PRÉFACE
Lorsque j'ai pris la résolution de composer ce livre, je me sentis fort embarrassé pour ne pas sortir de ma mission de professeur de gymnastique, tout en rapportant les résultats remarquables obtenus par l'application de la gymnastique à quelques maladies.
Mais, après réflexion, cette tâche, quoique délicate et assez compliquée, ne m'a pas paru insurmontable. Je me dis pour me rassurer, que je ne l'accomplissais qu'après avoir passé par une pratique constante delà gymnastique. Ainsi, je l'ai professée ou pratiquée pendant neuf années comme militaire ; dix années comme professeur au Couvent des Oiseaux ; vingt-cinq ans, comme direc-
teur des gymnases des Lycées ; dix-huit aus des mêmes fonctions à l'École polytechnique ; et dixhuit années de pratique dans les hôpitaux, etc.
(^.es fonctions diverses m'ont amené successivement à puiser dans la gymnastique générale les ressources thérapeutiques, qui me sont venues tant de fois en aide, et j'ai dû en faire des applications aussi étendues que variées.
Nos efforts ont été constatés authentique meut dans les hôpitaux; mais si nos notes quotidiennes n'étaient pas tenues dans un parfait état de netteté, j'aurais moi-même, aujourd'hui, quelque peine à croire que nous ayons pu, dans un temps si court, supporter tant de fatigues et suffire à tant d'occupations. J'extrais de nos états de fin d'année quelques relevés exacts, qui donneront une plus juste idée de ce que j'avance ici. En 185û, et complètement en dehors de notre service ordinaire dans les hôpitaux (l),nous avons donné à l'Hôpital des Enfants malades, ainsi qu'à celui de Sainte- Eugénie, aux infortunés qui nous ont été recom-
(1) Le service ordinaire des hôpitaux consiste à donner aux enfants de chaque sexe trois séances d'une heure et demie chacune par semaine, et à tous les enfants, femmes ou hommes, qui peuvent venir prendre part <à nos exercices.
mandés d'une façon toute particulière par MM. les docteurs, ciiiq cent seize séances d'exercices, massages et frictions, à un ou plusieurs enfants à la fois. Je fus donc naturellement obligé de faire mille trente-deux courses pour aller et venir. En 1855, trois cent trente-trois séances, etsix cent soixantesix courses. Enfin, en 1856, cinq cent trente-quatre séances et mille soixante-huit courses. Rien ne serait plus facile que de prouver l'exactitude de ces chiffres. Je prends bien entendu les trois années pendant lesquelles nous avons été le plus occupé de cette façon.
Je dois ici au nom de l'humanité, des remercîments tout particuliers, à M. Poulin, professeur de gymnastique dans les Lycées, pour le concours désintéressé, qu'il nous a prêté tant de fois à l'Hôpital des Enfants, et même en ville chez des familles malheureuses, quand nous étions par trop surchargé de besogne. Je dois aussi des remerciments à M. Banié qui, bien que étant venu plus tard, nous a aussi prêté son concours désintéressé en plus d'une circonstance.
Ces énergiques concours ne nous auraient pas encore permis d'accomplir tant de travaux, si les moyens que nous employons dans les hôpitaux
pour exercer jusqu'à cent enfants à la Ibis, ne nous étaient pas venus en aide.
Voici en deux mots comment sont exercés les enfants dans ces maisons de charité.
Nous faisons autant de pelotons qu'il y a de ibis douze à quinze enfants présents ; nous nommons des chefs de classe pris parmi les plus intelligents, mais surtout parmi les plus dévoués et les mieux disciplinés. Ces petits chefs portent un signe qui les distinguent des autres enfants. Nous leur donnons, toutes les semaines une petite récompense , et je puis dire qu'ils rendent de véritables services ; il n'est pas rare d'en rencontrer qui ne le céderaient en rien à beaucoup de professeurs, aussi bien pour la manière dont ils tiennent leur peloton, que pour démontrer les exercices. Les filles surtout nous donnent beaucoup de satisfaction dans ce genre d'emplois ; nous en avons eu à l'Hôpital des Enfants, qui, après s'être dévouées pendant six ans à ces fonctions, sont sorties guéries, emportant une somme de cent cinquante francs, résultant de toutes les petites récompenses qu'elles avaient reçues, pour leur dévouement constant envers leurs petites compagnes.
En résumé, voilà ce que j'ai fait depuis trente ans
tout à l'heure, et ce n'est qu'après avoir pratiqué et appliqué la gymnastique à peu près sous toutes les formes, que j'ai cru pouvoir tenter de publier quelque chose sur ce sujet, et de proposer des améliorations.
D'abord il y a lieu d'être étonné de la protection équivoque qu'on semble accordera la gymnastique, aussi bien que des faux jugements dont elle est si constamment victime.
Je ne veux pas rçvenir sur les dispositions du règlement de 185Zi, qui, soi-disant, avait été fait pour étendre l'enseignement de la gymnastique dans les Lycées de l'État. J'ajouterai seulement que, depuis l'apparition de ce règlement, non-seulement la gymnastique a perdu une grande partie de son importance auprès du public, parce qu'elle a été soumise au seul régime militaire , mais elle a perdu davantage encore sous le rapport moral, depuis qu'il a été décidé, par un article spécial de ce règlement, que des militaire sortis du service seraient des maîtres remplissant suffisamment les conditions néces;;aires pon" enseigner cet art.
Je m'explique sur la question morale, et je dis qu'avant la publication du règlement, un professeur civil avait encore une considération j-e-
lative à son mérite, pour la gymnastique ordinaire ; mais, depuis ce moment, convaincu comme on l'est que toutes les gymnastiques se ressemblent, cette considération, si elle n'est pas complètement détruite, est du moins beaucoup diminuée. Je me suis trouvé moi-même, et plus d'une fois, à même de pouvoir juger de cet effet fâcheux, dans des circonstances où, par mes services antérieurs, j'avais tout droit de compter sur une plus juste protection. Mais la bienséance m'impose ici de ne rien dire de ces regrettables incidents.
Comme on le voit, c'est une grave imprévoyance d'avoir confié à la discrétion du premier venu l'enseignement d'un art qui touche k tant de points délicats : perfectionner l'être humain dans ses formes, dans sa tenue, dans sa santé, tout en augmentant d'une façon certaine le développement de toutes les
autres facultés.
Ces imperfections de l'enseignement font qu'en général les parents, attirés par les merveilles de quelques Pédotribes, mènent leurs enfants au gymnase, non pas dans l'espérance qu'ils y seront exercés comme ils devraient l'être, mais bien pour leur procurer une simple récréation. Il s'ensuit que, si les enfants ne s'y amusent pas, ils n'y retournent
plus ; el c'est pour éviter ces défaites, que tant de professeurs improvisés mettent à profit tout ce qui peut amuser leurs clients, ou paraître extraordinaire à des juges peu éclairés.
Aussi les directeurs de gymnases naissent et se produisent avec plus de facilité qu'il n'en faut pour se mettre à la tête d'une industrie quelconque, même la plus simple.
