I PRÉFACE
tone des sciences exactes; quoique notre théorie paraisse s'adapter plutôt à la méthode rigoureuse des études positives qu*à Tallure indépendante et capricieuse des conceptions littéraires , il n'y a là qu'une apparence dont un examen attentif fera promptement justice ; les intérêts des lettres sont peut-être plus profondément engagés dans notre question que ceux des sciences.
Ce qui nous a déterminé à faire paraître en premier lieu les applications aux sciences, c'est que la théorie du langage, au milieu des matériaux indigestes dont chaque science est surchargée , apparaît comme une lumière au milieu des ténèbres ; les moins clairvoyants sont ici obligés d'avouer que nous apportons une base nouvelle à des progrès ultérieurs dont la limite n'est plus assignable. Les savants ont d'ailleurs, en général, deux genres de supériorité qui rendent leur jugement sérieux : l'étude et l'impartialité. Juger sans étude est malheureusement un vice commun à notre époque : on a vu tant de livres dont la pensée est longuement délayée dans de longs volumes, qu'on juge un nouvel ouvrage sans frais d'examen; on feuillette, on parcourt, sûr qu'on est de trouver presque à chaque page une impression qu'on peut attribuer à l'onvrage entier. Il résulte de ce mode de lecture qu'on peut impunément promettre à tous les auteurs une appréciation de leurs écrits, et qu'on ne s'engage jamais dans une étude consciencieuse qui demande du temps et de l'application ; mais un résultat plus malheureux, c'est que l'esprit perd ainsi la vigueur et la justesse du jugement, et repousse, comme une nourriture trop forte, tout ce qui ne lui arrive que par une attention soutenue. L'homme de science ne peut tomber dans cet écueil ; il ne peut être satisfait que par sa raison; il comprend avant de juger; il ne s'arrête pas à une superficie qui ne permet d'atteindre que la forme ; il pénètre au centre d'un ouvrage et n'apporte son opinion que lorsqu'il peut la