VERS
Les parasites les plus communs, chez l'homme, appartiennent au sous-embranchement des vers, classe des Helminthes. Cette classe elle-même est subdivisée en ordres, et c'est dans trois de ces ordres qu'ont été réunis les parasites qui vont n"ous occuper.
Ces ordres ont été désignés par des noms qui rappellent les caractères morphologiques des individus qui les composent :
1° Cestoïdes ou rubanés,
2° Trématodes ou foliiformes,
3° Nématoïdes ou cylindriques.
lo CESTOÏDES OU RUBANES.
Ce sont des vers intestinaux aplatis en forme de ruban qui va s'élargissant à partir de la tête. Ce ruban est formé d'anneaux hermaphrodites ovipares [cucurbitins ou proglottis). La longueur de ces vers est en moyenne de â à 4 met., mais on en trouve qui ont de 1 à 10 mètres.
Cet ordre se subdivise en deux familles : les Tseniadés et les Bothriocéphalidés.
Txnitidés. — Les tœnias ont le pore génital sur le bord des anneaux qui sont plus longs que larges; leur tête est sphérique et porte quatre ventouses ou mamelons Creux, circulaires, et équidistants.
Le taenia inerme ou mediocanellata ne présente pas de crochets; il a ses pores génitaux à droite et à gauche alternative-
ment. Ce tœnia est très-commun en Egypte et en Algérie, rare chez nous. En Abyssinie et quelques autres contrées, la
larve de ce parasite se loge dans les muscles du bœuf, et communique à ce dernier une sorte de ladrerie.
Taenia solium ou ver solitaire.
— C'est le taenia armé de l'homme.
La tête de ce vers présente une trompe centrale imperforée (proboscide)r entourée d'une double couronne de seize crochets. Les pores génitaux sont d'un même côté.
Le ta?nia de l'homme habite l'intestin grêle, la tête dirigée en haut; il est ovipare; ses œufs laissent voir par transparence un embryon dont la tête présente trois paires de crochets de la même forme que ceux de l'adulte, mais proportionnellement plus grands. L'embryon ne se développe qu'à la condition d'être transporté sur un terrain convenable, ce qui a lieu lorsque des cucurbitins se trouvent mêlés aux aliments du porc ou à ceux de l'homme, de telle façon que le suc gastrique puisse dissoudre les enveloppes de l'œuf. A partir de ce moment, l'embryon passe à l'état de cysticerque de la cellulosité.
Tsenia nana, Skbold. — Ce taenia est long de 10 à 15 millimètres; il est pourvu d'une tête grosse sur laquelle on voit une couronne de crochets bifides (22 à 24) et portée par un long cou. On l'a observé en Egypte.
Le taenia madagascariensis (Davaine) est un peu plus
Fig. 95. — Tœnia solium ou tsenia armé; fragments pris de distance en distance à partir de la tête.
a, tète armée de sa couronne de crochets grossie quinze fois; 6, œuf grossi 300 fois ; les crochets de l'embryon sont trop apparents (1).
(1) Lancereaux, loc. cit., p. 712.
grand que le précédent ; il a été observé à Mayotte sur deux enfants qui avaient moins de trois ans.
Taenia echinococcus (Siebold). — Ce taenia ne mesure que 3 à 6 millim. ; il a une tête armée de trente-huit crochets; sa demeure habituelle est l'intestin du chien. On l'a trouvé cependant chez le singe, le mouton, le cheval, le porc; il est très-rare chez l'homme; sa larve, au contraire, est très-commune chez ce dernier.
Bothriocéphalidés. — Dans cette famille, la tête est sans crochets; elle présente, sur les côtés, deux fentes ou fossettes longitudinales; le pore génital est situé sur la ligne médiane; le corps est très-long.
Le Bothriocephalus latus est le plus grand de tous les vers qui vivent chez l'homme; il mesure de 6 à 20 mètres (Dujardiri), et on a compté jusqu'à dix mille articles qui ne se séparent pas en cucurbitins, comme cela se voit chez les taenias.
La présence des taenias dans le corps de l'homme se manifeste par des symptômes locaux, tels que coliques, dyssenterie, hémorrhagie, appétit irrégulier, nul ou vorace, et par des phénomènes réflexes et sympathiques, tels que : dilatation des pupilles, vomissements, convulsions, irritabilité, surdité, chorée, aphonie, perversion des sens, paralysie, toux, asthme, etc., etc.