J'ajoute que l'absence d'une idée de surveillance quelconque de ces établissements fait qu'on ne leur accorde pas même la faveur qu'ont les établissements acrobatiques, d'être soumis à une enquête lorsqu'il arrive quelque malhem\
Il y a eu, vers la fin de l'année 1863, un exemple frappant de cette négligence. Dans un de ces établissements, un jeune homme fort et vigoureux s'était souvent fait remarquer par ses dispositions excentriques, comme dans le corps des sapeurs-pompiers, auquel il appartenait. Une fois libéré du service, il fut admis, comme professeur de gymnastique civile, dans un établissement que je ne veux pas nommer. Mais le chef, au lieu de chercher à calmer cet homme, pour son bien et pour celui de tous ses élèves, encourageait ses excentricités, qu'il augmentait au fur et à mesure qu'il y réussissait mieux ;
mais un jour où, à la suite d'un tour de force mal calculé, ce malheureux tomba sur la tête, se rompit la moelle épinière, et fut porté dans ce triste état dans un hôpital où il expira quelque temps après. Personne ne pensa le moins du monde à s'informer comment et de quelle façon ce triste accident était arrivé. 11 est bien certain que, si cela s'était passé à l'Hippodrome, une enquête aurait eu lieu sur-lechamp.
Toutes ces lacunes et ces négligences n'empêchent pas que la gymnastique ne soit une des nécessités impérieuses de nos jours. Le besoin d'exercices nous entraîne comme malgré nous vers les lieux où nous pouvons nous y livrer, et les parents, comme pour réparer une faute dont ils se sentent avoir été victimes, commettent une faute aussi et livrent, dans un âge beaucoup trop précoce, leurs enfants à une gymnastique qui n'est point encore faite pour eux. Cet abus amènera d'ici à peu de temps, si l'on n'y met obstacle, des résultats pernicieux.
Je ne voudrais point passer en revue tous les ouvrages plus ou moins développés qui traitent de la gymnastique ; mais je puis dire que ces méthodes, en général, ne renferment que des notions élémentaires bien plus appropriées à une simple satlsfac-
tion de lecture, qu'à une pratique sérieuse, comme il le faudrait, pour le sujet qu'ils traitent. Plusieurs même, bien que décorés de titres scientifiques, contiennent des erreurs qui ne sont pas sans gravité. Ici je ne demande pas qu'on s'en rapporte à mon jugement personnel pour faire cette observation ; la vue seule de certaines poses dans les figures, qu'on donne pour exemples, est plus démonstrative que toutes les critiques qu'on pourrait justement en faire.
Je ne veux pas prétendre par là que personne ne fasse bien en matière de gymnastique ; et ce dénigrement d' autrui n'est nullement dans mon caractère. J'affirme seulement que la grande majorité de ceux qui s'occupent d'enseigner la gymnastique n'ont pas fait d'études suffisantes, et ils le laissent bien voir par les moyens si restreints qu'ils eaiploient dans leur pratique.
Je prie mes lecteurs de me permettre de citer un ou deux faits, qui pourront donner une idée de la confiance extrême, mais trop justifiée, de certains praticiens.
M. Chas, le professeur de gymnastique, dont je SUIS loin, d'ailleurs, de contester le mérite, constate d'une façon très-détaillée , dans l'ouvrage qu'il a
publié en 1819 {Gymnastique élémentaire, page 11), un résultat obtenu par l'emploi de sa méthode appliquée, par lui-même, sur un enfant qu'il a traité et guéri en 1815. Puis M. Clias, dans un second ouvrage qu'il publia en 18Zi2 {Somascétique naturelle, p. 52), c'est-à-dire vingt-trois ans plus tard, reproduit, mot par mot, sans même rien changer à la forme du style, le même résultat déjà constaté depuis vingt-trois années. Dans ce long intervalle n'avait-il donc rien appris de nouveau? Et ses longs voyages pour propager ses théories et ses pratiques ne lui avaient-ils donc rien fourni ? Pouvait-il juger sa méthode d'après un seul succès? Un fait isolé prouve-t-il ici quelque chose plus que dans toute autre matière ? On conviendra qu'il faut être doué d'une grande confiance en soi, pour se trouver satisfait d'un aussi mince résultat.
Voici un autre fait qui, bien que peu important, vu la position très-obscure de la personne dont il s'agit, n'en a pas moins un certain intérêt.
En 1858, une grande et forte fille, qui avait été exercée à titre d'élève-professeur, dans un gymnase de la rive gauche de la Seine, s'est présentée à l'Hôpital des Enfants, pour suivre nos cours, afin de se rendre plus habile dans la profession qu'elle voulait
embrasser. Nous la reçûmes avec toute la sympathie que notre mission nous impose dans les hôpitaux; mais nous ne tardâmes pas à reconnaître que l'éducation gymnastique de cette pauvre fille avait été dirigée d'une façon bien insuffisante : tous ses mouvements étaient d'une excessive brusquerie, et sans la moindre coordination. Elle suivit assiduement nos cours pendant cinq ou six mois. Mais à peine commençait-elle à se familiariser avec les principales règles, que l'ambition s'empara d'elle; elle nous quitta, et notre surprise fut grande, lorsque, peu de temps après, nous reçûmes un prospectus, annonçant que M"' élève-professeur de gymnastique des hôpitaux, se chargeait d'enseigner cet art dans les maisons d'éducation. Le prospectus ajoutait même qu'elle employait des procédés tout spéciaux pour combattre les difformités. Je n'adressai à cette jeune fille aucune critique ; mais je me trouvai très-satisfait, quand elle abandonna, peu de temps après, la profession qu'elle n'avait fait qu'effleurer; elle se maria et n'exerça plus, sauf de rares exceptions.
Voilà comment se forment en général les professeurs de gymnastique.
Ceci m'amène à exprimer le regret de n'avoir pu
former, comme je l'ai toujours désiré, quelques élèves laborieux, qui auraient contribué à étendre sur une plus large échelle les méthodes que nous avons été contraint de restreindre, d'après nos propres ressources. Je ne crains pas de me rendre ce témoignage, que j'ai tenté plus d'un essai pour qu'il en fût autrement : et je crains encore moins d'ajouter, que j'ai dû plusieurs fois faire des sacrifices énormes, et je les regrette d'autant plus que, au lieu de produire le fruit que j'en attendais, ils ont plutôt concouru à empêcher que l'arbre ne les produisît.
Je suis cependant heureux de pouvoir faire une exception concernant Clémentine Lebègue. Si je réussis une seconde fois à former une jeune élève qui suit nos cours déjà depuis deux ans. M"" Louise Lefranc, mais sur laquelle je ne puis encore porter aucun jugement définitif, puisqu'elle atteint à peine sa seizième année, je saurai me contenter de ces deux résultats. Ma résignation sera même d'autant plus facile qu'ils auront réussi au profit du sexe qui mérite le plus de sympathiques secours,
11 est bien clair que je n'entends parler que de la gymnastique destinée à soulager les maux de l'humanité.
Ici, on élèvera sans doute une question essen-
tielle, et l'on ne manquera pas de se demander, ce qu'il faut faire en faveur des enfants et comment on doit les exercer, pour que la gymnastique leur soit le plus profitable possible. Aussi, je crois devoir entrer dans quelques explications pratiques, que mon expérience me permet de donner avec pleine assurance.
