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CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

rait jamais disparaître complètement; enfin, que les lettres et les sciences, expressions diverses de la pensée, acquerraient de la justesse, de ta profondeur et des progrès rapides, si la formule de la pensée devenait théorique.

Ces considérations étaient assez graves pour entraîner un homme studieux à la recherche d'nne théorie du langage. L'œil fixé sur tous ces avantages que nous entrevoyions et dont aucun ne semblait devoir nous échapper, nous avons poursuivi notre objet, et la conséquence immédiate a été pour nous une Langue universelle : en effet, une pareille théorie doit s'appuyer sur la pensée ; or celle-ci appartient à tous les peuples comme à tous les individus; si donc ils acceptent tons les mêmes formules de cette pensée et si la formule elle-même peut devenir sensible aux yeux et à l'oreille, ils auront tous le même moyen de communication par l'écriture et par la parole.

Ce que nous disons de cette théorie, dans sa généralité, prouve assez clairement que beaucoup de systèmes autres que le nôtre poomient être créés. Celui que nous avons offert nous a paru se prêter à toutes les conditions dans lesquelles nous devions nous renfermer ; nous n'avons négligé aucun moyen de le rendre promptement accessible à la pratique. Il s'appuie sur les notions grammaticales reçues dans tous les pays; sans discuter la valeur de ces diverses conventions , il s'attache à ce qui est pour arriver à ce but si désirable : à l'unité par la théorie. L'obligation imposée à tout homme qui pense d'étudier sa pensée en elle-même et dans sa forme grammaticale, c'est-à-dire de faire l'analyse grammaticale et l'analyse radicale de la langue qu'il parle , devient une transition tonte natarelle pour faire passer les divers idiomes de l'état de variété à celui d'unité. D'ailleurs, sur quelque point du langage que s'opère cette révolution, la théorie viendra y répandre son bienfait, et substituer la raison et l'ordre à l'arbitraire et à la confusion.

Nous n'avons donc pas la prétention d'enchaîner le langage et avec lui les lettres et les sciences à notre théorie, mais bien à une théorie. Nous avons montré comment la nôtre résolvait le problème

d'une Langue universelle , nous allons faire voir quelques-uns des fruits que les sciences récolteront de cet enchaînement méthodique des idées et des mots. Si un système plus complet s*élevait sur les ruines du nôtre, on saura du moins tout le bien qu'on a droit d'attendre d'une pareille méthode.

Afin que les savants qui veulent feuilleter ce volume ne soient pas obligés de recourir péniblement à ceux qui précèdent ^ nous allons leur offrir aussi succinctement que possible le résumé de notre théorie.

Aésemé de la théorie de laDg^a^e i|al doone naissance à nné Ef»n|^ne universelle.

Résumer en quelques mots une théorie qui embrasse le cadre tout entier du langage , c'est s'eïposer à n'être pas compris et à faire juger comme ambitieux ou incomplet un ouvrage dont les proportions ne peuvent être ni mesurées d'un coup d'œll ni justifiées en quelques lignes. Toutefois, confiant dans l'exactitude mathématique dont notre travail offre tous les caractères et dans la valeur incontestable des esprits qui chercheront à pénétrer dans une question aussi sérieuse , nous allons essayer d'esquisser rapidement notre système.

La pensée est commune à tous les hommes ; l'expression de 1a pensée par la parole est aujourd'hui vague et irrégulière , parce qu'elle n'a pas encore été soumise à cette double opération , dont aucune science ne peut se passer : h l'analyse et à la synthèse. Soumettre toutes les idées représentées par la parole à une analyse comparative , résumer celle-ci dans une synthèse appropriée h l'organisme de la voix et à celui de l'ouïe , voilà l'objet d'une \érï- Ibble théorie du langage. Cette théorie, quand elle sera constituée à l'état de science exacte, pourra se substituer à toutes les langues, qui n'en seront qu'une imparfaite application et qui devront tendre à se fondre dans cette grande uni(é.

RÊStMÉ DU SYSTÈME. 5

Qu'on y fasse bien atteotion ! la convention qui assigne une idée à un mot ne saurait être légitime si une analyse de cette idée ne se retrouve dans l'analyse de ce mot. Si cette vérité ne peut être contestée, toutes les langues connues sont plus ou moins vicieuses; )e langage est privé de toute théorie , et plus nos connaissances prendront de l'accroissement , plus la confusion régnera au milieu de nos idées et arrêtera les sciences dans leurs progrès.

La première conséquence d'une théorie du langage sera une Lanjrue universelle ; une conséquence non moins importante pour toutes les sciences , c'est qu'elle ramènera l'ordre au milieu des richesses sans nombre dont elles sont encombrées, et leur pré^ parera ainsi un nouvel essor, un nouvel avenir. Enfin, la littérature, ou au moins l'étude facile des langues et de toutes les littératures sera Tune des conquêtes de cette nouvelle théorie.

La prononciation des mots a été érigée en théorie et a donné naissance à l'écriture, lorsque chaque mouvement de l'organe de la parole a été analysé et formulé sous le nom de voyelle et de consonne. Un mot composé de cinq lettres représente synthéliquement les cinq parties analytiques saisies par l'observateur sur l'organe de celui qui parle; aussi la vue de ces cinq caractères et leur ordre révBîlle sans effort la série des opérations compliquées qui sont imposées à la voix. Cette théorie de la parole ne laisse rien k désirer, et l'humaniié on a tiré un immense profit depuis bien des siècles; pourquoi o'espérerions-nous pas un résultat aussi avantageux, de la théorie de la pensée formulée par le langage ? pourquoi ces cinq lettres , aujourd'hui prises au hasard, ne formeraient-elles pas, par leur choix et leur ordre, l'analyse de cette pensée dont la synthèse est renfermée dans le mot? Supposons ce travail effectué , et la théorie du langage est achevée.

Nous avons montré le but, montrons la route qui nous y conduit.

Extrayons de toutes les langues parlées :

Dix sons diflVSrcnU, mais communs à tous les peuples, ci. . . 10 voyeUes. Dix articulatloas différentes, mais communes à tous les peuples, ci. 1 0 consonnes^^

Il restera encore quelques voyelles , mais surloul des consonoes communes, donl nous ferons emploi plus tard.

Avec ces dix voyelles et ces dix consonnes , nous pouvons produire plus de mots que n'en offrent aujourd'hui toutes les langues réunies. En effet , commençons un radical par une voyelle ; faisons suivre celle-ci d'une consonne; puis cette dernière par une voyelle, et ainsi de suite en faisant alterner les consonnes avec les voyelles. Nous aurons d* abord dix mots d'une seule lettre : a, e, i, etc.. chacun de ces mots , suivi de dix consonnes , donnera dix fois dix , ou cent mots y composés de deux lettres: ab, eb, ib... ag, eg, ig... ad 9 ed, id... etc. Ces nouveaux mots, suivis chacun des dix voyelles produisent dix fois cent , ou mille mots; quatre lettres fourniraient dix mille mots; cinq lettres cent mille mots... Un mot de la longueur de celui-ci : extravagance, supposerait l'existence de 1,000,000,000,000— un million de millions ou de mille milliards de mots.

Notre matériel est donc plus que suffisant pour rendre toutes les idées connues ou à connaître.

Procédons maintenant k l'analyse de l'idée.

Cuvier nous ouvre la voie; suivons hardiment ce génie créateur, et en partant des grandes divisions de Tidée, descendons par les classes, les ordres, les genres^ les espèces, etc., jusqu'à ce que nous ayons une notion suffisante de l'objet ainsi analysé. Évidemment, si nos divisions sont bien coordonnées, le sens de l'idée sera suffisamment déterminé pour qu'il ne puisse être confondu avec tout autre. Supposons cette analyse achevée pour toutes les idées et calculée en vue de la théorie du langage; il nous restera à faire des conventions pour l'application de notre matériel. Or, astreignonsnous à coordonner nos divisions dix par dix , de telle façon qu*il y ait dix grandes divisions, chacune d'elles ayant dix classes, chaque classe dix ordres, chaque ordre dix genres, etc.. L'appU* cation de notre matériel se fera bien aisément : les dix premières voyelles figureront les dix grandes divisions; ces voyelles, suivies chacune des dix consonnes, représenteront les cent classes; la troisième lettre (ou la seconde voyelle) déterminera les mille ordres ;

la quatrième (ou la deuxième consonne), les dix mille genres, elc... Ud mot tel que celui-ci : ovété^ représente la grande division o, la classe ov, l'ordre ovè, le genre ovêt, Fespèce ovêté.

NoQ-senlement la signiGcation du mot sera déterminée par les divisions successives ; mais celles-ci renfermant en elles-mêmes un certain nombre d'idées, la connaissance d'un mot fournira celle de plusieurs autres. Dans dbtre système , le root ovêté se définit ainsi : fait (o)« relatif au temps (v), qui s'écoule pendant une année (ê), et dans le cours de celle-ci espace appelé saison (t), et en particulier printemps (é). — Désormais cette notion répond à celle-ci : o signifie fait ;oy^ temps; ovè, aimée; ovêt, saison; ovèlé, printemps. Tel est le fruit de l'ordre mis au milieu d'éléments aujourd'hui confondus, que ce mot ovété nous donne encore la clé des mots qui expriment les trois autres saisons : car les lettres se suivent dans un ordre déterminé, é, i, o, u, et puisque les saisons se suivent aussi dans un même ordre. Tété sera ovêti , l'automne ovéto , el l'hiver ovêlu.

Cet aperçu ne donne qu'une faible idée de tous les bienfaits que Perdre , la méthode , enfin la théorie, doivent apporter au langage dans cette formation des radicaux.

Les idées, une fois connues par leur analyse, que formulent les lettres , et par leur synthèse , que figure le mot , il reste à faire pénétrer ces idées dans l'intérieur de lu phrase pour produire la pensée composée.

Dans cette seconde partie . nous allons trouver au moins quelque chose d'ébauché par nos devanciers : l'analyse grammaticale. Cette base est restée incomplète ; elle est abandonnée aux écoles primaires, parce que , privée de synthèse , elle perd toute utilité pratique et ne peut servir qu^à initier l'enfance aux éléments constitutifs de la phrase. Dans la théorie du langage , nous établissons sa synthèse; elle reprend dès lors l'importance qu'on aurait dû lui conserver.

Nous avons dit que nos radicaux commençaient par une voyelle; il suffira de convenir que la consonne placée devant cette voyelle iodique l'espèce du mot, pour faire passer le radicid à l'élal d'adjectif»

8 nÉSUMÊ DU SYSTÈME.

d'adverbe, de verbe et de participe; les antres mots, qu'on peut appeler grammaticaux , parce qu'ils servent seulement d'auxiliaires aux radicaux, auront également une consonne caractéristique, le ^ substantif seul restera sous la forme d'un radical. Cette simple convention fera reconnaître immédiatement toutes les espèces de mots. Quant au rôle que chaque mot joue dans la phrase, il sera expliqué par la finale, qui se détache sans peine pour définir l'idée grammaticale. En faisant abstraction du radical et en le remplaçant par le son an (1) le mot g-léo (prononcez ganléo) est la synthèse grammaticale d'un verbe actif (g), dont le radical est sous-entendu (-), au mode indicatif (1), à l'imparfait (é), à la première personne du pluriel (o) ; cette analyse s'appliquerait aux mots amahamus , attrahebamus, comme r-leo serait l'analyse de la synthèse grammaticale des mots amabamur, attrahebamur. Si nous rétablissons les radicaux idu, api, signifiant amitié et l'action d'attirer^ ces quatre mots seront transformés théoriquement par les mots giduléo, gapiléo; riduléo , rapiléo.

C'est par la transformation dont nous venons de donner un exemple que l'on arrive à la Langue universelle. En effet, lorsque l'analyse et la synthèse grammaticales ont été bien faites, c'est-à-^ dire quand on a bien compris le rôle qu'un npot joue dans la phrase ; lorsque l'analyse et la synthèse radicale ont été bien faites, c'est-àdire quand on a bien compris la signification d'un radical; alors on sait sur ce mot tout ce que l'esprit a besoin d'en connaître. Or, si on a formulé, par les caractères convenus , les connaissances analytiques , le nouveau mot qui se forme alors définit théoriquement l'expression toute pratique et la transforme en une autre. Que si tous les peuples étudient théoriquement leur langue en suivant nos conventions , ou telles autres plus justes et plus pratiques , ils transformeront chacun de leurs mots dans une définition théorique^ C'est sur ce terrain que toutes les langues se rencontreront : car les idées sont les mêmes chez tous les hommes, et les différences

(1) Nous choisissons ce son, parce qu*U ne fait pas partie des dix sons ou Toycltes qi)i entrent dans les radicaux.

nÉSLMÉ DU SYSTÈME. 9

légères qui naissent de la forme donnée à la phrase seront expliquées et précisées par les caractères méroes qui constitueront les mots.

