CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
sion aux sciences; ce sera lorsque les savants de tous les pays, en se communiquant réciproquement leurs travaux , marcheront ensemble sans confusion, sans redites, vers le but commun auquel ils aspirent. En supposant que l'universalité du langage ne tende qu'à concentrer dans un seul idiome, accessible à tous, ces richesses accumulées dont chaque peuple peut à peine faire le répertoire, tant elles sont entassées pêle-mêle dans les replis les plus divers de leur idiome, nous ne devrions pas compter sur un profit réel à la suite d'un pareil déplacement, puisque noire système laisse encore les sciences s'égarer dans des voies où les savants ne peuvent jamais se rencontrer. Notre procédé sera donc infructueux pour le développement des sciences si , en détruisant la Babel du langage , il laisse subsister celle des nomenclatures scientifiques.
Avant de démontrer que nous remplissons également ce double objet, il convient de jeter un coup d'œil en arrière et de fixer les idées des savants qui consentent à nous suiv/e dans quelqu'une de nos incursions sur leur territoire.
Nous nous sommes demandé si le langage était aujourd'hui en possession d'une théorie, ou s'il n'était pas aveuglement abandonné à la pratique ? Notre réponse a été que la partie du langage qu'on peut appeler théorique était à peine ébauchée, puisque les mots naissaient et s'éteignaient au hasard ; que certaines langues , célèbres pourtant par leur supériorité, avaient entièrement disparu du globe, quoique dans ces pays les habitants eussent hérité de tous les trésçrs de leurs ancêtres ; que les lettres et les sciences semblent arrêtées dans leur essor par cette absence de la théorie dans le langage.
Une conclusion découlait naturellement de ces faits : c'est que l'introduction d'une théorie dans le domaine des idées , et par suite une nomenclature raisonnée, ne permettrait plus, sans doute, au hasard de disposer arbitrairement des éléments de, la parole ; que ceux-ci naîtraient, parce qu'ils seraient reconnus utiles et se modifieraient seulement en vue d'un perfectionnement; que la langue théorique suivant une marche analogue s'approcherait sans cesse de la perfection par des améliorations successives et ne pour-