Je vais traiter d'abord de la gradation des exercices généraux, appliqués aux constitutions normales, depuis l'enfance jusqu'à l'âge mûr.
A partir du jour où les enfants commencent à marcher librement et jusqu'à l'âge de quatre ou cinq ans, je voudrais qu'on ne leur demandât que des exercices d'une simplicité qui répondraient à leur faible intelligence. Par exemple, rouler une brouette peu chargée, lancer des balles légères, abattre des quilles, courir après un ballon qu'on lancerait légèrement devant eux, tirer de petits charriots peu pesants, porter des petits seaux remplis de sable, dans chaque main, etc., etc. On ne leur demanderait non plus aucune application à des jeux qui pourraient les embarrasser. C'est une manie fâcheuse de donner des jeux compliqués à des enfants qui sont trop jeunes pour en comprendre le mécanisme; ces jeux-là les excitent et les impa-
tientent, plutôt qu'ils ne les amusent. On peut ajouter que cette imprévoyance a pour effet de dégoûter peu à peu les enfants, au point qu'ils n'éprouvent plus aucun besoin de se servir de tous ces joujoux ingénieux, dans un temps où ces mêmes divertissements devraient être le principal sujet de toutes
leurs récréations.
Je voudrais encore que, pendant cet âge, les enfants fussent frottés et frictionnés légèrement à nu, sur tout le corps, au moins deux fois par jour, et qu'ils fussent soumis une fois à un lavage général à l'eau tiède; je dis tiède, afin d'éviter que les personnes peu initiées à la manière d'appliquer l'eau froide, soient exposées à commettre des erreurs au préjudice de la santé des enfants, ^'oxi, pour confirmer cette recommandation, un passage consigné par M. le docteur Thiriat, dans un ouvrage qu'il a traduit de l'anglais en 1 7 8Zi, page 12 de lapréface : « Je me suis élevé contre l'usage trop générale- „ ment répandu des bains froids, dans lesquels on „ jette les enfants, sans aucun discernement et sans „ souci des conséquences. M. Dnderwood, qui pa- .> raît les autoriser, balance, et avoue enfin que, si >, Veau du bain n'était pas tout à fait froide, le bam » n'en serait pas moins utile. »
Voici également une citation du même auteur, qui est encore propre à appuyer ce que j'ai dit plus haut au sujet des frictions, page hQ6.
« Un autre exercice convenable à ce très-jeune » âge et qui lui devient de la plus grande utilité, » c'est de frotter les enfants avec la main. On le fera » partout, au moins deux fois par jour, lorsqu'on les » habille et les déshabille. »
Je voudrais aussi qu'ils fussent habitués, dès cet âge, à se nettoyer et à se laver eux-mêmes. Il est souvent pénible de voir le peu d'attention que les parents apportent à ces premiers essais de propreté, qui passeraient si facilement à l'état d'habitude, et qui apporteraient à toute la constitution un trèsutile bien-être, au moral non moins qu'au physique. A cet âge, les enfants n'ont encore besoin que d'une grande liberté des mouvements qui leur sont naturels. Aussi l'on ne comprend pas pourquoi les familles qui ont de vastes salons, servant toujours si rai-ement, n'ont pas au moins une pièce semblable pour les récréations des enfants, qui en profiteraient d'un bout de l'année à l'autre, d'une façon si heureuse et si facile pour tout le monde.
Enfin les enfants de cet âge n'ont pas plus besoin
d'être menés dans les gymnases que dans les spectacles.
Je passe à ceux de cinq ans, jusqu'à huit ou neuf
ans.
Tout en continuant les mêmes soins que j'ai conseillés ci-dessus, je voudrais que les enfants, devenant progressivement plus âgés , apprissent à se servir graduellement de tous les jeux de leur âge. On commencerait par leur montrer les plus simples, et on ne leur en donnerait qu'un seul à la fois, qu'ils garderaient jusqu'à ce qu'ils sussent parfaitement s'en servir, avant d'en essayer un nouveau. Je voudrais dès cet âge qu'ils fussent exercés, sous forme de récréations, à beaucoup d'exercices d'une grande utilité, tels que des courses et des sauts. Les courses devraient être peu longues et sans lutte. Quant aux sauts, ils ont une tout autre importance que celle qu'on leur accorde ordinairement ; car on doit dire que, s'il était possible de faire un relevé des accidents provoqués par les enfants qui se livrent à ces exercices, sans savoir ce qu'il font, on ne tarderait pas à leur enseigner cet exercice avec les mêmes soins qu'on met pour leur apprendre à lire. La natation serait aussi un excellent exercice et doublement salutaire à cet âge. En un mot, on peut
leur enseigner tous les exercices d'adresse qui ne provoquent aucune violence ni aucun développement de force prématurée.
Viennent ensuite les enfants de neuf ans à douze ans.
On répéterait d'abord pour eux tout ce qui vient d'être indiqué ci-dessus, en s' arrêtant plus sérieusement aux principes de chaque jeu ou exercice. Les marches un peu soutenues par petits pelotons, et toutes espèces de mouvements et petites manœuvres exécutés en marchant et en bon ordre, seraient d'excellents exercices pour habituer ces enfants à la discipline, avec beaucoup de profit pour leur santé. Il serait encore prudent de ne faire exécuter à cet âge que des courses sans violence et de très-peu de durée. Les luttes, quel qu'en fût le genre, ne doivent pas être pratiquées par ces enfants, à moins qu'elles n'aient pour objet un acte d'adresse, qui n'exigerait l'emploi d'aucune force au-dessus de leurs moyens.
On sait que, jusqu'à cet âge, les enfants ont un besoin de mouvements qu'on ne peut comprimer qu'en portant atteinte à l'œuvre même delà nature. Un autre point sur lequel j'insiste très-fortement, c'est que tous les mouvements provoqués par des
jeux et des exercices devraient être dirigés vers un but utile, et je profite de l'occasion pour dire, qu'il ne faut pas accepter aussi légèrement (lu'on le fait d'ordinaire, l'idée qu'il est indifférent qu'un enfaut se livre à un jeu ou à un autre, pourvu qu'il s'y livre.
Voici à ce sujet quelques observations pleines d'autorité, qui ne peuvent être mieux placées qu'ici ; elles sont extraites du livre de Locke, traduit en 1737 ; on y trouve page 376.