A huit ans , les enfants des écoles primaires savent parfaiteoiont l'analyse grammaticale; accordons-leur deux ans pour apprendre l'analyse radicale; à dix ans, ils connaîtront donc la théorie de leur langue. Que Ton transforme les auteurs grecs et latins qu'ils ont sous la main, c'est-à-dire que Ton ramène à leur théorie le grec et le latin, et aussitôt les chefs-d'œuvre de ces littératures seront intelligibles pour ces enfants. Les mots feront sur eux Teffet que produisent aujourd'hui les chiffres: un nombre écrit en chiffres, placé sous les yeux^d'un Allemand, d'un Français, d'un Anglais, etc.. est compris de la même manière, quoique chacun le lise dans sa langue. Les phrases transformées seront également comprises à l'aide de la vue ou de l'oreille , quoique chacun n'ait recours qu'à la théorie de la langue dont il se sert.

Exemple de Uansformations par la Uiéorie du langage.

( L« dl, TOïdtes «,nt I »• *• î' "' "• ^^'^^ )u. con«Hu.«<H«. «....? - f a, €, I, ô, u. (1) fortes, f , ,

Soit à transformer ce vers de Racine dans Athalie :

« Et même contre Dieu lève son bras perfide. •

Passons du connu à l'inconnu , c'est-à-dire de l'analyse grammalicale aux analyses qui sont inusitées et que nous avons dû créer.

(f) Nous présentons Ici les voyelles fortes avec Taccentuatlon française; la lettre î se prononce comme ain dans main et Q se prononce comme ou dans vous; dans notre théorie, nous convenons des lettres voyelles a, s, y, oj, tf, qui ne reçoivent aucun accent

(2) ^ et c s'arUcuIent toujours comme gu et Ar, et h s'articule comme ch; pour bien prononcer ces consonnes , Il faut suppioser qu*eUc8 sont suivies d*un e muet : borgne, de, vc,jc; po, ke, tc,fc,rhc.

Nous posons en principe que la consonne qui commence un mot indique 1 espèce de ce mot : or , diaprés les conventions faites à cet égard,

et ' étant conjonction aura

pour

initiale

même — adverbe

contre — préposition

Dieu — substantif

la voyelle du radical

lève — verbe actif

son — adj. déterm»

bras — subslantif

la voyelle du radical

perfide — adJ. qualifie.

Remplaçons par un tiret les radicaux des mots : Dieu, lève, bras, perfide. Les autres mots sont des auxiliaires grammaticaux; ils doivent être définis par l'analyse grammaticale. Ce premier travail ofi're ce résultat :

« Et même contre Dieu lève son bras perfide. » V j t — g— p — b—

Comme on peut le reconnaître par cet exemple, dans un ouvrage transformé il n'existera pas un seul mot dont , à la première vue , on ne puisse déterminer l'espèce. Poursuivons l'analyse grammaticale :

Des grammairiens se contentent pour les mots et, même, contre, d'indiquer leur espèce ; acceptons d'abord cet usage et passons au mot Dieu : le rôle qu'un mot joue dans ta phrase est déterminé par sa finale ; il faut donc, derrière le tiret qui figure le radical, mettre une voyelle qui exprime ce rôle : Dieu est au singulier, nous emploierons donc une voyelle douce (1); il est masculin, nous ne ferons donc pas précéder cette voyelle de la lettre r (2) ; il est complément indirect du verbe avec une préposition : la quatrième

(1) Les voyelles fortes indiquent le pluriel et figurent le môme rOIe dans la phrase que les douces correspondantes.

(3) Cette gramoMticale placée devant la voyelle finale indique le féminin et t le neutre.

voyelle, o, répond à celte dernière condition; le mol Dieu aura donc son analyse grammaticale exprimée par — o (prononcez àho).

Lève est au mode indicatif; les modes sont figurés par nos grammaticales et Findicatif par/; les deux premières personnes d'un temps au singulier sont caractérisées par a, é, et la troisième personne par i; le présent n'ajoute rien entre le mode et la personne (i) ; la finale du verbe est donc li et l'analyse grammaticale de ce mot est g— U (prononcez gônli).

San est un adjectif possessif de la troisième personne ; comme adjectif déterminatif , il est déjà figuré par p ; or les possessifs sont pour les trois personnes représentés respectivement par a, é, i : la deuxième lettre de ce mot sera donc t^ et pi signifie son. Le substantif auquel se rapporte ce mot est indiqué par la finale é qbi est commune à ce substantif; son analyse est donc pié.

Bras est au singulier : sa finale sera douce ; il est au masculin : sa finale n'est pas précédée d'une grammaticale ; il est complément direct : sa finale est é, et son analyse grammaticale — é.

Perfide est déjà désigné comme adjectif qualificatif, il suffit d'indiquer le substantif qu'il qualifie, ce qu'on fera en lui donnant la même finale; son analyse est donc b— é :

L'analyse grammaticale de ce vers sera donc celle-ci :

conU%

Dieu lève son

bras

perfide.

—0 g— li pié

• Et

En prononçant : ve je te âno gônli pié âné bôné, on aura expliqué dans un détail minutieux tout ce que l'on apprend aujourd'hui aux enfants qui débutent dans l'étude du français, et ce qu'ils ne peuvent écrire qu'en couvrant une grande feuille de papier.

Cette analyse grammaticale est insuffisante : car les trois premiers mots sont encore trop vagues. Certains grammairiens distinguent plusieurs sortes de conjoifttions, d'adverbes et de prépositions;

(1) Les temps passés oq futurs prennent une voyeUe déterminée entre la grammaticale qui désigne le mode et la iroyelle qui figure la personne : U viendra ^ bdgloi; feclsti, gablic.

nous suivons leur exemple. Il y a une conjonclion qui exprime simplement la liaison; nous la définissons par la voyelle a; il y a des adverses de quantité que nous définissons par u , et des prépositions qui expriment la situation que nous caractérisons par t. Et est une conjonction de simple liaison; même, signifiant de plus, en outre est un adverbe de quantilé; contre est une préposition de situation ; ces trois mots seront donc analysés par va, ju, ti, et, suivant ces grammairiens plus avancés, le vers deviendrait va ju ti — o, etc.

Ici commence le travail analytique qui nous est propre :

Va nous paraît suffisamment analysé : le français dira et, le grec xae, l'anglais and, Tallemand md, etc.

Ju ne signifiera même que lorsque nous aurons complété son analyse : or la consonne v donne à Tadverbe de quantité- l'idée d* augmentation, et la nuance qui sépare le mot même des mots davantage , encore , en outre , etc., est distinguée par la lettre o> donc l'analyse de ce mot sera juvo : le français l'exprimera par même, le grec par npoç t8tocc, l'anglais par even, l'allemand par selbst , so gar, etc.

Ti signifiera contre lorsque nous aurons exprimé par ^ que la situation est opposée : tif voudra donc dire en français contre, en grec xcira, en anglais against, en allemand wider, etc.

L'analyse grammaticale complète de notre vers sera donc :

• Et même contre Dieu lève son bras perfide. »

Va juvo tif —0 g— li pié — é b— é

Comme on le voit maintenant, tous les peuples ont déjà la signification des quatre mots : va, juvo, tif, pié ; et, de plus, les autres mots sont connus quant à leurs espèces , à la position et à toutes leurs relations grammaticales ; il ne reste plus à déterminer que la signification des radicaux par les analyses.

Une de nos dix grandes divisions est consacrée au inonde morale et elle est formulée par t ; la classe où sont rangées les idées mo* raies par excellence est figurée par un &, et dans celle-ci la grande idée de cause est caractérisée par un é ; ibé signifie donc la cause morale dans l'acception la plus générale ; or, comme nous person-

BÉSCMÉ DU SYSTÈMK. ^

nifions toutes nos idées en intercalant la gran>maticale / après la première lettre du radical, ilbe est l'analyse radicale du mot Dieu.

Dans la grande division a, qui représente toutes les manières d'être de l'individu^ est une classe p qui contient les actes des membres supérieurs, et dans celle-ci un ordre o qui exprime l'idée de lever : apo est donc le radical que nous cherchons pour analyser le mot lève.

Dans la grande division des objets naturels, %, se trouve la classe;, , qui figure les objets physiques du corps de l'homme; dans cette classe Tordre â figure les membres supéneurs, et dans cet ordre le genre d annonce le bras : ijàd est donc l'analyse radicale du mot bras.

Dans la grande division t du monde moral est la classe p qui exprime la volonté, et dans celle-ci l'ordre i qui figure la perfidie : îpi est donc l'analyse radicale du mot perfide.

Cette analyse, extraite des idées que présentent les radicaux, appartient évidemment à tous les peuples comme à toutes les intelligences. Quiconque, Français, Allemand, Anglais , Russe, Turc, etc., aura étudié la théorie de sa langue pourra donc comprendre noire vers ainsi transformé :

Va juvo tif ilbéo gapoli piéljàdé biplé (I).

(1) En voyant cette transfbnnaUon , on est tenté de supposer qu'il s'agit d'apprendre une nouvelle langue; mais on oublie que c'est tout simplement la théorie de la sienne que chacun doit étudier pour apprendre celle-ci ; on oublie qu'U n'y a pas de grammaire à savoir autre que celle que l'on a étudiée , que les mots n'ont aocnne inversion autre que ceUe qui est usitée, etc , etc. Supposons cependant qo'oa voulot apprendre cette langue comme s'apprennent aujourd'hui les langues vivantes ; d'abord , si Ton sait la sienne , on aura tous les avantages possibles ; si on ne la sait pas, on l'apprendra par ce procédé, et nous allons montrer avec quelle facHIté ce langage théorique se gravera dans la mémoire.

Que l'oD se soit rendu compte de ce vers transformé, et nous allons noter tontes les connaissances que l'esprit aura acquises par ces quelques mots. Chaque lettre est ici la source de connaissances. Dans la parUe grammaticale nous apprendrons :

Quels sont les mots qui sont conjonctions (v), adverbes (j], prépositions (t), smàstantifs (pas d'initiale avant le radical), verbe actif {g), adjectif détermi-

i^ RÉSUMÉ DU SYSTÈME.

Propo80D8-nous maintenant de revenir d'une transformation effectuée à la signification de la pensée. (Nous admettons qu'on ait appris la théorie de sa propre langue , c'est-à-dire l'analyse grammaticale et radicale.)

Pour fixer nos idées, nous supposons que ce soit un Français qui veuille avoir l'intelligence d'une phrase transformée sur une langue morte ou vivante, par exemple de ces vers :

y&>b vl puvia igia obûê gilôs pâè Va hopîTrojri bojôdêé gajâs obSvié Yib ibeca licis livûdâli, ivocolva locafli Gobedloa.....

De quelque langue que soient tirés ces vers , un Français n'y trouvera rien d'étranger pour lui : chacun des mots lui présente un mot français transformé théoriquement'; quoiqu'il y ait des inversions inusitées, il est tellement éclairé par l'analyse qu'il n'a même

natif (p), adjectif qualificatif (b); la conjonction e((va], l'adverbe de quantité (ju), Tadverbe plus (juv),radverbe même (juvo); la source de toutes les préposiUons de situation (tl), la préposlUon d'opposition (Uf), le complément indirect (o), le mode indicatif {}) et par suite les cinq modes ^ en suivant les lettres grammaticales (1 , m , n , r, s) , la troisième personne du singulier (1) et par suite les deux premières (a, é), le temps présent', TadJecUf possessif de la troisièute personne (pi) et par suite ceux de la première et de la deuxième (a., é) , le mas» culin dans les noms (ni r, ni s avant la finale) , le complément direct (é final).

