PLANCHES A RAINURES
Exercice sans danger, mais d'une application difficile dans les lycées, à cause des forces qu'il exige et de l'énorme dépense auxquelles elles entraînent.
Ciyninastlfiue Militaire.
Après avoir débarrassé la gymnastique des lycées et des écoles des machines inutiles bu dangereuses, je ne puis m' abstenir d'émettre mon avis sur la gymnastique militaire, dont l'énorme matériel, inutilement compliqué, et l'enseignement mal entendu, ne donnent que des résultats insuffisants.
11 est loin de ma pensée d'attaquer le mérite de la commission qui a organisé le règlement de la gymnastique militaire; car, lorsqu'elle entreprit ce travail, on était encore sous l'influence de la gymnastique Amorosienne, et il aurait été très-difficile à des personnes dont la plupart n'avaient jamais pratiqué la gymnastique, de réaliser tout à coup les modifications que je propose aujourd'hui.
Abordant immédiatement la question, je demande s'il est logique que, sous le nom d'école normale de gymnastique militaire, on détache pendant six mois un certain nombre d'hommes qui viennent s'y exercer, sans autre direction que celle qu'ils tirent d'une théorie imprimée qu'on leur met en main? Aussi, les hommes qui viennent s'instruire, pour porter ensuite l3 fruit de leurs travaux dans leur corps, s'en retournent pour la plupart moins avan-
cés que beaucoup d'autres qui se sont exercés sans quitter le régiment et sous les yeux de leurs chefs. Kst-il encore bien logique, au point de vue de la gymnastique militaire, qu'on fasse perdre le temps à une certaine quantité de soldats, en les exerçant sur des machines qu'ils ne retrouveront plus ailleurs, une fois sortis de cette école? Certainement, les personnes intéressées pourront dire qu'on exerce les hommes non-seulement à la gymnastique, mais encore aux chants, aux armes, voire même à la canne et à la boxe, etc. Mais il faudrait n'avoir aucune connaissance de ces choses, pour croire qu'en aussi peu de temps un homme, sorti d'une école presque sans direction, puisse se mettre convenablement en garde en face du plus petit maître de son régiment. Et, quant aux chants, dont on fait tant de bruit, je ne vois pas où est la nécessité de venir commencer dans une école normale, ce qu'on est obligé de finir d'apprendre àl'école du régiment. J'aurais compris l'importance qu'aurait pu acquérir une école normale de gymnastique militaire, si son premier directeur, M. le colonel d'Argy, homme d'action et de savoir, si bien secondé par M. le capitaine Cécille, y était resté assez de temps pour accomplir le projet qu'il avait conçu.
Voyant qu'en général les hommes envoyés à cette école étaient trop âgés, et qu'ils n'étaient pas assez choisis, voyant également que leurs progrès pendant leur séjour à l'école ne répondaient pas aux vues qu'on s'était proposées, M. d'Argy aurait voulu n'y recevoir que les hommes à peine âgés de vingt ans, et ne leur apprendre exclusivement que la gymnastique. Je ne parle pas des cours de français, de dessin, de musique, etc., qui sont et qui seront toujours de première nécessité dans toutes les écoles. Il ne les aurait fait retourner à leur corps que lorsqu'ils auraient eu acquis assez de connaissances, et qu'ils auraient été assez sûrs d'eux-mêmes, pour exécuter et démontrer tous les mouvements. De cette façon, ils se seraient trouvés, en revenant à leurrégiment, supérieurs aux moniteurs déjà en fonctions, au lieu de leur être inférieurs, comme cela arrivaitpour le plus grand nombre. Mais, malheureusement pour la dignité de la gymnastique militaire, ce premier chef, à peine parti, les exercices excentriques prirent aussitôt une étendue déplorable, et les sauts périlleux ont charmé plus d'une fois les spectateurs dans les séances solennelles. Quand on connaît tout ce désordre, peut-on ne pas déplorer un pareil état de choses? Qu'on examine sérieusement de quoi est capable l'homme qui
a passé une saison clans cette école et qui en sort avec une médaille d'or, et l'on sera fort étonné de son insuffisance. Je me donnerais bien de garde d'attaquer le militaire qui est le sujet de cette récompense; il peut avoir bien d'autres mérites. iMais comme moniteur de gymnastique, il n'a pas la science qu'on lui suppose, et si l'on faisait des concours semblables dans tous les régiments, parmi les moniteurs qui n'ont jamais passé par l'école, il faudrait donner des centaines de médailles d'or, au moins aussi bien méritées. Si seulement cette gymnastique, mal entendue, ne sortait pas des limites de l'armée, le mal serait loin d'être aussi grand; car, en définitive, il importe peu qu'un militaire monte à l'assaut gracieusement, ou franchisse une barrière avec élégance. Mais le véritable mal, celui qui s'est répandu avec une rapidité qui m'effraye, c'est que la gymnastique civile, n'ayant pas d'école normale pour la relever, le nom d'école normale de gymnastique militaire est seul connu, et que de cette école, comme de celles d'Amorosetdes sapeurs-pompiers, est sorti l'nbus qui existe aujourd'hui dans l'enseignement général de la gymnastique.