« Comme l'on doit toujours tourner l'humeur „ agissante des enfants vers quelque objet qui ,, puisse leur être utile, on peut ici avoir égard à ,) deux sortes d'utilité. Il faut considérer, en pre- » mier lieu, si l'habileté qu'on acquiert, par l'exer- ,, cice, est estimable en elle-même. Cela posé, les » langues et les sciences, ne sont pas les seules » choses dignes de l'application des hommes : l'art ,, de peindre, de tourner, de jardiner, de tremper ,) le fer, et de le travailler, en un mot, tous les arts „ utiles à la société, méritent aussi qu'on s'y rende » habiles. »
Voici encore un passage du même auteur ; il est extrait de la page Û5,
r( Nous sommes généralement assez avisés pour
— XX m —
» songer à discipliner les animaux dans le tempr. » qu'ils sont fort jeunes, et à dresser de bonne hem'e » toute autre créature de cet ordre que nous vou- » Ions employer à notre usage. Nous ne manquons » en ce point qu'à l'égard des créatures que nous » mettons au monde. »
Enfin, voici uîi dernier passage extrait de la page 381 :
« Les divertissements ne sont pas destinés pour » des gens qui vivent sans rien faire, et qui ne sont » pas fatigués et épuisés par l'exercice de leurs em- » plois. Pour mettre à profit nos divertissements, le » grand secret serait d'employer nos heures de ré- « création dételle sorte, que ie divertissement servît » à nous délasser, en faisant pourtant des choses 1) qui, outre le plaisir et le rafraîchissement présent, » nous procurassent quelque utilité pour l'avenir. »
Je fais une autre classe des enfants de douze à seize ans. Pendant cet espace de temps, on devra, avec une sage gradation, augmenter l'énergie des jeux et des exercices. Mais, comme c'est pendant cet espace de temps que la nature opère ordinairement son plus grand développement, il faut encore éviter tous les exercices qui exigeraient un développement de force trop soutenu, ou d'une trop grande
puissance. 11 ne serait pas même plus prudent d'en agir autrement, même avec les jeunes gens qui, à cet âge, seraient doués d'une force prématurée. C'est surtout à ce moment qu'il faut éviter la pratique de tous ces exercices qui portent les jeunes gens, animés du désir de briller, à faire des efforts très-nuisibles au développement régulier de leur être; il y en a d'autres à l'infini qu'ils peuvent pratiquer avec grand avantage et sans aucun inconvénient.
Voici encore, pour mieux justifier la prudence que je recommande, un passage extrait du livre de M. Sabatthier, publié en 4772, page 291; il prouvera que de tout temps la nature a toujours conservé ses droits.
En parlant des exercices du corps chez les anciens, M. Sabatthier dit : « 11 était rare de ren- » contrer des athlètes d'une constitution si heu- » reuse que, après s'être signalés dès leur plus tendre » jeunesse dans les combats gymniques, ils fussent » en état d'y recueillir la même gloire, lorsqu'ils ,, entraient en société de gymnastique avec les » hommes faits.
,) Aristote assure que, parmi les Olympioniques » (les vainqueurs à Olympie), àpeine en pouvait-on
)) compter deux ou trois à qui la nature eût accordé » un pareil avantage. La raison qu'en allègue ce )) philosophe, c'est que la violence des exercices » auxquels on accoutumait ces enfants, leur faisait » acquérir une vigueur prématurée, qui s'énervait » dans la suite, et ne pouvait les accompagner jus- » qu'à la jeunesse et l'âge viril. C'est pourquoi il » voulait que l'on proportionnât aux forces des » jeunes gens les exercices qui faisaient partie de » leur éducation, et que l'on eût grand soin de ne » rien outrer sur cet article. Les Éléens étaient en- » très dans ces vues dès la trente-huitième Olym- » piade, après laquelle, suivant Pausanias, ils ces- » sèrent de proposer des prix pour le pentathle, en ') faveur des enfants ; et le Lacédémonien Eutéli- » das fut le seul athlète de cette espèce, qui reçut » la couronne d'olivier sauvage. »
En ce genre, voici un second passage non moins intéressant ; il est extrait de la gymnastique médicinale et chirurgicale du docteur Tissot, publiée en 1780, page 131.
« Quant h l'âge, un jeune homme et un vieillard » supportent plus facilement telle espèce d'exercice » actif qu'un homme dans l'âge de la maturité, qui » n'est point accoutumé au mouvement et au tra-
,, vail. Cependant, les jeunes gens et les vieillards » doivent s'exercer moins violemment et moins long- » temps que les hommes faits. La raison en est que ,, tous ceux qui prennent, avant le temps, des exer- „ cices qui ne sont pas faits pour leur âge, vieil- „ lissent et tombent dans une rigidité prématm'ée. »
La danse serait un excellent exercice à faire pratiquer pendant cette période, de douze à seize ans, ainsi que l'équitation.
Je vais maintenant parler d'un exercice spécial d'une très-haute importance ; mais je prévois, non sans peine, les difficultés qu'on devra vaincre pour la faire accepter, attendu qu'il n'a rien été fait de semblable par nos devanciers : c'est la vocifération, qu'il conviendrait mieux peut-être de nommer phonation. Comme je connais, dès longtemps, l'heureuse influence que le travail de la voix a exercée sur beaucoup de nos petits malades, de l'Hôpital et en ville, je puis dire qu'on apporte trop peu d'attention au développement de cette partie essentielle
de notre être.
Ces exercices compléteraient tous les autres d'une
façon très-heureuse pour la santé, et ils ne seraient pas ceux qui présenteraient le moins d'attraUs aux élèves. Ici, comme ailleurs, la vraie difficulté serau.
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de trouver des gens de goût et de savoir, pour diriger les élèves. C'est une tâche assez délicate ; car il 1)6 faudrait pas s'écarter beaucoup des principes pour commettre des erreurs qui détruiraient, en peu de temps, le bien qu'on voudrait faire.
La chose est assez sérieuse pour que je m'arrête un moment sur la manière de procéder.
On ne devrait d'abord y appUquer que des jeunes gens en état de santé normale, quoique en prenant les précautions sur lesquelles je vais m'étendre un peu, les jeunes gens d'une santé peu robuste pussent aussi s'y livrer sans danger.
Voici, d'une façon très-abrégée, les règles que je pi-opose de suivre, assez analogues aux règles des écoles d'instruction dans l'armée.
Dans une grande salle, saine et bien aérée, où l'on aura placé tout 'd'abord un orgue d'une certaine puissance, et un métronome proportionné à cet usage, on réunira vingt, quarante, soixante, quatre-vingts ou cent élèves; ils seront mis en rangs, et de façon à ce qu'ils ne puissent se gêner entre eux. La tenue qu'ils devront observer, avant de commencer aucun exercice, sera celle-ci :
Les jambes et les cuisses seront un peu tendues sans les raidir, le corps sera bien assis sur les han-
ches, le ventre plus rentré que sorti ; les mains seront placées l'une sur l'autre devant le dos, leur face supérieure appuyée sur la partie lombaire, ni plus haut ni plus bas ; les épaules seront bien effacées, sans chercher à les porter en arrière, de façon à laisser à toute la partie thoracique la plus entière liberté de mouvements, la tête droite, et toute l'attitude bien réguhère.