Dans la partie radicale nous connaîtrons :

La division du monde moral (i) , le monde moral dans sa plus grande généralité (ib) , ridée de cause (ibe) , ceUe de Diett (ilbe) et par suite It peraonniflcation représentée dans tous les radicaux par / après la première voyelle. Vindividu (a), V action des membres supérieurs (ap), ridée de lever (apo) qui est l'origine de toutes les idées analogues : élever, soulever, planter, arborer, etc., un objet naturel (î), le corps humain (îj) , les membres supérieurs (îjâ). Ce mot est l'origine de tous ceux qui traitent des membres supérieurs : avant-bras, bras , main, poing, doigt, etc., le bras OJ^d) qui est l'origine des mots bras droit, bras gauche, épaule, etc. \p, volonté, Ipl , perfidie» Enfin, chaque partie de ces radicaux est la source de connaissances Infinies, puisque les divisions, les classes et les ordres renrerment tous les radicaux qui font partie de ces idées plus générales.

RÉSUMÉ DU SYSTtMB. 15

pas besoin de faire ce qu'on appelle la construction; la pensée se développe à ses yeux comme elle s'offre à celui qui parle la langue à laquelle cette phrase est empruntée.

Deux mots seulement, puvia et ivocolva, n'apparaissent pas dans une transformation française ; on va voir qu'ils ne peuvent embarrasser : i*puvi est une nuance du motpnv, qui est la transformation du mot français tel (un tel bonheur, p8a pvua obîa) ; quelle que soit cette nuance (on peut s'en rendre compte et on trouvera le sens : 51 grand)^ on a une idée suffisante du mot pour avoir l'intelligence de la pensée ; 2^ quoique le mot ivocolva ne se rencontre pas en français, on a vu ivoco et va; on sait de plus que la grammaticale l, dans le cours d'un radical , relie ensemble deux mots qui ont une existence séparée; on comprendra donc que la conjonction va, e/, doit précéder le complément indirect ivoco.

Voici ce qu'en lisant ou en entendant ces vers comprendra un français :

Mais si tel désir : la finale a annonçant le sujet , il sait déjà , lui , qu'il faut entendre le ou tin avant le sujet , et par conséquent mais si un tel désir; malheurs , savoir, nos : ces trois mots français n'auraient aucun sens, mais la transformation indique le verbe actif avec son complément direct et l'adjectif délerminalif qui s'y rapporte ; de plus , l'infinitif devant suivre un verbe en doit être ici le complément, ce qu'indique la préposition de en français. On comprendra donc, tout en conservant l'ordre des mots ci-dessus: de savoir nos malheurs.

Et brièvement de Troie dernière entendre catastrophe ; le français serait encore abacur si notre transformation n'avertissait que le complément de Troie n'est pas le complément du verbe, mais bien celui de catastrophe ^ que ce dernier mot est le complément direct du verbe entendre , et que l'adjectif dernière fait aussi partie de complément; ainsi, en lisant les mots ci-dessus dans leur transformation , an français comprendra : et d'entendre brièvement la der^ nière catastrophe de Troie,

Quoique esprit se souvenir frémit d'affliction et recule : Nonseulement le français ne serait pas assez clair ici , mais il pourrait

16 APPUCATION AUX SCIENCES.

induire en erreur si la transformation ne conduisait directement au vrai sens de ce membre de phrase : d'abord, comme nous Tavons déjà dit, esprit comme sujet prendra rarlicie ; l'infinitif licis suivant un verbe neutre sera complément indirect , ce que nous rendons en français par de y en plaçant ce mot après le verbe, qui sert d'antécédant ; nous avons dit que la conjonction va devait précéder ivoco; or, celui-ci, en sa qualité de complément indirect, se place à la suite du verbe ; les mots français de cette troisième ligne se présentent donc avec ce sens : Quoique l'esprit frémit de se souvenir et recule d'affliction.

Je commencerai; le verbe transformé comme actif indique que le discours qui va suivre est le complément de ce mot.

Il est aisé de comprendre que tout autre qu'un Français, pourvu qu'il connût la théorie de sa propre langue, arriverait à une intelligence équivalente de cette phrase poétique et de toutes les transformations possibles (1).

AppllcatloB »ox SeicBces.

De cette théorie, d'où découle si naturellement et si simplement une Langue universelle, descendent aussi des conséquences pleines d'intérêt pour les sciences et pour les lettres. On a droit de s'attendre à ce résultat : car le langage étant jusqu'ici abandonné à la pratique, la première théorie régulière qui viendra en coordonner les éléments devra étendre son influence sur tout ce qui emprunte un secours au langage, c'est-à-dire sur les sciences et sur les Iffttres. Celte influence se manifeste avec une évidence toute saisissante poor

(1) Le lecteur qui voudrait avoir une plus ample connaissance de ce système, peut se reporter à notre introduction (Vol. I"* du Cours complet fie ÏJingue universelle)» Enfin, IViude des deux volumes où nous exposons la tliéorie du langage, permettra de faire et de comprendre les transformations dont les radicaux sont poussés jusqu'à la troisième lettre.

APPUCATION AUX SCIENCES. 1-7

les sciences, comme od s'en assurera dans les applications que OOQS offrons dans ce volume.

Les sciences ayant surtout pour objet Tétude des phénomènes physiques, ne peuvent se passer d'exactitude. Leur point de départ artificiel , ou la base sur laqtTelle l'intelligence construit un édifice scientifique , est d'une telle importance , que tout le système peut Mre fécondé ou frappé de stérilité, suivant le choix et l'économie des premières données. C'est parce que les nombres ont été soumis à des conventions merveilleusement adaptées aux besoins de la science , que des résultats aussi considérables ont été obtenus dans cette partie de nos connaissances. Notre siècle a vu une science toute nouvelle, la chimie, prendre subitement des proportions considérables aussitôt qu'une nomenclature habile en a eu disposé les matériaux avec ordre et précision. La zoologie a cornnencé , sous l'organisation puissante d'un célèbre naturaliste , l'œuvre synthétique par laquelle l'esprit humain s'approprie les fruits de son analyse. Mais combien de sciences sont encore condamnées au morcellement analytique parce que dès leur début elles n'ont pas rencontré la voie dans laquelle se trouvait la source des pn^rès. La chimie elle-même reste aujourd'hui embarrassée au milieu des richesses nouvelles qu'elle ne peut plus classer , parce qu'elles n'étaient pas prévues, et l'arithmétique a trop souvent recours à la peinture du nombre, quand le travail intérieur de Fesprit , si la nomenclature des nombres par la parole était mieux faite, devrait suppléer à la nomenclature écrite.

Les premiers principes de toutes les connaissances humaines et de tootes les sciences ont leurs racines dans le langage; c'est celui-ci qni, par son art méthodique, note, consigne et fixe dans l'esprit les premières comme les dern^res découvertes de l'intelligence; c'est lai qui reproduit, comme un miroir» les faits et les résultats de l'observation; c'est lui, enfin, qui révèle ensuite et transmet aux hommes d'étude les trésors laborieusement acquis par leurs devanciers.

Ainsi , outre les points qui lui sont communs avec toutes les manifestations de la pensée, la science doit emprunter au langage les moyens de coordonner théoriquement les matériaux qu'elle analyse

18 APPLICATION Arx SCIENCES.

elqu^elle étudie; or, telle est Tiosuifisance des forces morales de rhomme , qu'il ne peut utiliser sérieusement son étude analytique que lorsqu'il reproduit successivement la synthèse des parties suffisamment élaborées par son intelligence.

Cette synthèse , qui accompagne toute étude fructueuse , fait aujourd'hui défaut aux premières bases sur lesquelles reposent les travaux scientifiques. Les connaissances acquises se résument au fur et à mesure qu'elles pénètrent dans l'esprit par des mots dont la signification vague et incertaine laisse à la mémoire un souvenir aussi vague et aussi incertain : celle-ci ne peut puiser aucun secours à une source conventionnelle qui ne porte en elle-même aucune trace des principes dont elle devrait conserver l'empreinte. Des savants , nous ne l'ignorons pas , en voyant des esprits se former une idée inexacte ou incomplète de telle partie de la science résumée par un terme , souhaiteraient volontiers que ce terme fûl lui-même assez indécis pour qu'il n'arrèlàt pas la pensée dans un cercle ou trop restreint ou trop éloigné des idées les plus compréhensives; mais cette opinion, à laquelle nous adhérons trèsvolontiers, signifie en réalité, qu'il vaut mieux n'avoir aucune méthode que d'en avoir une mauvaise ; nous doutons fort que ces savants préférassent l'absence de toute méthode aux procédés suffisamment sages et éprouvés : car nous ne leur faisons pas l'injure de les croire capables de nier l'existence d'une bonne méthode dans l'étude de telle ou telle science.

A ceux qui auraient contracté ce préjugé , parce qu'ils auraient été trop souvent en présence de systèmes vicieux ou insuffisants, nous répondrons : qu'avant de découvrir la meilleure méthode qui convienne à une science , il faut que les progrès actuels de cette science soient nettement compris et définis ; que son élude serait nécessairement entravée par l'absence de l'ordre qui doit y régner , et que son avenir serait également compromis. D'abord, l'étudiant jeté au milieu de mots qui n'ont entre eux aucun lien , saisit ce qu'il peut de leur signification, et, comme malgré lui, s'attache à tel sens qui est plus conforme à sa propre pensée ou qu'il a mieux saisi que tel autre ordre d'idées; il est d'autant plus enclin à se

APPUCATION ADX SCIENCnS. 19

laisser entratner dans cette fausse voie , que sa mémoire le pousse inévitablement de ce côté. Quand il a ainsi recueilli plusieurs mots d^une théorie , et que pour chacun d'eux il accepte une signification plus ou inoins incomplète, plus ou moins inexacte, il lui devient très-difficile de faire quelques pas en avant dans le sens même de la science ou de l'auteur qu'il étudie; non seulement le mécanisme du langage ne lui est pas venu en aide , mais il a contribué à l'induire eo erreur. Ensuite , le savant qui se montre si sévère pour l'étudiant dont l'esprit q'embrasse pas tout le sens d'un mot, ne re- Yîenl-ir pas lui-même sur les bancs de l'école , quand il veut contribuer aux progrès de la science? celle-ci , reculant sans cesse ses limites , n'est-il pas toujours, comme les plus novices, occupé avec les difficultés de l'étude? dès lors , ses progrès sont arrêtés ou SQspendus^jusqu'à ce qu'il se soit parfaitement rendu maître des matériaux dont son esprit se charge , et qui ralentissent la marche de ses idées.

Or , s'il faut à l'esprit humain un procédé synthétique qui permette de ranger rationnellement dans telle ou telle case de la mémoire le résultat de l'observation et de l'analyse , nul doute que ce procédé ne doive être formé sur le langage. La mémoire des mots , réfveillant celle des idées qui y sont attachées , le souvenir de l'analyse se retrouvera aisément quand les caractères qui forment le mot seront eux-mêmes conventionnelleroent la reproduction formulée de celle analyse. Certes , ce système ne pourrait être parfait que si la théorie dont il retrace les faits était elle-même irréprochable. Il est vrai que rien de parfait , rien d'irréprochable, ne dérive de la raison humaine; mais cette vérité relative, à laquelle nous atteignons, est pour nous absolue jusqu'à ce que de nouveaux aperçus aient amené de nouvelles lumières , et tous nos efforts , avant de découvrir un horizon plus éloigné , doivent tendre à nous faire bien coooaflre celui qui nous entoure. De ce qu'une science n'aurait dit que son premier on son second mot, il ne doit pas résulter qu'on doive la laisser livrée à Tirrégularité dans sa marche et la priver de la méthode, qui est l'arme la plus puissante pour acquérir ce qui est déjà découvert et pour conquérir ce qui reste encore inconnu.

C'est donc le langage érigé en théorie qui prêtera aux sciences Tappui dont elles ont besoin pour se plier à la faiblesse des ressources morales dont Thomme dispose ; c*est le langage qui doil accompagner le développement successif de nos connaissances; c'est son analyse qui doit refléter Tanalyse de la science, embrassant d'abord ies traits les plus généraux de la pensée et la poursuivant ensuite dans ses plus étroites limites.