Métamorphoses des txnias. — Les métamorphoses des taenias sont analogues à celles des insectes :
1° Œuf; 2° larve; 3° cocon ; 4° taenia sexué.
Les métamorphoses du taenia inerme et du bothriocéphale sont encore peu connues.
L'œuf du taenia est sphérique ; celui du bothriocéphale est ovoïde et à opercule. Ces œufs renferment un embryon infusoriforme dont la tête est ornée de trois paires de crochets.
Lorsqu'un de ces œufs est avalé avec les aliments, le suc gastrique dissout la coque ; la larve se dégage et se dirige vers les muscles ou vers le foie, les poumons, le cerveau. Arrivée dans l'une quelconque de ces parties, la larve s'enkyste en s'enveloppant d'un cocon à trois coques concentriques, dont la grosseur varie entre celle d'un grain de millet et celle d'une tête d'adulte. Le cocon est rempli d'un liquide clair, limpide comme de l'eau de roche. Dans ce liquide baignent
des têtes de tsenia armées. Gelles-ei sont fixes et solitaires comme dans le cocon du txnia solium (cysticerque cellulosse) ou multiples comme dans le cocon du tœnia cénure, ou bien enfin libres et multiples comme dans le cocon du taenia échinocoque.
Ces cocons, qui constituent la ladrerie, sont appelés aussi vers vésiculaires, kystes hydatiques, hydatides, etc.
Nous arrêterons notre attention sur la larve enkystée du taenia solium et sur celle du txnia échinocoque.
Cysticerque ladrique. Cysticercus cellulosse, Rudolphi. —
Fig. 96. — Tête du cysticerque ladrique de l'homme Fig. 97. — a. grand croche grossie quatre-vingt fois ; o ette tête est ornée de h, petit crochet (370 dia-
quatorze grands crochets longs de 0mm,079 et de mètres. (2).
quinze petits crochets longs de 0mm,015. Spécimen extrait par M. Lancereaux pendant la vie et dessiné par L. Vaillant (1).
Ce parasite n'est autre que la larve du taenia solium, et c'est lui qui engendre l'affection connue sous le nom de ladrerie. La tête a la forme et le volume de la tête du tsenia qui lui a donné naissance; elle est pourvue de quatre suçoirs, d'une trompe obtuse et imperforée, et elle est couronnée par deux rangs de treize à seize crochets allongés.
(1) Anatomie pathologique, t. I. p. 715.
(2) Lancereaux, Ioc. cit., p. 715.
no::
Le corps est cylindrique et plus long que la vésicule qui le renferme. Celle-ci a un diamètre variable de 6 à 10 millim.; elle est percée sur un de ses côtés d'un pertuis étroit sur les bords duquel prend naissance une seconde vésicule qui nage dans le liquide renfermé dans la première. C'est dans cette dernière, et au fond, que l'animal se trouve fixé au moyen d'un pédicule.
Le cysticerque remplit exactement cette poche, et, quand il veut sucer le sang, il n'a qu'à redresser et à allonger sa tête à travers l'orifice ménagé sur le côté de la vésicule. Généralement, la vésicule ladrique est entourée d'un kyste adventif, qui parfois présente une cicatrice blanche correspondant à l'orifice de sortie du cysticerque (Ch. Robin).
Lorsque les vésicules ladriques occupent le tissu cellullaire souscutané et les muscles, — ce qui est le cas le plus fréquent, — leur présence, vu leur petit volume, ne provoque aucun désordre sérieux , à moins qu'elles ne soient en trèsgrand nombre (on en a compté jusqu'à cinq cents). Mais il arrive parfois que les vésicules ladriques se développent dans des organes dont elles peuvent troubler profondément la fonction : les poumons, le foie, les reins, le cœur, le cerveau, l'œil. Dans ces derniers cas, un seul cysticerque peut produire des désordres très-graves.
Hydatide échinocoque. — Lorsque l'embryon du tsenia échinocoque est parvenu dans les tissus, il se transforme en une vésicule qui porte le nom à'hydatide. Cette vésicule pré-
Fig. 98. — Tjeuia echinococous grossi vingt-deux fois. Strobile complet montrant un proglottis adulte prêt à se détacher. Le pénis fait saillie sur le coté (1).