Cette tenue étant vérifiée, les élèves feront ensemble, à un signal donné, une inspiration aussi grande que possible, en laissant la poitrine se dilater et s'étendre en tous sens sans aucune contrainte. Pendant cette inspiration, on fera dire à l'orgue un son franc et des plus faciles à répéter, de façon que, pendant tout le temps de l'expiration, les élèves reproduisent ce son avec toute l'expression possible et sans aucun effort saccadé. Ici je ne veux hasarder aucune réflexion sur les organes qui concourent à la formation de la voix ; je sortirais de la mission que je me suis imposée ; mais je donnerai, à la fin de cet article, les savantes observations du docteur Londe, concernant les organes dont il est question en ce moment. Je me contenterai de dire, pour les personnes peu initiées à l'art de produire les sons, qu'il faut procéder comme si l'on voulait tirer le son
de plus bas que le larynx, en agrandissant et en retirant en quelque sorte le pharynx en arrière, vers le bas, pour les sons graves, et en le remontant suivant que les notes seront plus élevées. On ouvre la bouche d'une façon proportionnée à la puissance et à la durée du son qu'on doit lancer. Cette première épreuve sera répétée plusieurs fois de suite. Dès le début, il sera facile de remarquer ceux des élèves qui n'auront pas su faire convenablement l'application des principes indiqués ci-dessus; car leur visage deviendra aussitôt rouge, et souvent pourpre, et la voix s'altérera au lieu de s'harmoniser. Il faut toujours se rappeler que l'expression des sons n'a rien à demander au visage, quelqu' énergiques qu'ils soient, excepté bien entendu la bouche. Après quelques séances de quinze à vingt minutes de durée, on pourra, au lieu de faire entendre un son pendant l'expiration, en produire deux, trois, quatre et même cinq, et toujours suivant les procédés les plus faciles.
Lorsqu'on s'apercevra que les poumons et toute la partie thoracique sf3 seront sensiblement fortifiés, on mettra le métronome en action, suivant un rhythme modéré ; puis on répétera tout ce qui vient d'être dit, en marchant et en posant un pied à terre à chaque temps marqué par le métronome. Puis on
changera de ton pour chacune de ces périodes, l'orgue accompagnant de temps à autre les élèves pour éviter qu'ils ne faussent.
Ces séances, pour être profitables, devront avoir lieu trois fois par semaine. 11 est clair qu'on augmentera les difficultés suivant les progrès des élèves; et plus tard rien ne sera plus facile que d'établir des concours entre eux. Je cite un seul exemple. Supposons qu'on veuille faire un concours sur la résistance et l'expression de la voix. On place un certain nombre d'antagonistes sur une même ligne ; on règle le mouvement du métronome sur lequel devra s'accorder la marche ; puis on fixe, à deux, trois, ou quatre oscillations du métronome, le temps où l'on se préparera à une ample inspiration. Au moment indiqué, les antagonistes partent ensemble, en donnant à pleine voix les notes indiquées d'avance, et en changeant de ton à chaque pas. Dès qu'un élève cesse de pouvoir exprimer le ton, il s'arrête court à la place où il se trouve, et ainsi de suite pour les autres. Comme on le devine, il n'est pas difficile de connaître le plus résistant, qui ne sera pas toujours le plus robuste, mais bien celui qui aura mieux su mettre à profit ce qu'on lui aura enseigné jusque-là.
Ayant cultivé l'exercice de la voix dans beaucoup de circonstances assez difficiles, je ne puis pas avoir le moindre doute des résultats immenses que cette pratic[ue procurerait, et j'affirme que la somme de bien qu'on en retirerait dépasserait en peu de temps tout ce qu'on aurait osé en espérer. Il est bien entendu que les deux sexes pourraient y être soumis indistinctement, ainsi que les adultes, en modifiant seulement les efFets de cet enseignement, suivant les élèves sur lesquels on devrait les appliquer.
Voici, comme complément de ce que je viens de dire, les observations du docteur Londe (Charles) , Gymnastique médicale, 1821, page lAO :
« Les effets primitifs des exercices de la voix, en » général, se portent d'abord directement sur l'ap- )> pareil vocal (larynx et dépendances) ; et à cause » de la liaison intime qui existe entre la manifesta- » tion de la voix et l'accomplissemeut de la respira- » tion, ils se portent aussi sur les organes respira- » toires (poumon, trachée -artère et membrane mu- » queuse pulmonaire). Ces exercices appellent » donc l'action, la sensibilité, etc., dans les organes » de la respiration et de la voix. Celle-ci est rendue » plus forte, plus sonore, plus étendue, plus flexi- » ble par le jeu plus complet et plus répété des
» cordes vocales et des muscles intrinsèques du la- » rynx ; celle-là est rendue plus libre, plus accom- » plie , plus grande par les inspirations plus fré- » quentes et plus profondes, par les contractions » plus fortes et plus répétées du diaphragme.
» Les elîets secondaires des exercices dont nous ), traitons se portent 'ôur l'appareil digestif, ainsi ,, que nous allons le démontrer : 1° Les contractions ,) plus fortes et plus souvent répétées du diaphragme » impriment aux viscères abdominaux des secousses » mécaniques continuelles qu'augmentent leur éner- » gie, fortifient leur structure, accélèrent leurs » fonctions, déterminent surtout la prompte absorp- ), tion des substances alimentaires de dessus les » surfaces muqueuses ; 2° la salive, devenue plus )) abondante, par le mouvemeut stimulant imprimé aux glandes qui sécrètent ce fluide, de la part des » muscles en action dans le voisinage de ces glan- » des, aide puissamment la digestion stomacale par ), la propriété dissolvante de l'eau et stimulante des ,) différents sels de potasse et de soude qui entrent „ dans sa composition; 3° enfin, ne pourrait-on pas „ encore, pour l'explication du fait dont il est ques- ,, tion, avoir recours au nerf pneumo-gastrique, qui, « se distribuant principalement aux organes respi-
» ratoires et digestifs, établit entre ces organes les » relations les plus intimes ? L'estomac malade ne » donne-t-il pas des preuves évidentes de sa liaison » avec le poumon , dans certaines gastrites qui ont ') pour symptôme une toux sèche sans expectora- » tion ?....»
Je suis d'autant plus fondé à vanter l'efficacité de ces exercices vocaux, que j'ai fait personnellement plusieurs essais très-utiles et très-démonstratifs sur des enfants qui avaient la voix très-fausse. Je les plaçais au centre d'une douzaine d'enfants, qui avaient la voix très-juste, et qui entonnaient tous nos chants à pleine voix. Les deux ou trois enfants mal disposés chantaient avec eux pendant trois mois. Ceci fut répété trois fois par semaine, et pendant un quart d'heure seulement ; au bout de ce temps, la voix des enfants mal disposés n'était plus reconnaissable,tant elle avait gagné d'étendue et de justesse. Ceci s'est passé à l'Hôpital des Enfants, où les ressources sont grandes pour faire toutes sortes d'expériences de ce genre.
Je reviens à la suite des exercices.
Les jeunes gens de 16 ans qui ont été convenablement préparés, par tous les exercices antérieurs, peuvent dès ce moment, sans danger et sans rien
négliger de leur éducation physique, commencer des mouvements spéciaux qui eussent été hors de saison et plutôt nuisibles qu'utiles avant cette époque. Je veuxparler de l'escrime, de la canne, etc. De plus, ces jeunes gens pourraient commencer à faire des applications sérieuses de tout ce qu'ils auraient appris, les courses soutenues, les sauts énergiques, les marches en portant des fardeaux plus ou moins lourds, le jet des javelots, etc. , etc. Si un jour, comme je l'espère bien, on en arrive à comprendre l'art d'élever les hommes, je suis sûr qu'on organisera des concours de telle façon qu'on en bannira tous les tours de force, qui font de l'homme une bête si laide quand il les exécute. Je voudrais qu'on n'y fît que des mouvements dont l'application réelle serait utile. Ainsi, pour les luttes de résistance, au lieu dechercher à s'entre-détruire comme cela se fait encore dans certains pays, je voudrais que les lutteurs fussent chargés, de la même façon et d'un poids égal, de sacs remplis de sable par exemple. Ils pourraient encore entreprendre une marche avec de certains obstacles, qui seraient les mêmes pour tout le monde; au bout de l'épreuve, le premier arrivé ou le plus résistant serait déclaré vainqueur.