Voilà , en effet , ce que nous nous proposons d*appliquer aux sciences connues ; cette application vient elle-même à Tappui des idées que nous venons d'avancer : car il sera aisé de remarquer que là où les savants ont fait des progrès sérieux , c'est que la classification méthodique et la nomenclature , qui en est l'indispensable complément , ont été sérieusement appliquées. La chimie et Farithmétique en offrent d^s preuves frappantes; leurs classifications, claires et précises , ont été immédiatement soutenues par la nomenclature, et celle-ci, s'unissant à tous les progrès, n'a pas cessé un instant de servir d'auxiliaire aux découvertes. Quelque parfaites , cependant , que ces deux nomenclatures paraissent , au premier coup d'œil , elles nous ont semblé imprévoyantes, et notre méthode vient compléter leur organisation. L'arithmétique , si simple , si précise dans sa nomenclature écrite , reste à peine exacte dans sa nomenclature parlée , et , en perdant la simplicité de la peinture des nombres , elle gène les efforts de la mémoire et du calcul; nous faisons disparaître cette grave imperfection en même temps que nous lui procurons une exactitude plus rigoureuse. La chimie a rencontré bon nombre de circonstances que la nomenclature n'avait pas prévues , et elle réclame avec instance les améliorations que nous indiquons. La zoologie , restée longtemps à l'état où languissent encore la botanique et la minéralogie , a reçu une puissante impulsion due au célèbre Cuvier, et sa classification , sortie de ce progrès, est désormais, malgré les divergences des savants sur quelques divisions, un magnifique point de départ pour les travaux qui doivent illustrer de plus en plus cette branche importante de l'histoire naturelle; mais si l'on veut savoir pourquoi ce mouvement ne semble pas produire tout l'effet qu'on en espérait , notre réponse ne

APPLICATION ACX SaENCES. 21

se fera pas attendre : c*est que la classificatioo, si importante qu'elle soit, ne saurait se passer de la nomenclature. Or, dans l'état où reste la DOineDclature zooiogique, il ne sera pas donné à la science de se ▼ulgariser, ce qui est pourtant la condition es^ntielle du progrès. Notre méthode vient à l'appui des classifications; elle s'est prêtée avec la plus grande facilita aux divisions zoologiques et elle complétera l'œuvre du grand naturaliste.

Quant à ces sciences si nombreuses, qui font encore des efforts pour coostituer leur classification et qui, ne pouvant y parvenir, sont pour ainsi dire condamnées à l'impuissance , nous leur présentons notre méthode pour arrêter au moins l'inventaire de leur analyse. Les classifications artificielles que nous favorisons par notre nomen^ clatore ne sont pas à dédaigner pour elles : car les méthodes prétendues naturelles resteront encore longtemps en dehors de la marche même de la nature ; elles seront ainsi , en réalité , des méthodes artificielles plus ou moins éloignées de la source naturelle dont découlent les faits. Les classifications qu'on pourrait appeler hasardées , tout artificielles qu'elles sont , pourront donc longtemps encore servir les progrès des sceinces; il n'est pas permis aux savants de les mépriser sans leur substituer un travail plus complet , plos rationnel, ou , si l'on veut , plus naturel.

La théorie du langage, en améliorant les nomenclatures les plus éprouvées, vient donc favoriser encore l'esprit de classification partout ou ce procédé n'a pas encore été pratiqué ; mais là ne s^ bornent pas les avantages qu'elle procure à la pensée humaine.

Il est, en effet, un certain nombre de sciences que la marche sociale engendre nécessairement; sciences qui sont aujourd'hui presque inconnaes ou remplacées par des usages qu'on peut regarder coaime les restes de notre ancienne ignorance. Notre nomenclature soulève des problèmes nouveaux , dont la solution intéressera vivement Tordre régulier de la civilisation moderne; les connaissances qui découlent de ces nouvelles idées pourront se résumer sous le dtre de sciences administratives (1).

(f ) Voir la deurième partie de ce volume.

Suivaui la lliéorie du langage qui a donné naissance à une Langue universelle, i^ les idées les plus générales forment dix grandes divisions; celles-ci se subdivisent chacune en dix classes d*idées, qui elles-raêraes se divisent en dix ordres, etc.; 2^ une convention assigne aux dix voyelles la figuration des grandes divisions ; aux dix consonnes celle des classes ; aux dix voyelles qui reparaissent au troisième rang , celle des dix ordres , etc.. Ce système caractérise {"h classification générale des idées que l'homme peut représenter par des mots isolés ; 2^ la nomenclature des mots qui représentent ces idées.

Un pareil procédé met en ordre tous les éléments de la pensée humaine; les sciences qui embrassent un certain nombre de ces éléments ont donc un certain nombre de cases à leur disposition ; chacune d'elles embrasse une ou plusieurs grandes divisions , une ou plusieurs classes, un ou plusieurs ordres, un ou plusieurs genres, etc.. Plus il y aura, dans notre système, d'artifice méthodique, plus l'entrée de chaque science sera ménagée habilement et deviendra facile ; plus nos conventions seront rationnelles, plus la série des phénomènes scientifiques se déroulera aisément , s'arrêtera sans effort dans la mémoire, et fera sortir de l'intelligence une source féconde de progrès. Toutefois, il ne serait pas juste déjuger le travail entier sur l'imperfection des immenses détails dans lesquels il pénètre : il fallait présenter un ensemble complet pour prouver la possibilité d'organiser les idées sous une nomenclature qui la préserve de la confusion. Or, pour remuer la masse énorme d'idées et de mots qui pèsent si lourdement sur l'intelligence et sur la mémoire , il fallait un travail et peut-être une aptitude qui peuvent faire défaut quand on n'opère plus au grand jour et quand on avance plus profondément dans les replis de la pensée et dans les entrailles de la science. Ce qu'il convient de juger , et avec la plus impartiale sévérité , c'est le but auquel notre système doit conduire. Nous avons, dans notre deuxième volume, comparé le désordre qui règne actuellement dans les langues à celui qui se verrait dans une des grandes bibliothèques nationales le jour où aucun ordre ne présiderait plus à son organisation; ce qui arriverait alors» c'est-à-dire

rimpossibilité de retrouver tel ou tel ouvrage, le découragement qu'éprouverait le gardien d'une semblable collection, rioulilité, mieux encore le danger d'introduire de nouvelles richesses au milieu de cet encombrement, etc.; tout cela se présente aujourd'hui pour le langage. Il rendrait un service éminent, le bibliothécaire qui débrouillerait ce mélange informe et qui substituerait un ordre méthodique, fût'il provisoire » à tous les Inconvénients du chaos, des successeurs, perfectionnant son organisation , sauraient où trouver chacun des (résors qu'ils devraient classer autrement , et l'exemple même de leur devancier serait le plus utile enseignement pour de nouvelles classifications. Tel est l'objet que nous poursuivons, tout eo prévoyant combien les savants pourront trouver à blâmer, chacno dans le cercle de leur spécialité ; mais nous leur livrons les matériaux entre les mains, nous leur assignons la place qu'ils doivent occuper dans le cadre entier des connaissances humaines; là finit notre travail , là doit commencer le leur; qu'ils se mettent à Toeuvre , comme le ferait le bibliothécaire que nous citions tout à l'heure, et qu'ils remplacent par une organisation basée sur des principes déduits de la science elle-même , un ordre que nous faisons reposer sur des fondements purement artificiels.

Nous offrons donc aux savants dans les applications de notre Ihéorie : 4* le ueu ov hb doivent constriirb leur échaffaudage ;

2* les MATÉRIAUX AVEC LESQUELS ILS POURRONT L' ÉLEVER; 3« L'ORDRE ET LA MÉTHODE QUI DOIVENT PRÉSIDER A LA CONSTRUCTION.

Les exemples que nous mettons sous leurs yeux attestent la possibilité de réaliser l'œuvre que nous proposons. Cette possibilité est déjà d'un grand prix : car la plupart de ceux qui n'ont pas obtenu une classification fondée sur ce qu'on appelle aujourd'hui une méthode naturelle semblent désespérer de l'avenir de la science, et ne s'ingénient nullement à établir au moins une classification artificielle ; cependant sans cette synthèse provisoire, il n'y a autour de l'étudiant que des débris, et l'analyse qu'il fait restant toujours stérile, laiigue son esprit tout en retardant sa marche et ses progrès. Nous croyons pour nous qu'une organisation synthétique dans les éléments des sciences, à quelque degré de perfectionnement qu'elles

2k APPUCÀTION AUX SCIEKICËS.

scient parvenues, est chose indispensable ; or, comme ce philosophe qui marchait pour prouver l'existence da mouvement, nous démootrons par le fait lui-même de la classification, tout incomplète qu'elle peut paraître, la possibilité d'en créer de plus exactes et de plus complètes/

Quant aux avantages qui sont attachés au système que nous adoptons, ils seront sensibles pour quiconque étudiera l'une des applications que nous offrons dans ce volume. Nous allons cependant nous arrêter sur l'utilité générale qu'on en peut attendre, et, pour procéder méthodiquement, nous allons parcourir rapidement les trois points sur lesquels nous venons d'attirer l'attention des savants : i» Nous avons dit que nous montrions le lieu où doit être construit l'édifice de chaque science.

Ce n'est pas un médiocre avantage pour l'intelligence des idées que de pouvoir retrouver chacune d'elles dans le rang où elle doit être classée; de la distinguer tout d'abord de ce qui lui est étranger; enfin, d'attribuer, dès le premier coup d'oeil, à chaque science ce qui lui appartient.

Cet avantage résulte de la classification des idées et de leur nomeaclature. Puisque nous partageons toutes les idées que l'homme peut faire représenter par dix mots figurant dix grandes divisions, il suffira de se rendre compte de chacune d'elles, et de bien en comprendre l'étendue pour savoir dans quelle division telle science ou tel mot qui est de son domaine doit être rangé. Or notre nomenclature s'applique aisément à chacun de ses embranchements :

a est la manière d'être de l'individu.

e — ... des individus dans leurs rapports mutuels.

i — — relative au monde moral.

0 — — des objets ou des faits.

u — — du langage,

(i) a est l'animal.

(1) Nous repreDom Ici la Dotation des royeUes fortes que oons ayons adoptée dans notre ouvrage; ces voyeUes, comme nous Tarons dit ci-dessus, se prononeeiiC en français : â, é, ain, ô, ou.

I est le végétal.

y — l'objet naturel.

«1» — l'objet artificiel de nécessité première.

b — — — secondaire.

Ces dix voyelles servant d'initiales à tous les radicaux sépareront déjà les sciences qui pourraient être désignées sous ces dix dénominations. Or la généralité de ces embranchements est telle que plnâeurs des sciences aujourd'hui connues seront rangées dans la même grande division et ne seront déterminées que par la classe , c'est-à-dire par la consonne qui suivra cette première lettre.

Les sciences connues qui peuvent se résumer par une seule lettre sont la philosophie, la zoologie, la botanique ; leurs radicaux seront dans le même ordre : t\ a, c. La philosophie s'occupant de tous les pbéaoffiènes du monde moral et ayant surtout en vue de définir les faits moraux dont elle fait Tanalyse , éprouve plutôt quelque difficulté à préciser les termes déjà connus dont elle fait emploi qu'à créer de nouveaux mots ; elle n'aura pas un intérêt aussi immédiat qiœ les antres sciences à l'adoption de notre système ; mais lorsqu'elle aura définitivement arrêté la signification des mots qui importent à la science philosophique, elle devra nous savoir gré de lui avoir procuré le matériel qui 'assurera ses progrès en donnant de la solidité à ses fondements. La zoologie et la botanique sont bien autrement intéressées à l'adoption d'un système semblable à celui que nous proposons : l'immense dédale de mots dans lequel ces deux sciences sont engagées ne leur permet plus de s'égarer dans de nouvelles analyses ; elles sont condamnées à rester station- Daires jusqu'à ce que la nomenclature assure aux savants la possession réelle des nombreux matériaux qui les empêchent aujourd'hui de faire un pas en avant.

Toot mot représentant un animal a pour première lettre un a, et toflt mot représentant un végétal commence par la voyelle t ; ces deux simples conventions ne peuvent donner lieu à aucune incertitude, à aucune amphibologie : il n'y a plus, en effet, un seul terme gui puisse partir d'une même origine , à moins qu'il ne rentre dans

le même cercle d'idées. Or les deux caractères a et s Ggurenl Tun les animaux, Tautre les végétaux ; pour qu'un mot puisse représenter un animal ou un végétai , il faudra donc que la lettre initiale soit déterminée comme nous venons de Tindiquer.