(i) Lancereaux, loc. cit., p. 724.
sente alors les dimensions d'une tête d'épingle ; mais plus tard elle peut acquérir un volume énorme. L'hydatidc est constituée par une membrane extérieure qui produit, par gemmation, à sa surface interne ou externe, ou même dans son épaisseur, des vésicules semblables qui, à leur tour, peuvent fructifier. Dans le cas de reproduction sur la surface extérieure la vésicule reste simple ; dans le cas de reproduction sur la surface interne, la vésicule forme une tumeur kystique composée d'un grand nombre de vésicules et susceptible de devenir très-volumineuse.
Dans son intérieur, la vésicule hydatique donne naissance à une membrane germinale infiltrée de granulations élémentai-
Fig. 99. — Échinocoques fixés par un l'unicule sur la membrane interne ou germinale de Thydatide (fig. empruntée à Yatlas d'anatomie pathologique de M. Lancereaux).
res, dans l'épaisseur de laquelle se développent les échinocoques. Quand cette membrane fait défaut, la vésicule est stérile.
Les échinocoques restent unis à la membrane, au moyen d'un pédicule, jusqu'à leur entier développement. C'est alors que le funicule se rompt et que l'animal flotte librement dans la cavité de l'hydatide.
Examiné à cette période de son évolution, l'échinocoque est à peine visible à l'œil nu.
Avec le microscope, on constate qu'il se présente sous la forme d'un corps ovoïde, étranglé vers la partie moyenne, et long de 0mm,2 sur Omm,ll de largeur. La tête est pourvue de quatre ventouses et ornée d'une double couronne de crochets au nombre de quarante et plus.
Les hydatides ne se développent ni dans les tissus épithéliaux, ni dans les cavités revêtues par ces tissus, mais unique-
ment dans le tissu conjonctif des organes, et, pour ce motif, elles sont toujours renfermées dans un kyste formé à leur contact (E. Lancereaux). Les organes où on les rencontre habituellement, sont : le foie, le péritoine, les poumons, la rate, les reins, les muscles, le cerveau, le cœur et les os.
2° TRÉMATODES OU FOLIIFORMES.
L'ordre des Trématodes est constitué par des vers mous, aplatis, inarticulés, dont l'intestin est imperforé, et qui sont pourvus d'organes d'adhérence ou Ventouses. La famille des Distomiens que renferme cet ordre fournit quelques parasites du nom de Distome.
Distome hépatique. — Vulgairement connu sous le nom de Douve hépatique, ce distome est un ver d'un blanc grisâtre long de 2 à 3 centimèt., large de 5 à 10 millimèt., aplati en forme de feuille de myrte à court pétiole creux. Le ver présente une ventouse orale et une ventouse abdominale imperforée située vers le tiers antérieur du corps. Entre ces deux ventouses sont les organes sexuels. L"intestin est en forme de Y renversé.
Le distome se rencontre chez les ruminants et particulièrement chez le mouton ; il habite généralement le foie et la vésicule biliaire ; mais on peut le rencontrer ailleurs. Rare en France, il est plus commun en Hollande, en Suède et surtout en Egypte.
Distome hématobie, Bilharz. — Découvert par M. Bilharz dans la veine-porte et ses ramifications, ce parasite se présente sous la forme d'un petit ver long (le mâle) de 8 à 10 millimèt., unisexué. La femelle est beaucoup plus petite que le mâle, contrairement à ce qui arrive généralement chez les animaux inférieurs.
Fig. 100. — a, distome hépatique : b , œuf gross 117 fois et traité par la potasse caustique (1).
(1) Lancereaux, loc. cit., p. 704.
On trouve le distome hématobie au Gap de Bonne-Espérance et en Egypte ; il est inconnu en Europe. Sa présence a été constatée dans la veine-porte et dans les voies urinaires où il détermine des désordres graves.
3° NÉMATOÏDES OU CYLINDRIQUES.
Les nématoïdes (vr^a, fil) sont des vers lisses, filiformes, unisexués, sans métamorphoses, striés transversalement, atténués aux deux extrémités ; bouche et anus opposés ; les femelles sont plus nombreuses et plus grandes que les mâles ; le pore génital est situé vers le tiers ou le quart antérieur du corps ; le mâle a toujours deux spécules (pénis) avec ou sans bourses à l'extrémité caudale ou auprès. Disons enfin qu'ils sont ovipares ou vivipares, à œufs elliptiques avec ou sans prolongements aux deux extrémités, et sans opercule. Les larves, agames, n'ont d'organes sexuels qu'à l'âge adulte et ne pénètrent dans les organismes étrangers qu'à la faveur des aliments, alors qu'elles sont encore dans l'œuf.