S'agirait-il de lutte de force matérielle, mais non sans adresse ? des sacs encore remplis de sable et pesant de 1 00 à 300 kilos, seraient placés sur une même ligne. Ils seraient chargés sur les épaules des lutteurs, par les lutteurs eux-mêmes, qui les porteraient ensuite à un point déterminé, où les sacs devraient être posés d'une certaine façon régulière et non jetés au hazard.
S'agirait-il de lutte d'énergie et de vélocité? des sauts précédés d'une course, pour franchir un espace en largeur, ou des obstacles en hauteur, remphraient parfaitement cet objet.
Voudrait-on organiser des luttes d'adresse et d'énergie ? on disposerait une certaine quantité de petits troncs d'arbres d'une même dimension, fixés debout et de façon à ce que les lutteurs ne pussent être gênés entre eux. Puis, munis chacun d'une même hache, ils se mettraient en devoir d'abattre lem^ tronc d'arbre à un signal donné, en le frappant chacun suivant ses forces, jusqu'à ce que l'un de ces troncs fût le premier renversé à terre. Je crois que la vue de ces hommes en action et l'émulation qui se produirait entre eux, ne manqueraient pas d'un certain intérêt pour tous les spectateurs.
Si la préparation de ces troncs d'arbres paraissait
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devoir causer trop d'embarras, il y aurait mille moyens de remplacer cette lutte, soit par des piquets de mêmes formes et de mêmes dimensions qu'ils s'agirait d'enfoncer dans le sol au moyen de masses en bois ou en fer, du même poids pour tout le monde ; soit encore en disposant, sur des objets convenables pour les recevoir, des boulets en plomb qu'il s'agirait de réduire à une certaine épaisseur, en frappant dessus avec des masses en fer d'un même poids.
L'escrime, le jeu de la canne, la danse, le jet du javelot, le tir à l'arc, et l'effort pour atteindre un point déterminé, en lançant un boulet , ou un projectile quelconque, seraient d'excellents motifs de luttes. On pourrait les varier àl'infmi, pourvu qu'on n'oublie jamais que tout ce qui dans ces jeux pourrait compromettre la bonne tenue et la dignité de l'homme, doit être impitoyablement mis de côté.
A ce que je viens de dire, j'ajoute une citation qui ne laisse pas d'être instructive ; elle prouvera qu'il n'est pas raisonnable de croire que, pour montrer qu'on est fort, il suffit d'imiter un singe dans ses excentricités bestiales, ou d'abattre son semblable d'un coup de poing, comme on le voit souvent chez nous. A cet égard, des peuples que nous regardons
comme barbares peuvent nous donner des leçons.
J'extrais le passage suivant d'un voyage fait en Perse, en 1812 et 1813, par Gaspard Drouville, colonel de cavalerie au service de S. M. l'empereur de toutes lesRussies, 1825, page 22, chapitre xxvii.
Des Athlètes en Perse et de leurs exercices.
« Les exercices des athlètes, leurs danses, leurs » luttes, sont aussi des spectacles dont les Persans » sont fort curieux; mais, il n'y a guère que les » riches qui puissent en jouir. Les hommes voués à » cet état se font payer fort cher et n'exercent ja- ') mais en public; les amateurs de ce genre d'amu- » sements doivent avoir un local convenable dans » leurs maisons. »
Puis, après la description de l'arène, où les athlètes descendent, l'auteur continue :
« Aussitôt que les athlètes y sont appelés, ils » sautent dedans avec une légèreté dont on ne les « croirait pas capables, quand on ne les a vus que » dans les rues. Ils sont nus, et n'ont qu'un simple » demi-caleçon de cuir, fortement attaché sur les » hanches, et qui ne descend que jusqu'au milieu » des cuisses. Ils entrent ordinairement une
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1) vingtaine à la fois dans l'arène, et commencent » leurs exercices par une danse où ils font toutes » sortes de contorsions, prenant mille postures difîi- » ciles, semblables à celles où ils pourront se trou- » ver pendant la lutte, dont cette pantomime semble » n'être que le prélude. Ils continuent cet exercice » en augmentant graduellement la vivacité des mou- » vements, jusqu'à ce qu'ils tombent épuisés de fa- » tigue. Celui qui reste le dernier debout est re- » gardé comme le vainqueur de la danse, et il reçoit )/ le prix qui est assigné pour cet exercice.
» Les lutteurs font une courte pause et repa- » raissent bientôt, portant dans chaque main une » énorme pièce de bois de chêne, faite en forme de » poire allongée, qui a près de trois pieds de lon- » gueur, y compris le manche, et dont le gros bout )) a souvent plus de quinze pouces de diamètre. Ils » les manient et les font passer en tous sens, l'une » après l'autre, sur leurs têtes, les enlevant toujours » d'une manière différente, et toujours sans balan- » cernent ni élan. A de certains points d'orgue mar- » qués par la musique, ils restent sur une jambe, » les bras étendus en croix, et soutiennent, pendant » quelques secondes, ces deux énormes massues, » avec une force incroyable. Cet exercice dure quel-
» quefois plus de deux heures, pendant lesquelles » ils prennent des pièces de plus en plus pesantes ; » les dernières, qui sont rarement soulevées, pèsent
» plus de soixante livres Le Raïmakhan m'as-
» sura que ces exercices étaient de la plus haute » antiquité en Perse, et qu'ils avaient été inventés » pour délier les bras des jeunes gens et les accou- » tumer de bonne heure à manier des armes lourdes.
» L'athlète qui a manié les plus grosses pièces de » bois et qui reste le dernier dans l'arène, est le )) vainqueur de ce fatigant exercice, et il reçoit les » compliments et les présents de toutes les personnes » qui assistent à ce spectacle. »
Ainsi les athlètes persans sont moins brutaux et tout aussi forts que les nôtres.
Après ces conseils sur les précautions à prendre pour exercer les jeunes gens, je laisserais ce sujet trop incomplet, si je ne disais pas un mot sur les demoiselles. D'après tout ce qui a été exposé pour les garçons, je crois pouvoir me borner à quelques détails succincts ; ils feront suffisamment connaître l'erreur dans laquelle on reste depuis trop longtemps sur la manière d'enseigner tous ces exercices aux jeunes personnes du sexe.
Je dirai tout d'abord que, sauf les luttes qui sont
purement de grâce ou d'adresse, il ne faut provoquer de lutte d'aucun genre entre les demoiselles. Les exercices qu'on peut leur enseigner doivent leur être démontrés avec des formes de langage beaucoup plus douces, avec plus de modération dans l'intensité des mouvements, et avec une souplesse générale dans toutes les attitudes. Ceci n'empêche nullement les jeunes filles de faire preuve d'une certaine énergie, tout en restant dans ces limites décentes qu'elles ne doivent jamais dépasser.