En nous arrêtant à cette .seule convention, nous pourrions déjà signaler ce qu'elle offre de précieux pour la netteté des idées qui s'attachent aux mots. Qui peut se flatter, dans l'état où en sont les sciences chez tous les peuples , d'assigner à la zoologie ou à la botanique tous les sujets qu'elle a le droit de réclamer ? Â combien d'erreurs l'expérience qu'on pourrait faire à cet égard ne donnerait-elle pas lieu ? Quelque vaste compréhension que Ton remarque chez quelques esprits privilégiés , la nature ne se lassant pas de produire et la nomenclature dépourvue de méthode nommant au hasard toutes les découvertes, est-il possible qu'ils ne confondent jamais ce qui est du ressort de leurs études avec ce qui leur est étranger? Ainsi, dût notre méthode se contenter de déterminer la première lettre de tous les mots de la langue, ce serait rendre un véritable service aux savants que de mettre un signe caractéristique sur les mots qui doivent leur appartenir dans le vaste répertoire du langage. Mais cet avantage va proGter bien plus encore aceux^qui ne sont pas initiés ou à la zoologie ou à la botatiique , puisque les incertitudes et les causes d'erreur sont bien plus nombreuses pour les esprits encore novices.

Ce que nous disons ici s'applique également à toutes les autres sciences, que leur nom soit arrêté à la deuxième ou à la troisième lettre de nos radicaux. On peut déjà se faire une idée de cette définition de la science sur les animaux dont les diverses parties ont été spécialement étudiées : les vertébrés étant désignés par les lettres ab, ag, ad, av, les mollusques par aj, etc., iab sera l'étude des mammifères , puisque tout individu appartenant à cette division aura pour initiales ces deux lettres; iag (i) sera l'ornithologie, iav l'ichthyologie, iad l'étude des reptiles, \uj l'étudedes mollusques, etc.

(1) La letire / placée dcTant la première voyelle du radical Indique l'idée de Tétudc faite sur ce radicah

Or ces mots composés de deux lettres og, ad, av, «j , etc., étant les initiales qui caractérisent les oiseaux, les reptiles, les poissons, les mollusques, etc., la vue de la consonne qui suit la voyelle constante a (animal) déterminera la branche zoolcgique à laquelle appartiendront tous les êtres placés dans de semblables conditions.

Il en sera de même de tous les mots composés d'une voyelle et d'une consonne; comme ils renferment un certain nombre d'idées qui sont rangées dans une même classe, ils indiquent le point de départ de tous les mots ou de toutes les idées attribuables à cette classe : par exemple , derrière la lettre y, qui signifie objet naturel, chacune des consonnes qui suivront pourront figurer une science particulière : yv sera la géographie, yj Tanatomie du corps de rhomme, yp celle du corps de l'animal, yc celle du végétal, yf sera la nomenclature mioéralogique etyh la nomenclature chimique.

Les mots de trois lettre^ et au-dessus peuvent aussi servir de points de départ à quelques sciences qui embrassent une généralité moins vaste que celles qui précèdent, et qu'on a vu figurer par une ou deux lettres, yje dont la signification s'explique ainsi : objet oalurel (y) du corps de Tbomme (j) et faisant partie de sa charpente (e) est évidemment Tordre dans lequel toutes les Idées des parties que fournit Tostéologie rapportée à l'homme doivent être placées; yve est la géographie de l'Europe, yvo celle de l'Asie, etc. ; ec suivi des douces a, e, i, o, u exprime les mots qui renferment les idées des opérations médicales, tandis que »c suivi des mêmes Yoyelles s'appliquç aux objets dont celle science fait emploi, etc.

Ainsi, la première lettre d'un mot annonce toute une science renfermée dans la vaste classification dont elle résume l'ensemble ; la deuxième lettre est la source d'une science moins vaste que la première, mais plus considérable que celle dont la troisième lettre annonce l'origine. Les lettres qui suivent restreignent de plus en plus le cadre des travaux scientifiques qui doivent être déduits des premières; mais elles sont de même la source d'études sur une col* lectîoo d'idées qui peut devenir une science.

Oo le voit, notre système, en même temps qu'il organise les idées de manière à les déterminer avec précision et facilité, donne à chaque

science sa place au milieu de celles qui sont nées ou à naître, et, en lui assignant son rang dans cette grande échelle de la pensée, il éloigne d'elle tout ce qui pourrait apporter quelque confusion à Tintelligence.

Aujourd'hui que les sociétés arrivées à un point élevé de la civilisation excitent et encouragent tous les membres à contribuer pour leur part personnelle aux découvertes qui agrandissent rhorizon humain , les sciences se multiplient et prennent des accroissements indéfinis; elles sont déjà comme autant de langues diverses greffées sur la langue de chaque peuple , et menaçant d'apporter la confusion de la parole parmi les populations qui ont le même idiome. Arrêter cet essor par la théorie du langage pour le diriger ensuite dans une voie où chaque science se développera sans entrave, c'est assurément rendre service aux savants et à ceux qui les suivent de loin dans le grand labyrinthe du langage.

Cet aperçu pourrait -laisser croire que certaines sciences assez spéciales, et à ce titre éloignées de la grande division qui les reo- ^ ferment, composeraient difficilement les radicaux qui figurent tes idées qui leur sont parliculières, puisque tous ces mots devraient être précédés des trois ou quatre lettres qui caractérisent leur spécialité ; d'autre part, dans l'étude de ces sciences, on devrait rencontrer trop souvent la syllabe ou même les syllabes initiales qui déterminent leur position relative dans le cadre de la pensée et du langage.

A cette objection dont nous avons longuement discuté le mérite à l'origine même de notre travail , nous pourrions répondre en faisant envisager l'importance du but que nous atteignons et en faisant bonne justice de cette délicatesse de l'organe au milieu de sujets qui réclament d'abord et avant tout l'exactitude de la pensée et la satisfaction de la raison ; mais nous n'acceptons même pas aujourd'hui comme difficulté une pareille objection.

En effet, lorsqu'une ou plusieurs lettres déterminent une série d'idées de laquelle une science prend naisssMQce, ceux qui se con-» sacrent à l'étude de cette pattie des connaissances humaines peuvent, si tel est leur bon plaisir, faire abstraction de la partie radi-

APPLICATION AUX SQENCES. 29

cale qui énonce la science et se préoccuper seulement des lettres finales qui classent et dénomment les objets de leurs recherches. Un exemple Trappant se présente en première ligne dans les applications qui suivent : les nombres sont annoncés par la syllabe pb qui indique : Vadjectif déterminatif (p) figurant le nombre cardinal (8); les. noms p8vi, p8ica» p8dugc, pHavyde, etc., représentent ainsi les nombres (p») vi, ica, dugc , avyde, etc.» c'est-à-dire &S, 376, 3527, 1&832, etc.; or, en s'occupantde calculs arithmétiqoes , on peut faire partout abstraction de la syllabe initiale et opérer directement sur les nombres vi, ica, dugc, avyde, etc. Le même procédé peut être employé chaque fois que la science se trouve recalée dans Tordre de la classification générale jusqu'à la troisième ou la quatrième lettre.

Dans cette hypothèse, l'étude d'une science est ramenée aux éléments les plus simples ; les lettres qui sont spéciales à sa théorie fieront ordonnées comme nous l'avons indiqué; pour 10, 100, iOOO roots particuliers il faudra une , deux ou frot5 lettres. Il est vrai que tontes les fois qu'un mot scientifique paraîtra hors de la théorie qui lui est propre , c'est-à-dire sera employé dans le langage ordinaire , il sera indispensable de l'énoncer avec les initiales qui déterminent son rang dans la grande classification des idées ; cela ne peut être la source d'aucun inconvénient , puisque ces mots , quelque distants qu'ils soient de l'origine de la science, ne se composeront pas de plus de trois ou quatre lettres (1), et que la théorie elle-même ne sera guère annoncée par un plus grand nombre de caractères. Or des mots de huit lettres ne sont pas plus embarassants que ceux-ci : aventure , pâturage , badinage , etc. Un naturaliste qui se spécialiserait sur les oiseaux, ferait précéder des lettres ag tous les mots qui établiraient sa théorie ; si parmi ceux-ci il se fixait aux conirosireSf il prendrait agi pour préfixe ; enfin, il aurait les initiales oegij s'il se livrait à l'étude des moineaux seulement. S'il était pos-

(1) Trois ou qqaÀTt lettres supposent 1,000 oa 10,000 radicaux spéciaux pour tape même science ; ce qui , en deliors des sciences natureiles, ne peut guère se rpocontrcr.

sible de distinguer mille espèces de moineaux, on n'arriverait encore qu'au nombre de huit lettres pour définir chacune de ces mille espèces.

Il reste donc établi que. sans offrir le moindre inconvénient dans la suite des idées et du style, et, au contraire, en favorisant rentrée des sciences, leurs études et leurs progrès, notre système permet de distinguer, soit au premier coup d'œil dans la lecture, soit dès le premier son dans le langage, à quelle série d'idées se rattachent tous ces mot^ scientifiques dont aucun savant aujourd'hui ne peut se flatter rie donner une première explication; et que les yeux et les oreilles non seulement éveillent dans l'esprit la signification de ces mots , mais qu'ils avertissent de leur situation respective dans le grand cadre des idées et du langage.

2» Nous offrons aux savants les matériaux avec lesquels ils peuvent dresser leur échaffaudage.

Ces matériaux sont, sans doute, entre leurs mains; et ici nous n'entendons pas ceux qui sont du ressort même de la science, nous voulons parler de ceux qui sont propres à la nomenclature; mais quelque nombreuses que soient les ressources dont ils disposent aujourd'hui, ils ne peuvent en tirer le parti que nous offrons avec un matériel bien moins considérable. En effet, au lieu de vingt ou trente sons différents, au lieu de trente on quarante articulations que produisent les caractères isolés ou rapprochés , nous n'admettons que dix sons et dix articulations; mais ces éléments de la syllabe et des mots sont, par leur choix et la disposition dans laquelle nous les rangeons, susceptibles de se multiplier d'une manière illimitée, tout en conservant cette simplicité de déduction qui est imposée par la nature elle-même à la puissance trop limitée de notre intelligence et de notre mémoire.

Nous empruntons aux langues connues et parlées aujourd'hui sur le globe dix sons et dix articulations qui sont reçus presque généralement; les seules exceptions que nous n'avons pas craint d'introduire sont relatives aux deux sons m et y et à l'articulation j. Le son u n'est pas entendu dans plusieurs pays et nous eussions été heureux de pouvoir le supprimer afin de donner plus de facilité à

APPUCATION AUX SCIENCES. 31

ces peoples pour entrer dans notre théorie ; nous en dirons autant du son y (prononcez atn); mais en abandonnant le premier il aurait fallu nous priver du complément le plus naturel des quatre sons qui précèdent : ces sons a, é, i, o ne sont que l'émission du son guttural k mesure qu'il s'avance du gosier vers la partie extérieure de la bouche ; le son u est évidemment le dernier terme de cette émission el il est trop naturel pour que l'organe humain en subisse la privation. Cette dernière considération paraît si concluante que déjà certains peuples , sans en éprouver d'autre besoin que celui d'imiter leurs voisins, font sur la lettre qu'ils prononcent ou une inOexion qui la rapproche de notre u. D'ailleurs, l'analogie entre u et ou, en nous permettant d'établir la distinction d'une douce et d'une forte, nous procure l'avantage d'adopter le système décimal dans DOS conventions ; or, en lisant attentivement notre deuxième volume, on reconnatlra toutes les ressources que nous puisons à ce système. La voyelle y n'était pas aussi rigoureusement nécessaire à rétablissement de notre méthode, et nous aurions pu laisser subsister la forte i que les français distinguent assez bien dans abîme et que les anglais employent fréquemment sous la forme de deux ee. Mais nous n'avons pas oublié que pour être exacte, il faut qu'une langue ne puisse prêter aux incertitudes, aux équivoques « et que ces sons dans l'oreille peu délicate de certaines gens qu'on rencontre trop souvent parmi les populations moins civilisées pourraient être confondus entre eux.

Au reste, la simplicité de notre choix parmi les dix sons que nous considérons, et la facilité avec laquelle huit d'entre eux se font entendre nous mettront ti l'abri de toute méprise : car les voyelles étant toutes parfaitement distinctes entre elles, les efforts que fera tel ou tel organe pour arriver au son pur u ou au son nazal y nous avertiront suffisamment de la lettre qu'il nous annonce el, par conséquent, de la pensée dont elle est l'analyse.

Il n*y a guère que l'Espagnol qui éprouve quelque difficulté à arb'coler la consonnej; cette difficulté, ou l'effort spécial que l'on remarquerait dans la voix d'un interlocuteur, pourrait annoncer qu'il appartient k cette nation , mais ne troublerait en rien le sens

des mots qa*il prononcerait : car cet effort ne pourrait nullement faire confondre celte consonne avec Tune des neuf autres articulations.