Les nématoïdes renferment plusieurs familles ; mais nous ne nous occuperons ici que des nématodes parasites de l'homme qui comprennent plusieurs genres : les ankylostomes, les ascarides, les stronglydes, les trichotrachêlides, les filarides.
Ankylostomes. Ce genre ne renferme qu'une seule espèce connue, c'est Yankylostome duodénal.
Ankylostome duodénal, Dulrini. — Ce ver a été découvert par Dubini à Milan (1838) sur le cadavre d'une paysanne; il est long de 3 à 4 millimètres, un peu courbé, transparent dans le quart antérieur; rougeâtre, jau-
Fig. 101 — Ankylostome duodénal femelle fortement grossi, a, cavité buccale; b. anus; c, ouverture commune aux organes d'excrétion ; d, vulve; e, le même^inimal grandeur naturelle (H.
(1) Lancereaux, loc. cit., p. 704.
nâtre en arrière. La bouche, cupiliforme, est armée sur son bord supérieur de deux paires de crochets cornés; le bord inférieur porte quatre petites papilles coniques inégales.
Le mâle, plus petit que la femelle, présente à sa partie postérieure une sorte de bourse membraneuse pourvue de onze rayons, dont cinq de chaque côté; le onzième, bifurqué à son sommet, est médian.
L'ankylostome habite le duodénum et le jéjunum; il est fixé, quelquefois en nombre considérable, à la muqueuse de l'intestin au centre d'une ecchymose lenticulaire qu'il détermine.
La présence de ce parasite occasionne des hémorrhagies qui peuvent devenir très-graves, et quelquefois môme entraîner la mort. M. Griésinger attribue à ces hémorrhagies la chlorose d'Egypte. MM. Grenet et Monestier, médecins de la marine, tendent à considérer l'ankylostome comme la cause de la maladie connue sous les noms de mal-cœur, cachexie africaine, dirt-eating , et caractérisée principalement par la décoloration de la peau et des muqueuses.
Ascarides. Le genre des ascarides renferme en particulier deux espèces très-connues à cause de leur fréquence : les ascarides lombricoïdes et les oxyures vermiculaires. Ces vers existent à l'état de parasites sur toute la surface du globe. Les premiers habitent les intestins et, par exception, l'estomac, l'œsophage, les fosses nasales, les voies respiratoires, les conduits biliaire et pancréatique. Les seconds ne fréquentent que la partie inférieure du rectum, et quelquefois la vulve et le vagin où ils peuvent devenir une cause d'onanisme.
St?'o?iglydes. Ce genre fournit deux parasites à l'homme : le strongle géant, ver rougeâtre, cylindrique, qui habite ordinairement le rein, la vessie ou le tissu cellulaire sous-péritonéal ; et le strongle à long fourreau qui a été trouvé, en Transylvanie, par Jovisitz, dans le parenchyme du poumon d'un enfant. Dans le rein, le strongle géant détermine de vives douleurs et des hématuries qui résultent de la destruction du parenchyme rénal. Les œufs de ce parasite, rendus par les urines, sont ovoïdes à deux saillies.
Trichotrachélides. Ce genre fournit également deux parasites : le trichocéphale de l'homme et la trichine.
Le trichocéphale de l'homme est un ver blanchâtre ou jaunâtre, présentant une partie antérieure capillaire, et une
partie postérieure plus épaisse. Le mâle mesure 3 à 4 centimèt. et la femelle 4 à 5 centimètres. Ce parasite vit dans le gros intestin où il pond ses œufs qui sont rejetés avec les fèces. Si
Fig. 102. — Tricocéphale de l'homme.
a, mâle grandeur naturelle; b, femelle grandeur naturelle; c, extrémité céphalique; d. extrémité caudale du mâle, grossie, un spicule terminal; e. œuf grossi 80 fois.
ces œufs sont réintégrés dans l'intestin avec les aliments ou les boissons, l'embryon sort de sa coque et se développe; sinon, il meurt après un temps assez long.