Aujourd'hui, les demoiselles sont moins bien traitées encore que les garçons, dans l'enseignement de la gymnastique. Comme il n'existe guère qu'une méthode pour tout le monde, sans aucun discernement, les garçons sont déjà très-mal enseignés par l'application de ces méthodes uniformes et aveugles ; et les demoiselles le sont doublement mal, puisque leur nature devrait être le sujet d'une foule de ménagements délicats, qu'on n'est pas oWigé de prendre pour les garçons. N'est-il pas déplorable, en effet, de voir avec quelle insouciance et quel défaut de tact et de goût elles sont dirigées, ou plutôt abandonnées?
Je le demande : est-ce que les perches, les petits mâts, les cordes-lisses, l'exercice hideux qu'on appelle vulgairement la sirène dans les barres parai-
lèles, les équilibres sur les poutres, soit debout, soit à cheval, ainsi que tous les mouvements du trapèze, ne sont pas pour elles autant d'exercices inconvenants, que le bon sens aurait dû repousser depuis longtemps ?
N'y a-t-il pas pour elles aussi tant d'autres ressources, tant d'autres machines, telles que les échelles horizontales, les balançoires brachiales, quelques sauts, les échelles orthopédiques, les poignées à sphères mobiles, les barres à sphères fixes, les haltères , puis une multitude de mouvements libres, accompagnés de chants, etc. , etc. ?
Après ces remarques générales, je dois dire que, jusqu'à l'âge de quatorze ou quinze ans, il y a peu, ou pas de précautions à prendre, pour le choix des exercices que les demoiselles devraient pratiquer de préférence. J'excepte, toutefois, le cas où le genre de constitution d'une jeune personne exigerait des applications particulières. Mais, à partir de quinze à seize ans, époque à laquelle commence à s'opérer le développement des seins, on fera bien de modérer tous les exercices qui provoquent la suspension du corps par les mains.
Je ne crois pas devoir pousser plus loin mes obsservations spéciales sur les demoiselles.
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Quoique je trouve moi-même cette Préface déjà un peu longue, je ne puis la terminer sans quelques autres détails d'une réelle importance.
Je veux parler des procédés trop peu intelligents qu'on emploie pour divertir les enfants.
L'ignorance des parents à cet égard, ou de ceux qui les remplacent, est bien grande. Ce mal, bien regrettable, a déjà été signalé mille fois par des hommes instruits et prévoyants ; mais ma pratique m'a permis de constater quelques nouveaux faits, bons à faire connaître. La faiblesse est souvent poussée bien loin envers les enfants ; et à la façon dont on agit, il semble que l'on compte plus tard sm' quelque secours imprévu et imaginaire, qui devi'ait remédier à tout le mal qu'on fait, ou qu'on laisse faire si gratuitement.
Au mépris des devoirs les plus sacrés, on ne sait obéir qu'au funeste entraînement de la mode, et les enfants sont de pauvres victimes qu'on abandonne à ce torrent, comme si l'on cherchait à s'en occuper le moins possible.
Il faut, en effet, que tout les amuse ; et, sous prétexte de les divertir, on les entoure de milliers d'objets dont ils ne savent tirer aucun parti, et qu'ils brisent, la plupart du temps, sans même avoir es-
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sayé de s'en servir. A ce premier abus des joujoux extravagants, se joignent les divertissements qu'on prétend leur procurer en les menant voir les pantins qui envahissent, depuis quelque temps, tous les jardins publics, et l'on ne fait qu'aggraver la mauvaise direction que quelques familles impriment aux enfants.
Je tiens d'un homme digne de foi et des plus sympathiques, M. A. -P. Boissonneau fils, oculariste, que depuis quelques années, mais surtout dans ces derniers temps, il avait eu à poser une bien plus forte quantité d'yeux factices, pour remplacer ceux que les enfants perdaient en jouant avec ces petits fusils qui font éclater des capsules. M. Boissonneau en était épouvanté ; et beaucoup de pères ont euxmêmes payé chèrement, et à ce prix douloureux, l'apprentissage qu'ils voulaient faire faire à leur fils, en leur montrant à se servir de ce dangereux joujou. Je doute que cette observation, quelque judicieuse qu'elle soit, fasse diminuer le nombre des accidents; car, ce joujou amuse, et, de plus, il est à la mode.
Voici deux autres faits, non moins irrécusables, puisque j'ai été appelé près des victimes pour les soigner.
Vers la fin de 1859, je fus demandé par M. le
docteur Blache, pour donner des soins à un jeune enfant, G. de M...., atteint de chorée. Cet enfant avait effectivement de vrais symptômes de chorée, et je ne fus pas peu surpris, après être resté un moment avec lui, de le voir se pincer le nez, pour singer, plusieurs fois, le nazillement et les gestes des principaux acteurs des théâtres de Guignol; je ne pouvais l'en empêcher qu'en lui tenant bras et jambes. Après quelques informations, j'appris que les bonnes, pour avoir la tranquillité, menaient fréquemment l'enfant à ces spectacles. De là était venue son affection. Une vingtaine de séances de massages, frictions, et de mouvements bien coordonnés, ont suffi pour que tout rentrât dans l'état normal.
Peu de temps après, je fus appelé, de nouveau, près d'un autre enfant, atteint de la même façon; mais il fut beaucoup plus long à guérir, vu son état nerveux, et, surtout, vu l'empire déraisonnable qu'on lui avait laissé prendre sur toutes les personnes qui l'entouraient.
Je souhaite, de bon cœur, que ces deux exemples servent à éclairer quelques parents.
La manière dont on habille les enfants est aussi fort importante ; et, quelquefois, elle n'est pas moins nuisible que le reste au développement de leur être.
Dans l'âge où la plus grande liberté de mouvements est surtout nécessaire, on entortille l'enfant, dès le matin, de flanelle, de caleçon, de double brassière ; souvent même on ajoute un petit corset, plusieurs paires de manches, soutenues de la façon la plus ridicule par des cordons qui leur gênent les épaules, sans un instant de répit, vu la pression irrégulière qu'ils exercent. Voilà ce petit malheureux qui, préparé de la sorte, est mené en promenade. S'il reste en voiture, il est juste emmaillotté pour n'éprouver aucun effet de la température qu'il traverse. Mais, s'il lui prend envie de se livrer à quelques jeux, il s'y laisse aller avec l'impétuosité passagère d'un enfant qui est ordinairement privé de mouvements. Alors, entortillé comme il l'est, il suffit de quelques minutes d' ébats, pour provoquer une sueur abondante; on s'empresse, dans cet état, de le faire monter en voiture, où il passe immédiatement à un repos complet, bien heureux si on ne lui donne pas, sur sa demande, de boisson fraîche; puis, on le ramène à domicile, et on est tout étonné qu'il ait pris un rhume. Comme on ignore la cause de cet accident, on déclare l'enfant faible ; on le couvre davantage, et on ne lui fait plus prendre Vair ([uk un certain degré de température, qui
puisse être en rapport avec l'état de sa santé débilitée.
Plusieurs fois j'ai été appelé pour donner des soins à des enfants affaiblis par ces procédés, et presque toujours il m'a suffi de quelques mois de procédés tout spéciaux pour les ramener à un état normal très-satisfaisant.