Il est en outre bien certain que les membres de la commission n'ont pu prévoir les dépenses énormes
qu'entraînerait l'établissement d'un matériel aussi considérable que celui qui a été décrété, et qui devait se répéter tant de fois dans toute la France, sans compter son entretien, une fois établi. La commission, si elle eût pu deviner ces conséquences, aurait sans doute beaucoup abrégé son travail, et la gymnastique militaire aurait été, à cette condition, mille fois plus praticable pour les chefs qui, devant une complication de machines aussi considérable qu'inutile, se trouvent dans un grand embarras, pour l'enseignement de la gymnastique dans les corps qu'ils commandent.
A quoi bon ces énormes mâts verticaux , qui à eux seuls, coûtent autant que l'établissement de six gymnases au moins, comme il conviendrait de les établir dans un régiment? Et ces mâts peuvent-ils servir à autre chose qu'à répéter inutilement tout ce qu'on peut faire, aux cordes, aux perches, aux échelles placées au portique ? Reste donc ce fameux exercice qui consiste à se lancer dans l'espace au moyen d'une corde, exercice dangereux et absurde. A quoi bon encore cette machine qu'on appelle octogone, machine d'un prix très-élevé, pour répéter deux ou trois fois de suite sur des ponts superposés, ce qu'on peut faire des milliers de fois avec autant
d'avantage, sur la simple planche à rétablissement, dont la dépense est comparativement insignifiante ?
Je pourrais en dire autant de beaucoup d'autres machines; mais je me contenterai d'un dernier mot sur les poutres horizontales et inclinées. Pour se procurer une poutre placée horizontalement, comme elle est représentée dans l'atlas, il faudrait dépenser au moins 800 fr. , tandis que même, dans les Lycées, une poutre placée sur deux tasseaux, ou sur deux simples montants, si on la préfère plus élevée, ne coûte presque rien et rempht parfaitement son but.
Après ces observations, voici comment je comprends la composition d'une gymnastique militaire.
PREilIlÈRC: PARTIE.
2/1 mouvements propres à l'assouphssement et à l'équilibre du corps, dont il exercices pour l'assouphssement des jambes , h pour les bras , li pour les bras et les jambes simultanément, h pour les sauts de pieds fermes, 2 pour le pas et la course sur place, 2 pour l'équilibre du corps, sur les jambes, k exercices préparatoires pour la natation.
10 exercices de souplesse et d'énergie, en place, en marchant ou en reculant, exécutés avec le fusil tenu avec une ou deux mains.
20 exercices d'haltères, dont dix en place et dix en marchant ou reculant.
h exercices pour lancer la barre de fer. 2 exercices pour lancer le javelot.
10 exercices de massues ou mils persans. 2 exercices pour la petite corde de traction. 2 exercices pour lancer la grenade ou le petit boulet.
h exercices pour la lutte à la perche.