La trichine est un petit ver vivipare, long de 1 à 3 centim. ; il est porté, à l'état de larve, dans l'intérieur du tube digestif •avec les aliments (viandes trichinosées). Dès l'arrivée de la
Fig. 103. — Trichines enkystées dans un muscle.
larve dans l'intestin, les organes génitaux se développent, des œufs se produisent, l'accouplement a lieu, et vers le cinquième
ou sixième jour apparaissent les embryons filiformes qui perforent les parois intestinales et vont s'enkyster dans les faisceaux primitifs des muscles volontaires. Là, entouré d'une double enveloppe, l'embryon se roule en spirale et continue à se développer. Plus tard, au bout de cent jours, chez le porc, les parois du kyste s'encroûtent de molécules calcaires et le parasite succombe, si toutefois il n'est pas porté dans l'intestin d'un autre organisme.
Tous les muscles, même ceux de l'œil, du tympan et du larynx, sauf le cœur, peuvent être envahis par la trichine.
La présence de ce ver produit quelquefois des phénomènes graves qui ont été confondus avec la fièvre typhoïde, le rhumatisme, la pleurésie, jusqu'au moment où Zenker en a démontré la véritable nature.
Filarides. — Ces parasites sont des vers blancs, jaunâtres ou rouges qu'on rencontre principalement chez les mammifères et les oiseaux; ils n'habitent jamais le tube digestif.
Filaire de médine. — Connu dès la plus haute antiquité sous le nom de Dragonneau, ce parasite existe dans l'Arabie Pétrée, dans l'Inde, au Sénégal, dans l'Amérique méridionale.
Le mâle, très-petit, paraît-il, est peu connu, et ce n'est que la femelle qu'on a pu observer sur l'homme. Longue de 40 à 50 centimèt. et large de 1 à 2 mill., la filaire femelle présente une bouche arrondie pourvue de trois petits nodules ; la vulve s'ouvre non loin de la bouche. Les régions superficielles de la tête, du tronc et des membres sont la demeure habituelle de la filaire qui vit toujours solitaire.
On ignore la manière dont elle pénètre sous la peau ; mais ce qu'il y a de certain, c'est qu'elle y arrive, et qu'après un temps assez long, pendant lequel sa présence n'a été signalée par aucun symptôme douloureux, la tuméfaction, la douleur, le prurit avertissent de sa présence ; bientôt après, la tumeur s'abcède, et il sort, avec une partie du ver, du pus séreux chargé d'une infinité d'embryons.
Dès qu'on le peut, il est nécessaire de retirer la filaire. A cet effet, on fait une incision à la peau; on saisit une anse du ver et on l'enroule doucement autour d'un petit bâton, en ayant soin de ne point rompre le parasite. Quand cette rupture a lieu il peut survenir de l'inflammation avec gangrène, des douleurs atroces et parfois la mort.
M. Davaine a décrit une espèce particulière de filaire sous le nom de filaire de l œil humain.
Sous le nom de filaires du sang de l'homme, M. Lewis a décrit des larves rencontrées dans le sang de l'homme, et provenant d'individus non encore spécifiés.
Arrivé au terme de notre travail, une préoccupation s'impose immédiatement à notre esprit : avons-nous convenablement justifié le titre de notre ouvrage? Oui et non. Si l'on attendait de nous un exposé complet de toutes les notions que le médecin emprunte aux autres sciences, nous sommes resté au-dessous de notre tâche, car nous sentons bien que nous ne pouvions pas, dans ce travail, passer en revue toutes les connaissances humaines. Mais, si l'on n'exigeait de nous qu'un aperçu général des notions afférentes à la médecine, avec quelques développements sur les points les plus saillants, nous croyons être resté dans les conditions voulues.
Nous considérons la manière dont nous avons traité le sujet, non pas comme un ouvrage complet, mais comme un simple programme destiné à servir à? introduction à l'étude de la méde* cine, et de mémento au médecin praticien. Telle a été notre pensée. Ainsi compris, notre travail renferme quelques enseignements qu'il n'est peut-être pas inutile de recueillir à cette place pour les présenter sous forme de conclusions générales.
L'art médical a existé de tout temps. Alors même que la médecine était à l'état d'embryon, on n'en a pas moins guéri des malades.