Un changement complet dans leur habillement, une simple brassière permettant une grande liberté d'allure, portant bien sur les épaules sans les serrer, et après laquelle venait se boutonner le pantalon à la hauteur de la ceinture ; des frictions ménagées sur toute la surface du corps ; quelques mouvements rhythmés avec chants, et quelques petites précautions hygiéniques, comme celle de les découvrir proportionnellement au degré de température, dès qu'ils commençaient à jouer ; de les couvrir dès qu'ils cessaient leurs jeux, en les faisant marcher jusqu'à ce que le calme se fût rétabli chez eux ; jamais de boisson fraîche, tant qu'ils étaient encore échauffés ; tels sont les soins qui ont généralement suffi pour obtenir cette amélioration.
Je ne puis passer sous silence les cordons qui taquinent les épaules des enfants, et font le plus triste effet sur leur tenue et leur humeur. Plusieurs fois
j'ai été appelé pour soigner un tic bien caractérisé des épaules, qu'on avait pris pour un commencement de mouvements choréiques. Après avoir examiné l'enfant en détail, il m'était facile de reconnaître que le tic, qui existait en réalité, ne devait son origine qu'à des mouvements réitérés que l'enfant avait faits en haussant et en tournant les épaules en tous sens, pour tâcher de se débarrasser des cordons qui retenaient des manches et le tourmentaient sans interruption. Pour guérir ces pauvres petits malheureux, les mêmes réformes furent faites dans l'habillement; les épaules furent soigneusement massées, puis soumises à des mouvements rhythmés avec chants ; et une vingtaine de séances suffisaient pour tout faire rentrer dans l'ordre.
Cette pernicieuse monomanie d'habillements extravagants a malheureusement gagné bien des familles ; car il est peu d'enfants qui n'en soient plus ou moins victimes. Je ne puis me rendre compte de l'inattention imprudente dont on fait preuve à cet égard, bien que ce soit là une partie essentielle de l'entretien et de la conservation de nous-mêmes. Dès qu'on a pu établir une ridicule uniformité, qu'on prend à tort pour de l'ordre, on croit avoir tout fait. Ni l'hygiène, ni la liberté de mouvements, qui
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n'est certes pas de peu d'importance chez la jeunesse, ni la libre circulation du sang, ni le maintien aisé de l'individu, ne sont pris en considération. Il en résulte une foule de malaises dont on cherche en vain la cause. On est en droit de supposer que le degré d'affaiblissement général qu'on constate dans la jeunesse de notre temps, tient en bonne partie à l'étranglement des vêtements dans lesquels elle se trouve constamment emprisonnée.
A l'appui de ce que j'avance, j'aurais mille preuves à citer, mais je me contenterai d'en citer une seule; je pense qu'elle suffira pour faire comprendre l'importance capitale de ce que je viens de dire. Lorsque j'étais au service militaire, je me rappelle les souffrances que nous faisaient endurer nos vêtements. Dans les prises d'armes un peu prolongées, la compression de la poitrine, l'étranglement des épaules par les vêtements et par les bretelles du sac (1) , nous faisaient endurer dix fois plus de fati-
(1) Quand on a fait usage de ces bretelles, on ne comprend pas le peu d'amélioration qu'on y a apporté. Pourtant il serait facile de fixer au sac deux parties ceintrées non flexibles, qui prendraient la forme de la partie supérieure des épaules et qui viendraient se poser sur elles sans les gêner en aucune façon. Ceci n'empêcherait pas d'y adapter un cuir qui viendrait se fixer au bas du sac, comme cela s'est toujours fait, mais qui ne viendrait plus comprimer l'épaule, là justement où elle a le plus grand besoin de liberté.
gues que la prise d'armes elle-même. Je sais qu'on est généralement peu disposé à accepter une modification, surtout quand elle doit s'étendre à une si grande masse d'hommes. Cependant, il y aurait un moyen bien simple à mettre en pratique pour se rendre compte de l'immense avantage que ce changement exercerait sur la santé de nos soldats.
Je désirerais qu'on fît un seul essai, et voici ma proposition. Qu'on prenne au hasard deux cents hommes parmi les soldats; j'en excepte les zouaves, qui, par la forme de leur costume, respirent déjà plus librement, ce qui ne contribue pas peu à leur former cette poitrine que nous admirons en eux ; qu'on prenne donc deux cents hommes, sans faire ancun choix, en se renfermant seulement entre les limites de vingt-deux à vingt-cinq ans; qu'on leur retire leurs vêtements, qui seront mis en dépôt pour six mois seulement, pendant lesquels ces deux cents soldats seront habillés de façon à avoir une grande liberté de mouvements, surtout de la partie thoracique. Après les six mois expirés, qu'on essaye de faire remettre à ces hommes leurs anciens vêtements, et l'on pourra voir alors combien peu pourront parvenir à rentrer dedans. L'expérience que je propose ici produirait les mêmes effets sur tout le
monde; mais les résultats seraient encore plus remarquables, si l'on agissait ainsi à l'égard de la jeunesse.
Je pourrais encore m' étendre sur la pratique des frictions, des massages, de l'eau froide, etc. Mais cela m'entraînerait dans des détails beaucoup trop longs, et qui ne rempliraient pas probablement le but que je me serais proposé d'atteindre en les exposant. D'ailleurs, tout ce que je pourrais dire n'aurait qu'une bien faible valeur, si on le comparait aux observations de M. le docteur Tissot, qui a traité si minutieusement toutes ces questions.
Je me contenterai donc de dire qu'il est infiniment regrettable que des applications aussi délicates soient, comme le reste de la gymnastique, abandonnées à la discrétion du premier venu. Là, encore, régnent des méthodes arbitraires, qui, jusqu'à ce qu'elles soient soumises à l'examen des hommes compétents, provoqueront certainement plus d'indispositions qu'elles n'en guériront.
Pour moi, la seule règle admissible, c'est de varier les traitements autant qu'il convient, selon la constitution de chaque malade. A cet égard, voici un principe qui pourra servir en beaucoup de circonstances, à ceux qui ne la connaissent pas : quand
une personne, affaiblie par une indisposition quelconque, réclame des soins de ce genre, si au début, on lui fait dépenser une somme d'action plus grande que celle qu'elle peut donner pour qu'elle en éprouve du bien-être, on peut s'assurer qu'on la rendra plus malade, au lieu de la soulager.
Je serais heureux, si ce simple conseil pouvait inspirer plus de prudence à tous les pinceurs de nerfs, et aux refouleurs de muscles, qui, sous le prétexte de n'appliquer que les principes d'une méthode spéciale, qui leur évite, avant tout, de se donner de la peine, font presque toujours du mal, et très-rarement du bien.
Sans quelques notions d'anatomie, je ne crois pas que l'application du massage, des frictions, l'emploi de l'eau froide et des mouvement passifs ou mixtes, puissent jamais provoquer de sérieux résultats.
J'ai décrit, dans le cours de ce livre, une assez grande variété d' application s pour pouvoir m e dispenser d' en parler ici de nouveau . J e terminerai en disant, que le meilleur engin que puisse posséder un masseur, ce sont, après tout, ses mains, dont il doit avoir le plus grand soin ; et s'il réunit à de vigoureuses mains une excellente santé, il se trouvera dans les