Ainsi, tel est l'avantage d'un choix bien fait parmi les sons et les articulations qui se rencontrent chez tous les peuples, que, même en supposant quelque vice de langage, grasseyement, zézaiement, etc. , pourvu qu'une nuance sépare les douces des fortes, l'oreille quelque peu intelligente ne pourra s'y méprendre et saisira toujours le ddot dans le sens même de sa formation. Dans l'hypothèse où le reste de notre système répondrait au but que nous nous proposons, il devient donc évident que les sciences pourraient se vulgariser plus aisément, et que les savants de tous les pays non seulement se comprendraient par écrit et à la vue des caractères représentatifs de la pensée , mais encore de vive voix , malgré la divergence des accents et l'irrégularité de la prononciation. La seule attention à laquelle chacun se trouve nécessairement astreint est de différencier suffisamment les douces des forces : or les unes et les autres se distinguent essentiellement entre elles dans les consonnes, et il y a pour l'oreille une démarcation prononcée entre les cinq voyelles douces comme entre les cinq voyelles fortes.

Un avantage plus considérable encore résulte de la disposition dans laquelle nous présentons ce matériel : pour que les séries décimales qui servent de base à nos classifications et à leur nomenclature produisent tout l'effet qu*on en peut attendre , il faut leur procurer les relations particulières aux séries décimales dont on fait usage en arithmétique. Or celles-ci, d'après les propriétés du nombre dix , sont divisibles non seulement par un et par dix, mais encore par deux et par cinq ; cette même disposition doit se rencontrer dans le système décimal que nous appliquons au langage. De même que tous les nombres sont divisibles par Vunité et par eux-mêmes, de même nos séries décimales peuvent être analysées dans chacune de leurs parties ou résumées soit dans le genre qui renferme les dix espèces, soit dans l'ordre qui renferme les dix genres, soit, etc. : la condition particulière à tous les nombres appartient donc également à chacune de nos séries.

La divisibilité de nos caractères par deux et par cinq n'est pas vioins évidente , si Ton fait attention à la formation du tableau de nos radicales; elles s'offrent ^ en effet , sous ce point de vue :

ITofcUesi

Tableau des lettres radicaUi.

douces. .... a, e, I, 0, u b, g, d, v, j. \ ^^^„„^

- ^ ^ * j. 1. I consonnes,

fortes. «, e, y, w, » p, c, t, f, h. J

n est aisé de voir que les voyelles, comme les consonnes, sont divisibles par deux, et que le quotient donne les cinq douces ou les cinq fortes; elles sont également divisibles par cinq, et donnent au <|QOtient , savoir : voyelle ou consonne , une douce et la forte cor- /Codante.

Qaaod on n'a pas étudié notre théorie , on peut ignorer tout le parti que nous tirons de cette divisibilité. Dans un certain nombre de sciences qui, comme la zoologie, ne se prêtent pas au partage des divisions, il a fallu abandonner cette ressource ; mais dans plunears autres, et surtout dans la théorie même du langage, nous croyons en avoir fait emploi de manière à favoriser merveilleusement et l'intelligence et la mémoire. Cependant, les sciences mêmes qni semblaient se prêter le moins à celle divisibilité y ont été ramenées dans quelque partie , chaque fois que l'arbitraire a pu se faire joor dans la coordination de la classification. Parmi les sciences oatorelies , comme nous venons de le dire , la zoologie semblait ealièrement rebelle et refusait de se plier à cette' contrainte; néanmoins, la disposition de nos classes a pu surmonter cet obstacle : en effet, tous les animaux élant partagés en vertébrés, mollusques, articulés et rayonnes , en divisant par deux ces quatre embranchements, il nous est resté, pour nos cinq douces, les ▼erlébrés et les mollusques , et pour nos cinq fortes , les articulés et les rayonnes. Outre cela , les vertébrés et les articulés connus étant beaucoup plus considérables que les mollusques et les rayonnes, nous avons réservé les quatre premières douces aux vertébrés , la cinquième douce aux mollusques ; puis les quatre premières fortes MX articulés et la cinquième forte aux rayonnes. Cette symétrie ,

3/| APW.ICATION AUX SCIENCES.

due au choix et ii la disposilion de notre base décimale , est d*ua effet bien important pour seconder Tétude de la science* La nomenclature que nous proposons pour la botanique puise aussi à cette source plusieurs avantages : les nombres pairs g, v, p, t, représentent tous des plantes cotylédones dont le caractère le plus particulier est distingué par Tidée deperigynie^ et les lettres impaires d, j, c, f, sont réservées aux cotylédones, dont le caractère distinctif est Vhypogynie ou Véfxgynie, Pai*mi ces dernières, Thypogynie est affectée aux cinq douces et Tépigynie aux cinq fortes. Les sciences médicales, dont les termes rappellent h chaque instant quelque manière d'être de l'individu, rencontrent fréquemment des analogies qui résultent de cette divisibilité.

Mais c'est surtout , comme on doit le prévoir , dans le calcul que les avantages de cette disposition doivent être sensibles : là notre système présente ce cachet d'exactitude rigoureuse dont cette science offre elle-même le modèle. Qu'on relise les pages où sont consignées les premières bases de l'addition , et l'on sera frappé de cette corrélation constante entre les douces et les fortes, qui permet de ramener le calcul de l'addition du nombre d'un seul chiffre à celui de deux ou trois nombres, en laissant pour le reste tout le travail à une disposition mécanique dont la mémoire peut se rendre maltresse en quelques minutes.

Ainsi , après avoir déterminé pour chaque science la position relative qu'elle doit occuper dans le cadre des connaissances humaines , nous offrons les matériaux qui peuvent servir utilement ci la construction d'un édifice bien ordonné; de sorte que les divergences intérieures que les classificateurs introduiraient dans leur construction , d'abord ne pourront nuire à la situation relative des sciences entre elles, et ensuite seront jugées d'autant plus aisément que l'esprit saisira plus vite le système plus ou moins sûr, plus ou moins ingénieux , qui aura été édifié avec les mêmes matériaux.

V Dans les applications de notre théorie , nous offrons encore aux savants l'ordre et la méthode qui doivent présider à la construction de leur édifice.

Nous avons vu comment la classification de la théorie du langage

assigne sa place à chaque science au milieu des nombreuses idées d^où peut surgir un cadre scientifique; nous avons calculé les diflérents sons dont l'oreille doit saisir les diverses nuances , et dont l'œil, dans l'écriture , reconnaîtra les caractères. La disposition que noos venons d'établir, pour ces sons et pour ces caractères , est le point de départ de l'ordre et de la méthode qu'il paraît naturel d'imposer à la nomenclature des sciences.

La première obligation sur laquelle il faut appuyer, est celle d'établir une classification; cette nécessité, il est vrai, frappe l'espril de tous les savants; mais quelques-uns reculent devant elle par l'impossibilité qu'ils entrevoient de remplir convenablement cette tâche. Cependant , une autre impossibilité se présente : c'est cdle d'apporter l'ordre au milieu des matériaux sans nombre que l'analyse finit par amasser autour d'eux. Daàs cette perplexité, l'homme de science finit trop souvent par se décourager et par iBtroduire, comme les autres, au milieu des connaissances éparses dont se comp*bse la branche qu'il étudie, son coutingent analytique, laissant à des intelligences plus heureuses le soin de ranger ces parties confuses dans un cadre théorique. De cet entraînement déplorable résulte naturellement une accumulation de matériaux au milieu de laquelle il devient impossible aux étudiants de se frayer one route sûre, et aux savants eux-mêmes de reconnaître toutes leurs richesses. Ceux-ci, au lieu de profiter des trésors découverts par leurs devanciers, se consument en efforts infructueux pour acquérir certaines connaissances qui sont découvertes depuis longtemps; ceux-là déterrent tels ou tels objets , tels ou tels phénomènes, se les approprient, les proclament comme dus à leurs recherches , et dépouillent provisoirement les véritables auteurs du fruit de leurs travaux. La science peut-elle progresser dans des coadîlions pareilles? et ne doit-on pas sérieusement se mettre à l'oeuvre pour la débarrasser de cet encombrement qui obstrue les avenues pour l'étudiant et absorbe inutilement le temps des véritables savants?

Or, les classifications se font suivant deux méthodes : l'une est dUe fliétbode naturelle et l'autre méthode artifictelle.

On connaît assez la définition de ces deux méthodes pour que nous n'entreprenions pas ici de la reproduire; d'ailleurs, les mois eux-mêmes les distinguent suffisamment. Ce qu'il importe de rappeler, c'est qu'aucune méthode ne mérite absolument le titre de naturelle : la nature sera longtemps, et probablement toujours, un livre fermé pour nous; sa manière d'opérer s'élève tellement au dessus de notre raison bornée, que son but comme ses moyens nous échappent sans cesse. Il n'est pas moins vrai que l'homme de génie, dans ses découvertes, s'approche d'elle et lui dérobe quelque chose de ses mystères; celui qui introduira une méthode naturelle sera donc celui qui copiera avec le plus de fidélité ce modèle inimitable. Nous insistons sur ce point, afin qu'on «e pénètre bien de cette idée , que toutes les méthodes sont plus ou moins naturelles , ou si l'on veut moins ou plus artificielles. Il nous serait facile d'appuyer cette assertion sur des exemples, et en prenant à partie les méthodes scientifiques qui méritent le mieux le nom de naturelles, de montrer combien elles empruntent encore aux artifices de notre raison.

Si nos classifications sont plus ou moins artificielles , il eai du devoir du savant de tendre sans cesse vers cet idéal , dont la nature présente le type ; mais lorsqu'il se trouve le plus éloigné de cette imitation , il n'a pas le droit de désespérer de la science; il faut, au contraire, que pour la faire progresser il coordonne artificiellement les matériaux qu'il a sous la main , afin que lui-même , ou quelque autre plus heureux, fasse faire plus tard un nouveau pas dans cette voie. Toute science, pour mériter ce nom, doit donc avoir» à quelque degré qu'elle soit parvenue, la classification qui résume les connaissances déjà obtenues et prépare celles qu'elle doit acquérir.

La nécessité que nous constatons ici a été proclamée par tous les savants qui se sont occupés de théorie; si, malgré cette opinion généralement admise, des efforts suffisamment actifs ou persévérants n'ont pas été Rentes , nous allons peut-être en produire une des principales causes. La classification n'a pas jusqu'ici reçu le complément indispensable qui la fait pénétrer dans l'esprit, et que nous appelons à notre aide : la nomenclature. Partout où celle-ci a pénétré , elle a transporté dans notre mémoire les éléments de la

APPUCATION AUX SCIENCES. 37

science dans Tordre même de la classiflcation dont elle a ainsi vivifié les éminents bienfaits. Une science bien ancienne, Tarithmétique, et une autre toute nouvelle, la chimie, nous en offrent, comme nous l'avons dit, des exemples frappants. D'autre part, malgré les travaux considérables effectués dans certaines branches , le défaut de nomenclature semble arrêter leurs progrès ; la zoologie elle-roèœe , si avancée aujourd'hui dans son système admirable de classification , ne semble pas tirer tout le parti qu'on avait droit d'attendre de la magnifique théorie de Cuvier ; elle a besoin du complément que nous lui offrons dans ce volume.

Noos pourrions appliquer à la science du langage ce que nous venons d'avancer pour les autres théories : privée de la classification et de la nomenclature , elle a été exposée à toutes les irrégularités de la pratique et est restée dans la subordination des événements qui ont agité le globe : des idiomes sont nés du hasard; d'autres sont morts sans que leur déclin ait été ou remarqué on arrêté. La seule partie théorique qui ait été observée chez tous les peuples et qui ait survécu à toutes ces révolutions , c'est l'analyse grammaticale; cette branche du langage s'est transmise assez régulièrement d'un peuple à un autre et sert encore aujourd'hui à initier l'enfance au mécanisme des langues; mais, faute d'une Domeoclature qui expose la synthèse de cette analyse , elle ne dépose pas la limite de cette initiative et n'est devenue la source d'aucun progrès sérieux; les littérateurs et les savants en comprennent si peu l'importance, qu'ils l'ont oubliée et croient pouvoir s'en passer impunément. Cependant , puisque toutes les langues se sont servi de cette analyse , et puis<|ue le temps , qui a supprimé des idiomes tout entiers , l'a fait descendre depuis les époques les plus reculées jusqu'à nous , il faut bien qu'elle ait un caractère véritable d'utilité. Nous espérons que notre ouvrage , en la ramenant à l'état synthétique et en créant ainsi sa nomenclature, fera m;onnattre tout le parti qu'on en peut tirer.