La médecine, science autonome et parfaitement distincte) est en grande partie constituée par l'application de toutes nos connaissances à Yart de guérir. La zoologie, la botanique, la chimie, la physique, fournissent à l'art tous ses moyens d'ac-
tion ; la physique et la chimie fournissent à la médecine tous ses moyens d'investigation , et lui permettent de se rendre compte des conditions physico-chimiques qui accompagnent le développement des maladies. Sans la physique et la chimie, la physiologie, abandonnée aux seules investigations des sens et de la raison, se résumerait dans quelques notions élémentaires, incapables d'éclairer la médecine sur la nature et le développement des affections morbides. Privée des connaissances anatomiques, la médecine ne saurait apprécier le véritable siège du mal. Les progrès de la médecine sont donc liés à ceux de toutes les sciences. Quand ces sciences n'existaient pas, la médecine les a inventées; mais, comme on ne peut pas créer une science de toutes pièces, elle a mis des hypothèses là où devait se trouver la vérité.
Toutes les doctrines, tous les systèmes pathologiques proviennent des lacunes et de l'imperfection des sciences qui sont destinées à éclairer la médecine.
Dans les temps les plus reculés, Hippocrate, complètement privé des connaissances anatomiques et physiologiques sérieuses, inspiré d'un autre côté par les systèmes cosmogoniques de l'époque, qui tenaient lieu de sciences, inventa une doctrine pathologique tout à fait hypothétique:
Au temps de Galien, l'anatomie et la physiologie existaient déjà comme sciences distinctes; les autres départements des connaissances humaines , définis et délimités par le génie d'Aristote, commençaient à vivre d'une vie indépendante ; mais ces progrès n'étaient pas suffisants pour que la doctrine hippocratique en reçût une sérieuse atteinte. Galien enrichit cette doctrine d'un grand nombre d'acquisitions précieuses; il la modifia sur quelques points, mais le fonds resta le même.
La première atteinte sérieuse qu'ait reçue la doctrine hippocratique a été portée par la chimie dans le courant du quinzième siècle; mais, comme la chimie n'était pas constituée à l'état de science, elle ne pouvait mettre que des hypothèses à la place de ce qu'elle venait détruire.
Le système iatro-chimique prouve tout à la fois et l'insuffisance des connaissances physiologiques pour expliquer les phénomènes morbides, et l'insuffisance des connaissances chimiques pour éclairer les phénomènes physiologiques.
Le système iatro-mécanique, qui vint un peu plus tard, ex-
prime, lui aussi, les lacunes de la physiologie et l'incompétence de la mécanique dans l'explication de toutes les fonctions humaines.
L'iatro-chimie et l'iatro-mécanique furent le signal de la prise de possession de la physiologie par la physique et la chimie. Depuis cette époque, ces sciences n'ont plus quitté le champ glorieux qu'elles venaient de conquérir; mais peu à peu, et à mesure que leur concours a déblayé le terrain physiologique, elles ont eu le bon esprit de limiter leurs prétentions et de ne se montrer que là où elles sont nécessaires.
Tant que l'anatomie et la physiologie ont présenté des lacunes qu'il a fallu combler par des hypothèses, ces dernières ont été le point de départ de systèmes qui ne se distinguent des précédents que parce qu'ils reposent sur une conception fausse des phénomènes de la vie. L'animisme, le vitalisme, les systèmes de Brown, de Broussais, reposent sur des hypothèses physiologiques; le système des organiciens repose sur une fausse interprétation des lésions organiques, et le plus récent, celui qui fait tout provenir d'une cellule, repose sur la connaissance encore incomplète des premiers éléments, et sur l'ignorance où nous sommes des lois de leur évolution.
Quand on envisage ainsi l'histoire des progrès de la médecine, on ne peut s'empêcher de constater que ces progrès sont subordonnés aux hypothèses qui, quelquefois, ont concentré sur elles les efforts de plusieurs générations. C'est dans l'exagération des systèmes, en effet, que la médecine a puisé la plupart de ses matériaux; c'est là qu'elle les a polis, travaillés pour les soustraire ensuite à leur origine, et leur donner la place qu'ils doivent occuper dans l'édifice qu'elle élève tous les jours.
