ou ils continuent leur évolution. Dans ce dernier cas, c'est que, placés sur des matières alimentaires, ils ont été avalés par un autre animal. Arrivés dans l'estomac, les œufs donnent naissance à de petits vers pourvus de pattes articulées, et d'un stylet protactile à la tête. De l'estomac, ces petits vers passent dans l'intestin ; de là dans les villosités, dans les chylifères, et finalement dans les ganglions mésentériques où ils s'établissent. Là, ils perdent leurs pattes et leur stylet, leur corps s'allonge, se segmente et se hérisse de piquants, et leur bouche se garnit de quatre crochets. Telle est, en ce moment, la larve du pentastome tœnioïde connu sous le nom de pentastome denticulé.

Pour prendre l'état adulte, cette larve doit être mise en

HmM^

Fig. 94. — Pentastome denticulé, fortement grossi. Un trait marque la grandeur naturelle (d'après Zenker) (1).

(1) Lancereaux, toc. cit.. i). 673.

liberté par la dent d'un autre animal et arriver dans les fosses nasales de ce dernier. Dans ces conditions, et si les deux sexes se trouvent réunis, la larve, après s'être complétée, peut donner naissance à une nouvelle génération de pentastomes. Ces métamorphoses ont été particulièrement étudiées par M. le professeur Colin (d'Alfort).

Le pentastome denticulé a été trouvé chez l'homme par Zenker à la surface du foie ; on l'a trouvé depuis à la surface des reins et de la rate. Cette larve est contenue dans une capsule fibreuse, généralement incrustée de substance calcaire.

Page 1