Puisque la nomenclature est Je complément nécessaire de toute classification , la forme générale du langage ne peut* être indifférente,, et kl théorie de ce langage doit se prêter h ce besoin impérieux.

C'esl aussi ce que nous pouvons annoncer de noire méthode : elle présente, en effet, une grande classification à laquelle toutes les classifications spéciales sont subordonnées; elle est interprétée par une nomenclature à laquelle toutes les nomenclatures spéciales sont aassî subordonnées. De cette unité de forme et de conventions naît uo cadre commun pour toutes les sciences, qui se trouvent plus ou moins rapprochées^ suivant leur objet , et pénètrent d'autant plus facilement dans Tesprit , qu'elles s'y rangent avec ordre et à Faide des mêmes caractères.

Dans toute classification , l'idée la plus générale domine toutes les autres , et c'est par elle que notre esprit se prépare à la connaissance des faits particuliers qu'il veut étudier. Le radical du mot dans notre théorie nous prépare de la même manière à l'énoncé de ces faits : la première lettre correspond à l'idée la plu;; générale de la classification et commence la définition de ce radical. Des divisions successives font descendre de ce premier embranchement aux classes, ordres, genreis, espèces, etc., jusqu'à ce que l'idée particulière soit suffisamment distincte de tout ce qui lui est étranger. De même les nouvelles lettres qui suivent la première, formulent les classes, les ordres, les genres, les espèces, etc., dans l'ordre même qui particularise l'idée. Si donc il est vrai que la classification conduise à distinguer nettement l'objet classé, H sera également vrai que les caractères qui entreront dans la composition du root en fourniront la définition.

Ce procédé méthodique appliqué à toute notre théorie se conforme naturellement aux classifications reçues dans toutes les sciences. Une seule difiérence sensible entre notre nomenclature et la classification doit être notée ; elle résulte de Tinégalité même qui subsiste entre la pensée et la parole : l'une peut se diviser aussi lentement que l'on voudra et accepter les distinctions les plus larges ou les plus étroites ; l'autre^ forcée de se prêter aux exigences de l'oreille et de la mémoire , a nécessairement des limites au-delà desquelles elle ne peut s'écarter. Si donc cette dernière suivait aveuglément la classification attribuée à la pensée, elle s'égarerait, infailliblement , puisqu'elle perdrait de vue les habitudes et la na-

lure même des orgaoes 4le la voix et de i*ouïe. Par exemple la classiûcation de Guvier nous déflnira le lion comme un animal vertéhré, mammifère, carnassier , digitigrade, camivore, relevant du type chai ; si nous exprimons par une lettre caractéristique chacune de ces divisions et si nous faisons alterner les voyelles avec les consonnes, le mot lion ne serait défini qu'après la huitième lettre et serait formulé par un mot de cette forme : abovucad ; si nous avons cent espèces de lions à distinguer, elles seront exprimées par deux lettres de plus, et le terme qui les représenterait, abovucadig, serait embarrassant pour la voix et pour Toreille. Que serait-ce si, en parlant des vertébrés, nous allions faire la distinction de ceux qui sont , vivipares ou ovipares ; parmi les mammifères, de ceux qui sont onguiculés on ongulés ; de ceux qui ont des poches mammaires ou qoi n'en ont pas; de ceux qui ont des mains et de ceux qui n'en ont pas; de ceux dont le système dentaire est complet ou incomplet ; et si, une fois arrivé au carnassier, nous allions sur les ailes, puis sur les dents entrer dans des distinctions analogues et suivre cette marche sur les eontnH^ei, les digitigrades , etc., nous arriverions à des mots composés de quinze ou vingt lettres. Puisque cette divisibilité a été résumée p5ur la pensée dans les huit types successifs que nous avons nommés plus haut, rien n*empèche que nous ne résumions aussi ces types eux-mêmes de telle façon que les parties distinctes qui les séparent soient suffisamment déterminées.

C'est la base décimale qui nous permettra d'atteindre ce but ; pour donner une idée de notre procédé , nous allons poursuivre notre raisonnement sur l'exemple que nous venons de choisir ; l'animal étant défini par la lettre a, au lieu d'exprimer par deux lettres que cet animal est vertébré et qu'il est mammifère, nous représentons par b la définition du mammifère qui renferme celle de ranimai vertébré ; les autres consonnes ^ , d, etc., au nombre de neuf, figurent les trois autres classes de vertébrés, les mollusques, quatre divisions d'articulés et les rayonnes. De cette manière, dès la seconde lettre nous entrons dans l'intérieur des divisions les plus sigmftcatiYes, sans que l'économie de la classification soit altérée. Les neuf sortes de mammifères répondant aux neuf voyelles c, i, o, etc.,.

el la voyelle o en parliculier à celle de carnassiers, abo signifiera : animal (a), mammifère (b), carnassier (o). Arri?é à cette définition , nous consacrons la consonne g aux plantigrades, la consonne h aux amphibies , et les sept consonnes intermédiaires aux digitigrades. Parmi ces dernières les cinq premières d, v, j,p, c, sont affectées aux carnivores et les deux autres aux autres digitigrades; enfin, parmi ces cinq consonnes la lettre p exprime le type chat ; abop est donc Taniroal (a), mammifère (b), carnassier (o), chat (p). Enfin , en distinguant par les voyelles les divisions de ces animaux dont le chat est le type, nous parvenons au mot abopo pour exprimer le radical lion.

Cette marche étant suivie pour la théorie générale du langage el pour toutes les classifications, on comprend combien elle peut devenir commode pour formuler par une nomenclature toute espèce de méthode raisonnée qui a pour but de classer les objets.

Les avantages d'une pareille méthode sont bien faciles à comprendre pour la nomenclature des sciences. En effet, la compositioa d'un mot met immédiatement sous les yeux la disposition théorique qui lui donne naissance; si cette théorie est parfaitement étudiée, le mot tout entier est lui-même complètement distinct pour Tesprit ; si elle n'est poussée qu'à une certaine limite , la connaissance imparfaite qui en résulte est déterminée par cette même limite. Â chaque pas l'étudiant et même le savant mesurent le degré de leur instruction, s'en contentent ou retendent suivant le but auquel ils aspirent D'un autre côté, le procédé étant le même pour toutes les sciences, chacune d'elles devient accessible au moins dans sa généralité ; tout en se spécialisant dans une partie , on ne reste pas entièrement étranger à toutes les autres^ et on s'avance dans leur intérieur aussi loin que des études plus impérieuses le permettent.

Non seulement nous procurons ainsi une méthode sûre pour pénétrer et pour avancer dans les sciences, non seulement par l'unité à laquelle nous ramenons la nomenclature des connaissances humaines, nous favorisons le développement de l'intelligence sur toutes les branches qu'on peut étudier, mais encore nous soutenons celle-ci par les artifices de la mémoire, et réciproquement. Le mot

abopo, que nous avons vu figurer le mot lion^ nous rappelle la connaissance de ranimai, figuré par «; de celui qui est vertébré et qui porte des mammelles, «b; de celui qui a tous les caractères du carnassier, «bo; de celui qui est digitigrade, Carnivore, et qui tient de la famille du chat, ocbop. Toules ces connaissances, qu'un seul oot rappelle à notre souvenir, sont elles-mêmes la source de don • nées très importantes sur les autres êtres animés : ab nous donne la clé de la classe qui contient quatre ou cinq mille animaux; obo comprend plus de cinq cents animaux connus ; abop en comprend encore plu^ de cent. Quand donc on verra apparaître le radical «bopcg oo pourra ignorer la signification des dernières lettres > mais à Tinspection de la première on saura, suivant le degré d'instruction, qu'il 8'agit : 4» d'un animal; ce sera là la moindre con- Dais»sance qu'on puisse se former ; 2* mammifère («b) : il suffit , pour être en état de rendre compte de celte classe d'animaux, d'avoir étudié dix classes représentées par dix mots : ab, ag, ad, etc.; 3* d'un carnassier (obo) : il faut, pour avoir cette connaissance, s'être exercé sur les dix ordres qui composent les mammifères; ft* d'un être ayant pour type (e chat (abop) ; cette connaissance résulte de celle des dix genres que renferme l'ordre des carnassiers-; 5<» d'un caracal (abopc), qui se trouve le premier parmi les dix espèces de chats : chat commun (e), lynx (i) , lion (o) , tigre (u) , loupcervier (a), caracal (i) , etc. ; 6» enfin , le couguar (aboptd) : ce qui suppose qu'on a étudié la famille du caracal , et qu'on distingue obopcg de aboptd, puma, et de aboptv , guépard.

Ce que nous présentons d'avantageux pour la zoologie se retrouve dans toutes les sciences soumises à notre nomenclature. Quelquesunes même, telle que celle qui peut être basée sur la parenté, formeront leur nomenclature d'une manière à la fois si théorique et si simple que huit conventions donneront la connaissance complète de plus de mille radicaux; nous renvoyons le lecteur à l'application que nous donnons dans ce volume sur la déduction des parentés^

Exaiuen de quelques difficultés.

Après avoir offert aux savants, par notre méthode, remplacement où ils doivent construire leur édifice, les matériaux dont ils peuvent faire emploi pour cette construction , enûn Tordre et la disposition qui doit régner dans toutes les parties de leur travail , nous allons résoudre quelques difficultés qui peuvent arrêter Tesprit quand il discute sur la valeur de ce système et sur la possibilité de rintro* duîre dans le domaine des sciences.

Pour quiconque a compris le résumé de notre théorie, il ne peut y avoir aucun doute sur la possibilité de renfermer dans notre cadre tous les mots possibles que les sciences ont produits jusqu'ici et de leur donner leur définition par la nomenclature même. En effet, une fois entré dans la science particulière qu'on doit étudier, trois lettres détermineront mille mots; quatre lettres, dix mille, etc. Il n'est pas aussi évident que l'on puisse déterminer la place des nouvelles découvertes et les enregistrer au rang que la science leur assigne.

Tant que les découvertes se surajouteront aux connaissances déjà acquises , l'enregistrement des mots nouveaux se fera avec la plus grande simplicité : car l'analyse effectuée par la classification con* duira l'inventeur depuis la première lettre de ce mot nouveau jusqu'à la dernière division ou à la dernière lettre qui correspond à la série finale où l'objet se particularise. Une fois entré dans cette série, le nomenclateur la trouvera incomplète ou complète, c'est-àdire que les dix cases qu elle renferme ne seront pas toutes occupées par des objets scientifiques ou qu'elles ne laisseront aucune lacune. Lorsque ces dernières limites n'exclueront pas les découvertes nouvelles, celles-ci prendront rang à la suite des premières dans un rang inférieur si le nouvel arrivé est plus éloigné de l'idée plus générale qui domine cette division , ou dans quelque rang intermé-* diaire quand il sera plus rapproché de la lettre initiale. Supposons que dans l'exemple tiré de la zoologie une découverte amène la connaissance d'un animal qui ait les traits caractéristiques du ca^

^fu^I» mais qui ne soit ni le couguar, ni le fuma, ni le guépard; M iniliales seront obopc et sa finale ne devant être ni d, ci g, ni v, seia déterminée par la lettre j. Celte lettre finale résumera les canclères distinctifs qui séparent ee nouveau venu du guépard , et désormais son nom sera obopsj. S'il arrivait que, tout en se distingaaoldes trois autres, cet animal fût plus rapproché de l'espèce t qoe le puma et le guépard , il devrait prendre rang avant ceux-ci elètredéÛDi par la finale ef, tandis que les autres descendraient <bos leur catégorie et deviendraient : le puma, «bopiv, et le guépard, obopcj.

C'est ici que Ton peut se récrier si Ton n'a pas une idée bien précise de celte théorie. On peut se plaindre, en efiet, que la découverte la plus imprévue et peut-être la moins importante vienne troubler l'économie du système déjà établi et faire désapprendre pour ainsi dire ce qu'on avait eu de la peine à graver dans sa méiDOire. La réflexion va bientôt dissiper ce nuage.