Notre époque ne voit pas, comme dans le passé qui s'éloigne, la médecine divisée en doctrines et en idées systématiques, et Ton ne saurait aujourd'hui établir une carte topographique des doctrines médicales. Il semble que la facilité des communications, en réunissant tous les médecins dans une même atmosphère scientifique, les défend contre la préoccupation des idées trop exclusives; mais cette communication d'idées dépend d'une autre cause. La médecine, bien que tributaire des autres sciences, n'est pas constituée par elles ; elle a son objet : le corps malade, et ses instruments, l'observation et l'expériencç.
Or, pendant que les esprits aventureux se lançaient dans les exagérations des systèmes et faisaient jaillir des vérités nouvelles, d'autres esprits d'élite, mais dans un autre sens, prenaient soin de conserver le fil de la tradition historique, recueillaient lentement des observations précieuses, et rattachaient discrètement les véritables notions acquises à celles qu'ils possédaient déjà.
C'est à ces hommes, nombreux dans toutes les générations, que la médecine doit d'avoir conservé son autonomie et de s'être constituée scientifiquement à l'égal des autres sciences. Grâce à eux, grâce aussi à la juste équilibration de toutes nos connaissances, il n'est plus possible aujourd'hui de hasarder une hypothèse ou même un fait douteux sans que, de tous côtés, cette hypothèse, ce fait ne soient soumis à la pierre de touche de la raison scientifique. L'erreur ne supporte pas une pareille épreuve; ou, si elle la supporte, ce n'est que pour peu de temps : qu'elle provienne de la physique, de la chimie, de l'anatomie ou de la physiologie, peu importe, la médecine scientifique de nos jours sait la découvrir, et elle prouve ainsi qu'elle sait se défendre elle-même.
Dans cet admirable concours d'efforts, qui a conduit la médecine là où elle est de nos jours, la plus grande part évidemment revient à Y observation et à Y expérience ; c'est par elles que la médecine est née, a grandi et s'est développée pendant les premiers siècles; c'est par elles aussi qu'elle n'a pas arrêté un instant sa marche progressive.
L'anatomie et la physiologie ont rendu d'abord peu de services : l'énumération plus ou moins complète des organes et l'usage plus ou moins vrai des parties modifièrent peu les idées systématiques de Galien. Il faut arriver aux seizième, dix-septième, dix-huitième siècles pour entrevoir l'importance des applications de l'anatomie et de la physiologie à la médecine. La découverte de la circulation du sang et de la circulation lymphatique modifièrent de fond en comble la doctrine galénique, et préparèrent la grande période qu'inaugurèrent les travaux de Bichat et de Lavoisier. Dès lors, on ne chercha plus le mal dans une région, dans un organe, mais on le chercha là où il est : dans le tissu, dans l'élément. En même temps la physiologie de la respiration venait compléter la découverte de la circulation et préparer cette série de travaux
qui nous ont donné une connaissance à peu près complète de l'enchaînement harmonique des mouvements fonctionnels. On peut dire que la connaissance scientifique des maladies ne commence qu'à cette époque.
La physique et la chimie ont cela de commun avec la médecine scientifique que, nées depuis fort longtemps, elles ont eu une croissance longue et pénible jusqu'à la fin du dix-huitième siècle. Mais, à partir de ce moment, leur marche a été rapide, et on peut affirmer que, depuis Lavoisier, chacun de leurs progrès a eu un retentissement immense dans les choses de la médecine. Cela ne doit point nous étonner, puisque l'organisme ne fonctionne que d'après les lois physico-chimiques plus ou moins modifiées par le mouvement spécial de la vie.
Ce concours général des connaissances humaines au développement de la médecine semble devoir enorgueillir le médecin. Il est une réflexion qui doit bien vite abattre ce sentiment humain : c'est la difficulté de mériter aujourd'hui le titre de médecin en comprenant cette qualification dans ce qu'elle a de plus élevé. Comme toutes les sciences convergent vers l'homme dans le but de satisfaire ses besoins physiques et moraux, et surtout dans le but de conserver sa santé, il s'ensuit que le médecin doit réunir en lui les ressources que lui offrent toutes les sciences, pour les appliquer ensuite au rétablissement de la santé. Cette condition est difficile à réaliser, et nous le comprenons mieux que personne.
Voilà pourquoi, d'ailleurs, nous avons été séduit par la pensée qu'il ne serait peut-être pas inutile de réunir en un seul faisceau l'ensemble des connaissances afférentes à la médecine.