Lorsque la science est arrivée aux limites touchées par les saints, elle est nécessairement indécise sur la fixation de ces limites : cir elle offre toujours un horizon qui s'éloigne à mesure qu'on croit Tatteiodre ; il y aurait donc inconséquence à se poser des bornes qve la raison n'approuve pas et que les progrès scientifiques doivent dépasser. Cet embarras, qui semble résulter pour l'esprit de la fluctiiiijoo d'une dernière lettre , est précisément l'embarras qu'éprouve la science elle-même et que la nomenclature constate. Il ne faut pas ooblier qu'un son ou une articulation représente une idée ; que l'individu auquel on s'arrête est suflisaroment déterminé par les lettres aolérieures : qu'abops, par exemple, sera pour presque tous les 'ecteurs ou auditeurs sufiisant pour déterminer le nouvel individu çoe nous venons de classer ; si donc le savant a déjà catégorisé des iodividos par les lettres finales g, i, v,j, il attache à chacune de ces lettres une idée particulière dont il saisit la liaison avec celle qui précède d'après les dernières données de la science. Gomme BOUS venons de le dire, ces données restent incertaines sur la limite où elles sont placées ; le savant n'y attache donc qu'une siguificatioii indécise «t n'est nullement pris au dépourvu quand il faut medn

fier, inlervertir ou compléler ces dernières nuances qui ne satisFonl pas son esprit.

Il est vrai que les, mots pratiques dont nous nous servons aujourd'hui seraient singulièrement torturés s'il fallait les faire ainsi descendre dans l'échelle d'une classification ; mais c'est là préciféroent ce qui indique l'imperfection de ces mots : comme ils ne représentent qu'un tout sans examen des parties, ils peuvent s^appliquer indifféremment à toutes sortes d'objets ou d'êtres; aussi faut-il qu'une convention soit bien fortement fixée dans l'esprit pour qu'on puisse les faire passer de leur état non significatif à une détermination particulière. On conçoit dès lors et la difficulté qu'une science doit éprouver pour se constituer, et celle qui l'empêche d'admettre la représentation d'une idée nouvelle, et celle, enfin, qui résulterait pour elle de l'acception différente des termes déjà adoptés. Notre théorie remédie à tous ces inconvénients, et il ne sera pas plus difficile ou plus embarrassant d'entrer dans une modification de la dernière lettre pour indiquer un changement dans la dernière série de nos divisions, que de changer la finale du mot rt^e de cette manière : tigré, tigri, tigro, etc.

Si la série à laquelle une découverte apporte un complément se trouvait déjà suffisamment remplie dans les dix caractères qui la composent , les savants auraient un travail facile , mais bien utile à effectuer : celui de créer une nouvelle composition dans cette série: ils réuniraient entre eux les êtres qui auraient certains points communs et introduiraient ainsi une nouvelle division dans cette branche finale de leur classification. Au reste, on peut éloigner de soi cette nécessité jusqu'à ce que des matériaux assez nombreux aient permis d'opérer avec un assez grand nombre de sujets : en effet, la dernière classe de la nomenclature peut être réservée sous le titre , autres, avec la caractéristique 8 pour les voyelles et h pour les consonnes, et servir à ranger provisoirement ce qui n'a pas encore été mis en ordre par la science. Nous avons eu recours à cet expédient en zoologie, lorsque la classification a laissé un trop grand nombre d'animaux sans opérer une décomposition théorique ; ce cas, qui ne s'est présenté que rarement dans notre travail sur l'ouvrage de

▲PPUCATION AUX SCIENCES. /i5

Cuvier, s^est offert quelquefois dans la nomenclature des insectes. Ceoideces animaux (a) qui ne sont ni aptères, ni coléoptères (f) et qui offrent les caractères de diptères (t5) , ont un grand nombre d'iodividus assignables à la classe des mouches créophiles (p) ; aussi ^rès avoir nommé les éc^tnomyei (afbpe) , les gantes (a(8pi), les «iito^omm^j (atopo)... les trichiopodes (af«p«), au lieu de désigner 1^ ^hoxes par afep» , nous indiquons par ce titre les autres ^»ouches créophiles qui ne sont pas désignées dans la série décimale qoi précède : ainsi afep8d est cetle espèce de mouche créopbile dite ^Pière, et les lettres p8 n'auront servi qu'à désigner son rang P^'^i les ofop. Ce procédé n'empêche pas les subdivisions d'être classées suivant la même méthode : af8p»de, ocfbpsdi, »(8p8do représeoteot donc les mouches créophiles ocyplères, dites de la cas- *wfe, bicolores, mélanophares.

Une difficulté plus sérieuse , et dont nous ne nous dissimulons P^ la gravité , est celle qiie Ton peut tirer de l'insuffisance de ^tes les classifications et de la perfectibilité dont elles sont susceptibles; on peut se demander ce que deviendrait la nomenclature le jour où les savants abandonneraient une classification pour en adopter une autre qui leur paraîtrait plus rationnelle ou plus commode.

^tté difficulté se présente fréquemment dans l'état actuel du '^ge; chacun, suivant la théorie qu'il envisage et propose à I adoption des savants, ne manque pas de s'entourer des mots qui ^priment ses idées, crée la langue de son système et tend à faire opprimer tous les termes qui contrarient l'objet qu'il poursuit. On '*^iut, il est vrai, difficilement ce but, parce que le système assis ^le avec toutes les forces de l'inertie d'abord , puis des habilades contractées , enfin des incertitudes que la nouveauté non en- ^^ soumise à l'épreuve engendre nécessairement. Cette résistance V>> P6UI être utile quand la nouveauté n'est pas le progrès , serait t>o vice de notre système si elle arrêtait même un instant les con- <|tièles de la science. Il n'en est pas ainsi : notre nomenclature une fois adoptée pour une science ne fléchira , il est vrai , que devant to progrès réels, et résistera devant les tentatives insuffisantes et

hasardées ; mais elle fléchira sans peine et se prêtera à toutes les modifications qai feront progresser la science.

Nous avons vu que dans la dernière série décimale de notre classification l'insertion d*un sujet nouveau pouvait se faire sans trouble ; il en serait de même si l'on intervertissait tel ou tel caractère, ou si Ton remplaçait telle ou telle division par telle autre parmi celles qui se rapprochent le plus du caraclère final des indidividus. En effet, dans cet ordre d'idée3, c'est entre les savants spéciaux que se passent les discussions et qu'un jugement définitif se trouve arrêté et transmis à la nomenclature ; pour le plus grand nombre, les deux ou trois dernières lettres d'un radical spécialisent des faits scientifiques qui sont hors de leur portée, et ils s'estimeront heureux de connaître au moins les quelques généralités dont ils relèvent. Le changement pourra donc passer inaperçu pour la multitude ; les hommes de la science seuls discuteront entre eux le mérite de la nouvelle classification et en saisiront les nuances sans effort, comme ils en retiendront les dispositions.

Ainsi , les trois ou quatre derniers, symboles de la classification peuvent varier sans que le contre-coup spit vivement senti : les savants comprendront d'autant mieux l'importance de ces modifications qu'ils en auront discuté la valeur; les hommes sans expérience sur ces matières spéciales connaissaient à peine les intentions exprimées par ces caractères, ils seront donc peu attentifs aux changements et n'en éprouveront aucun malaise. Que leur importe , en efiet, que la mouche dite créophile, en sa qualité d'oa^ptère, varie à tel ou te! rang de la classification , et qu'au lieu de la finale pbdo, celle qui indique la mélanophore prenne ces autres caractères : pive ? Pour eux la lettre p est la seule qu'ils interprètent et ils laisseront aux hommes spéciaux le soin d'étudier des détails dont ils ne cherchent pas la connaissance. Tous les insectes renfermés dans le genre «f8p sont pour eux dénommés par ces quatre lettres ; beaucoup d'entre eux s'arrêteront même à la troisième lettre , qui représente les insectes diptères.

Ce que nous appliquons à la zoologie peut être dit de toute antre classification ; il devient donc parfaitement clair que toutes les mo-

dificatioos qui oattraieot dans rintérieur même d'uoe science senÛBDl admises sans secousse lorsqu'elles auraient été couronnées par un asseoliment général. Or ce sera presque toujours dans ce sanctuaire même de la science que les débats et leurs conséquences se feront jour, les bases générales reposant sur des principes peu contestables et universellement adoptés.

Si cependant une classification attaquée à son sommet devait s'écrouler et faire place à un nouvel édifice, nous rencontrerions moins de difficulté pour une construction toute nouvelle qu'on n*en éprouve aujourd'hui dans les ihéories scientifiques.

Que voyons-nous, en effet, lorsqu'une science sapée dans les foodemeots de sa théorie accepte des bases nouvelles ? Elle rejette toute la nomenclature ancienne, et c'est toute une langue qu'elle impose à la mémoire. Combien a-t il fallu de temps au système métrique des ppids et mesures pour s'introduire dans la vie commune? I^ grand obstacle , on ne l'ignore pas, naissait de la différence des mots nouveaux qu'il importait dans le public plus encore que de la valeur même des diverses unités. Combien le commerce ne lutte-t-il pas encore contre la nomenclature chimique 7 Celle-ci et ses interprèles ont été obligés de se plier à ses exigences fondées sur des habitudes invétérées , et elle a définitivement admis un grand nombre de mots que la théorie répudiait. Ceci une fois établi , on doit savoir gré à notre méthode de conserver non seulement la forme de la nomenclature , mais la nomenclature elle-même ; sans doute, une nouvelle classification qui remonte jusqu'aux premiën^ données de la science apporte une perturbation dans les termes nèmes reçus jusqu'alors; mais le langage est dans ce cas la peinture fidèle de la pensée : car celle-ci est remuée dans tous ses élé- OKnts, qui se distribuent d'une manière insolite et qui déjouent les aperçus de l'esprit comme les mois déjouent ceux de la mémoire. C'est encore quelque chose que cette conservation du caractère Qtème de la science au milieu de notre classification générale : que 1^ systèmes de l'histolire naturelle soient entièrement refondus, le iHHQ des animaux aura encore pour initiale la lettre a , celui des plantes c, celui des minéraux yf, celui des éléments chimiques yh , ^Ic. ; il est vrai que les lettres suivantes, quoiqu'élant les mêmes,

^8 APPLICATION AUX SUENCES.

auront désormais une inlerprélation différente et fourniront des séries d'idées qui seront disparates avec les premières; mais la mémoire n'aura aucun effort à faire pour la partie la plus pénible , pour le souvenir des termes; son exercice portera seulement sur la liaison des idées, qui, s'il y a progrès dans la science, s'encbatneroot avec plus d'ordre et plus naturellement qu'elles ne le faisaient dans la nomenclature abandonnée.

Qui ne voit donc dans notre mode de rénovation une supériorité marquée sur les modificafions théoriques telles qu'elles se pratiquent aujourd'hui ? Peut-on, d'ailleurs, nous imputera titre d'iraperfeclioû la perfectibilité même qui est dans la pensée et dans la nature humaine ? N'avons -nous pas obtenu le but le plus distant en laissant agir l'esprit humain en dehors de tous nos symboles, et en présentant ceux-ci comme expression invariable de toutes ces variations à l'aide des conventions qui s'y rattachent 7

Nous pouvons reporter à la nomenclature en général et à la nôtre en particulier, ce que nous venons de dire de la classification : s'il est vrai que celle-ci ait pour élément de succès, dans une époque de transition , les grandes améliorations opposées aux imperfections de celle qu'elle remplace , notre nomenclature peut revendiquer le même avantage. Nous laisserons le lecteur juge des bénéfices qui peuvent résulter pour les sciences de l'application de' nos procédés; qu'il lise avec attention celle de nos études qui rentre dans sa spécialité; qu'il pardonne aux réflexions quelquefois peut-être hasardées sur des connaissances dans lesquelles nous n'avons pas comme' lui ou l'aptitude ou l'expérience ; mais qu'il se demande sérieusement si une méthode comme la nôtre , qui laisse le moins possible de prise au hasard et de jour aux erreurs, n'est pas préférable à cet abandon dans lequel est plongée maintenant toute science pour la dénomination des objets qu'elle produit ou qu'elle étudie ; si la forme devenue nécessaire des mots n'est pas le véritable commencement de toute théorie scientifique à la recherche de la vérité; si, enfin , l'étudiant qui s'approprie les principales données des questions résolues et le savant qui résout leF autres problèmes, ne s'appuieront pas sur une base plus solide, les uns pour pénétrer, les autres pour progresser dans les secrets de la science.

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